^.^s-o. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES CINQUIEME SÉRIE ZOOLOGIE PALEONTOLOGIE Pans. — Imprimerie de E. MisiinET, rae Mignou, 2. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES CINQUIÈME SÉRIE ZOOLOGIE ET PALEONTOLOGIE COMPRENANT L'ANATOMIE, LA PHYSIOLOGIE, LA CLASSIFICATION ET L'HISTOIRE NATURELLE DES ANIMAUX PUBLIEES SOUS LA DIRECTION DE M. MILNE EDWARDS PARIS VICTOR MASSON Eï FILS, PLACE DE l'ÉCOLE-DE- MÉDECINE 1868 ANNALES DES SCIENCES NATURELLES ZOOLOGIE ET PALEONTOLOGIE RECHERCHES POUR SERVIR A L'HLSTOIRE DES SYSTÈMES NERVEUX MUSCULAIRE ET GLANDULAIRE DE L'ÉCREVISSE, Pai' M. Tlctor LiEllOINE. Doctem' e» médecine. (Suite »). TROISIÈME PARTIE. DU SYSTÈME GLANDULAIRE. GÉNÉRALITÉS. Le troisième genre d'éléments dont le mode d'activité paraisse facilement appréciable est l'élément glandulaire. Chez les animaux supérieurs, cette étude est des plus con- cluantes, par suite de la quantité du liquide sur lequel peuvent porter les recherches, de leur nature différente de celle du sang et de leur mode spécial de sortie, que les conditions phy- siques ordinaires seraient incapables d'expliquer à elles seules. Chez ces animaux, on est même arrivé à surprendre l'organe (1) Voyez tome IX, p. 99. 6 V. LEMOINE. alors qu'il fonctionne, à saisir le mode d'influences réciproques qui s'établissent entre lui et le liquide sanguin. Enfin, allant plus loin, on a pu recourir à l'expérimentation et mettre le système nerveux dans les conditions d'activité favorables à la sécrétion. La glande sous-maxillaire, par suite de son action intermit- tente et de l'étude approfondie que l'on a faite de ses filets nerveux, a donné, sous tous ces rapports, des résultats dé- cisifs. L'antagonisme des rameaux émanant du système cérébro- spinal et du grand sympathique est devenu l'explication natu- relle et facile, non-seulement de la sécrétion, mais même du mode de contraction de certains muscles, comme le cœur. On a pu ainsi se rendre compte de l'influence du système nerveux sur l'appareil glandulaire, tout s'expliquant par les alternatives de dilatation et de contraction vasculaire. Sous l'action de telle ou telle partie du système nerveux, la marche du sang se précipite ou se ralentit dans les vaisseaux. Le Mquide sanguin se trouve donc mis dans des conditions variables par rapport aux éléments glandulaires. Et ceux-ci, exerçant leur mode d'activité, puisent dans les vaisseaux voisins des principes qui, plus ou moins modifiés, constituent le produit de sécrétion. Quant au dernier mot sur ce mode d'activité, la science ac- tuelle est complètement incapable de le dire. Depuis longtemps déjà, on a dû renoncer aux diverses théo- ries qui avaient eu chacune leur moment de faveur. Une glande ne peut, en aucune façon, être considérée comme une sorte de crible dont les pertuis, de formes variables, lais- sent passer des molécules de formes et de dimensions appro- priées. Pertuis et molécules n'ont jamais pu être aperçus. Est-ce un filtre imprégné primitivement du liquide qu'il doit sécréter dans la suite ? C'est encore là une hypothèse que jamais rien n'a justifiée. Les derniers filaments nerveux exercent-ils sur le liquide ANATOMIE DE l'éCREVISSE. 7 sécrété une action analogue à celle des fils de nos appareils électriques sur certaines solutions salines? Rien ne paraît devoir se prêter à cette comparaison ; tout semblant prouver, au contraire, que c'est sur le vaisseau san- guin que s'exerce l'action nerveuse. Tout ce que nous pouvons conclure actuellement, c'est qu'une glande ne peut exister sans un revêtement d'éléments spéciaux dits cellules glandulaires, que le mode de fonction- nement de la glande est intimement lié à l'intégrité de cette couche et que des désordres graves suivent la destruction ou même la simple altération de ces éléments, La cellule glandulaire est donc la partie fondamentale du système glandulaire des animaux vertébrés. La forme des cavités qui la renferment, envisagée à un point de vue général, n'est tout à fait qu'accessoire. On peut admettre, et tout semble prouver qu'il existe des glandes unicellulaires. Qu'est-ce que la cellule graisseuse, que la cellule pigmen- taire, que le globule sanguin lui-même? A coup sûr, on connaît déjà à ce dernier un rôle fort impor- tant, celui de transporter loin de l'atmosphère, dans la profon- deur de nos tissus, l'oxygène, élément indispensable des com- bustions intimes qui s'y passent. Mais le rôle du globule sanguin se borne-t-il là? Ne peut-on lui attribuer une autre action sur le liquide qui l'entoure? Ces diverses glandes unicellulaires se retrouvent dans les autres embranchements du règne animal. Pourrons-nous en dire autant de ces glandes fermées de toutes parts, sans canal excréteur, sans produits de sécrétion connus, dans lesquelles tout permet de croire que le liquide sécrété rentre dans le sang lui-même, de ces glandes enfin que cette hypothèse a fait nommer glandes vasculaires san- guines. L'analogie permet d'admettre jusqu'à un certain point leur existence chez les invertébrés, mais l'observation n'a encore rien appris de certain à cet égard. 8 V. LEMOINe. Il n'en est pas de même des glandes versant an dehors le liquide qui s'y forme, de ces glandes dites parfaites dont l'étude a pu être poussée si loin chez les animaux supérieurs. Chez les Vertébrés, la forme de la glande et le produit de sécrétion se prêtent également à l'étude et à la classificalion . La classification dite physiologique a été établie par Du- gès. 11 admettait des huineiu's excrémentitielles , lubrifiantes, défensives, offensives, industrielles, agissant sur les aliments et enfin destinées à la génération. Avec les données si imparfaites encore que nous avons sur les ' produits de sécrétion des animaux invertébrés, toute tentative de classification semblable serait à coup sûr prématurée. La classification dite anatomique, purement basée sur la forme, sera plus facile. Les glandes, pour remplir physiquement le but auquel elles sont destinées, doivent toujours présenter la forme de culs-de- sac plus ou moins profonds, agglomérés en plus ou moins grand nombre. La glande munie d'un orifice excréteur sera donc, à son plus grand degré de simplicité, un cul-de-sac. Si les différentes dimensions se compensent, nous avons l'utricule. Si l'orifice étant fort étroit le cul-de-sac lui-même prend une forme ovoïde, nous avons le follicule; si enfin la longueur l'emporte de beaucoup, c'est la glande en tube. Que ces divers organes, au lieu d'être isolés, s'agglomèrent, se réunissent, les conduits excréteurs se concentrant en un seul, et nous avons la glande composée avec ses divers types de glandes en tubes, glandes en grappe. Enfin, à un degré plus avancé, la glande composée se munit d'un réservoir où s'amasse le liquide, qui n'est déversé que de temps à autre. Ce dernier type sera de beaucoup le plus rare chez les ani- maux inférieurs. Le plus souvent, le conduit excréteur commun, cylindrique ou même dilaté dans un de ses points, comme nous avons eu ANÂTOMIE DE l'ÉCREVISSE. 9 occasion de l'observer iltiiis la i^lantle h veniu de l'araignée, joue le rôle de réservoir. Ces conduits, plus ou moins dilatés dans l'appareil biliaire, ont paru alors à certains auteurs avoir des usages spéciaux. Les deux types de glandes dites glandes simples et glandes composées, sans réservoir excréteur, seront donc les plus com- muns. La forme, avons-nous dit, n'est rien, et la preuve, c'est qu'une glande, nettement destinée aux mêmes usages, pourra revêtir tous les aspects possibles. Prenons comme exemple le foie, formant une masse plus ou inoins compacte chez les Vertébrés, une agglomération d'utri- cules chez les Arachnides, des tubes chez les Crustacés, de véritables canaux chez les Insectes. Quelle diversité au premier abord! Eh bien, que l'œil s'arme du microscope, que l'on compare les éléments contenus dans ces enveloppes si diverses, et l'ana- logie apparaît. En réalité, la cellule hépatique de l'homme diffère peu de celle de l'Écrevisse, de la Mouche et de l'Araignée. Nous nous proposons, dans les pages qui suivent, d'apporter comme termes de comparaison avec les glandes des Vertébrés quelques-unes des glandes principales et des mieux définies de l'Écrevisse. Les cellules graisseuses, assez abondantes dans les larves d'Insectes à peau molle, deviennent beaucoup plus rares chez les Articulés à tégument extérieur dur. Nous nous demandons si alors la couche pigmentaire cuta- née et l'appareil hépatique ne prennent pas un développement spécial pour y suppléer. Comme types de glandes parfaites, nous étudierons les glandes contenues dans la paroi intestinale, les éléments ren- fermés dans les tubes hépatiques, le testicule, enfin une glande jusqu'ici peu connue, désignée sous le nom de glande verte et siégeant au-dessus des tubercules appelés improprement tym- paniques. Serait-ce l'analogue du rein des Vertébrés? Nous le croyons. iO "V. LEMOINE. Du pig-ment cutané. La peau des Crustacés se compose, d"après M. Milne Edwards, de trois feuillets. L'un^ superficiel, mince, consistant, n'est visible qu'au mo- ment de la mue. Le deuxième, plus ou moins épais, est remarquable par le développement des vaisseaux et de la matière pigmeutaire. C'est lui qui fixera spécialement notre attention. Le troisième enfin, par sa minceur, sa transparence, les gaines qu'il forme à chacun des viscères, a pu être comparé à la tunique séreuse des Vertébrés. Revenons au feuillet moyen où se trouve la matière pigmeu- taire que nous nous proposons d'étudier. Cette couche, considérée à l'œil nu, est comme spongieuse, formée de lamelles et de filaments s'entrecroisant dans tous les sens. La matière pigmeutaire y est inégalement répartie. En certains points, elle communique au tégument une cou- leur rouge brunâtre fort caractéristique. Cette teinte est entre- mêlée de petits points comme bronzés ; d'autres fois, la teinte générale est bleuâtre. Malgré l'inégale distribution de la matière pigmeutaire, on peut dire qu'elle est d'autant plus abondante que les parties que l'on considère sont plus superficielles. Quel est l'élément producteur de cette matière? Doit-on admettre chez TÉcrevisse des cellules pigmentaires analogues à celles que l'on trouve chez les Vertébrés? Pour l'intelligence du sujet, nous commencerons par exa- miner la structure du feuiUet tégumentaire qui contient les éléments en question. Au premier abord, la structure de la trame cutanée est fort compliquée. On aperçoit en effet, en certains points, des éléments cellu- laires fort nets, plus ou moins arrondis, accumulés en grand nombre (1). (1) Tome IX, pi. 10, fig. 8 bis, c. ANATOMIE DR l'ÉCREVISSE. H Dans d'autres endroits, l'apparence celluleuse manque com- plètement et l'on trouve de longs filaments extrêmement fins, plus ou moins sinueux, appliqués parallèlement les uns contre les autres et rappelant les fibrilles du tissu conjonctif des Ver- tébrés. Enfin, entre ces deux apparences si dissemblables existent toutes les formes intermédiaires. C'est ainsi qu'à côté de ces fibrilles si fines, nous en trouvons qui offrent, en certains de leurs points, un épaississement notable. Ces points épaissis se présentent un peu plus loin comme de petites ceUules fort allongées; enfin ces cellules arrivent par une série de modifications aux formes nettement arrondies que nous avions indiquées tout d'abord. Les cellules arrondies nous paraissent abonder surtout dans les couches les plus superficielles. Les filaments, au contraire, dans les couches profondes. Les autres formes se trouveraient dans les points intermé- diaires ; nous croyons donc pouvoir conclure que nous avons là toutes les phases de développement d'un seul élément. Dans toute sa simplicité, c'est-à-dire à l'état fibrillaire, il rappellerait parfaitement le tissu conjonctif de l'homme. Plus tard, on y trouverait nettement accusés ces rudiments de cellules si bien étudiées par Virchow et si importantes, sui- vant cet auteur, aux divers points de vue physiologique et pa- thologique. Plus tard enfin, apparaîtraient des cellules arrondies qui, d'abord disséminées au milieu des filaments, augmenteraient en nombre et en volume, et donneraient alors l'aspect d'un amas de cellules. Les Crustacés auraient donc un véritable tissu conjonctif qui ne différerait de celui des animaux supérieurs que dans sa troi- sième phase de développement. L'élément cellulaire indiquerait un degré de développement supérieur à celui de la fibrille, et par induction chez l'homme l'élément dit fibro-plastique serait postérieur à la fibrille du tissu conjonctif, contrairement à cette opinion qui considère le 12 V. LEMOINE. tissu fibro-plastique comme du tissu conjonctif embryomiaiie (311 voie de formation . Les cellules qui coystituent la dernière phase de développe- ment du tissu conjonctif de l'Écrevisse sont (1), avons-nous dit, plus ou moins arrondies : les unes étant ovales, les autres circu- laires. Leur paroi est assez épaisse. Leur contenu, plus ou moins granuleux, présente un nombre variable de noyaux de petites dimensions. Parfois l'élément prenant un développement spécial, on voit alors un ou deux noyaux devenir relativement considérables. Ces éléments sont accumulés les uns contre les autres, et c'est dans leur intervalle que se dépose la matière pigmentaire. Celle-ci présente bien des teintes. Nous indiquerons comme nettement appréciables : i" Un pigment à grains jaunes; !2° Un autre à grains verts pâles ; 3' Un d'une fort belle couleur grenat avec les intermédiaires entre le jaune et le grenat; d" Un de couleur brun foncé passant au noir ; 5° Des granules parfois fort nombreux et assez considérables, d'aspect bleuâtre, que Focillon et Leydig [Histolog. compar.^ p. 124) considéreraient comme de véritables petits cristaux. Toutes ces matières pigmentaires se présentent en masses de volume fort inégal. Voici, d'après nous, comment on pourrait se rendre compte de ces aspects différents. L'étude est surtout facile à faire sur le pigment vert pâle (2). Sur un des points d'une des cellules précédemment indiquées se déposent un ou deux grains de dimensions fort restreintes. Puis, ces grains, augmentant en nombre, entourent complète- ment la cellule, de sorte que celle-ci se présente alors comme un noyau plus ou moins transparent contenu dans une enve- (1) Tome IX, pi. 10, %. S his, ce. (2) 1(1., fio 8-8 l>is. P,. AMTOMIE DE LÉCREVISSE. 15 loppe verdâtre, à parois plus ou moins épaisses et plus ou moins foncées (1). Bientôt, cette enveloppe verdâtre perd elle-même de sa régu- larité et se recouvre extérieurement de prolongements plus ou moins irrégiiliers qui s'insinuent entre les cellules voisines (2). Parfois même, deux, trois cellules sont nettement englobées dans la matière pigmentaire. Le plus souvent néanmoins elles disparaissent, masquées d'abord, puis étouffées par les dépôts nouveaux. C'est ce qui arrive surtout avec les pigments grenats et bruns. Nous croyons donc pouvoir affirmer qu'il n'y a pas dans le tégument de l'Écrevisse de cellules pigmentaires proprement dites ; bien qu'on en trouve parfois l'apparence nettement accu- sée, ce ne sont que les cellules normales du tissu conjonctif encroûtées extérieurement de matière pigmentaire. Dans ce cas, le pigment se déposerait nettement à l'extérieur de la cellule qui le produit. Les grains primitivement déposés varient de volume suivant la couleur du pigment. Ils sont pour le pigment brun d'une petitesse extrême et par suite agités du mouvement brownien. Un peu plus considérables pour le pigment vert, ils acquiè- rent dans le pigment grenat des dimensions relativement consi- dérables. Ne pourrait-on pas tirer de cette étude des conclusions au point de vue du mode de formation de la couche extérieure si dure par encroûtement des cellules de la zone formatrice? Cette couche dure ne perdrait-elle pas naturellement toute vitalité, par suite de la destruction par compression des cellules primitives? Ne pourrait-on pas s'expliquer la séparation, à un moment donné, du tégument extérieur qui est devenu complè- tement inorganisé et qui par conséquent peut être assimilé à un corps étranger ? 1) ïoinc IX, pi. lOj ij. (2) m., lig. 8. lll T. liEMOINE. N'y âiirait-il pas une analogie lointaine avec le mode d'en- croûtement de la trame osseuse des Vertébrés, avec cette diffé- rence toutefois que là les canaux intercellulaires sont conservés et par conséquent que la nutrition et que la vie y persistent ? Quelle que soit la portée de ces diverses hypothèses, nous croyons pouvoir conclure, au point de vue qui nous occupe, que les cellules, provenant du tissu conjonctif et occupant les parties superficielles de la peau, jouent le rôle de glandes uni- cellulaires déposant à leur surface la matière pigmen taire qu'elles ont sécrétée. Des globules sanguins. Il est peu d'éléments chez l'Écrevisse qui s'altèrent aussi rapi- dement que les globules sanguins. Aussitôt sortis des vaisseaux, ils perdent les prolongements qui se trouvent à leurs deux extrémités et affectent une forme plus ou moins arrondie qui ne rend nullement compte de leur aspect véritable, aussi nous sommes-nous décidé à étudier les dobules dans l'intérieur des vaisseaux et animés du mouvement que le cœur leur communique. Il restait à trouver des parties qui, par suite de leur trans- parence, pussent se prêter à ce genre de recherche. L'étude de la circulation au microscope n'est possible que sur deux sortes d'organes, les extrémités des antennes internes et les branchies. Étudions-la d'abord dans les extrémités des antennes internes, surtout dans leur division la plus grêle. Là, en effet, le tégu- ment est d'une minceur assez grande pour que l'on aperçoive, au niveau des différents articles, les globules en mouvement, globules que l'on voit encore plus distinctement au niveau des membranes unissant les différents articles. La première question que nous nous sommes posée a été de savoir en quel point de la largeur des articles se voyaient les globules ascendants. Un examen longtemps continué, car il nous a été donné d'observer le phénomène à plusieurs reprises pendant une ANATOMIE DE l'ÉCREVISSE. 15 heure entière, nous a permis de reconnaître que les globules ascendants montent en série presque linéaire le long de la paroi interne. Quelques-uns de ces globules continuent ce trajet sur une assez grande longueur. D'autres, au niveau de chaque article, près de l'endroit où la membrane s'attache au rebord de l'article situé au-dessus, quit- tent leur direction primitive pour décrire une courbe à conca- vité inférieure et suivre une marche descendante. Ces courants en arcades existent au niveau de chaque article, mais il arrive quelquefois que des globules sortis de l'artère, au lieu de revenir immédiatement sur leurs pas, par suite sans doute d'une projection plus grande, continuent leur marche ascendante au niveau des lacunes. C'est ainsi qu'on s'explique comment quelques globules ascendants se voient sur tous les points de la largeur de l'an- tenne. Quelquefois même on assiste alors à un assez singulier phéno- mène, car les globules, ainsi projetés en dehors de l'artère, vont ricocher, soit sur les parois, soit sur des globules suivant une marche inverse. Le courant descendant a lieu sur toute la largeur de l'an- tenne, aussi frappe-t-il beaucoup plus, car tandis que les glo- bules montent un à un, ils descendent à plusieurs presque de front. Les globules paraissent monter généralement suivant leur grand diamètre. Ils diminuent d'autant plus en nombre que l'on examine des articles plus éloignés. Dans la division la plus considérable des antennes internes, nous avons pu suivre les globules jusqu'à l'extrémité de l'ar- ticle terminal. Dans cet article même, nous avons pu constater deux cou- rants, l'un terminal, décrivant une sorte d'anse de huit de chiffre, venait frapper contre l'extrémité arrondie, puis revenait sur ses pas. 16 V. LSJMOINE. Le second courant, situé plus bas, était analogue au courant circulaire précédemment décrit. Quant à la petite division des antennes, les globules sanguins étaient loin d'aller jusqu'au dernier article. La plupart ne dépassaient pas le sixième avant-dernier, décri- vant à son extrémité la courbe à concavité inférieure. Nous avons également étudié la circulation dans les divisions des branchies qui, au premier abord, par suite de leur minceur, semblent se prêter beaucoup mieux à cette étude ; mais, en réalité, il n'en est pas ainsi, soil à cause de la diminution de Tactiou de l'appareil cardiaque, soit à cause de la situation dans laquelle on met ces jjarties pour les étudier, puisqu'on doit les extraire de la voûte des flancs et les placer sous la petite lame de verre du microscope. Peut-être même les obstacles apportés à la circulation peuvent-ils s'expliquer par la disposi- tion des cavités dans lesquelles circule le sang. En efFet, tandis qu'il monte dans l'antenne par l'artère pour redescendre par les espaces lacunaires ; dans les divisions des branchies, il nous a semblé qu'il circulait dans une sorte de doigt de gant à cavité unique, de telle sorte que les deux courants ascendant et descendant tendaient à se neutraliser ou du moins à perdre de leur régularité. C'est ainsi que tantôt le courant a lieu dans un sens, tantôt dans un autre. Ce courant, en outre, a toujours une assez grande lenteur et des moments fréquents d'interruption, jusqu'à ce que, lexpérience se prolongeant, tout mouvement finisse par se suspendre. Nous parlons, bien entendu, des divisions ultimes constituant les branchies, car, à leur base, il existe un double courant san- guin bien appréciable. Le peu de mouvement imprimé aux globules sanguins est dans ce cas très-favorable à leur étude morphologique (i). Quelques-uns, mais bien rares, sont arrondis, d'autres ova- laires, d'autres en plus grand nombre sont fusi formes, c'est- (1) Tome IX, pi. 10, liy. 9. ANATOMIL DE L'ÉCRliVISSb!. 17 à-dire que leur partie centrale est arrondie, représentant un petit ovoïde dont les deux extrémités s'allongent et se termi- nent en pointe. Quelquefois ces deux extrémités sont recti- lignes, d'autres ibis elles se contournent, soit dans le même sens, de façon à figurer un croissant, soit l'une dans un sens et l'autre dans un autre. Parfois l'une des extrémités est effilée et l'autre arrondie. Ces formes, du reste, sont très-variables. La paroi a une certaine épaisseur, car elle se présente en certains points comme une ligne foncée. Le contenu est granuleux. Nous n'y avons pas aperçu de noyau distinct des granules par son volume. Des glandes intestinales. Si l'on consulte les auteurs au sujet du tube digestif de l'Écre- visse, on voit que leurs recherclies ont surtout porté sur l'es- tomac. C'est ainsi que la structure de la tunique interne de ce viscère a été étudiée par Valent in {Ueber das Forkonunen von verschie- denarligen und eigenlhumlichen Haarformationen auf der innern Oberfldche der Schleimhaid des Nahrutigskancdes. — Repertorium fur Anatom. und Physiolog., 1837, t. I", p. 115) et OEsterlen {Ueber den Magen des Flusskrebses; Millier" s Archiv fur Anatom. und Plujsiolog. , 1 8/iO, p. /| 1 1 ). L'appareil triturant a été décrit par Rosel, Suckow, Brandt, Ratzeburg et OEsterlen. La mue de l'armature stomacale a été étudiée par Van Hel- mont, Réauniur et K. E. von Baer. Nous n'avons rien trouvé dans les auteurs relativement à l'intestin, et surtout à sa couche glandulaire. Pour bien comprendre la description des glandes intesti- nales, nous croyons bon de commencer par une étude rapide des surfaces extérieure et intérieure de ce viscère, car les inégalités que l'on trouve sur ces deux faces nous semblent pouvoir être rapportées en grande partie aux glandes de l'in- testin. 5« série. ZooL. T. X. (Cdhiern" 1.) 2 2 18 t. LEMOINE. Examiné extérieurement, l'intestin se subdivise naturelle- ment en deux portions : l'une, destinée à l'absorption des sub- stances alimentaires, est remarquable par des bandes longitudi- nales saillantes que nous décrirons plus loin, c'est l'intestin proprement dit ; l'autre portion, qui semble devoir servir à l'évacuation des matières impropres à la nutrition, est lisse et unie, car là prédomineul manifestement les fibres muscu- laires. Nous appellerons cette seconde partie rectum. L'intestin grêle, avons-nous dit, offre extérieurement des bandes longitudinales, qui, commençant au niveau de sou bour- relet d'origine, se continuent jusqu'au rectum, où l'on peut encore les suivre, quoique moins nettement, leur présence étant plus ou moins dissimulée par des fibres musculaires disposées circulairement. Ces bandes, au nombre de six pour l'ensemble du tube di- gestif, sont parallèles, et paraissent manifestement dues à une différence de niveau, car on peut constater entre elles des dé- pressions, le long desquelles l'intestin se déchire, du reste, avec une assez grande facilité. Les bandes saillantes elles-mêmes paraissent se subdiviser en bandes secondaires moins nettes, et séparées par des sillons moins profonds. Enfin, outre ces sillons longitudinaux, on en constate de transversaux, de façon que la surface externe de l'intestin pré- sente en réalité un très-grand nombre de mamelons plus ou moins irréguliers, mais se rapprochant plus ou moins de la forme quadrilatère. Cette disposition varie, du reste, dans les différents points de l'intestin grêle. Tout d'abord on ne trouve guère (jue des sillons longitudi- naux encore peu prononcés, puis, à partir du quart antérieur de l'intestin, les sillons longitudinaux s'accentuent davan- tage, en même temps qu'apparaissent les sillons transver- saux peu prononcés et formant des lignes droites, ce qui con- traste avec le dernier tiers de l'intestin grêle où les sillons ANATOMIK DE l'ÉCREVISSE. 19 transversaux sont des plus accentués, et forment comme des lignes dentelées. Nous n'attribuons, du reste, que peu de valeur à ces sillons transversaux, qui nous paraissent dépendre surtout de la con- traction des fibres musculaires sous-jacentes, celles-ci paraissant augmenter en nombre, à mesure que l'on se rapproche du rectum. En effet, les sillons en question disparaissent en grande partie, si l'on exerce une traction sur les deux bouts de l'intestin. Si maintenant nous étudions la face intérieure (1) de l'in- testin, en même temps que nous retrouverons plus ou moins prononcées les bandes ("2) décrites extérieurement; à l'œil nu on peut reconnaître un très-graud nombre de petites granulations recouvrant toute son étendue. Au microscope, ces granulations prennent l'aspect de petits mamelons (3), à sommets arrondis et à bases plus ou moins larges. La différence de niveau entre ces deux points est telle que, même à un assez faible grossissement, quand le sommet est visible, la base cesse d'être apparente; nous parlons, bien entendu, des mamelons vus de haut en bas. La forme de ces mamelons varie suivant le sens selon lequel on les examine; eu général, ils diminuent rapidement de diamètre de la base au sommet , de façon à représenter des cônes irréguliers fort courts et à sommet plus ou moins arrondi. Si, au lieu de les examiner de face, on les étudie de haut en bas suivant un plan parallèle à leur base, ces mamelons paraissent les uns arrondis, d'autres ovales, d'autres simulent plus ou moins la forme de petits reins. Toutes ces bosselures semblent alors quelque peu distantes les unes des autres ; puis, si l'on change le plan d'observation en se rapprochant peu à peu de la base des mamelons, on voit le (1) Tome IX, pi. 10, flg. 10. (2) Id., c. . ' (3) Id., fig. 11. , 20 V. LEDIOIKE. diamètre des bosselures augmenter et leur contour arriver à se confondre, ce qui nous indique que les mamelons éloignés à leur sommet se touchent à leur base. Ces mamelons se réunissent en groupes séparés par les sillons précédemment décrits. Ils varient comme dimensions et comme nombre, suivant le point que l'on examine. Dans le tiers antérieur de l'intestin grêle, ils sont, comme vo- lume, doubles de ceux que l'on rencontre vers le tiers moyen, et triples ou quadruples de ceux du tiers postérieur. Les mamelons d'une même région sont du reste très-variables. Leur nombre varie en sens inverse. Dans le tiers antérieur, on en rencontre douze ou quinze de face occupant toute la circonférence du tube intestinal, tandis que dans le tiers postérieur, il n'y en a pas moins de trente- deux à trente-cinq. Si maintenant nous ausjmentons le grossissement, et si nous disposons l'instrument de façon à examiner la surface même des mamelons vus, soit de face, soit de profd, cette surface paraît parfaitement lisse et unie, sans apparence de structure. Attirons toutefois l'attention sur une multitude de petites lignes dont est criblée la surface des mamelons (l). Ces lignes, d'une petitesse extrême, sont distribuées par groupes de trois, quatre, ([uelquefois cinq, rarement deux ; plus rarement elles sont solitaires. Toutes ces lignes sont parallèles. Elles sont cunéiformes, présentant une partie effilée, et une autre plus large et arrondie. Elles sont de volume un peu inégal. Vues à un fort grossissement (2), elles donnent absolument l'aspect d'un morceau de papier criblé de trous faits avec la pointe d'un canif. Quelle est la valeur de ces lignes? Sont-ce des poils fort petits (1) Tome IX, pi. lu, fig. 11, (2) Id., fig. 12. ANATOMIE DE l'ÉCREVISSE. 21 analogues à ceux que l'on trouve si développés à la surface de l'estomac? Mais il nous a été impossible d'apercevoir aucune de ces lignes faisant saillie au-dessus du contour d'un des mame- lons, comme feraient des poils semés sur toute la surface de ces bosselures. Toujours ces lignes nous ont paru situées dans l'intérieur du contour représentant l'épaisseur de la membrane interne de l'intestin. Pour notre part, nous serions disposé à considérer ces lignes comme de véritables pertuis, mettant en communication l'inté- rieur des mamelons avec la surface interne de l'intestin. La membrane interne à travers laquelle ils sont percés no paraît présenter aucune apparence de structure appréciable. Les lignes cunéiformes décrites ne se rencontrent du reste avec une grande netteté que dans le tiers antérieur de l'intestin. Plus loin, elles semblent complètement disparaître; mais un examen attentif permet de reconnaître, à de forts grossissements, des ponctuations infiniment plus petites, mais néanmoins encore appréciables, et paraissant de même forme. Si maintenant nous étudions l'intérieur des mamelons, ce qui est facile en faisant varier le plan d'observation, chaque mame- lon perd son apparence unie, et paraît formé d'un très-grand nombre d'éléments celluleux, arrondis, et serrés les uns contre les autres. Ce sont ces éléments celluleux que nous croyons pouvoir considérer comme représentant les cellules glandulaires, c'est- à-dire la partie essentiellement active des glandes de l'intestin. Isolons maintenant quelques-unes de ces cellules. Elles (1) sont nettement arrondies ; leur contour, fort appré- ciable, a l'aspect d'une zone transparente ; leur contenu est finement granuleux. Il n'est pas possible, parmi ces granula- tions pressées les unes contre les autres, d'en distinguer de plus considérables représentant des noyaux. Nous avons pu noter dans quelques-unes de ces cellules une (1) Tome IX, pi. 10, fig. 14. 22 V. LGMOINE. multiplication par scissiparité fort appréciable, la division parais- sant commencer par le contenu granuleux (1). Quant aux fonctions de ces cellules, tout nous porte à croire que leur produit de sécrétion s'en échappe par exosmose, puis traverse les perforations de la membrane interne pour venir à la surface de l'intestin se mettre en contact avec les matières alimentaires. structure d'un tube hépatique. Le foie de l'Écrevisse est un des organes dont les auteurs se sont le plus occupés. Cuvier, dans ses Leçons d'anatomie comparée, t. IV, décrit l'organe générateur de la bile, « formé, dit-il, d'une quantité de petits tubes aveugles » (2). Duvernoy, dans les Annales des sciences naturelles, T série, t. VI, p. 250, indique à la fois la forme des poches ou appen- dices caecaux, et leur mode d'ouverture dans l'intestin. M. Milne Edwards, dans son Histoire naturelle des Crustacés, en fait une étude encore plus complète. Nous trouvons également une description des tubes hépa- tiques dans Todd's Cyclopœdia of Jnatomy and Physiology, t, I, p. 774. Le foie de l'Écrevisse et du Homard se trouve décrit dans Millier {Deglandularum secernentium structura penitiori) . Schlemm (De hepate ac bile Crustaceorum et Molluscorum quo- rumdam Dissert, inaug., Berolmï, 185Z|, p. 16, pi. 1, fig. 1) s'occupe de la distribution des vaisseaux dans le foie de l'Écre- visse. La structure de l'organe a été étudiée par Goodsir (Secreting structures anatomical and physiological Observât. , p. 30). H. Karsten [Disquisitio microscopica et chimica hepatis et bilis Crustaceorum et Molluscorum ; Nova Acad. nat. curios.^ t. XXI, p. 398). (1) Tome IX, pi. 10, B, C. (2) PI. 11, fig. 1,F. ANATOMIR DR l'ÉCREVISSE. 23 Meckel [Mikrographie einiger ûrusenapparate der niederen Thiere; Muller's Archiv fur Anat. und PhysioL, 18/t6, p. 35). Laidy (Researches on the comparalive Structure of the liver, p. /i ; extrait de \ American J ournal ofmedic. Science, 18/iS). Enfin M. Milne Edwards, dans ses Leçons sur la physiologie et l'anatomie comparée de V Homme et des Animaux, t. Y, p. 5G/i et 565, résume et complète toutes les études précédentes. Nous nous contenterons donc de décrire la structure d'un tube hépatique, telle que nous l'avons observée. La paroi du tube hépatique (1) a une certaine épaisseur, car elle paraît parfois limitée par un double contour. Si on l'examine dans l'état de distension, elle semble, dans tous ses points, anhiste, transparente, sans structure appré- ciable. Si on la considère alors qu'elle est en partie vidée, certains points paraissent encore anhistes et transparents, tandis que dans d'autres on aperçoit de petites lignes sinueuses s'entre- croisant irrégulièrement. Sont-ce des fibres réelles, ou bien n'est-ce que la substance précédente plissée en certains points? Quoi qu'il en soit, ces lignes sont limitées par des contours nettement accusés. Leur longueur est généralement peu considérable. Elles com- mencent et elles finissent d'une manière insensible. Bien que leur direction soit assez irrégulière, la plupart sont parallèles au grand axe du tube ou à la courbure de son extré- mité close. Si maintenant nous étudions le contenu du tube hépatique, nous y trouvons : i" Des globules de graisse ^2) de toutes les dimensions, les uns libres, les autres renfermés dans des cellules que nous dé- crirons plus tard. Ces globules gênent beaucoup l'examen microscopique, alors qu'on examine le tube entier. (1) Tome IX, 1. 10, p. fig. 15, P. (2) Id., fig. 15, g. 26 V. LEWOI!\K. 2' Des cellules remarquables par leurs dimensions (1). Si on les examine en place, par suite de pressions réciproques^ elles sont irrégulièrement polyédriques ; si on les considère dis- sociées, leurs contours deviennent arrondis. Les unes sont nettement circulaires, d'autres elliptiques, d'autres ovoïdes (2). Elles sont loin d'avoir toutes les mômes dimensions. Leur paroi est assez épaisse (3). Constamment elles renferment un noyau transparent, arrondi et de dimensions considérables (4). Parfois môme le noyau remplit presque entièrement la cel- lule, de sorte qu'entre le noyau et la paroi il ne reste qu'un espace peu considérable, quelquefois annulaire, quelquefois re- présentant une sorte de croissant. Le noyau offre le plus souvent à son centre un nucléole bril- lant (5)." 11 n'est pas rare de rencontrer des cellules renfermant deux, trois et jusqu'à quatre noyaux. D'une autre part, souvent les noyaux sont aperçus sortis de la cellule qui les contient, et leurs dimensions, relativement considérables, pourraient, au premier abord, les faire prendre pour de véritables éléments cellu- laires. Parfois l'intérieur de la cellule est nettement transparent, parfois finement granuleux. Telles sont les parties inhérentes à la cellule elle-môme. Le plus souvent elle est remplie de globules graisseux (6) de toutes les dimensions qui masquent plus ou moins complète- ment le noyau. On peut, en outre, trouver dans le tube hépatique des glo- bules sanguins. (1) Tome IX, pi. -10, fig. 15-16, c. (2) kl., fig. 16. (3) Id., P. {Il) Id., n. (5) Id., 0. (6) PI. 10, fig. 16, g. ANATOMIE DE l'ÉCREVISSE. 25 Nous avons souvent rencontré de petites tablettes de substance jaunâtre. Du lesticulc. Voici comment M. Milne Edwards le décrit [Histoire natu- relle des Crustacés, t. î, p. 'IGl] : « Chez VÉcrevisse de rivière, les vaisseaux sécréteurs capil- laires qui composent le testicule sont agglomérés de façon à former une masse glandulaire (1 ) très-nettement limitée et pré- sentant trois branches dont deux (2), dirigées en avant, se pla- cent sur les côtés de l'estomac et une se porte en arrière (3) sous le cœur. » Du point de réunion de ces trois portions, il naît de chaque côté (4) un canal excréteur qui est long et étroit, se contourne sur lui-même et se termine enfin dans l'article basilaire de la dernière patte (5) . » Les autres indications que nous avons trouvées dans les au- teurs sont surtout relatives à l'étude de la liqueur séminale. Citons à ce sujet : Henle, Ueber die Gattung Branchiobdella [Millier s Àrchiv fiir Anat. und Physiolog., 1835, pi. l/i, fig. 12) ; Siebold, Ûeber die Spermatozoen [Mûllefs Ârchiv fiir Anat. und Phys., 1836, pi. .3, fig. 2li) ; MsiiuW [Anatom. micr., 2' série, pi. 10, fig. 13), et surtout Kôlliker [Observations pour servir à Ihistoire des organes sexuels et du liquide séminal des Crustacés [Ann. des sciences naturelles., 2^ série, t. XIX, p. 335)„ Si l'on étudie le testicule de l'Écrevisse à des grossissements faibles, on reconnaît facilement qu'il est formé de lobes de différents ordres dont l'élément constitutif est représenté par une multitude de petits grains. (1) Tome IX, pi. 11, fig. 1, T, fig. 2. (2) Id., fig. 2, a, a'. (3) Id., P. (û) Id., G. (5) Id., fig. 1, C, E. 26 T. LEIWOIWE. Ces grains, examinés à un grossissement plus considérable, apparaissent, comme des culs-de-sac arrondis dont l'orifice est relativement étroit. Rien de plus variable que les dimensions et la forme de ces culs-de-sac. On en rencontre dans le voisinage les uns des autres qui varient comme grandeur du simple au double et même au triple. Leur forme générale est arrondie (1), mais la plupart sont ovalaires, irrégulièrement bursiformes ou bien aplatis par suite de pressions réciproques. Le goulot (2), bien que relativement étroit, présente égale- ment bien des variations comme lons;ueur et comme diamètre. Les orifices de plusieurs culs-de-sac voisins s'ouvrent généra- lement les uns à côté des autres dans un canal excréteur commun. Puis ces divers canaux excréteurs se fusionnent pour n'en plus constituer qu'un seul, de dimensions beaucoup plus consi- dérables, qui n'est autre chose que le canal excréteur que nous pourrons appeler spermatique ou efférent. La paroi (o) des culs-de-sac du testicule est nettement limitée par un double contour présentant de distance en distance des corpuscules de tissu conjonctif (4) qui, vus de profil, paraissent allongés et elliptiques. Quant au contenu de ces culs-de-sac, des recherches prolon - gées nous ont fait reconnaître qu'il consiste en des cellules présentant deux types et probablement aussi deux fonctions distinctes. Les unes (5) ne sont autre chose que les corpuscules décrits par Kolliker. Ils ne nous ont pas paru renfermer rien qu'on puisse assimiler à des spermatozoïdes. (1) Tome IX, pi. 11, fig. 3. (2) Id., G. (3) Id., &g. 3, P. (4)ild.,a. (5)ild., fig. 3,D, fig. à. ANÂTOMIE DE l'éCREVISSE. 27 Quant aux autres cellules (1), bien distinctes des précédentes par leurs dimensions plus considérables, la minceur de leur paroi, nous croyons pouvoir les considérer comme le siège véri- table du développement de spermatozoïdes, rentrant, par leur forme et leurs mouvements, dans le type ordinaire. Ces deux sortes de cellules paraissent le plus souvent se déve- lopper côte à côte dans le même cul-de-sac, mais généralement une des formes domine de beaucoup comme nombre. Parfois même certains culs-de-sac paraissent exclusivement contenir les uns ou les autres. Ce serait là, du reste, le cas de beaucoup le plus rare. Ce développement simultané de deux sortes d'éléments les uns à côté des autres nous reporte au mode de développement de certains organes végétaux : nous voulons parler des anthères dans lesquelles un certain nombre de cellules se transforment en grains de pollen, taudis que les autres, subissant une destinée toute différente, servent à la dissémination des précédentes. Les corpuscules à prolongements du sperme de l'Écrevisse joueraient-ils un rôle dans le mode d'expulsion de ce liquide? C'est une hypothèse que nous aurons occasion de revoir plus loin. Ces deux sortes d'éléments nous avons eu également occa- sion de les étudier dans la liqueur séminale du Homard. Commençons par la description des corpuscules à prolonge- ments de l'Écrevisse (2) . D'après les auteurs précédemment cités qui se sont occupés de cette question, ces corpuscules consisteraient en de petites vésicules sphériques ou lenticulaires d'où partent en rayonnant deux ou plusieurs appendices styliformes. Nous croyons que ces deux sortes d'aspects dépendent du sens suivant lequel se présentent les corpuscules. Quand on les voit de face (3), ce qui est le cas le plus fréquent, ils ont une forme (1) Tome IX, pi. 11, fig. 3, E. (2) Id., fig. 4. (3) Id., H. 28 V. LEMOINR. régulièrement arrondie et tous les points de leur pourtour paraissent munis d'appendices. Si on les voit complètement de profil (1), ils présentent une forme un peu lenticulaire et les deux extrémités de la zone médiane sont seules munies d'appendices; enfin le corpuscule peut se présenter dans toutes les positions intermédiaires, d'où de grandes diversités apparentes comme forme et comme mode d'insertion des filaments. La paroi (2) du corpuscule est remarquable par sa minceur contrastant avec l'épaisseur des parois d'un élément qui y est constamment contenu. Cet élément (3) caractéristique se présente dans les corpus- cules vus de face comme un anneau à contours très-épais et d'apparence bleuâtre. L'intérieur de cet anneau offre généralement un petit cercle (4) transparent qui tantôt correspond au milieu même de l'anneau, tantôt se rapproche plus ou moins de sa paroi, tantôt enfin cesse d'être visible. On trouve l'explication de ces différences d'aspect dans l'exa- men des corpuscules spermatiques vus de profil (5). L'anneau en question se présente alors comme une sorte de demi-sphère (6) plus ou moins irrégulière présentant deux ou- vertures, l'une plus large figurant l'anneau, l'autre beaucoup plus étroite représentant le petit cercle intérieur. Le sens suivant lequel se présente l'axe qui passe par ces deux ouvertures peut expliquer combien d'aspects divers doit présenter l'élément inclus dans le corpuscule. Cet élément doit-il être considéré comme le noyau de la cellule? Parfois on reconnaît, en outre, un ou deux nucléoles, petits, sphériques, d'aspect brillant et bleuâtre. (1) Tome IX, pi. H, I. (2) Id., P. (3) Id., e. (4) Id.,c. (5) Id., fig. 4, 1. (6) Id., e'. ANATOMIE D£ l'ÉCREVISSE. 29 L'élément annulaire, contenu dans la cellule, quelquefois en occupe le centre, parfois se rapproche plus ou moins d'un des points de la périphérie. Arrivons à la description des appendices (1) du corpuscule. Ils nous ont paru s'insérer dans un même plan correspondant à la partie moyenne du corpuscule lenticulaire. Les différences apparentes que l'on trouve à l'examen s'e'xpliqueraient par le sens suivant lequel est vu l'élément. Les prolongements se présentent comme de longs filaments à contours extrêmement minces, très-effilés sur presque toute leur longueur et se renflant seulement à leur base qui paraît se continuer avec la paroi même du corpuscule. Jamais ils ne nous ont semblé avoir de rapports de continuité avec l'élément annulaire qui y est inclus. Leur nombre est très- variable, nous en avons compté de deux à treize; parfois il n'y eu a pas de visibles (2). Quant à leur disposition relative, dans des cas du reste assez rares, elle nous a paru offrir une grande régularité : tous les filaments décrivant une légère courbe dans le môme sens. Le plus souvent, il n'en est pas ainsi. Parfois, ils se dirigent tous dans le même sens, et leurs diffé- rentes extrémités s'accolent de façon à former un seul faisceau ; d'autres fois, certains filaments se dirigent dans un sens, d'autres dans un autre. Les corpuscules et leurs filaments sont remarquables par leur immobilité. Il nous est arrivé néanmoins de voir un filament se replier lentement et venir s'appliquer, soit sur un filament voisin, soit sur la paroi elle-même avec laquelle il paraissait se confondre. Parfois, nous avons vu un phénomène inverse se produire et de nouveaux filaments devenir visibles. Les variations de nombre des filaments trouveraient donc une explication toute naturelle dans leur accolement ou leur isole- ment par rapport à la paroi ou aux filaments voisins. (1) Tome IX, pi. 11, a. (2) Id., J. 50 Y. LEMOinie. C'est ainsi que des corpuscules peuvent se présenter sans aucun filament. Notons enfin que fréquemment ces corpuscules, au lieu d'être arrondis ou lenticulaires, présentent des contours polyédriques (1) par suite de pressions réciproques. Tel serait, selon nous, leur aspect au moment de leur forma- tion dans les culs-de-sac du testicule. Puis, les éléments, deve- nant libres les uns ^ar rapport aux autres, prendraient une forme arrondie, lenticulaire; enfin, à un degré plus parfait, apparaîtraient les filaïuents qui, selon les circonstances, reste- raient perpendiculaires à la paroi ou viendraient s'appliquer à sa surface. Les corpuscules spermatiques contiennent-ils des spermato- zoïdes comme les cellules avoisinantes? Nous ne le croyons pas. Le plus souvent, en effet, ils n'en présentent aucune trace; quand parfois nous en avons aperçu à leur niveau, il nous a toujours semblé que c'était uniquement à leur surface, car le moindre mouvement imprimé à la préparation éloignait les spermatozoïdes. Nous ne pensons donc pas qu'on puisse consi- dérer les corpuscules à prolongements du sperme comme des spermatophores. Quant aux cellules à spermatozoïdes (^:2) , elles se distinguent très-nettement des corpuscules spermatiques, dans le voisinage desquels elles se développent, à la fois par leurs dimensions, l'absence d'anneau et de filaments, et la présence de spermato- zoïdes rentrant complètement da^is le type normal. Les cellules à spermatozoïdes, bien qu'assez irrégulières comme volume, sont généralement beaucoup plus considérables que les corpuscules spermatiques, qui ont au contraire des di- mensions toujours à peu près les mêmes. Les cellules à spermatozoïdes sont arrondies, plus ou moins ovalaires. Parfois ou en voit deux accolées, parfois nous avons remarqué des traces de divisions moins complètes semblant (1) Tome IX, pi. 11, fig. 4, J. (2) Id., fig. 3, E. ANATOMIE DE l'éCREVISSE. 31 indiquer que ces cellules peuvent se multiplier par scissiparité. La paroi est mince et transparente, ainsi qu'on peut surtout s'en rendre compte alors que tous les éléments contenus se sont échappés (1). Quand, au contraire, les spermatozoïdes sont encore contenus, le plus souvent ils sont à peu près également répandus dans les divers points de la cellule, mais parfois ils forment une niasse homogène, alors la cellule qui les contient est beaucoup plus considérable. Se développeraient-ils en réalité dans un noyau (2) de grandes dimensions, contenus dans la cellule, et ces noyaux devenant eux-mêmes libres, on s'expliquerait comment des éléments de même sorte peuvent autant différer comme volume, car les plus gros éléments seraient des cellules véritables et les autres de simples noyaux. Quoi qu'il en soit, c'est là une question que nous ne croyons pas encore pouvoir complètement résoudre. Les spermatozoïdes (3) se présentent comme des corps arrondis d'une petitesse extrême; ils ont un contour assez épais et un aspect bleuâtre qui rappelle celui de l'élément contenu dans les corpuscules. Les dimensions des spermatozoïdes sont quelque peu variables. Tantôt ils présentent, en un point de leur contour, un fdament extrêmement court et grêle; tantôt on n'aperçoit pas de fila- ment, mais le centre du spermatozoïde offre un petit point; tantôt on ne voit ni filament ni point. Uu examen plus approfondi permet de reconnaître que le même spermatozoïde peut présenter successivement ces diffé- rents aspects qui paraissent dus uniquement aux différentes situations du petit prolongement en question, celui-ci passant quelquefois inaperçu, d'autres fois étant vu de face ou de profil! Parfois, deux, trois spermatozoïdes, sont unis par le filament en question. (1) Tome IX, pi. 11, E'. (2) Id., n. (3) Id., S. 32 Y- LEMOIKE. Les spermatozoïdes sont animés d'un mouvement très-appré- ciable qui parait différer du mouvement brownien, car il nous a semblé ne pas exister quand le sperme était pris sur une Écrevisse morte déjà depuis quel(|ue temps. Après avoir étudié le contenu des culs-de-sac glandulaires du testicule, voyons ce que deviennent ces divers éléments dans les canaux eff"érents. Ces canaux (1) consistent en un long tube, d'abord assez grêle, puis s'élargissant et se contournant un très-grand nombre de fois sur lui-même. Ce tube, sur presque toute sa longueur, est remarquable par le développement de sa cavité et la minceur de ses parois ; ce n'est que près de son extrémité terminale qu'on voit les parois prendre une épaisseur très-considérable aux dépens de la cavité qui se trouve réduite au quart ou au cinquième de ce qu'elle était d'abord ; toutefois, elle présente encore une dilatation fusiforme très-appréciable, un peu avant l'orifice extérieur, au niveau duquel elle s'évase. Quant à la paroi du tube à ce niveau, elle n'est pas régulière- ment calibrée ; mais elle nous a paru offrir successivement, à partir du point où elle s'épaissit, une dilatation fusiforme, une partie resserrée, une seconde dilatation fusiforme, une nouvelle portion plus mince, enfin un renflement terminal, court et cylin- drique, aboutissant à l'extrémité extérieure du tubercule de la base de la cinquième paire de pattes (2). Le contour du tube dans le point que nous étudions est égale- ment remarquable par une série de très-petites dentelures qui indiquent le contour extérieur de fibres circulaires très-nettes. L'étude histologique des parois des canaux etférents permet d'y reconnaître à la fois du tissu conjonctif et des fibres muscu- laires striées très-nettes (o) ; celles-ci deviennent fort abon- dantes au niveau de l'épaississement de la partie terminale des canaux. (1) Tome IX, pi. 11, fig. 1, 2, CE. (2) PL 6, f.-. 2, T. T. (3) PI. 10, li- 7. ANATOMiE DE l'ÉCREVISSE. 33 Passons à l'examen du liquide contenu dans ces tubes efTé- rents. Celui-ci, d'abord transparent dans le quart ou le tiers supé- rieur de ces canaux, devient ensuite blanc et opaque, ce qui permet de l'étudier dans tous ses détails de direction. Il représente, en efîet, un cylindre parallèle le plus souvent au tube à parois transparentes, qui le contient. Parfois la substance blanchâtre, comme trop à l'étroit, se boursoufle, se contourne, de façon à présenter des replis en zig- zag dans l'intérieur de son enveloppe. Cette substance est remarquable par-dessus tout par sa pro- priété hygrométrique. Si, en eflFet, après avoir détaché les ca- naux en question et les avoir déposés sur une lame de verre, on vient à les humecter, on les voit se vider peu à peu de la sub- stance blanchâtre, soit parleur extrémité inférieure, soit par les solutions de continuité qui peuvent se produire sur leurs parois. C'est au point qu'au bout d'un certain temps celles-ci finis- sent par rester complètement vides. Cette évacuation de la matière contenue parait due bien plu- tôt à la matière elle-même qu'à ses parois, bien que celles-ci possèdent, comme nous l'avons vu, des fibres musculaires striés. La matière blanchâtre s'échappe, en effet, de ces conduits, aussi bien longtemps après la mort de FÉcrevisse que sur l'Écre- visse vivante. On ne peut donc dans le premier cas invoquer exclusivement la contraction musculaire, qui serait du reste complètement in- capable de vider complètement le conduit. Ajoutons que le canal efférent vide du liquide spermatique ne semble pas avoir diminué de diamètre, sa cavité paraissant être restée la même. Cette propriété du liquide des canaux spermatiques aurait peut-être une véritable portée physiologique au point de vue de la fécondation. On s^ expliquerait, en effet, comment chez l'Écrevisse, privée d'organe copulateur proprement dit, la matière fécondante sous l'influence de l'eau sort peu à peu des conduits qui la renferment, 5e sciio, ZooL. T. X. (Cahier 11" 1.) 3 3 tk ^- LEMOINE. et progresse dans l'espèce de gouttière formée par les appen- dices abdominaux sous-jacents jusqu'à l'orifice vulvaire de la femelle, si toutefois le sperme pénètre dans ces organes. M. Milne Edwards émet, en effet, des doutes sur la réalité d'une copulation véritable chez les Décapodes macroures et les autres Crustacés, où il n'existe pas de réservoir pour la liqueur spermatique : « S'il y avait, dit-il {loc. cit., p. 175), une véritable copula- tion, comme on l'admet généralement, il serait difficile de com- prendre comment les œufs qui remplissent tout l'ovaire, et dont les premiers sont pondus longtemps avant que les derniers ne soient développés, recevraient le contact de la liqueur séminale. » Mais il n'y a pas d'observation directe qui prouve l'existence d'une copulation semblable, et l'absence d'une poche copulalrice nous porte à penser que chez ces animaux les œufs ne sont fé- condés par le mâle qu'au fur et cà mesure de leur ponte, comme cela a lieu chez les Grenouilles, ou bien après qu'ils sont tous sortis du corps de la mère, et qu'ils sont suspendus aux appen- dices de son abdomen. » Peut-être pourrons-nous invoquer une autre hypothèse basée sur deux sortes de remarques. Parmi les nombreuses Écrevisses soumises à nos expérimentations, il nous est assez souvent arrivé de rencontrer des femelles dont toute la partie postérieure du thorax, depuis la troisième patte jusqu'à l'origine de l'abdomen, était recouverte par une couche épaisse d'une matière blanche, opaque, assez résistante, fortement adhérente, qui n'était autre chose que du liquide séminal concrète. Chez quelques-unes de ces femelles, il y avait des œufs déjà pondus, chez d'autres pas. Une fois entre autres, nous avons pres([ue assisté à ce mode de fécondation ; nous disons presque, car, obligé de nous rendre au dehors, nous n'avons pu assister qu'à la phase initiale, et puis constater le résultat final. Nous conservions depuis quelque temps une Écrevisse mâle extrêmement vive, à côté de laquelle fut déposée une Écrevisse femelle. Notre surprise fut grande de voir l'Ècrevisse mâle, à plusieurs ANATOMIE DE l'éCREVISSE. 35 reprises, se hisser pour ainsi dire sur le dos de l'Écrevisse fe- melle, la saisissant avec ses pattes, tentant, à ce qu'il nous a paru, de la renverser. Quand il nous fut possible de continuer cette observation, nous retrouvâmes l'Écrevisse femelle étendue sur la réeion dorsale, toute la partie postérieure de la face inférieure du thorax, à partir de la troisième patte, se trouvant recouverte d'une couche assez épaisse de Uqueur séminale. On en retrouvait même des traces ayant conservé la forme cylindrique du tube efférent sur la face inférieure des palettes de l'extrémité caudale, qui étaient venues se mettre eu contact avec l'extrémité postérieure de la région thoracique. Les orifices vulvaires ne présentaient rien d'analogue dans leur cavité. Le sperme serait donc déposé par le mâle sur les derniers anneaux thoraciques auxquels il adhérerait intimement par suite même de sa nature, et les œufs en sortant des orifices vul- vaires, et en se transportant sous la région caudale, recevraient le contact du liquide fécondant. D'une autre part, voici ce que nous avons été à même d'observer pour la liqueur séminale sortie des canaux efférents, et déposée sur une lame de verre : Le cylindre blanchâtre ainsi obtenu se recouvre peu à peu d'une couche plus liquide, plus transparenle, opalescente, rappelant le liquide spermatique des autres animaux, et presque uniquement composée de Spermato- zoïdes. Pourquoi la même chose ne se produirait-elle pas pour le sperme déposé par le mâle sur l'Écrevisse femelle, les Sperma- tozoïdes se concentrant pour ainsi dire à la surface extérieure au contact même des œufs ? ;_ Quant à l'examen microscopique du liquide contenu dans les canaux efférents, il nous a fait reconnaître les mêmes éléments que dans le testicule lui-même, à savoir : 1' Des corpuscules avec leurs anneaux, leurs filaments et leurs différents aspects. Nous nous demandons même si les parois des canaux efférents 36 \. LEMOIKi;. ne concourent pas à former de ces corpuscules, car ils semblent constituer à leur niveau une couche presque continue. 2" Des cellules à Spermatozoïdes, les unes à l'état de vacuité, les autres encore remplies. Nous avons pu noter à une certaine distance du testicule des traces bien apparentes de segmentation dans quelques-unes de ces cellules, ce qui semblerait indiquer que leur multiplication continue, même en dehors des culs de-sac testiculaires où elles se forment. o° Des Spermatozoïdes réunis en amas, et d'autant plus nom- breux qu'on se rapprochait de l'extrémité terminale des canaux efîérents. De la glande verte. Nous désignons ainsi un organe double de forme ovalaire, de couleur verdàtre, situé à la partie antérieure et inférieure de la région céphalo-thoracique (1), immédiatement au-dessus et en arrière de la base des antennes externes, de chaque côté des pédoncules cérébraux ('i) et de l'estomac. Cet organe d'aspect glanduleux, par son volume et sa cou- leur spéciale, avait déjà depuis longtemps fixé l'attention des observateurs. M. Milne Edwards en signale l'existence dans son Histoire naturelle des Crustacés (t. I, p. 125) et, malgré leur intime con- nexion avec l'appareil dit auditif, les considère comme devant avoir d'autres usages, mais non encore spécifiés. Carus {Traité élément, d'anatomie comparée, t. If, p. 2/ïO), se fondant sur le voisinage de l'œsophage et de l'estomac, tend à considérer ces organes comme des cdandes salivaires. Rose! {/nse/^^e/i Belustigwuj^ t. 111, p. 322) leur attribue une destination analogue. Will et Gorup Besanez {Giianine in ivcseiuliche Best'md- theile gerwisser Secrète wirbelloser Thierc, in Gelehrte Anzeigen (i) Tome IX, pi. M, fig. 1, G, V. PI. 6 fig. 1, F. ANATOMIIi: DE L liCREVISSE. S7 lier K. haier. Akad. der Wissensch., 18/i8, t. XXVII, p. 825) ont trouvé dans cette glande verte une matière analogue à la guanine. Dans ses Leçons sur la physiologie et Vanatomie comparée de l^ homme et des animaux, M. Milne Edwards, se fondant sur cette analyse, sur l'impossibilité de trouver aucune connexion entre cette glande et l'appareil digestif, enfin sur un orifice qui, chez la Langouste, s'ouvrirait au centre du tubercule auditif et pa- raîtrait communiquer d'autre part avec l'organe en question, émet la possibilité que ce soit là un appareil urinaire. Dans les premières recherches que nous avons faites au sujet de cette glande sur l'Ecrevisse, nous avons été arrêté par l'im- possibilité de trouver aucune connexion réelle entre cet organe et les parties voisines. On arrivait à énucléer complètement la glande sans détruire autre chose que des filaments purement vasculaires. Ni la face inférieure, ni la circonférence n'offraient rien qu'on pût assimiler à un canal excréteur rompu. Plus tard, nous arrivâmes à reconnaître à la face supérieure de l'organe en question un réservoir de dimensions relative- ment considérables (l), mais dont les parois se trouvaient le plus souvent déchirées pendant l'ouverture de la carapace. Ce réservoir, dans des dissections faites avec des précautions spéciales, se présenta plusieurs fois en partie rempli de liquide. Nous pûmes y injecter à notre tour de l'eau, de l'air, étudier sa forme, son volume, ses limites d'extensibilité, ses connexions d'une part avec la glande, d'autre part avec les parties voisines. Nous reviendrons plus loin sur ces diverses questions. Commençons par étudier la glande elle-même. De la glande verte (2). — Elle occupe l'espace situé entre l'antenne externe et les mandibules. On trouve, en effet, à ce niveau une fossette de forme ova- laire dont la petite extrémité est tournée en avant et la grosse en arrière. (1) Tome IX, pi. 11, fig. 1, 22. (2) PI. 11, fig. 1,5, 6. â8 V. LEMOINE. Cette fossette est formée par la base de l'antenne externe, au-dessus du tubercule dit auditif (1), la pièce sternale suivante et une partie de la dépression où sont logés les muscles destinés à mouvoir la lèvre antérieure. Les axes des deux fossettes ne sont pas parallèles, mais ten- dent à se rapprocher en arrière, de telle façon que les organes contenus, séparés par un léger espace en avant, deviennent contigus dans le reste de leur étendue. Toute cette fossette est tapissée par le tégument qui se pro- longe vers la base de l'antenne externe, isolant ainsi la glande des parties voisines de la carapace. Telles sont les limites antérieure et postérieure de cette dé- pression. En dehors, la limite de la glande est assez nettement tracée par la partie inférieure du sillon circulaire, plus ou moins pro- fond, qui divise le bouclier thoracique de la carapace en régions gastrique, cardiaque et branchiale. En dedans, les deux glandes, séparées tout d'aljord l'une de l'autre par la bosselure médiane de la pièce sternale, viennent se mettre en contact dans une partie de leur étendue. La glande a une forme irrégulièrement ovalaire. Elle nous présente à étudier deux faces, deux bords et deux extrémités. La face inférieure convexe (2) est remarquable par son aspect lisse et uni au premier abord, et sa coloration unifor- mément verte. C'est cette face qui est contenue dans l'intérieur de la fossette précédemment décrite et à laquelle elle n'adhère en aucun point. Un examen plus approfondi, surtout si l'on a recours à la loupe, permet de reconnaître sur cette face un certain nombre de bosselures, de formes et de dimensions variables qui lui donnent en réalité l'aspect mamelonné. (1) Tome IX, pi. 1, fig. 2, /; pi, H, %. 9, T,A. (2) Id., %. 6. ANATOMIE DE l'éCREVISSE. 39 Si l'on a recours à un inslrunient plus grossissant, les lobes en question paraissent formés chacun d'un très-grand nombre de granulations arrondies, appliquées les unes contre les autres. Nous aurons un peu plus loin occasion d'étudier leur nature. La face supérieure est plane (1) et même un peu concave. Elle est loin d'offrir l'uniformité d'aspect de la face inférieure. On y remarque, en effet, une zone extérieure ("2) de couleur verdàtre, formant conmie une sorte de bourrelet, et se sub- divisant en mamelons comme les parties de la glande que nous avons déjà eu occasion d'étudier. Dans l'intérieur de cette zone se trouve un espace d'aspect blanchâtre (o), présentant lui-même, non loin de son centre, plus près toutefois de son extrémité antérieure, un espace irré- gulièrement ovalaire et jaunâtre (li). Le bord externe de la glande offre parfois une courbure très- prononcée {r^J, formant un angle arrondi, et se trouve en rapport avec la partie correspondante de la carapace. Son bord interne (6) est généralement moins convexe, par- fois néanmoins on trouve à ce niveau un angle plus ou moins prononcé. Nous avons déjà vu comment ce bord interne vient se mettre en contact dans ses deux tiers moyens avec le bord interne de l'autre glande, de telle sorte que les deux pédoncules cérébraux se trouvent situés à ce niveau, au-dessus de la glande qui les sépare de la carapace. Il serait donc assez difficile d'arriver en ce point sur ces portions du système nerveux. Mais il n'en est plus de même en avant. Là il existe un espace triangulaire cor- respondant à cette saillie extérieure que nous avons eu occasion de décrire à propos des expérimentations sur le système ner- veux. (1) Tome IX, pi. H, %. 5. (2) Id., , V. (3) Id. ,B. W Id., J. (5) W.; ,E. (6) Id. , I. llO ' V. Ll-MOHME. On arrive directemenî en ce point sur les pédoncules céré- braux, que l'on peut inciser sans craindre les lésions voisines. L'extrémité antérieure (1) de la glande se moule sur la partie de la fossette correspondant à la base de l'antenne externe. Quelquefois elle constitue un véritable bord antérieur. L'extrémité postérieure (2), généralement plus considérable et représentant la grosse extrémité de l'ovoïde, est reçue dans une dépression formée par la partie correspondante de l'œso- phage et de la paire de mandibules. Ces deux extrémités, ainsi que les deux bords et toute la face inférieure, s'énucléent très-facilement des parties voisines et ne présentent aucun prolongement que l'on puisse assimiler à un canal excréteur. Si maintenant nous arrivons à faire différentes coupes pour étudier l'intérieur de l'organe, nous voyons que cette partie est formée d'un tissu blanchâtre identique avec celui que nous avons étudié à la face supérieure de la glande. Celle-ci peut donc être considérée comme formée par deux sortes de substances : lune, externe, corticale, mince, d'aspect verdâtre; l'autre, interne, médullaire, blanchâtre, formant une masse semi-ovoïde. On arrive même à séparer assez facilement par énucléation la substance blanche de la substance verte, de telle façon que la première constitue une coque verdâtre (3) fort mince, présen- tant un très-grand nombre de petites granulations d'appa- rence verdâtre, séparées par des espaces plus pâles. Cette coque est ouverte supérieurement suivant le contour verdâtre indiqué à la face supérieure de la glande. Quant à la substance blanchâtre, elle forme un amas à face inférieure convexe, à face supérieure légèrement plane, et présentant l'îlot de substance jaunâtre qu'on arrive également facilement à séparer par énucléation, de telle sorte que la sub- (1) Tome IX, pi. 11, fig. 5 et 6, A. (2) Id., P. (3) Id., %. 7, V. ANATOMIE DE l'ÉCREVISSE. Ûl stance blanchâtre présente une petite dépression au même niveau. L'union des substances verte et blanche paraît se faire par des filaments très-grêles, sauf en un point où l'adhérence (1) semble plus étendue et plus intime. L'îlot de substance jaunâtre s'unit également par un prolon- gement assez large à la substance blanchâtre (2). Quant à cette dernière substance, elle ne forme pas, en réaUté, une masse arrondie, comme il semblerait tout d'abord; mais on arrive facilement à la transformer en une longue bande sinueuse (3), recourbée sur elle-même en replis plus ou moins irréguliers et venant se mettre en contact par un de ses côtés avec les divers points de la cavité de la coque ver- dâtre. Ce long ruban adhère par son extrémité inférieure à la sub- stance en question, à la partie profonde et postérieure de son bord externe (/i). Il est d'abord relativement assez mince, puis il augmente, présente un très-grand nombre de sinuosités, des points plus larges, des points plus étroits et vient se terminer par son autre extrémité au niveau de la partie postérieure et externe de la glande, justement au point où vient s'insérer le réservoir (5), de telle sorte que ce dernier peut être considéré comme un véri- table épanouissement de la substance blanchâtre. Cette dernière est accompagnée, sur toute sa longueur, par une artère assez importante qui suit sa direction et tous ses con- tours. C'est près de l'extrémité supérieure du ruban de substance blanchâtre que vient s'attacher l'îlot de substance jaunâtre (6). Nous croyons donc qu'on peut considérer la glande comme fl) Tome IX, pi. 11, A. (2) Id., G. (3) Id., B. (4) Id., A. (5) Id., fig. 7 et 10, R. (6) Id., fie:. 7, J. li'2 V. LEIMOI!«E. formée d'une coque verdàtre, substance sans doute esseniielle- meut active, versant le produit de sa sécrétion dans un long conduit irrégulier, mamelonné, recourbé sur lui-même, rece- vant également un diverticulum de substance jaunâtre et finis- sant par former une dilatation considérable, véritable réser- voir que nous verrons plus loin venir s'ouvrir au niveau de l'orifice de la membrane dite tympanique. Étudions maintenant au point de vue histologique la coque de substance verte, l'îlot de substance jaunâtre, le ruban de substance blanchâtre et les moyens d'union de ces diverses parties. Nous avons vu plus haut que la substance verdàtre présente à sa surface extérieure un grand nombre de mamelons. Ces ma- melons se subdivisent en granulations visibles à la loupe et même parfois à l'œil nu. Or, le microscope permet de recon- naître que chacune de ces granulations est une petite cavité plus ou moins sphérique et tapissée d'éléments celluleux (1). La plupart de ces cavités nous ont paru isolées les unes des autres, et nous sommes même arrivé à en voir qui se conti- nuaient très-nettement avec un long tube se plongeant dans la substance blanchâtre. Quoi qu'il en soit, nous croyons pouvoir considérer la sub- stance corticale comme essentiellement formée de petits sacs glandulaires agglomérés les uns contre les autres. La paroi ('2) de ces éléments, parfois d'une épaisseur fort appréciable, paraît formée d'une substance légèrement fibril- laire, bien ([u'en certains points il soit impossible de reconnaître traces de fibres. Quant aux éléments qui tapissent l'intérieur du cul-de-sac, ils sont de dimensions inégales et paraissent être les uns des cellules et les autres de simples noyaux. Les éléments cellulaires (3), de beaucoup les plus considé- rables, se présentent comme de petites sphères plus ou moins (1) Tome IX, pi. 11, fig. 8. (2) Id., fig. 8, P. (3) Id., C. ANATOMIE DE l'éCREVISSE. Û3 déformées par des pressions réciproques, l.eurs parois parais- sent minces et transparentes. Au milieu de la substance très-finement granulée qui les remplit, on peut très-facilement distinguer les éléments nu- cléaires (1). La plupart des cellules ne contiennent qu'un seul noyau, mais parfois on peut en distinguer deux, trois et jusqu'à quatre. Ces noyaux varient comme forme et comme volume ; on en trouve d'arrondis, d'ovalaires, d'allongés. Ce sont les premières parties qui attirent l'œil dans l'examen histologique, aussi est-on tout d'abord porté à les considérer comme des cellules ; ce n'est que plus tard qu'on arrive à distinguer les cellules véri- tables, dont le plus grand nombre se trouvent masquées parles éléments nucléaires en question. Ceux-ci ont une paroi relativement épaisse, à double contour, le contour intérieur paraissant irrégulièrement crénelé, de façon à simuler parfois comme une série de petites granulations se faisant suite. Le contenu du noyau est granuleux, et renferme des nucléoles en nombre variable, parfois nous en avons compté jusqu'à sept ou huit. Quant à la couleur verdâtre de la substance en question, elle nous a paru produite par des granulations verdâtres et jau- nâtres, semblant abonder surtout au niveau de celluJes des culs- de-sac ('2). Il en résulte que les espaces situés entre les culs-de-sac paraissent blanchâtres. L'étude histologique de l'îlot de substance jaunâtre permet également d'y reconnaître des culs-de-sac remplis de cellules analogues à celles que nous venons de décrire. La différence de coloration paraîtrait due à ce qu'ici les gra- nules pigmentaires sont plus jaunâtres. Le ruban de substance blanchâtre paraît offrir une cavité unique sur toute sa longueur ; mais cette cavité semble présen- (1) Tome IX, pi. 11, N. (2) PI. 11, fig. 3, V. ter un très-grand nombre de replis irréguliers s'entrecroisant dans tous les sens. Le nombre et les dimensions de ces replis internes semblent diminuer vers l'extrémité supérieure de la bande de substance blanchâtre . A ce niveau, elle offre une paroi unie se continuant avec celle du réservoir. Outre ces replis, le ruban de substance blanche est recouvert d'un très-grand nombre de culs-de-sac venant s'ouvrir dans sa cavité. Les éléments qui tapissent ces culs-de-sac, et du reste toute l'étendue des parois du ruban blanchâtre, ne paraissent pas dif- férer des éléments nucléaires observés dans la substance verte et jaunâtre. Les culs-de-sac et les replis si nombreux que présente la bande de substance blanchâtre lui donnent, à un faible grossis- sement, l'aspect d'une sorte de ruban, formé par un très-grand nombre de granulations inégales et irrégulières. L'extrémité inférieure de la bande de substance médul- laire se continue directement avec la paroi de la substance corticale. Cette adhérence est-elle produite par un très-grand nombre de petits fdaments ou par un canal unique ? Nous pencherions plutôt pour cette dernière hypothèse. Quant aux adhérences du reste de la coque verdâtre avec les replis de la substance blanchâtre, elles nous ont paru se faire par l'intermédiaire de fdaments plus ou moins grêles, que nous avons eu l'occasion d'apercevoir attachés encore, soit à la sub- stance corticale, soit à la substance médullaire. Parfois même ces filaments, se continuant avec la substance blanche, portaient à leur autre extrémité une dilatation en cul- de-sac, identique avec celles que nous avons décrites comme constituant la substance corticale. Souvent le filament, beaucoup plus considérable, faisait suite à tout un groupe de culs-de-sac. L'adhérence entre la substance blanche et l'îlot de substance ANATOMIE DE LÉCREVISSE. 45 jaunâtre nous a paru se faire par un conduit unique, court et assez large (1). Tous les culs-de-sac des substances verdâtre et jaunâtre se déverseraient donc dans la cavité du ruban de substance blanche, dont les parois présentent elles-mêmes des dilatations de même forme, où se prolonge très-probablement le travail sécréteur. Le ruban de substance médullaire est accompagné sur toute sa longueur par une artère assez importante qui s'y distribue ; en outre, l'élément vasculaire paraît très-abondant au niveau de l'îlot de substance jaunâtre et de la coque de substance verdâtre. Des injections heureuses nous ont même permis de recon- naître à la surface de celles-ci \în réseau très-riche, dont les mailles entourent les divers culs-de-sac. La glande reçoit, en effet, sur ses deux faces des artères arri- vant par trois points : le bord externe, le bord interne et l'extré- mité antérieure. Ces vaisseaux proviennent de l'artère antennaire qui longe le réservoir, et envoie une branche récurrente à l'extrémité anté- rieure et de l'artère sternale qui fournit les rameaux aux bords interne et externe. Ces divers rameaux, se divisant et se subdivisant, arrivent ra- pidement à s'anastomoser ; ils forment alors autour de chacun des culs-de-sac glandulaires autant de mailles, dont l'ensemble constitue un réseau d'une richesse remarquable. Du réservoir de la glande verte et de son canal excréteur. Occupons-nous maintenant de la dilatation ampuUaire située à la face supérieure de la glande. Cette dilatation à la suite de recherches prolongées nous a paru formée de deux membranes, ou plutôt de deux véritables sacs inclus l'un dans l'autre, isolables sur toute leur superficie, et différant par leurs connexions et leur rôle physiologique. La vésicule intérieure, la plus importante à étudier au point de vue de la glande, est close de toute part, sauf au niveau de (1) Tome IX, pi. ll.fig. 7, C. llQ \. LEMOINE. ses deux extrémités : l'une, antérieure (1), aboutissant par un prolongement plus ou moins évasé à l'orifice dit tympanique ; l'autre, postérieure ('i), se continuant au niveau de la portion externe et postérieure de la face supérieure de la glande avec l'extrémité du ruban de substance blanchâtre. L'existence réelle de ce réservoir est facile à démontrer. Si, en effet, on injecte par l'orifice dit tympanique un liquide coloré, il produit la dilatation du sac en question, et l'on peut aisément se convaincre que le réservoir n'a aucune autre con- nexion que celles que nous venons d'indiquer. Si l'on insuffle de l'air par le même orifice, on peut étudier les limites de dilatabilité du réservoir (o), et l'on peut remar- quer à sa surface close et tendue une seconde membrane d'aspect différent, le plus souvent éraillée, au moment où l'on a découvert les parties en question, par l'incision de la paroi correspondante de la carapace. Cette seconde membrane appartient à la deuxième vésicule. Pour étudier celle-ci, la première condition est de la con- server intacte, ce qui demande des précautions toutes spéciales; encore, même dans ce cas, la réussite est-elle relativement assez rare. Voici néanmoins la méthode qui nous a le plus souvent réussi : Pour éviter la lésion de ces parois si délicates, nous con- seillons d'inciser la carapace, à une assez grande distance, en haut et en arrière du point où se trouve l'organe en question, puis de renverser le fragment ainsi séparé eu bas et en dehors, en le séparant avec le plus grand soin du feuillet qui le double. Si l'on réussit, on aperçoit une vésicule ovoïde considérable, remplissant toute la région comprise entre l'estomac, le foie et la carapace. Cette vésicule semble se continuer en avant avec le rebord qui limite la cavité de l'antenne externe. En arrière, on arrive à distinguer un prolongement cylin- (1) Tome IX, pi. 11, fig. 10, A. (2) Id., R. (3) Id., flg. 9. ANATOMIE DE LÉCREVISSE. 4v driqiie paraissant unir la vésicule avec les cavités lacunaires de la région thoracique inférieure. Cette vésicule est distendue par un liquide, qui ne serait pas autre chose que du sang, car il se coagule. Un phénomène également remarquable consiste en une série de légères contractions, dont la membrane vésiculaire est le siège. Parfois même ces contractions s'accentuent davantage, et l'on voit la vésicule se vider en partie, puis se remplir de nouveau. Généralement l'injection préalable du système artériel pro- duit sa dilatation maximum. Nous croyons donc que la vésicule interne, ou réservoir de la glande, se trouve entourée par une seconde poche, véritable sinus veineux ou veine porte rénale, dans lequel aboutit à la fois le sang veineux de l'antenne externe et de la glande, ce liquide, d'autre part, allant se déverser dans la partie centrale du sys- tème lacunaire. Il est très-difficile, avons-nous dit, d'obtenir ce sinus veineux complètement intact. Le plus souvent il est éraillé et affaissé, mais alors, en in- sufflant la vésicule interne par son orifice externe, celle-ci se trouvant intacte se dilate, et à sa surface on peut, comme nous l'avons déjà dit plus haut, reconnaître la paroi de la vésicule externe plus ou moins endommagée. Mais revenons au réservoir de la glande. Nous ajouterons comme preuves de son existence la possibilité de l'isoler complètement de la vésicule qui le contient (parfois même le réservoir forme au milieu du sinus veineux une petite masse blanchâtre revenue sur elle-même), et surtout la subordi- nation comme existence de la glande, du réservoir et de l'orifice dit tympanique. Dans un cas que nous rapporterons plus loin avec quelques détails, les deux glandes vertes se trouvant soudées (1) ainsi que leurs réservoirs eu une masse unique, on pouvait reconnaître que la vésicule, plus ou moins bilobée (2), qui surmontait les (1) Tome IX, pi. 11, fig. 11. (2) kl., flg. 12. [l8 V. LEMOINE. glandes ainsi réunies venait s'ouvrir à droite par un canal unique et par un orifice également unique, le tubercule dit tympani([ue se trouvant imperforé à gauche. Revenons au réservoir, sa paroi jouit d'une certaine con- tractilité, car si on le remplit d'eau il ne tarde pas à se vider. Si l'on veut le maintenir distendu quelque temps, le meilleur moyen consiste à y insuffler de l'air ; il apparaît alors comme une vésicule ovoïde du volume d'un gros grain de raisin (1). Cette vésicule, en rapport en dehors avec la portion corres- pondante de la carapace, peut s'élever presque jusqu'à la ligne tuberculeuse, indiquant extérieurement la limite latérale de la région stomacale. Le lobe antérieur du foie recouvrant l'extrémité postérieure de la vésicule doit être écarté pour cette étude. Il nous semble bon également d'affaisser les parois de l'esto- mac, sur les côtés duquel se trouve l'organe en question. Il nous a paru postérieurement libre de tout rapport de conti- nuité avec les parties voisines autres que la glande. Il n'eu est pas de même antérieurement. Le réservoir s'ouvre de ce côté au niveau du tubercule dit tympanique, et se met en communication avec le fond du petit sac situé au-dessus de l'orifice en question. Le prolongement du réservoir se recourbe donc en bas et en avant pour atteindre son orifice externe, mais dans ce trajet il affecte des rapports avec une petite pièce mobile, à laquelle s'attache un faisceau musculaire qui s'insère à la paroi externe de la cavité de l'antenne externe. - Cette pièce semble pouvoir agir sur la partie correspondante du canal excréteur de la glande, de façon à la dilater ou à en amener l'occlusion. Nous avons été amené à faire celte remarque par l'anomalie précédemment décrite, car, dans ce cas, la petite pièce en ques- tion était rudimentaire, et son muscle moteur manquait com- plètement. (1) Tome IX, pi. 11, %. 9. AN'ATOMIE DE l'éCRE VISSE. fiO Nous allons donc avoir à donner quelques détails sur le réser- voir et son canal excréteur. Le réservoir, bien que recouvrant toute la face supérieure de la glande, n'offre cependant de continuité réelle avec elle qu'en arrière et en dehors, au niveau d'une petite dépression en crois- sant située en dedans du bourrelet de substance verte entourant cette face supérieure. On peut à ce niveau constater que les parois du réservoir se continuent avec le ruban blanchâtre de l'intérieur de la glande. Partout ailleurs les adhérences de la glande avec le réservoir paraissent purement celluleuses. Les parois du réservoir sont formées par une membrane assez résistante, de nature conjonctive. Elle est tapissée d'éléments nucléaires identiques avec ceux que nous avons décrits dans la substance blanche de la glande. Malgré la contractilité parfois très-nette du réservoir, nous n'y avons pas trouvé de fibres musculaires, du moins de fibres striées. Le liquide contenu dans l'intérieur du réservoir nous à pré- senté des amas de granules pigmentaires diversement colorés, et paraissant offrir la plus grande analogie avec des matières trouvées dans l'eau où séjournent les Écrevisses ; nous y signa- lerons également de fort petits grains arrondis, transparents, sur la surface desquels se dessinait une petite croix, par suite sans doute de la réfraction de la lumière. Quant au prolongement antérieur du réservoir, il diminue de diamètre en se portant dans la cavité de l'antenne externe, puis il se recourbe et se dirige un peu obliquement en bas et en de- dans. Il contourne, avons-nous dit, une petite pièce mobile. Cette pièce, de même nature que les lamelles tendineuses des muscles, a chez l'Écre visse la forme d'une petite lamelle trian- gulaire recourbée sur elle-même, de telle façon que son bord supérieur est concave et son bord inférieur convexe. C'est au niveau de son bord inférieur et de son sommet qu'elle s'articule avec le premier article de l'antenne externe. 5« série, Zmr.. T. X. (Caliier n" 1.) 4 4 50 \. LEMOINE. Sa base, tournée en haut et en dehors, présente des dente- lures pour l'insertion d'un muscle qui va s'attacher d'autre part dans la cavité de l'antenne, au niveau de la paroi externe du deuxième article. Si maintenant nous étudions cette lamelle chez le Homard, nous voyons qu'elle présente la forme d'un croissant irrégulier. Ce croissant par son bord convexe s'attache au rebord posté- rieur de l'article basilaire de l'antenne externe. La face posté- rieure du croissant étant libre, sa face antérieure paraît adhérer à la partie postérieure du canal excréteur. La corne supérieure du croissant se dédouble pour donner attache à un muscle, qui va se fixer d'autre part à la paroi externe de la cavité de l'antenne au niveau du deuxième article. Ce muscle semble avoir comme usage normal de fléchir le deuxième article sur le premier. Remarquons que, contrairement à ce que l'on observe géné- ralement, c'est l'article le plus rapproché du corps qui porte la lamelle tendineuse. Outre cette action, le muscle en se contractant paraît abaisser la petite lame eu question, appliquer l'une sur l'autre les deux parois du canal excréteur et interrompre toute communication avec le dehors. Ce qui donne de la vraisemblance à cette hypo- thèse, c'est la disparition du muscle dans le cas anormal dont nous avons déjà parlé, et l'absence de tout autre moyen de fer- meture du canal excréteur. Celui-ci se dilate pour former une petite vésicule située au- dessus de l'orifice dit tympanique, vésicule déjà signalée par les auteurs. Les parois de cette vésicule sont formées de tissu conjonctif ; elles sont tapissées par une couche d'éléments nucléaires iden- tiques avec ceux du réservoir. Ce qui frappe par- dessus tout, c'est la distribution à ce niveau d'une branche nerveuse fort importante, semblant peu en rap- port avec les fonctions d'un simple canal excréteur. Terminons cet article par la description de l'anomalie qui nous a été si utile pour létude que nous venons de faire, et qui ANATOMIE DE l'ÉCREYISSE. 51 nous paraît établir la preuve irréfutable des détails nouveaux dans lesquels nous sommes entrés, à savoir : la réalité de l'existence du réservoir comme dépendance de la glande verte. Note sur un cas de soudure des deux glandes vertes et de leurs réservoirs. — 11 ne nous a été donné qu'une seule fois d'obser- ver cette anomalie (1). Le réservoir, étudié sur place, nous a offert un volume double de celui que nous rencontrions d'habitude; il se pro- longeait bien nettement par sa partie antérieure dans la cavité de l'antenne externe du côté droit. Après l'avoir débarrassé des parties qui l'entouraient, nous avons pu reconnaître les détails suivants au niveau de ces deux faces. La face supérieure (2) était irrégulièrement arrondie, c'est- à-dire que sa partie postérieure (3) appartenait à un ovoïde beaucoup moins large que la partie antérieure (4). C'est qu'en effet la courbure de l'extrémité antérieure s'inter- rompait vers le tiers postérieur du bord interne, constituant à ce niveau un prolongement (5} qui s'insinuait en avant de l'estomac. Le bord externe offrait un aplatissement surmonté par l'artère antennaire. La face inférieure présentait une disposition analogue, seule- ment le prolongement du bord gauche était séparé par une sorte de sillon curviligne du reste du réservoir. Ce sillon aboutissait en avant à une petite proéminence située un peu à droite de l'extrémité antérieure. Cette petite proéminence, de forme arrondie, semblait com- muniquer avec l'intérieur du réservoir. (1) Tome IX, pi. H, fig. 11, 12. (2) Id.,fig. 12. (3) Id., fig. 12,6,6'. (à) Id., a. (5) Id., 6'. 5^2 V. LEMOIKE. Quant à la glande (1), elle était fort élargie et présentait irré- gulièrement la forme d'un ovoïde à grand axe transversal. Son bord antérieur (2) était assez régulièrement courbe ; son bord postérieur (3) présentait une échancrure semblant établir le point de soudure des deux glandes primitives. Le bord droit [li] offrait la disposition habituelle de la glande de ce côté, le bord gauche (5) présentait trois sinuosités. La substance verte (6) se traduisait sur la face supérieure par une bande qui acquérait une épaisseur spéciale à gauche. La zone blanchâtre (7) était fort développée et la zone jau- nâtre formait deux îlots : l'un (8), très-net, représentait l'îlot brunâtre des glandes ordinaires comme forme et comme dimen- sions; l'autre (9\ un peu moins net comme teinte, était situé à gauche et un peu en arrière du précédent. Si nous examinions la glande par sa face inférieure, elle nous offrait la même disposition comme contour. Sa surface semblait divisée en deux lobes par un sillon assez superficiel, le lobe gauche étant de beaucoup le plus considérable. La glande recevait ses principaux vaisseaux de l'artère anten- naire droite-, celle-ci fournissant, en effet, une branche à cha- cune des faces. La branche de la face supérieure, pénétrant par l'angle antéro-externe droit, se bifurquait, une des bifurcations aboutissant à l'îlot brunâtre droit et l'autre en arrière de cet îlot. Nous avons trouvé, en outre, sur cette face, une autre branche artérielle pénétrant par le point diamétralement opposé, c'est- à-dire par l'angle postéro-externe gauche. (1) Tome IX, pi. 11, R;,'. 11. (2) Id., a. (3) Id., b. (à) Id., d. (5) Id., g. (6) Id., u. (7) Id., h. (8) Id., J. (9-, Id., fig. H,.T'. ANATOMIE DE l'ÉCRËVISSE. 58 Cette branche se divisait et se subdivisait, et recouvrait les trois quarts de cette face. La face inférieure recevait également ses branches de l'artère antennaire droite. Si nous poussions plus loin la dissection, nous voyions que la substance verte formait une coque unique renfermant une seule masse de substance blanchâtre spongieuse, laquelle présentait à sa face supérieure deux îlots brunâtres. A gauche de l'estomac, le côté correspondant du foie rem- plissait toute cette partie et se prolongeait dans la cavité de la base de l'antenne externe. La portion antérieure de l'estomac formait également de ce côté une sorte de bosselure qui contribuait à remplir la cavité en question, dépassant à ce niveau les deux pédoncules céré- braux situés dans une sorte de dépression formée par la diffé- rence de niveau du diverticulum avec le reste de la face anté- rieure de l'estomac. Si nous étudions maintenant les parties débarrassées des organes contenus, tandis que la fosse de la glande verte du côté droit était complètement à nu après l'ablation de cette glande, cette fosse du côté gauche se trouvait voilée par un repli mem- braneux, partant du pourtour de la cavité de l'antenne interne, et aboutissant en dehors du tendon fléchisseur de la mâchoire du côté gauche. Cette membrane constituait une sorte de sinus veineux de forme allongée, un peu ovoïde, se laissant assez peu distendre sous l'influence de l'insufflation. Si l'on enlevait ce sinus, on mettait à nu la base de l'antenne externe et la partie concave qui lui faisait suite. Cette dernière partie avait seule des dimensions moins con- sidérables, car la base de l'antenne interne gauche offrait abso- lument les mêmes détails que du côté droit. Quant à la fosse située au niveau de la paroi inférieure de l'article basilaire de cette antenne, bien que présentant des dimensions moins considérables qu'à droite, elle offrait égale- ment une petite cavité semblant au premier abord aboutir à un 5k V. LEIMOINK. orifice, mais la pointe de l'aiguille était arrêtée à ce niveau, et si l'on examinait la disposition des parties par la face extérieure, on voyait qu'en effet le tubercule était imperforé. D'une autre part, tandis qu'on reconnaissait à droite, au- dessus de la fosse, un muscle de forme conique, à sommet infé- rieur et interne, et à base supérieure et externe, ce muscle m.an- quait du côté gauche où la cavité se trouvait complètement à découvert, et n'était surmontée que par une petite lamelle. ' SUR LA TORSION DE L'HUMÉRUS Par C. CiEGENBAUR, Professeur d'anatooiie comparée à l'Université il'Iéna (1). Sous le nom de torsion de l'humérus, Charles Martins (2) a fait connaître un fait ostéologique déjà indiqué avant lui, mais dont l'importance, pour la comparaison des membres, avait été com- plètement méconnu. En tenant compte de cette torsion et de ses effets sur les parties molles, la plupart des difficultés qui en- touraient cette question se trouvent résolues. Quoique je sois parvenu, en comparant les membres antérieurs aux membres postérieurs des Vertébrés, à peu près aux mêmes résultats que l'auteur précité, j'avais cependant conservé quelques doutes sur la ligitimité de ses conclusions, et j'attachais une importance extrême au déplacement des extrémités supérieures du radius et du cubitus. Je pense encore que ces déplacements jouent un certain rôle dans ces transformations ; mais je ne les considère plus comme la condition essentielle des changements déposition qu'on observe dans les os du membre antérieur comparé au membre postérieur. L'examen approfondi des idées de Martins, et la découverte des preuves positives de la torsion de l'humé- rus, m'ont convaincu de la réalité du phénomène. Toutefois, si j'accepte la torsion, je ne partage pas toutes les idées de l'auteur sur l'homologie des parties de l'avant-bras, et en particulier celle de la rotule et de l'olécrâne. Résumons d'abord les princi- pales propositions de l'auteur français. (1) Jenaischen Zeitschrift, Bel. â. (2) Nouvelle comparaison des membres pelviens et thoraciques chez l'Homme et chez les Mammifères {Annales des sciences naturelles, 4^ série, t. Vin, p 45, 1857), et Mém. de l'Acad. de Montpellier, t. III, p. 471, 1857. En allemand, dans Moles- chott's Untersuchungen zur Naturlehre des Menschen und der Thiere, Giessen, t. VI, 1860, et en extrait en anglais dans le Report of ihe meeting of the British Association at Dundee j 1867. Ostéologie comparée des articulations du coude et du genou {Mém. de l'Acad. de Montpellier, t. III, p. 335, 1863, et Ann, des se. nat., t. XVII, 4' série, p. 244, 1862). 56 GEGENBAIJK. « L'humérus de l'Homme, dit-il, est un os tordu sur son axe de 180 degrés. Le fémur est un os droit sans torsion. L'humérus étant un fémur tordu, si l'on veut comparer ces deux os, il faut avant tout détordre l'humérus; le résultat de cette opération est de placer l'épitrochlée en dehors etl'épicondyle en dedans. Cela fait, la comparaison des extrémités pelvienne et thoracique n'offre plus aucune difficulté ; en effet, le col de l'humérus reste immobile, et dirigé en dedans comme celui du fémur. Les corps des deux os ont leurs arêtes parallèles à leur axe ; la partie convexe ou tricipitale de l'os du bras se trouve en avant, comme la partie antérieure, convexe ou tricipitale de l'os fémoral. Les deux os sont donc semblables ; leurs condyles articulaires se contournent en arrière ; le bord interne, devenu externe de la trochlée, plus saillant que l'autre, correspond au condyle péro- néal du fémur, qui l'est également davantage ; l'olécrâne est en avant comme la rotule ; de plus, elle est attachée à la portion antérieure et externe de la tête. du tibia, que représente les têtes soudées et confondues du cubitus et du radius. » Pour la jambe et l'avant-bras, les difficultés me semblent également résolues; le membre étant en supination, la détor- sion de l'humérus a fait exécuter à l'avant-bras un mouvement de rotation d'une demi-circonférence, qui a eu pour effet de déplacer de 180 degrés les plans de flexion et d'extension ; par conséquent, le radius, analogue du tibia, se trouvera en dedans ; le cubitus, analogue du péronée, en dehors. Le pouce et le gros orteil seront tous deux en dedans, le petit doigt et le petit orteil en dehors. » Il me reste à démontrer la vérité de mes assertions et la lé- gitimité des conséquences que j'en ai tirées. » Evidence de la torsion de V humérus. — Pour s'en convaincre, il suffit de suivre sur un humérus d'Homme ou de Quadrupède quelconque la ligne âpre qui part de l'épicondyle, se dirige obliquement vers la face postérieure, la contourne en longeant la gouttière de torsion du nerf radial, se continue avec la sur- face d'insertion de la portion interne du triceps, et vient aboutir à la partie la plus marquée du col au-dessous de la tête de l'hu- SUR LA TORSION DE l'hUMÉRUS. 57 mérus, point situé à l'autre extrémité du diamètre transversal de l'os. La torsion est donc de 180 degrés ou d'une demi-cir- conférence. Cette torsion a été remarquée par la plupart des anlhropotomistes qui avaient constaté le fait ; mais ils n'en ont pas tiré les conséquences qui en résultent. Il n'est pas étonnant qu'elles aient été aperçues par un botaniste. La torsion est un phénomène très-commun dans les tiges' des végétaux ; il faut sans cesse en tenir compte, parce qu'elle dérange la position symétrique des organes appendiculaires, tels que les bourgeons, les feuilles, les fleurs, etc. » La torsion de 1" humérus étant un fait incontestable, il est clair qu'on ne pouvait comparer logiquement cet os avec le fémur dont il est la répétition sans le détordre, et en faire un os droit conuue celui de la cuisse ; car c'est la torsion qui trans- forme le sens de la flexion, puisque l'avant-bras se fléchit en avant, tandis que la jambe se fléchit en arrière. » La torsion n'est point une disposition particulière à l'humé- rus humain ; elle est générale dans les premières divisions des animaux vertébrés, mammifères, oiseaux et i-eptiles vivants ou fossiles ; elle est de 180 degrés dans l'Homme et les Mammifères terrestres on aquatiques ; de l'O degrés dans les Chiroptères, les Oiseaux et les Reptiles. ))'Chez l'Homme et les Singes anthropomorphes, tels que rOrang, le Chimpanzé, le Troglodyte Tschégo, le Gorille et les Gibbons, les axes du col du fémur et de l'humérus sont paral- lèles et dirigés tous deux vers la colonne vertébrale, savoir : de dehors en dedans et de bas en haut. L'un et l'autre, ainsi que les axes du corps des deux os, sont dans un même plan sensible- ment vertical, et perpendiculaire au plan verlébro-sternal ou de symétrie bilatérale. Cette direction des axes est la condition mé- canique des mouvements de circumduction du bras et de la cuisse, qui décrivent un cône autour de cet axe idéal. » Dans ce groupe d'animaux et dans l'Homme, l'axe de la trochlée humérale est également parallèle au plan comprenant l'axe du col et celui du corps de l'os ; aussi, lorsque l'animal est debout sur ses pieds, on peut dire physiquement que les axes du 58 GEdiKKBAUR. col de l'humérus, du corps de cet os, de la trochlée, et ceux du col du fémur de l'axe de cet os et de ses condyles, sont sensible- ment dans un seul et même plan vertical, perpendiculaire au plan de symétrie bilatérale. » Dans les Quadrupèdes terrestres et amphibies, l'axe du col du fémur est dirigé comme chez l'Homme, et le plan compre- nant l'axe de l'os et celui du col fémoral est également perpen- diculaire au plan de symétrie bilatérale. Mais il n'en est pas de même au membre antérieur ; l'axe du col de l'humérus est dirigé ô'avant en arrière et de bas en haut ; cet axe et celui du corps de l'humérus sont dans un même plan parallèle au plan vertébro- sternal. Il en résulte que le plan comprenant l'axe de l'os et celui du col est perpendiculaire à l'axe de la trochlée humérale, tandis que chez l'Homme ces trois axes sont sensiblement dans le même plan. Si nous prenons pour point de comparaison la direction de l'axe du col du fémur qui est la même dans tous les animaux, nous pouvons admettre que, dans l'Homme et les Singes supérieurs, la tête de l'humérus ne participe pas à la torsion du corps de cet os. Au contraire, dans les Singes infé- rieurs et les Quadrupèdes, l'extrémité inférieure de l'humérus accomplit aussi une révolution de 180 degrés, et la supérieure, au lieu de rester fixe comme chez l'Homme, est elle-même tor- due de 90 degrés ou d'un angle droit; ce qui le prouve, c'est le déplacement relatif des tubérosités qui bordent la gouttière bici- pitale. I.a tubérosité externe chez l'Homme devient antérieure dans les Quadrupèdes ; l'interne de l'Homme devient postérieure, ce qui suppose une torsion de 90 degrés. On le voit de la manière la plus claire dans les squelettes bien articulés des grands Car- nassiers. La conséquence de ces dispositions, c'est que dans les Quadrupèdes le membre antérieur se meut dans un plan, et n'exécute plus que très-imparfaitement le mouvement de cir- cumduction qui caractérise l'Homme et les Singes anthropo- morphes. » La torsion de l'humérus dans les Chiroptères, les Oiseaux et les Reptiles, est de 90 degrés seulement; les axes du col du fémur et de l'humérus sont dirigés comme chez l'Homme, c'est- SUR LA TORSION DK l'hUMÉRUS. f# à-dire que l'axe du corps de l'os et celui du col sont dans un même plan perpendiculaire au plan de symétrie bilatérale ; mais le corps-de l'humérus n'étant tordu que de 90 degrés, la trochlée est tournée en dehors. Dans ces animaux, le plan comprenant l'axe de l'os et celui du col est donc perpendiculaire à l'axe de la trochlée humérale ; aussi la flexion de l'avant-brassur le bras se fait-elle en dehors dans un plan perpendiculaire au plan verté- bro-sternal. Une Chauve-Souris, un Oiseau, déploient leurs ailes en dehors; un Reptile étend son avant-bras perpendiculairement à l'axe de son corps. La torsion de 90 degrés est donc une des conditions ostéologiques du volet de la reptation. » Tels sont les points fondamentaux que Martins établit dans son Mémoire. Dans les autres paragraphes, il compare succes- sivement le squelette de l'avant-bras à celui de la jambe et les systèmes musculaires, artériels et nerveux des deux paires de membi-es (1). Je n'entrerai pas dans ces détails, voulant me borner à traiter de la torsion de l'humérus qui est en définitive le point capital de cette comparaison des membres (2). D'après Martins, l'humérus comparé au fémur est un os tordu de 180 degrés, de façon que l'épitrochlée qui était originaire- ment en dehors se trouve en dedans. Cette torsion ne s'exécute (1) Cette comparaison est mentionnée par Gruveilhier {Traité d'anatomie descrip- tive, t. 1, p. 262). « M. Martins^ dit-il, a bien voulu faire, pièces en main, la démon- stration de son ingénieuse théorie devant la Société anatomique, et nous devons dire qu'il nous a parfaitement convaincu ainsi que tous les membres de la Société qui assistaient à cette séance. » (2) L'historique de la question a été donné paj Martins en tète de son travail. Je l'ai résumé dans ma Comparaison du tarse avec le carpe- mais depuis j'ai eu connais- sance de quelques mémoires qui étaient nouveaux pour moi. L'un, Étude d'anatomie philosophique sur la main et le pied de l'Homme ramenés au type pentadaclyle, par les professeurs N. Joly et R. Lavocat. Toulouse, 1853. Pénétrés des idées de Geoffroy Saint-Hilaire, les auteurs admettent deux rangées comprenant chacune cinq os. Vai- nement on s'efforce de comprendre sur quelle base scientifique peut reposer une pareille assertion qui n'a pas même pour elle la loi d'analogie. Le travail de G. M. Hum- phry intitulé : Observations on the Limbs, Cambridge a«rf iortrfrfer, 1860, est plus important. Quoiqu'il ne renferme point de faits nouveaux, il est rempli d'observations très-judicieuses. Négligeant les classes inférieures a celle des Mammifères, il n'aurait guère modifié les résultats auxquels je suis arrivé. Huraphry combattant la torsion de l'humérus, je reviendrai sur son travail dans le cours de celui-ci. 60 CEGGKBALB. pas effeclivenieiil suivant l'auteur, et n'existe que comparative- ment au fémur et à l'humérus des Vertébrés inférieurs. La preuve de cette théorie ressort de la comparaison des deux extré- mités scapulaire et radiale de l'humérus; car l'assertion de l'au- teur que l'axe du col de l'humérus, celui du corps de l'os et l'axe de la trochlée, soient rigoureusement dans un même plan, n'est, pas rigoureusement établie. Une seconde question, c'est celle de savoir si ces relations géométriques sont les mêmes dans le fœtus, l'enfance et l'âge adulte. L'observation deLucoe (1 ) que la position de l'extrémité infé- rieure de l'humérus, par rapport à son extrémité scapulaire, n'est pas la même dans le Nègre ei l'Européen, est évidemment importante. Welcker s'en est assuré au moyen de mesures que Lucoe a fait connaître (2). Le procédé de Welcker consiste à tracer sur la tête de l'hu- mérus une ligne qui indique la direction de cette tête par rap- port à l'omoplate. Cette ligne part de la facette d'insertion du muscle subépineux, et se prolonge jusqu'au bord prolongé en forme de lèvre du cartilage articulaire. Welcker enfonçait en- suite deux épingles dans les tubérosités de l'extrémité infé- rieure (3). L'humérus était ensuite placé verticalement dans un vase de verre la tête en haut, et on le dessinait à Taide de l'appa- reil dioptrique à fils croisés [Fadenkreuzdiopter] imaginé par Lucoe. La ligne tracée sur l'humérus entrait dans le dessin, aussi bien que celle dont les deux épingles indiquaient l'extré- mité. L'os était alors renversé, et l'on dessinait le dessous de la trochlée avec les épingles qu'elle portait. En superposant un dessin à l'autre, on mesurait l'angle des deux axes du col et de la trochlée. (1) Abhandiungen der Senkenbergischen naturfotschenden Gesellschafl, t. V. (2) Archiv fur Anthropologie, \\, p. 273. (3) M. Martins compare toujours Taxe ilu col de l'humérus avec l'axe de la trochlée humcralc, et non pas avec un axe passant par les deux tubérosités, l'épitrochlée et l'épi- condyle. 11 considère en etfet ces deux tubérosités comme faisant partie du système musculaire de l'avant-bras, et l'axe qui le traverse n'a aucun rapport nécessaire avec l'articulation des os, dont la trochlée humérale donne la véritable direction. {Note du traducteur.) SUR LA TORSION DE l'hUMÉRUS. 61 Les mesures de Welcker prouvent que cet angle n'est pas le même chez le Nègre et chez l'Européen ; mais Lucoe fait remar- quer qu'il y a de telles variations chez le blanc, qu'on ne saurait trop multiplier ces mesures pour obtenir un angle moyen. De la torsion moyenne de riiumérus cliez l'adnlte. Mes propres recherches ont été exécutées sur trente-six hu- mérus ensuivant la méthode de Welcker; mais celui-ci avouant c[u'on ne saurait répondre avec son procédé de 1 à 2 degrés an- gulaires, j'ai négligé les décimales. Suivant moi, la probabilité de l'erreur est encore plus forte, car les deux extrémités de la ligne que Welcker conseille de tracer sur la tête de l'humérus ne sont pas bien déterminées. La facette d'insertion du sus-épineux n'a pas toujours la même étendue, et le prolongement en forme de lèvre du cartilage manque souvent. Je me suis décidé à tracer sur la tète humérale une tête qui soit dans le même plan que l'axe du corps de l'os. L'axe de l'extrémité est plus facile à dé- terminer; néanmoins ces formes variables de l'épicondyle et de l'épitrochlée ne sont pas une médiocre difficulté. Voici les angles que j'ai obtenus entre les deux axes : Angles de l'Européen adulte. Xnméios. Angles. 1.... . 10 2.... 14 Femme âgée. 3.. .. . 32 Homme. 4... . 23 Femme. 5.... . 20 6.. .. . 22 !.. .. 5 Homme. 8.... . 10 9 . 23 10.... 13 Homme de 64 ans. 11.... 15 Homme de 30 ans. 12.... 19 Homme. 13.... 5 14.... . 10 15.... 12 Femme. 16.... 3 17... . 20 18.... 5 .Numéros. Angles 20. . • . 6 Honmie. 21. 14 Homme de 50 ans 22 (1)- 12 Homme. 23. . 10 24. 8 25. 2 26. . 14 14 27. 28. • ■ • 11 Femme. 29. • • ■ 9 Femme de 40 ans 30. • • • 4 Homme. 31. . • . 8 32. • • 9 33. ■ • • . 14 Homme. 34. . 19 35. 3fi 6 4 (1) Voy. fig. i, p.. 64. 62 GECEIVetllR. La moyenne de ces trente-six humérus donne un angle de 12 degrés. L'angle maximum était de 32 degrés, le minimum de 2 degrés. Dans onze cas, l'angle est au-dessous de 10 degrés; dans dix-huit, il oscille entre 10 et 20 degrés. Dans quatre cas seulement, il dépasse 20 degrés. La moyenne se rapproche de celles obtenues par d'autres auteurs : Welcker trouve dans un cas 2 degrés, et dans trois cas 8, 10 et 13 degrés. Si j'ajoute mes observations aux siennes, je trouve que l'angle moyen déduit de ces quarante mesures est de 11° 8'. Les deux axes du col et des tubérosités ne se trouvant pas dans le plan mathématique qui passe par l'axe du corps de l'os, il n'y aurait pas une torsion de 180 degrés comme l'admettait Martins, mais une torsion de 168 degrés environ en moyenne. De la torsion de rhumérus suivant l'âge. J'aurai pu poursuivre ces recherches sur d'autres races ou sur d'autres animaux, j'ai préféré chercher si cette torsion était la même chez l'enfant que chez l'Homme. Les matériaux dont je disposais étaient insuffisants ; néanmoins, je suis arrivé à quelques résultats qui me paraissent dignes d'attention. Sur des fœtus de douze à seize semaines, toute mesure est impossible; j'ai donc étudié l'humérus de huit fœtus âgés de seize à trente-trois semaines. 'Voici les angles observés entre l'axe de la portion inférieure et celui de la portion supérieure de l'humérus : Numéros. Age. Anï^jp 1.... 16 semaines. 48 2 17 — 49 3 18 — 50 II.... 19 — 30 Angles chez des fœtus d'Européen. NunuTos. Age. 5. . 6.. 7.. 20 semaines. 24 — 33 — 38 — Angles. 48 43 22 59 Le petit nombre d'observations n'autorise pas à attribuer une valeur définitive à l'angle moyen de /|3 degrés qu'on déduit de ces huit cas. On peut affirmer néanmoins que l'angle que les deux axes forment entre eux est beaucoup plus grand que chez SUR LA TORSION DE l'hUMÉRUS. 63 l'adulte, et que Thumérus se tord réellement k partir de la pé- riode fœtale jusqu'à l'âge adulte. Sur quatre nouveau-nés, j'ai trouvé des angles de 35, 59, /i-5 et 40 degrés. La moyenne est de Û5 degrés, plus ouvert que dans les embryons, résultat inad- missible qui dépend uniquement du nombre trop limité des me- sures. Ces nombres comme les précédents prouvent seulement que la torsion de l'humérus est moins forte dans la première pé- riode de la vie que dans l'âge adulte. J'ai encore mesuré les angles des deux axes sur des humérus frais de jeunes enfants; cette précaution est indispensable, les humérus secs ne pouvant servira ce genre d'études. Voici mes résultats : Numéros. Enfants. Angles. o 1 3 mois. 55 2 3 — 34 3 5 — 39 Il 5 — 38 Xuméros. Enfants. Angles. 5 8 mois. 22 6 9 — 37 7 9 — 40 La moyenne atteint presque 38 degrés. Tous ces angles, un seul (22 degrés) excepté, sont plus grands que ceux que nous avons trouvés chez l'adulte ; la torsion est donc moindre chez les enfants que sur les sujets adultes. Sur un garçon âgé de quatre ans, j'ai trouvé un angle de 15 degrés, cas isolé que je préfère négliger. Si nous réunissons ensemble les dix-neuf mesures prises sur des humérus de fœtus ou d'enfant dans la première année de la vie extra-utérine, nous obtenons un angle moyen de /i2 degrés. La torsion se continue donc à partir de l'état fœtal et infantile ; l'angle qui sépare les deux axes du col et du condyle devient de plus en plus petit. // s'opère donc pendant la vie une torsion réelle de T humérus autour de faxe du corps de fos. Cette torsion tend à porter l'épitrochlée en dedans et l'épicondyle en dehors. Un regard jeté sur les trois premières figures ci-jointes rend cette torsion sensible aux yeux. La figure 3 représente les deux axes d'un fœtus de huit mois projetés sur un même plan par la méthode de Welcker. La figure 2 représente les axes de l'humérus d'un enfant âgé de trois mois et demi. Enfin la figure 1 représente Vangle moyen déduit de mes observations sur 6â CEGEI^BAIR. l'adulte. Les extrémités « et 6 de l'axe condylien de la figure 3 sont obligées de se rapprocher des extrémités A et B pour se mettre dans la position relative de ces mêmes axes dans la FiG. 1. — Position relative moyenne (les deux axes de rEuropéen aiiiiUf, dessiné d'après l'Iiuniérus du n° 22, p. 01 (1). figure 2, et l'axe condylien a b de cette figure décrit encore un mouvement de rotation pour se rapprocher de l'axe A B, et se placer dans la position définitive de la figure 1 qui correspond à l'âge adulte. La théorie de Martins se trouve ainsi confir- mée, cpioique l'on ne puisse pas affirmer que les condyles et rhumérus soient originairement tournés en arrière comme ceux du fémur. La preuve d'une torsion réelle est la réfutation des objections présentées par Humphry (2j, basées principalement (1) Ces figures, intercalées dans le texte, sont dessinées d'après le procédé de Welcker et Lucoe ; elles représentent le contour des deux extrémités liuraérales, A, B, axe de la tête de l'iiuniérus; o, b, axe de l'extrémité inférieure du même os. (2) Ohservntin/t^ on tlif llirihs of V'-rt/'lirnlr nnimah, p. 22. SUR*LA TORSION DE l'hUMÉRUS, 65 sur ce que la torsion ne serait qu'une conception de l'aspect et dépourvue de toute réalité. On ne saurait déduire de mes observations la loi suivant la- FiG. 3. — Fœtus (le luiit'uiois. quelle la torsion s'effectue aux différents âges à partir de l'état fœtal jusqu'à l'état adulte ; toutefois la petite différence des angles observés dans le fœtus comparativement à l'enfant, entre les axes du col et celui des tubérosités de l'extrémité inférieure FiG. 4. — Position moyenne des deux axes chez le nègre^ d'après les mesures exécutées jusqu'ici, de l'os, fait penser que la4orsion s'accomplit principalement pendant la période de croissance du corps tout entier; elle dépend probablement du développement des parties cartilagineuses d'une des deux extrémités ou plutôt des deux extrémités de la diaphyse, et non de phénomènes de résorption et de nouvelle formation à la surface de l'os tout entier. La position relative des deux extrémités chez le nègre est évidemment un état 6^ série. Zool. T. X. (Cahier ii» 2.) ' 5 ()6 (liËeEIMBAlJR. transitoire chez le blanc. Welcker, sur trois sujets, a trouvé les angles de 26, 29 et aO degrés. Lucoe a mesuré l'angle de 18 degrés sur un nègre. Moi- même, sur deux squelettes, j'ai constaté sur un Homme 39 de- grés, sur une Femme /lO degrés. Ces discordances montrent qu'il faut multiplier les recherches. La moyenne des cinq cas obser- vés par Welcker, Lucoe et moi, est de 26 degrés : c'est l'angle maj'qué sur la figure li. Ce dernier auteur prévoit avec raison qu'on trouvera des angles différents de celui de l'Européen ; chez d'autres races, sur un Malais, il a observé l'angle énorme de 51 degrés. 11 est donc très-probable que les diverses races présenteront en moyenne des différences dans l'angle de torsion de l'humérus. Torsion de rhumérus chez les animaux. Ces différences acquièrent un nouveau degré d'importance, si on les rapproche de celles que Martins a remarquées dans les trois premières classes des Vertébrés. Quoique son estimation ne soit qu'approximative (1), ce naturaliste n'en a pas moins re- connu le premier que cet angle se rapproche d'un angle droit dans les Chiroptères,' les Oiseaux et les Reptiles. Dans les Mammifères (le groupe anthropomorphe excepté), chez lesquels Martins examine la position du col de l'humérus par rapport au plan médian ou vertébro-sternTil du corps, la torsion est toujours de 180 degrés ; mais suivant lui, le col serait tordu de 90 degrés, ce qui résulte du parallélisme de ce col avec le plan médian, et de la position des tubérosités qui bor- dent la coulisse occipitale. Cette proportion me laisse quelques scrupules, car il faut dans ce cas examiner la position de Ihu- raérus par rapport au squelette tout entier, tenir compte de celle de l'omoplate, et peut-être la torsion n'est-elle pas plus (1) L'axe passant par la tète du fémur et celui des cond\ les du même os ne sont pas non plus exactement dans un même plan. Six mesures m'ont donné les anarles de 4, 7, 10, 12, 17 et 22 degrés. Laxe inférieur est placé un peu derrière celui du col comme dans l'humérus, et peut-être y a-t-il dans cet os une légère torsion correspondante à celle de son analogue du membre supérieur. SUl'. LA TORSION DE LHUMÉRUS. 67 forte que dans les Reptiles (1). Ainsi, dans le Chat, j'ai trouvé 106 et 93 degrés; chez le Tigre, 92 degrés; chez l'Ours, 94 degrés ; chez le Veau, 61 degrés (et dans un fœtus, 62 de- grés) ; dans le Cynocephalus hamadryas, 51 degrés. Dans l'Orang, Lucoe trouva /i.5 degrés. Une estimation apjjroximative me fait supposer que l'angle est toujours moindre que dans les Reptiles, c'est-à-dire moindre qu'un angle droit (2). On prouvera probablement un jour que la torsion s'effectue réellement en partie à partir de l'état fœtal jusqu'à la fin de la croissance dans les Mammifères, les Oiseaux et les Reptiles, comme chez l'Homme. Prenons pour point de départ la position dans laquelle l'épitrochlée se trouverait en dehors et l'épicondyle en dedans, de façon que la position des tubérosités de l'extré- mité inférieure soit la même ; car dans le fémur, l'épicondyle, par suite de la torsion, se déplacerait peu à peu en avant. Dans les Oiseaux et les Reptiles, ce déplacement ne dépasserait pas 90 degrés ; mais, dans les Mammifères, il serait de 119 degrés dans le Bœuf, de 129 degrés dans les Cynocéphales, de 135 de- grés dans l'Orang, de 129 degrés chez le Malais; dans le nègre, de 1/1.8 degrés en moyenne; dans le fœtus de l'Homme euro- péen, de 139 degrés ; dans la première année de la vie, ihl de- grés; et chez l'adulte, en moyenne, 168 degrés, pouvant arriver dans des cas isolés à 179 degrés ou s'arrêter à l/i8 degrés. L'humérus de l'Européen dans l'état fœtal se rapproche de celui des races inférieures et de l'état permanent des animaux. On voit, comme pour d'autres organes, les dispositions héréditaires former le point de départ de l'état définitif des parties. (1) M. Martins admet une torsion de 180 degrés environ chez tous les Mammifères terrestres et aquatiques, parce qu'il remarque que chez tous, la flexion qui se fait en arrière dans la jambe, s'opère au contraire en avant dans le bras, quelle que soit du reste la direction du col de l'humérus, par rapport au plan vcrtébro-sternal. Les Chiro- ptères, les Oiseaux et les Reptiles, au contraire, déploient leur avant-bras en dehors et non pas en avant, comme les Mammifères terrestres. {Note du traducteur.) (2) Ces angles sontl'écartementde deux axes^ celui du col de l'humérus étant dirigé d'avant en arrière et non de dehors en dedans^ comme chez l'Homme. {Note du traducteur.) NOTES ORNITHOLOGIQUES, PAR M. J. VERRE AUX. Le Muséum d'iiistoire naturelle a reçu dernièrement d'un de ses cor- respondants, M. l'abbé A. David, missionnaire en Chine, un certain nombre d'Oiseaux, parmi lesquels nous avons remarqué les suivants comme constituant des espèces nouvelles pour la science : Emberiza quinqdelineata, a. David. Mâle : Tête noire, traversée par cinq bandes blanches, une au centre, une autre de chaque côté formant sourcils, et une moustache sur la par- tie latérale de la goi'ge. Corps roussàtre, flammé de brun foncé sur le dos, avec des lignes moins foncées sur la poitrine et les flancs ; milieu du ventre, couvertures sous-caudales et une bande oblique sur les deux rec- trices externes blanc pur. Bec brun, avec la base de la mandibule infé- rieure, de même que les tarses blanchâtres. Longueur totale, 15 centimètres. La femelle ne diffère du mâle que par la gorge, qui est blanche, avec quelques petites flammèches noires. Cette espèce n'arrive dans les environs de Pékin qu'au printemps, et encore assez rarement. Parus pekinensis, A. David. Mâle : Tête noire ethuppée avec une large tache blanche qui enveloppe toutes les joues et les côtés du cou ; une autre plus étroite en arrière, cou- vrant l'occiput et une partie du cou. Corps gris cendré en dessus et roussàtre en dessous Bec et tarses noirs. Longueur totale, 110 millimètres. Elle se rencontre dans les environs de Pékin pendant les mois d'hiver. Le Muséum a reçu également de Cochinchine des collections impor- tantes formées, l'une par M. R. Germain, correspondant du Muséum, l'autre, par M. Pierre, directeur du jardin botanique de Saigon. Ciiacune d'elles nous a offert une espèce nouvelle pour la science, dont nous don- nerons ici la diagnose : Hyloterpe Rodolphi, J. Verr. Femelle d'un brun roux foncé en dessus. Tête gris-brun, avec une feinte roussàtre sur la région parotique ; gorge, devant du cou et dessous du corps gris plus ou moins blanchâtre. Longueur totale, \k centimètres. Megalaima Lagrandieri, j. Verr. Couleur générale verte plus ou moins nuancée de bleu. Tête et cou bruns; un bandeau au front garni de deux bandes: l'une étroite, de plumes dirigées en avant, d'un jaune verdàtre et rouges à l'extrémité; l'autre, plus large, de plumes à extrémité bleue. Nuque el derrière du wu marcjués de lignes rouges ; rémiges noirâtres, bordées de vert olivacé sur les premières et de bleu sur les secondaires. Dessous du corps oli- vâtre , iibdomen bleu ; rectrices de même couleur ; queue arrondie. Bec Irés-développé, de la longueur de la tête, et très-fort à sa base.- Longueur totale, ol centimètres. Les Annamites donnent à cet oiseau le nom de Concliincho. RECHERCHES ANATOMIQUES ET ZOOLOGIQUES SUR LE GENRE TRICHOD AC TYL E Par A. li. nOlVIVADIEU, Licencié es sciences naturelles, préparateur à la Faculté des sciences de Montpellier. Considérations générales. Le genre Trichodactyle appartient, ainsi que celui des Sar- coptes et des Psoroptes, à la grande famille des Acariens, auxquels Millier avait donné le nom d'AcAREs proprement dits , que Latreille désignait sous le nom de Tyroglyphes, et que Dugès appelait Acarei. M. Paul Gervais , dans l'Histoire naturelle des Insectes aptères qu'il a publiée en commun avec M. Walckenaer, range sous le nom de Tyroglyphes les Tyroglyphes de Latreille, qui com- prennent eux-mêmes \q^ Acares hdXv. , les Glyciphales Héring, les Myobies Heyden, les Hypopes Dugès, les Trichodactyles Léon Dufour, les Psoroptes P. Gervais, et les Sarcoptes Latr. Si, dès le début, nous avons rapproché les Trichodactyles, les Sarcoptes et les Psoroptes, c'est qu'en effet ces trois genres ont des caractères communs qui peuvent les faire rentrer dans une même section distincte de celle qui comprend les Tyroglyphes proprement dits ; car ces derniers ont les quatre paires de pattes terminées par des crochets ou des ventouses, tandis que les pre- miers ont une ou deux paires de pattes postérieures terminées par une ou plusieurs longues soies. Ce caractère, constant chez ces animaux et assez important, nous autorise à penser qu'on pourrait les grouper dans une même sous-section de la famille des Sarcoptides, à laquelle on pourrait donner le nom deTRicnoDACTYLiENS, réservant celui de Tyroglyphiens aux différents genres composant les Tyroglyphes proprement dits. C'est à Léon Dufour qu'on doit la création du genre Tri- 70 DONNADieV. chodactyle et la description de l'espèce unique qui l'a composé jusqu'à présent. Dans une note insérée dans les A finales des sciences naturelles (2* série, 1839, t. II, p. 276), Léon Dufour dit qu'il a rencontré en avril 1839, sur le corselet de deux espèces d'Osmia [VOsmia bicornis et YO. fronticornis) , une quantité considérable de Mites, dont il donne une description détaillée. Ces mêmes Acarides ont été retrouvésiplus tard, d'après M. Paul Gervais(l), par M. Bigot sur le Xtjlocopa violacea. J'ai eu, au mois de mars 1867 et au mois d'avril 1868, l'occasion d'observer à mon tour ces Acariens pris sur ces mêmes Insectes, et j'ai pu facilement reconnaître qu'il y avait là non-seulement deux espèces parfaitement dis- tinctes, mais qu'encore la description donnée par L. Dufour était inexacte sur quelques points. Quant à ce qui est de la distinction de ces espèces, les détails qui vont suivre indiqueront suffisamment leurs caractères res- pectifs. Les figures et la description sommaire qui accompagnent ce travail feront voir assez nettement que c'est à tort que l'on a confondu, sous le nom de Trichodactylus Osmiœ, celui qui vit sur l'Osmie et celui qui vit sur le Xylocope, et que j'appellerai le Trichodactylus Xylocopœ. Il est au contraire nécessaire d'en- trer dans quelques détails au sujet des quelques erreurs com- mises par L. Dufour ; mais nous devons nous hâter d'ajouter que ces erreurs ont pu être produites par des illusions d'optique ou par des imperfections d'instrument, contre lesquelles ce sage et consciencieux observateur n'avait pas pu se mettre en garde. Il a donné, du reste, une assez bonne description de cet Acarien, en disant qu'il est petit, peu saillant, dépourvu de palpes; mais il ne signale que deux soies transversales, tandis qu'il y en a quatre, deux grandes et deux petites. Il en est de même du corps : il a très-bien vu sa forme sinueuse et la disposition des deux plaques chitineuses qui couvrent sa face dorsale; mais il n'a pas vu, d'une part les spinules de la pla- que supérieure, d'autre part les saillies cutanées de la plaque (1) p. Gervais et Walckenaer, Hist. nat. des Insectes aptères, t. HI, p. 266. SUR LE GENRK TRICHODACTYLE. 71 inférieure. Il a également signalé une faible échancrure laté- rale, sans dire que cette échancrure correspond à un sillon qui divise le corps en deux parties : céphalothorax et abdomen, il a oublié également de signaler les ventouses copulatrices de la face inférieure. Quant à ce qui concerne les pattes, l'erreur a été plus grave. Sans nous arrêter aux diverses considérations qui ont été émises par différents auteurs sur la constitution de ces pattes, nous dirons que nous nous accordons, avec M. Robin, à les voir composées de cinq articles. Le dernier, le tarse, portant à son extrémité un pédicule membraneux, transparent, qui supporte le crochet ter- minal : c'est ce pédicule queL. Dufour désignait sous lé nom de tarse, et il le voit chez le T. Osmîce composé de trois articles. Or, ce pédicule est simple et ne présente aucune articulation ; seu- lement on remarque, à sa face dorsale, deux faibles échancrures limitant trois petits mamelons qui ont très-probablement paru à L. Dufour autant d'articulations distinctes. L'extrémité du pédicule ne porte qu'un seul crochet, et ici encore l'observateur précité a été involontairement trompé par une illusion d'optique, car il décrit deuoc crochets courbés en faucille, dont l'un est plus court que l'autre. Il est facile de s'assurer de l'inexactitude de ce détail, et de voir qu'il n'y a qu'un seul crochet terminal fortement recourbé. Enfin, passant à la dernière paire de pattes, il dit « que leur dernier article, le tibial, se termine par deux soies de moyenne longueur, et entre celles-ci par un poil très-fin et flexible, sur- passant eu longueur celle de tout le corps de l'Acarien. » Il est facile par l'examen microscopique de voir que c'est le tarse qui est le dernier article de la patte, et, de plus, que, au lieu de se terminer par deux soies analogues à celles du corps, comme semble l'indiquer L. Dufour, et un poil très-fin long et flexible, le tarse se termine par un gros et long poil médian entouré de deux gros poils plus courts que le premier. C'est ce dont on peut s'assurer en examinant des individus convenablement déve- loppés, chez lesquels les deux poils latéraux dépassent de beau- coup les dimensions des soies de moyenne longueur. 72 DONN ADIEU. Toutes ces différences et ces détails vont être beaucoup mieux indiqués par les études anatomiques que nous allons faire sur chacune des deux espèces qui constituent le genre Trichodac- tyle. Il importait seulement de montrer que ce n'est pas sans raison que nous avons repris l'étude détaillée du T. Osmiœ. Anatomie. Chez les Acariens du genre Trichodactyle, on peut succes- sivement étudier plusieurs parties; c'est d'abord le rostre, puis le corps, et enfin les pattes. Rostre. — Danslesdeux espèces, le T.Xylocopœeile T. Osmiœ, le rostre a la forme d'un tronc de cône peu saillant, dont la plus petite base est représentée par l'extrémité antérieure. La base inférieure, délimitée par l'épistome, diffère peu en dimensions de la base supérieure, ce qui fait que le rostre a presque un aspect quadrilatère, et que la forme conique, quoique cepen- dant évidente, n'est pas très-prononcée. Les pièces qui entrent dans la constitution du rostre sont les suivantes : On trouve deux mâchoires, formées chacune par deux pièces solides brunes, dont deux sont courbées en arc, et se touchent sur la ligne médiane par leur bord convexe et interne. Leur extrémité postérieure vient s'articuler par une portion membraneuse avec les épimères de la première paire ; leur extrémité antérieure s'articule avec les deux autres pièces dures également brunes, et composées de trois articles qui s'articulent entre eux par suture. Le premier article, pourvu d'une paire de poils de longueurs différentes, est court. Il relie la mâchoire au deuxième article, qui longe tout le bord externe du rostre jus- qu'au niveau de l'épistome ; là ce deuxième article s'articule avec le troisième, qui a la même forme et les mêmes dimensions que le premier, et qui se relie aux épimères de la première paire, au point oîi vient s'articuler la base inférieure des mâchoires. Ainsi les mâchoires convergent vers la partie antérieure du rostre, et, tandis que deux des pièces qui les composent se tou- chent et occupent la ligne médiane, les deux autres, au con- SUR LE GENRE TRICHODACTYLE. 1^3 traire, divergent entre elles, sont très-écartées à leur base, et occupent les côtés externes du rostre. Toutes ces pièces sont fixes, et paraissent plutôt devoir être un point d'appui pour les autres qu'un élément destiné à la succion. Entre ces deux mâchoires, on voit une petite languette ensi- foruie, très-courte, terminée en pointe à son extrémité anté- rieure, et bifide à son extrémité postérieure. Chacune de ces divisions s'appuie sur la mâchoire correspondante. La languette est membraneuse dans sa partie inférieure, dure et légèrement brune vers la pointe. Les côtés du rostre sont formés par deux mandibules mem- braneuses, transparentes, en continuité de substance par leur partie inférieure, et nettement limitées par leur bord latéral interne, qui suit, dans toute sa longueur, à peu près la moitié de la mâchoire correspondante jusqu'au commencement delà cour- bure inférieure de celle-ci. L'espace laissé libre entre ces deux mandibules est rempli par deux lèvres: l'une inférieure, l'autre supérieure. Ces deux lèvres sont sensiblement plus courtes que lesmandibules,cequi fait qu'à leur niveau l'extrémité du rostre présente une sorte de dépres- sion. Leur extrémité inférieure est en continuité de substance avec les mandibules et le reste du corps. L'épistome étant très- faiblement marqué, il s'ensuit que le rostre semble au premier abord être en continuité avec le corps, et n'être que la termi- naison de sa partie antérieure. Corps. — Le corps est divisé en deux segments par un pli assez fortement marqué, qui détermine ainsi un céphalothorax et un abdomen. Chez le T. Xylocopœ, ce pli s'étend tout autour du corps en longeant l'insertion de la deuxième paire de pattes et les épimères de la première paire. Chez le T. Osmiœ, il est situé un peu plus au-dessous de la deuxième paire de pattes, et s'étend transversalement autour du corps. Le céphalothorax porte le rostre et les deux premières paires de pattes. L'épistome étant très-faiblement marqué, ainsi que le camérostome, qui est encore moins sensible que le premier, il en résulte que le rostre est, ainsi que nous venons de le dire, en continuité assez directe Id DOniNADIEV. avec la portion antérieure du céphalothorax. Chez le T. Osmiœ, le corps ne présente pas d'échancrures latérales, mais on voit un enfoncement qui correspond à chaque patte. En divisant en trois la longueur totale du corps du T. Xylocopœ, on voit que le pre- mier segment occupe un demi-tiers, tandis que le deuxième occupe les deux tiers et demi restant. On remarque, en outre, qu'entre la deuxième et la troisième paire de pattes, il existe un intervalle équivalent à un tiers en- viron. Au niveau inférieur de cet espace, il existe une légère échancrure correspondant à un sillon faiblement marqué. Dans le tiers suivant se trouvent comprises la troisième et la quatrième paire de pattes. Au niveau inférieur de ce second tiers se trouve une nouvelle échancrure plus marquée que la précédente, qu'on voit aussi chez le T. Osmiœ, et qui délimite un espace inférieur équivalent à peu près au demi-tiers restant. Tout le segment occupant les deux tiers et demi inférieurs constitue l'abdomen. L'abdomen porte les deux dernières paires de pattes, l'anus et les organes génitaux. Par ce qui précède, on voit qu'il existe latéralement plusieurs échancrures qui ne se retrouvent pas toutes dans les deux espèces. C'est d'abord celle qui sépare le céphalothorax de l'abdo- men commun au T. Xylocopœ et au T. Osmiœ; puis celle qu'on voit chez le T. Xylocopœ en avant de la troisième paire de pattes; ensuite celles qui, également communes aux deux espèces, sont à la partie inférieure du notogastre. Elles sont longitudi- nales, courtes, et je leur donnerai volontiers le nom de margino- latérales. Mais, indépendamment de celles-là, on en observe encore une placée dans les deux espèces, tout à fait à la partie inférieure de l'abdomen et dans son milieu. Elle est très-nette et très-distincte, quoique courte en longueur; c'est la plus forte- ment marquée de toutes, et c'est au fond de la dépression formée par ses parois que vient s'ouvrir l'anus. Je lui donnerai le nom d'échancrure margino-médiane. Tout le corps est bombé en dessus, légèrement aplati en des- sous, et recouvert par une peau mince, transparente, et complè- tement sillonnée de rides. Ces rides sont concentriques suivant SUR LE GENRE TRICHODACTYLE, 75 trois points du corps qui sont : deux points latéraux antérieurs situés entre les deux premières paires de pattes, et un point médian inférieur représenté par une ligne longitudinale, s' éten- dant depuis l'échancrure margino-médiane jusqu'au niveau du bord supérieur des quatrièmes pattes. Chez le T. Xybcopœ, la peau de la partie supérieure ou dor- sale du corps n'est pas complètement membraneuse. On re- marque qu'elle est beaucoup plus chitineuse et foncée dans une portion de sa surface. En effet, si l'on divise en quatre la largeur du corps, on voit que l'espace occupé en largeur par les deux quarts moyens, et s'étendant en longueur depuis l'extrémité postérieure du corps jusqu'au niveau de l'insertion de la deuxième paire de pattes, présente une surface d'un roux jaune analogue à la coloration des pattes et des pièces du squelette, et cependant moins foncée que celle-ci. Cette plaque chitineuse présente des bandes plus foncées, ayant la même disposition que les plis gé- néraux du corps, et limitées par des séries de petites pointes plus claires que tout le reste. Cette plaque, que j'appellerai le scutellum, n'est pas nette- ment limitée sur ses bords latéraux et antérieurs ; elle se fond insensiblement avec le reste de la peau, mais on peut cependant lui assigner une forme déterminée. C'est celle d'un rectangle allongé, dont les deux petits côtés seraient remplacés par deux arcs de cercle correspondants : l'un à la courbure delà termi- naison postérieure de l'abdomen, l'autre à la courbure des plis transversaux situés au niveau de l'insertion des pattes de la deuxième paire. En outre, les bords latéraux de ce scutellum viennent aboutir aux deux échancrures margino-latérales. La face dorsale du corps porte quatre paires de poils latéraux roides insérés comme suit : la première paire au niveau de la hanche des premières pattes, la deuxième au niveau delà hanche des deuxièmes pattes, la troisième un peu en avant de la hanche de la troisième paire, et la quatrième entre la troisième et la quatrième paire de pattes, plus près de la troisième que de la quatrième. De même que celle du T. Xylocopœ, la peau de la face dorsale 76 DomniADiEu. du corps du T. Osmiœ n'est pas complètement membraneuse ; elle présente aussi des parties dures constituées par deux grandes plaques chitineuses foncées : la supérieure est la plus petite, l'inférieure la plus grande. Elles occupent : la première, une grande portion du premier segment ou céphalothorax ; la deuxième, une grande partie du deuxième segment ou segment abdominal. La première, que j'appellerai le proscutellum, est de forme triangulaire, représentant un triangle isocèle, dont le sommet serait tourné vers le rostre et la base vers la partie postérieure de l'abdomen. Le sommet arrive jusqu'au niveau de la bifurca- tion en Y de la branche de terminaison des premiers épimères ; la base arrive un peu en dessous de l'insertion des pattes de la deuxième paire. Ce proscutellum est recouvert par des spinules ovoïdes-allongés, à pointe légèrement émoussée. Ils sont im- plantés régulièrement, suivant des lignes obliques, parallèles, aux côtés de la plaque triangulaire, et leur pointe regarde en haut et vers la ligne médiane du corps. La deuxième plaque affecte la forme d'un trapèze, dont la petite base serait courbe et serait formée par la terminaison postérieure de l'abdomen comprise entre les deux échancrures margino-latérales, et dont la grande base serait située à la partie antérieure de l'abdomen, en regard de la grande base du pro- scutellum. J'appellerai cette portion chitineuse le métascutellum ; il est couvert de petites saillies cutanées, nombreuses et irrégu- lièrement disposées. Entre les grandes bases du proscutellum et du métascutel- lum, la peau' est membraneuse, et présente des plis transver- saux ; ils se continuent autour de chacune des plaques, et sont concentriques par rapport au centre même de ces plaques. Indé- pendamment des spinules mousses et des saillies cutanées, ou trouve quatre paires de poils qui présentent la môme disposition que dans l'espèce précédente. De même qu'à la face supérieure, la peau de la face inférieure du corps n'est pas complètement molle ; elle offre encore des parties dures, mais qui présentent une autre disposition. Au lieu SUR LE GENRE TRICHODACTYLE. 77 d'occuper sur l'abdomen une aussi grande étendue que celle qu'occupe sur le dos le scutellum ou ses parties constituantes, les plaques chitineuses sont restreintes dans un petit espace situé au bas de l'abdomen dans le demi-tiers inférieur. Ce sont d'abord deux grandes plaques un peu différentes de formes dans les deux espèces. Chez le T. Xylocopœ, elles sont en forme de triangle rectangle, rapprochées entre elles, au niveau de l'échancrure margino- médiane, par leur angle le plus aigu, et correspondant par leur angle aigu le plus grand aux échancrures margi no-latérales. L'angle droit de ces plaques regarde vers la partie antérieure du corps. Le côté de la plaque opposé à cet angle droit suit le bord inférieur de l'abdomen. 11 résulte de cette disposition et de cette forme que ces plaques laissent entre elles et vers la partie antérieure un espace ayant la forme d'un V à branches écartées, et dans lequel viennent se loger une partie des ventouses copu- latrices. Chez le T. Osmiœ, ces plaques affectent la forme d'une large bande rectangulaire qui suit les bords postérieurs de l'abdomen, et envoie de chaque côté une petite branche ascendante, con- tournant un peu les échancrures margino-latérales. Dans les deux espèces, ces plaques, plus foncées que le scu- tellum, et que j'appellerai les plaques margino-anales, sont plus épaisses sur leurs bords que dans le milieu où elles portent cha- cune trois poils dont un long et médian, et les deux autres courts, et placés un de chaque côté du premier. Les plaques margino- anales ne se touchent pas par leur bord interne ; elles laissent entre elles un étroit espace occupé par la plaque anale propre- ment dite, au milieu de laquelle l'anus vient s'ouvrir par une fente courte et longitudinale. Cette plaque anale est située dans la grande échancrure margino-médiane de l'abdomen. Au-dessus des téguments abdominaux, on remarque les ven- touses copulatrices ; elles sont au nombre de huit, disposées par paires sur quatre lignes, et portées tantôt sur des plaques sépa- rées, tantôt sur des plaques communes. Leur disposition afïécte assez la forme d'un losange irrégulier, dont la moitié inférieure 78 noi\!VâDii!;ij. correspond à l'espace libre existant entre les plaques margino- anales. La position relative de ces ventouses est la suivante : Sur la ligne antérieure se trouvent deux petites ventouses, très- petites chez le mâle, un peu plus grosses chez la femelle, rap- prochées sur la ligne médiane, et insérées chacune sur une plaque. Sur la deuxième ligne, on voit deux grandes ventouses; ce sont les plus grosses de toutes. Elles sont rapprochées sur la ligne médiane, mais un peu moins que les précédentes ; elles sont insérées chacune sur une plaque, et sont séparées des pre- mières par une portion chitineuse en forme d'accolade, tournée vers ces premières, et dont la pointe est entre les grandes ven- touses. Sur la troisième ligne se trouvent deux ventouses de grandeur moyenne ; elles sont très-écartées l'une de l'autre, occupent les deux extrémités du grand axe du losange, et sont insérées chacune sur une plaque. Enfin, sur la quatrième ligne, on voit deux ventouses de grandeur moyenne ; ce sont les plus rapprochées de toutes sur la ligne médiane, et elles sont insérées sur une même plaque de forme losangique à angles arrondis. Cette plaque présente dans son milieu un épaississement longi- tudinal séparant les deux ventouses, et qui semble la diviser en deux. Toutes ces ventouses sont turgescentes pendant l'accouple- ment, à l'exception des deux premières, qui le sont très-peu. L'ensemble des ventouses copulatrices est encadré par une partie chitineuse, dure et foncée, qui affecte assez la forme du bas d'une lyre, les branches ascendantes étant tournées vers la partie antérieure de l'abdomen. Chez le T. Xylocopœ, l'abdomen porte à sa face ventrale huit paires de poils insérées comme suit : une paire sur les côtés, au niveau de la première paire de pattes ; deux paires, dont une sur les bords et une vers le miheu, sur une même ligne, au niveau des deuxièmes pattes ; trois paires, dont une latérale et deux médianes, sur une même ligne, au niveau des troisièmes pattes ; une paire médiane sur une ligne entre la troisième et la qua- trième patte; une paire médiane aussi, mais plus écartée eu dessous de la quatrième patte. La face ventrale de l'abdomen du T. Osmiœ porte quatre SUR LE GENRE TRICHODACTYLE. 79 paires de piquants et quatre paires de poils insérés de la manière suivante : Sur une première ligne, au niveau des deuxièmes pattes et près de la ligue médiane, deux gros piquants ovoïdes, courts, et terminés par une soie, deux poils vers les bords; en dessous, au niveau du bord supérieur de la troisième patte, deux piquants terminés par de longs poils, qui les font plutôt ressembler à des appendices de cette espèce à base très-élargie. Ces piquants sont plus rapprochés de la ligne médiane que les précédents, latéra- lement une paire de poils ; en dessous, au niveau du bord infé- rieur de la troisième patte, deux piquants, à base plus élargie que celle des précédents, et plus écartés que ces derniers et que les premiers ; au niveau du bord supérieur de la quatrième patte et latéralement, une paire de poils ; en dessous, deux piquants à base élargie et terminés par un poil, moins écartés que les deux derniers, mais l'étant beaucoup plus que les deux premiers; entre la dernière patte et l'échancrure margino-latérale, une paire de poils latéraux. Tous ces piquants ou poils sont insérés sur des plaques tuber- culeuses circulaires. Enfin on aperçoit à la face ventrale de l'abdomen les ouver-- tures des organes génitaux. Organes génitaux. — Les organes génitaux sont semblables dans les deux espèces ; ils ne diffèrent que par les dimensions relatives des diverses parties qui les constituent. Ils sont placés à la face inférieure de l'abdomen, et immédiatement au-dessus des ventouses copulatrices. Chez le mâle, l'armure génitale se compose de deux pièces chitineuses brunes, accolées l'une à l'autre, ayant ainsi la forme d'un fer de lance allongé, à pointe tournée en bas, et situé au- dessus des deux petites ventouses. Un pli membraneux s'étend tout autour de ces deux pièces ; un second pli part de leur extré- mité antérieure, et va en divergeant se porter vers les parties latérales du corps. Ces pièces supportent un tube membraneux qui fait saillie au dehors pendant l'accouplement. L'ouverture par laquelle sort cet organe est formée par deux plis membra- 80 OONNADIEU. neux fortement accentués qui, réunis, ont la forme d'un W, dont la pointe serait tournée en haut, et dont les deux branches internes s'écarteraient pour former l'ouverture. Chez la femelle, la vulve est située en dessus des deux pre- mières ventouses ; elle est constituée par une fente transversale sinueuse qui présente dans le milieu une dépression, et dont les côtés, après être descendus obliquement en divergeant un peu plus bas que cette dépression, se portent horizontalement vers les parties latérales du corps. Dans l'accouplement, le mâle et la femelle se juxtaposent en sens inverse, et se maintiennent dans cette position à l'aide de leurs ventouses copulatrices, et à l'aide aussi des longs poils que porte la quatrième paire de pattes. On les voit, en effet, se tenir fortement accrochés à ces organes, qui paraissent ne pas avoir d'autre usage. Squelette. — Indépendamment des pièces dures que nous ve- nons d'énumérer, et appartenant soit au rostre, soit à la face dorsale ou ventrale du corps, il existe d'autres pièces également chitineuses ou cornées, d'un roux jaunâtre foncé, et qui, si elles ne forment pas la charpente du corps, servent au moins de sou- tien aux parties mobiles. On a donné à ces pièces le nom à' épi- mères. Nous avons déjà vu que certaines portions du rostre viennent s'articuler avec les épimères de la première paire de pattes. Ceux-ci, après avoir fourni un anneau chitineux sur lequel vient s'appuyer la hanche de la patte, envoient, à partir du niveau de leur articulation avec les pièces du rostre, une branche qui s'avance, en obliquant en bas, jusqu'à la ligne médiane où elle rencontre celle de l'épimère du côté opposé ; là ces deux branches se soudent, et forment une nouvelle branche qui suit la ligne médiane, et se dirige vers l'extrémité inférieure du corps. On a ainsi un Y, dont l'extrémité s'arrête au niveau de la ligne inférieure de l'articulation de la deuxième patte. L'épimère de la deuxième paire est constitué par un anneau embrassant la base de la hanche de la patte correspondante par une branche qui va relier cet épimère avec celui de la première SUR Lt: GENRE TRICHODACTYLE. 81 paire, et par deux branches descendantes, dont une courte, droite et dirigée en dehors, et l'autre longue, courbée en de- dans et dirigée vers la ligne médiane du corps ; la petite branche devient, membraneuse à son extrémité. Chez le T. Osmiœ, cet épimère présente à la partie inférieure de l'anneau une branche supplémentaire membraneuse, moins chitineuse que la grande, et qui lui est parallèle. On voit donc que, par suite de cette dispositi(3n, il y a un sys- tème supérieur de pièces dures qui comprend les pièces du rostre et les deux épimères de la première et de la deuxième paire de pattes ; et tandis que toutes ces parties sont reliées entre elles, les autres sont au contraire libres. L'épimère de la troisième paire se compose de quatre branches, variant légèrement dans les deux espèces sous le rapport de leur forme et de leurs dimensions. Deux des branches viennent em- brasser et soutenir l'anneau de la hanche, la première étant la supérieure et la plus grosse; les deux autres sont dirigées en dedans, la supérieure étant la plus courte et en forme de talon, l'inférieure étant droite et dirigée vers la partie postérieure du corps. L'épimère de la quatrième paire est à peu près semblable au précédent ; mais on remarque que des deux branches qui en- tourent la hanche, la supérieure est courte et large, l'inférieure est petite, et des deux autres, celle qui correspond au talon du troisième épimère est courte, en forme de pointe ; de plus, il y a, entre ces deux branches, une cinquième pièce, longue, qui se dirige vers la ligne médiane et vers la partie antérieure du corps. Enfin, entre le deuxième et le troisième épimère, il y a deux épimères de la ftice ventrale, de forme allongée et légèrement sinueuse, qui convergent sur la partie médiane et inférieure du corps. Ils sont légèrement chitineux, membraneux à leurs deux extrémités, et dans l'intervalle de leurs extrémités inférieures, on voit la paire médiane des poils de la troisième ligne. Pattes. — Les pattes sont au nombre de ([uatre, et ne diffèrent dans les deux espèces que par leur dernier article. Les deux pre- 5«,gérif, ZooL. T. X. (Cahier 11° 2.) 2 6 82 DONNADIEi:. raières paires sont les plus grosses, la troisième ensuite, la qua- trième est la plus petite. Les deux premières et les deux dernières sont rapprochées entre elles ; mais il existe un intervalle assez grand entre la deuxième et la troisième. A l'exemple de plusieurs auteurs, nous les considérerons comme composées chacune de cinq parties, qui sont la hanche, le trochanter ou rotule, la cuisse, la jambe et le tarse. La hanche, qui est dépourvue de poils, et qui s'articule avec le trochanter par une section oblique. Elle a une forme triangu- laire, et s'appuie par un anneau sur les branches des épimères correspondants. Le trochanter, qui porte aux quatre paires un poil long, inséré en dessous dans les paires supérieures et en dessus dans les paires inférieures. Il a une forme triangulaire dans les trois premières paires et trapézoïde dans la quatrième ; de plus, aux deux pre- mières paires, il porte à son angle supérieur un petit tubercule conique, élargi à sa base et pointu à son extrémité, qui se dirige en dehors et en bas. La cuisse a une forme carrée dans les quatre pattes. Aux deux premières, elle porte un long poil inséré dans son milieu, et deux petits poils roides et courts insérés à ses angles supérieurs. A la troisième paire, le long poil manque, et l'on ne trouve plus de poils au troisième article de la dernière paire de pattes. La jambe a également une forme carrée dans les trois pre- mières pattes ; mais dans la quatrième elle devient un peu plus allongée. Aux deux premières paires, elle porte deux poils, dont un très-long, inséré en dessus, et l'autre long, inséré eu dessous. A la troisième paire, elle ne porte qu'un poil long inséré en des- sus ; elle est dépourvue de poils à la quatrième. Étudié chez le T. Xylocopœ, le tarse a une forme conique, allongée. Aux trois premières paires, il porte en dessus: 1' trois poils, dont deux longs et un ti'ès- long inséré entre les deux premiers et un peu plus bas qu'eux; '2° à son extrémité supérieure une petite pointe mousse allongée. En dessous, il porte un poil court, roide, inséré près de son extrémité anté- rieure. Cette extrémité supérieure porte, en outre, un pédicule SUR LE GEilNRE TRICHODACTYLE, 83 membraneux, de forme cylindrique, ridé à son bord supérieur, et terminé en champignon par une tête sur laquelle vient s'im- planter un crochet. Ce crochet est simple, fortement recourbé, non denté, dirigé en dehors et vers la partie postérieure du corps, A la quatrième paire de pattes, le tarse porte à sa base un poil court, et à son extrémité supérieure un poil gros, très-long et flexible, creux dans une très- grande partie de son étendue. Sa longueur est d'un quart plus grande que celle du corps, et il se dirige en bas et en dehors. Il est implanté dans une sorte de cupule creusée à l'extrémité du tarse. Aux trois premières paires de pattes du T . Osmiœ, le tarse porte cinq poils, dont deux longs et trois courts, insérés en des- sus et de la manière suivante : un court au milieu, de chaque côté de lui un long, et de chaque côté du tarse un court. Son extrémité supérieure est terminée par un tubercule conique très- pointu, très-fort, dont la pointe est dirigée en bas et en dehors. Le pédicule qui termine le tarse est semblable à celui du T. Xylo- copœ, droit à son bord inférieur, sinueux h son bord supérieur, où il présente deux petits mamelons et un plus grand. Le cro- chet terminal du T. Osmiœ est un peu plus petit et moins re- courbé que celui du T. Xylocopœ. A la quatrième paire, le tarse de l'espèce qui nous occupe porte à son extrémité trois gros poils inégaux, dont un très-long et très-gros analogue à celui du T. Xylocopœ, et deux égaux plus petits et plus minces. Tous les trois sont implantés au fond de la même cupule ; le plus long égale la longueur du corps ; les plus petits sont d'un tiers moins grands que le plus long et moins gros que lui : ce sont les plus minces, les plus fragiles, et leur extrémité est très-effilée. Après cette étude détaillée des différentes parties du corps des Acariens du genre Trichodactyle, nous devons donner un résumé à la fois court et exact des caractères qui distinguent ces êtres. Nous allons présenter ce résumé dans le tableau suivant : Sk UONNAOIEL. CAIUCTERES GENERIQUES. Genre Trichodactyle, L. Duf. — Acariens à corps ovalaire divisé eu deux segments; à rostre court, presque carré, garni de quatre poils iné- gaux. Quatre paires de pattes rapprochées deux par deux : les trois pre- mières semblables, ayant le tarse muni d'un crochet simple, non denté, recourbé en bas ; la quatrième plus courte, terminée par un ou plusieurs poils longs, gros et flexibles. Huit ventouses copulatrices au bas du ventre ; anus s'ouvrant au milieu d'une plaque à la région marginale et intérieure de l'abdomen ; plaque chitineuse à la face dorsale. Poils piquants 'OU spinules répandus sur la surface du corps et siu- les pattes. Corps jaune clair. Crochets, pattes, rostre et pièces dures, jaune roux foncé . CARACTERES SPÉCII'HIUES. T. Xylocopw, A. L. Donn. — Corps ovalaire, présentant de faibles échancrures latérales, d'un jaune pâle, à peau membraneuse ridée, ayant en dessus une grande plaque chitineuse jaune foncé. Quatre paires de pattes; les trois premières terminées par un crochet fort recourbé, la dernière terminée par un gros et long poil. Longueur du corps, O^^j/iS. Parasite sur le Xylucopa violacea (mars et avril). T. Osmiœ, L. Dufour. — Corps ovalaire, plus grand que celui du pré- cédent, présentant un enfoncement correspondant à chaque patte; d'un jaune pâle, ii peau membraneuse ridée, ayant en dessus deux plaques chitineuses jaune foncé, séparées par un intervalle membraneux : la supérieure, la plus petite, triangulaire et couverte de spinules ; l'infé- rieure, la plus grande et couverte de petites saillies cutanées , la face infé- rieure portant quatre paires de gros piquants. Poils sur toute la surface du corps et sur les pattes. Quatre paires de pattes : les trois premières terminées par un crochet simple, non denté, moins gros et moins courbé que dans l'espèce précé- dente ; la dernière terminée par trois gros et longs poils dont un, le mé- dian, plus long et plus gros. Longueur du corps, 0""",60. Parasite sur les Hyménoptères des genres Osmia (mars et avril). SUR LE GENRE TRICHODACTYLE. . 85 EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 1. Fig. 1. Trichodactylus Xylocopœ, A. L. Donn. Fig. 2. Triehodactyim Osniw, L. Dulour. Fig. 3. Face dorsale du T. Xylocopœ. — /■, rostre ; c, céphalothorax; a, .ihdomen ; s, scii tell uni. Fig. i. Face ventrale du T. Xylocopœ (mâle). — r, rostre; c, céphalothorax; a, abdo- men; og, organes génitaux mâles; vc, ventouses copulatrices ; o, anus ; p, échan- crure niargino-latérale ; e', échancrure margino-médiane. Fig. 5. Face dorsale du T. Osmiœ.— r, rostre; c, céphalothorax ;>?, proscutellum rouvert de spinules ; ms, métascutellum couvert de saillies cutanées; a, abdomen. Fig. 6. Face ventrale du T. Osmiœ (femelle). — r, rostre ; p,p,p,p, piquants; c, céphalothorax; n, abdomen; d, vulve ; l'c, ventouses copulatrices; o, anus; e, échancrure margiuo-latérale ; e', échancrure margino-médiane. Fig. 7. Patte antérieure du T. Xylocopœ. — a, hanche supportée par son épimère; /j, trocliantet-; c, cuisse; d, jambe; e, tarse; /', pédicule du crochet^. Fig. 8. Patte antérieure du T. Osmiœ. Les lettres ont la même signification que dans la figure précédente. Fig. 9. La dernière patte du T. Xylocopœ. Les lettres a, h, c, d, e, ont la même signi- fication que dans la figure 3. f, long poil terminal. Fig. 10. La dernière patte du T. Osmiœ. Les lettres a, b, c, d, e, ont la même signifi- cation que dans la fig. 3. /, les deux poils latéraux ; y, le poil médian. NOTE L EXISTENCE DE VAISSEAUX CAPILLAIRES ARTÉRIELS CHEZ LES INSECTES, Par M. Jalf^s KVKCKEL.. Les zoologistes pensaient que toute la circulation du sang chez les Insectes se bornait à certains courants ajjerçus par Carus sur des larves transparentes, lorsqn'en 18û7 M. Blanchard apporta la preuve que les trachées de ces animaux remplissent le rôle des artères, en portant dans un espace périphéric[ue le fluide nourricier à tous les organes. Il avait reconnu, au moyen d'injections délicates, l'existence d'un espace libre entre les deux membranes constituant la trachée : le liquide injecté avait chassé le sang et l'avait remplacé. Après avoir vérifié et confirmé la découverte de .M. Blan- chard, M. Agassiz insista sur l'évidence de la démonstration. Cherchant ensuite à compléter cette découverte, il donna une attention particulière à la terminaison des trachées. Dans un mémoire publié en 18/i9 (1), ce savant a distingué les trachées ordinaires terminées en petites ampoules, et les trachées termi- nées par de petits tubes dépourvus de fil spiral, qu'il nomma les capillaires de la trachée. Voici au reste comment s'exprime M. Agassiz : «Chez les Sauterelles, que j'ai injectées par le vais- » seau dorsal, j'ai trouvé, dans les pattes, les muscles élégam- » ment couverts de bouquets dendritiques de ces vaisseaux (les » capillaires des trachées), tous injectés de matière colorée, et » dans la portion d'un muscle de la patte d'un Acridium flavo- » viitatwn, soumise à un fort grossissement, j'ai ol)servé la » distribution de ces petits vaisseaux, qui est d'une ressemblance » frappante avec la distribution des vaisseaux sanguins dans le » corps des animaux supérieurs. » Près de vingt années se sont écoulées depuis le moment oii (1) Proceed. American Association for tlio Adonne, of Scwwce*; 2 mect., 1849, p. 140-143. Traduction française, Annnics des xcieturs mdurellp^, 3* série, t. XV, p. 358-362. * VAISSEAUX CAPILLAIRES ARTÉRIELS CHEZ LES INSECTES, 87 M. Agassiz est venu annoncer ces faits, qui paraissent avoir été peu compris, car les auteurs qui ont écrit sur l'anatornie et la physiologie des Insectes ne les ont pas même mentionnés. L'observation directe du phénomène circulatoire manquait ; on n'était point parvenu à surprendre le mouvement du sang, soit dans l'espace péritrachéen, soit dans les capillaires. M, Milne Edwards signalait comme un fait regrettable que « l'existence » de courants dans les lacunes tubiformes n'ait pas encore été » constatée, » Conduit par des recherches générales sur l'orga- nisation des Diptères à étudier les appareils circulatoire et respi- ratoire, j'examinai souvent les trachées; je voyais sans difficulté les globules entre les deux tuniques; mais, l'animal mort, le sang était immobile. Poursuivant mon étude sur la distribution des trachées dans les muscles, je fus trop frappé par le caractère de cette distribution pour ne pas m'y arrêter. Ayant réussi à enlever sur une Éristale (1) vivante un faisceau musculaire sans avoii' produit de déchirement, et l'ayant porté rapidement au foyer d'un puissant microscope, j'eus la surprise de voir le sang emprisonné entre les deux membranes des trachées courir dans et . espace péritrachéen et pénétrer dans les plus fines arlérioles; j'observais la marche des globules sanguins avec la même faci- lité qu'on l'observe dans les capillaires du mésentère ou la mem- brane qui réunit les doigts de la Grenouille, J'avais donc été assez heureux pour reconnaître la circulation du sang dans les capillaires des Insectes. J'ai pu me convaincre de l'existence d'un système de capil- laires artériels chez tous les Insectes : les artérioles les plus déliées rampent, non-seulement dans les muscles, mais encore sur les différents organes. En général, le sang examiné ainsi par transparence présente une teinte rosée très-favorable à l'obser- vation. Lorsque le sang abandonne la trachée et les artérioles, ce que j'ai pu voir très-fréquemment, elles perdent leur coloration. On peut toujours apercevoir la trachée, reconnaissable à son fil spiral; mais il est fort malaisé de distinguer les artérioles, tant leurs parois sont minces et transparentes, (1) Diptère dp la famille des Syrphides. 88 J. KUNCKEL. Les difficultés de l'expérience sont grandes; il faut ouvrir vive- ment l'Insecte, enlever sur l'animal vivant un faisceau muscu- laire, porter ce faisceau sous le microscope ; et alors, dans de bonnes conditions, on parvient à voir le sang s'écouler avec rapi- dité par les artérioles. Pour ces recherches, un grossissement considérable est nécessaire : je me suis trouvé singulièrement aidé par des objectifs à immersion extrêmement parfaits que M. Nachet a bien voulu mettre à ma disposition. Il importe de donner une explication précise, touchant la structure des artérioles et leur mode de distribution. Les trachées, on le sait, sont constituées par deux tuniques : la tunique interne forme l'enveloppe du canal aérifère ; la tunique externe ou membrane péritrachéenne (membrane péritonéale des Allemands) circonscrit la première enveloppe, en laissant un intervalle, l'espace péritrachéen. Mais au point où les trachées pénètrent entre les fibres musculaires, la tunique interne dispa- raît, le canal aérien se termine en caecum, tandis que la tunique externe ou membrane péritrachéenne devient la paroi des vais- seaux sanguins ou capillaires artériels. Ce n'est pas seulement l'épaississement spiroïde de la tunique interne ou fd spiral qui disparaît, c'est la tunique elle-même qui s'arrête et ferme brus- quement le canal aérifère. De la sorte on voit d'un tronc trachéen assez volumineux dériver, en plus ou moins grand nombre, les vaisseaux sanguins très-grêles, se divisant et se subdivisant régulièrement jusqu'à leurs extrémités. Le sang maintenu dans l'espace péi'itrachéen reste, pendant tout son parcours, en contact avec l'oxygène ; il arrive aux capil- laires parfaitement vivifié : c'est un véritable sang artériel. Les capillaires ne sont pas en communication avec des capillaires veineux ; le sang s'épanche dans les tissus, les nourrit et tombe dans les lacunes ; les courants lacunaires le ramènent au vaisseau dorsal. En résumé, les trachées des Insectes, tubes aérifères dans leur portion centrale, vaisseaux dans leur portion périphérique, deviennent à leurs extrémités de véritables capillaires artériels. à NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA SAUVE DES MOLLUSQUES GASTÉROPODES Par M. PA^fCERI. En continuation des notes présentées à l'Académie dans le mois de septeml)re (1), je présente les conclusions anatomiques et physiologiques suivantes à propos des organes et de la sécré- tion de l'acide sulfurique des Mollusques gastéropodes. PROSOBRANCHES. 1. Dans les Gastéropodes de la section des Prosobranches, les organes qui, à ma connaissance, sécrètent le liquide, conte- nant de o ou [\ pour 100 d'acide sulfurique libre, sont sem- blables entre eux (iJ). Ces organes sont les glandes salivaires qui, au lieu d'être acineuses en totalité, comme dans les Mol- lusques ordinaires, sont composées d'un lobe supérieur acineux et d'un lobe inférieur k éléments tubulaires (3). 2. Le lobe supérieur, toujours plus petit que l'autre, varie en volume dans les différentes espèces, et plus ou moins quant à ses divisions en lobules secondaires dans les différents individus ; il est compacte, se compose d'acmiqui sont en relation avec le conduit excréteur par leurs propres conduits, comme dans les glandes salivaires ordinaires, et sont composés de cellules à con- tenu granuleux. 3. Le lobe inférieur, plus ou moins gonflé, plus ou moins dé- veloppé, et toujours plus allongé dans la glande gauche que dans la droite, se compose d'une mince membrane musculaire exté- rieure et de tubes aveugles d'un diamètre remarquable (2 milli- (1) Voyez Annales des sciences naturelles, 5* série, t. VUI, p. 82. (2) Dolium galea, Cassis sulcosa, Cassidaria echinop/tora, Tritonium nodifevum, hirsutum, corrugatum, cutaceum. (3) Ces tubes lurent observés par Belle Cbiaje, qui en parha brièvemonl et en donna une figure incomplète ilans l'ouvrage de Poli, vol. UI, pi, L, fiù-. 8. 90 PANCERI. mètres dans le Dolium), divisés en jjranches dichotomiques, et qui aboutissent tous au conduit excréteur. Chaque tube consiste en une membrane fondamentale sans structure, et en ceUules particulières très-grandes, ellipsoïdales et très-transparentes. Ces cellules contiennent un liquide hmpide et un petit nucléus finement granuleux que j'ai observé dans la Cassis, dans la Cassi- daria et dans les Tritonium nodiferum, mais jamais dans le T. cu- taceum et le T. corrugatum. Ce sont ces cellules qui sécrètent le liquide acide. Entre chaque tube se trouve un lâche tissu con- jonctif pourvu de nombreux corpuscules calcaires. Ces corpus- cules sont les cellules du tissu conjonctif qui s'enflent en se remplissant de carbonate de chaux, lequel s'y trouve sous la forme de granulations très-fines. II. Le conduit excréteur de chaque glande a sou origine dans le fond du lobe inférieur, et en suivant le côté intérieur de l'or- gane, il reçoit la sécrétion des tubes qui se rejoignent en faisant un certain angle (droit pour la plupart des tubes du Dolium), et plus haut la sécrétion des conduits du lobe inférieur acineux. Sor- tant alors de la glande, il passe dans le collier œsophagien, et, longeant l'œsophage, va déboucher aux deux côtés de la langue. Le conduit excréteur se compose d'une couche de tissu conjonc- tif, qui est souvent pourvu de corpuscules calcaires, et au-dessous de laquelle se trouve la membrane nuisculaire, composée à son tour de deux couches : l'une longitudinale, l'autre transversale ; enfin d'une membrane fondamentale, recouverte d'un épithé- lium hyalin, à petits éléments dépourvus de cils. 5. Les artères des glandes salivaires provie'nnent de l'aorte antérieure, laquelle, avant de se partager dans les deux troncs du pied et de la trompe, donne une grosse branche aux glandes salivaires et au jabot. Chaque artère salivaire, après avoir donné des branches à la portion acineuse de la glande, s'introduit en suivant le conduit excréteur dans la portion tubulaire, pour se partager en branches qui , en marchant parallèlement aux tubes, s'y distribuent {Dolium). 6. Les branches nerveuses proviennent^ pour les glandes, directement du bord postérieur du ganglion sus-œsophagien aux SALIVE ACIDE DES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 01 deux côtés de la ligne moyenne, pour entrer avec le conduit excréteur dans l'intérieur des glandes; poiir le conduit excréteur au delà du collier œsophagien, elles proviennent des troncs qui partent du bord antérieur du ganglion œsophagien, donnent des branches à l'œsophage et aux muscles de la trompe, et vont se terminer aux ganglions pharyngiens, et précisément pour le côté droit du second tronc et pour le gauche du troisième {Cassis). Corollaires. 1 . Gomme le lobe inférieur des glandes salivaires, avec ses tubes et ses cellules particulières, appartient aux Prosobranches qui sécrètent le liquide contenant l'acide sulfurique, on doit le regarder comme l'organe principal de cette sécrétion. Il est bien vrai que des fragments de la partie acineuse, lavés soigneu- sement à plusieurs reprises, donnent aussi les reactions de cet acide ; mais à cause de la diffusion qui est facile, par cela même que les deux lobes ont un seul conduit excréteur commun, il n'est pas possible de décider si ce lobe concourt ou non à produire l'acide. Je connais un nombre considérable de Prosobranches qui ne donnent aucun signe de cet acide, et qui ont seulement le lobe acineux ; parmi eux je citerai le Ranella gigantea, qui, malgré sa grande affinité avec les Tritonium, manque de cette sécrétion . •2. L'évacuation rapide de ces glandes s'explique par la inus- cularité de la membrane du lobe inférieur, qui peut désormais s'appeler organe sécréteur de l'acide sulfurique. La contraction des parois du corps, qui compriment les glandes de près et directement, aide puissamment à cette évacuation. A ce point de vue, même indépendamment de la nature du nerf salivaire, l'émission du liquide peut se dire volontaire. 3. L'effervescence qui se fait spontanément peu après que les glandes ont été mises à découvert dans l'animal vivant, et qui s'augmente beaucoup si l'on fait des incisions dans ces organes, et encore davantage si l'on ajoute artificiellement une solution acide, est due évidemment à l'action exercée par l'acide qui est contenu dans les cellules, et dans les tubes, sur les corpuscules 92 PANCCRI. calcaires du tissu conjonctif interposé. Ce liquide, fort acide, se répand iuniiédiatement après la mort de Torgane, et sort non- seulement des cellules et des tubes, mais découle aussi à travers la mend)rane du lobe inférieur des glandes, et se répand enfin dans la cavité du corps. Cette production d'acide carbonique, qui s'observe dans les glandes mourantes ou blessées, se vérifie rarement et incomplètement lorsqu'on met à découvert les glandes d'individus morts déjà depuis quelque temps, parce que, dans ce cas-là, la réaction a déjà eu lieu avant l'observation. Quoi- que je connaisse les différentes espèces d'organes qui, dans les Mollusques, sont semés de corpuscules et de cristaux, et la dégéné- rescence calcaire que subissent les glandes salivaires de quelques- uns d'entre eux, comme le Cerithium en particulier, j'ai hésité à me prononcer avant l'observation directe, jugeant chose impro- bable, à priori, que le carbonate calcaire, comme il se vérifie en effet, coexistât dans le même organe avec l'acide sulfurique libre. k. Les calculs et les incrustations qui se trouvent dans les glandes du Tritonium nodiferum conservées depuis quelque temps, et que j'ai vus se former sous mes yeux sur les piqûres et sur les incisions faites dans les glandes vivantes, sont sans con- tredit du sulfate de chaux. OPISTHOBRANCHES. Va\ attendant d'autres occasions pour compléter mes études en cours sur cette série de Gastéropodes, je puis rapporter une partie des résultats qui regardent la sécrétion de ce même acide libre, et que j'ai récemment découverts dans les Pleurobranches, et précisément dans le Pleurobranchidium Meckelii Leue, dans le P. tuberculaium Meck. et le P. testudinarium Cantr. 1. La glandula salivaris arboriformis de Leue (1), salivale de Délie Chiaje (2), ou salivaire supplémentaire de Lacaze- Duthiers(3), ou glande à conduit impair [accessorische Speichel- (1) De Pleurobranchœa, novo Mollrmcorum génère. Halpr, 1813, &^. U, b. (2) Descrizione e notomia degli Animait seiiza vertèbre, vol. H, p. 50, pi. 52, fig. 13. (3) Histoim et monogrn/jhie du Pleurohranche arangé (Ami. f/e.f .sr-. mit., 4' série, 1859, t. XI). SALIVE ACIDE DES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 93 druse des Allemands), dont la fonction, malgré son nom, n'avait pas été déterminée jusqu'à présent, est précisément l'organe où s'opère la sécrétion de l'acide sulfurique. 2. Cette glande tubulaire, simple, a des ramifications en si grand nombre et tellement répandues, qu'elles occupent tout le plan inférieur de la cavité du corps, et qu'elles enveloppent, comme on l'observe dans le Pleurobranchidium, la masse des organes de la digestion et de la reproduction. Ces tubes, recou- verts d'une couche de tissu conjonctif et réunis par ce même tissu, consistent en une membrane fondamentale et en cellules (|ui sont les mêmes décrites par Lacaze-Duthiers (1). Ces cellules sont d'une grandeur considérable, contiennent des granulations périphériques, et dans le milieu une grande vésicule sphérique très- transparente (Secretionsblase). y?i[ remarqué parmi les gra- nulations de ces cellules, dans le P. tuberculatwn., un nucléus, lequel, pour laisser la place à la grande vessie de formation endo- gène, se trouve être pariétal. Tels sont les éléments des tubes plus petits et à fond aveugle ; dans les tubes plus grands du Pleurobranchidium, j'ai remarqué des cellules encore plus grandes à contenu homogène très-transparent et sans nucléus, en tout semblables à celles que j'avais trouvées dans le Trilo - nium corrugatum et le T. cutaceum. 3. Le conduit excréteur, auquel concourent tous les systèmes des tubes glandulaires, après avoir présenté quelques circonvo- lutions en s'enflant plus ou moins, rejoint la partie supérieure de la masse bucale,et débouche près de la commissure supérieure des lèvres. Quanta sa structure, il est composé d'une enveloppe de tissu conjonctif à petits grains calcaires, d'une couche très- épaisse de muscles longitudinaux et transversaux, d'une mem- brane recouverte de cellules aussi fort transparentes et plus ou moins grandes, pourvues de nucléus comme celles de la Cassis, etc., qui s'amoindrissent là où le conduit s'amincit avant de déboucher [Pleurobranchidium). (1) I/jid., p. 232, pi. Vn, fig. 3. 0/| PANCÏIRI. Corollaires. \ . Taudis que, dans les Pleurobrauches, la glaude qui adhère au duodénum et au foie [glandula semi-orlncularis de Leue, pancréas de Délie Chiaje, glandes salivaires ordinaires de Lacaze- Duthiers), et qui est pourvue de deux conduits, correspond aux véritables glandes salivaires en ce qu'elle est acineuse, com- posée de cellules à contenu granuleux homogène, et ne pré- sente aucune réaction chimique qui la fasse ressembler à la glande tubulaire, cette dernière est le véritable organe sécréteur de l'acide suif urique; c'est elle qui représente la partie tubulaire ou inférieure des glandes des Prosobranches cités plus haut. 2. Tandis que les conduits de la véritable glande salivaire pénètrent dans les masses pharyngiennes aux deux côtés de l'origine de l'œsophage, pour s'ouvrir ensuite dans le pli de la muqueuse qui recouvre à l'intérieur les mâchoires cornées, le conduit de la glande de l'acide sulfurique, débouchant à la com- missure supérieure de la bouche, facilite la sortie à l'extérieur du liquide sécrété, liquide dont nous parlerons dans la suite. Expériences et considérations. * Pour tâcher de découvrir les raisons de la sécrétion de l'acide sulfurique dans les organes dont je viens de parler, il était néces- saire de savoir avant tout si le liquide qui contient cet acide était émis dans les circonstances ordinaires ou bien avalé. Dans le premier cas, on aurait une excrétion acide d'un genre nouveau ; dans le second cas, on aurait l'acide en question mêlé aux sucs de la digestion : de là la nécessité d'étudier de nouveau les or- ganes digestifs et la fonction de ces organes dans les Mollusques, pour trouver les différences et les coïncidences anatomiques et physiologiques. La manière dont le Dolium rejette ce liquide observée par M. Troscel, et les fragments de petits polypiers calcaires trouvés par lui avec de la Zostère dans l'estomac d'un autre individu de la même espèce, doivent faire supposer que l'émission du liquide a lieu. D'autre part, l'acide trouvé par SALIVE ACIDE DES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 95 M. de Luca clans l'estomac de ce même Mollusque taisait croire à l'entrée de l'acide dans les voies digestives ; mais ces deux Dolium, celui qui rejeta l'acide et celui dans l'estomac^duquel on trouva l'acide, avaient été arrachés violemment de leurs coquilles, et ils auraient pu, sous l'influence de la douleur, l'un rejeter l'acide, l'autre l'avaler. Eu outre, les fragments de polypiers adhérents à la Zostère auraient fort bien pu être préservés accidentellement de l'action de l'acide ; le problème était donc toujours à résoudre. Dans les Dolium, les Cassis, les Cassidaria, les Tritonium, que j'avais tous examinés plusieurs fois, je n'avais observé aucun contenu dans l'estomac ; j'avais même constaté dans un Trito- nium nodiferum vivant, dont l'intestin contenait seulement des coques d'œufs d'un autre Gastéropode, que la muqueuse de l'estomac ne domine aucune réaction acide. Cependant, comme chez ces animaux la digestion doit être rapide, il se pouvait qu'avec la même rapidité l'acide introduit se fût combiné, de manière à ne plus laisser aucune trace de son passage à l'état libre. 11 me restait pourtant encore le soupçon que l'acide ne se montrât que lorsque l'animal avait mangé depuis peu. Je savais, du reste, que ce liquide n'exerce aucune action digestive sur les substances animales et végétales; les morceaux d'albumine, de chair et d'algues que j'avais mis dans le liquide des glandes du Dolium depuis le mois de septembre, étaient encore intacts comme dès le premier jour. Pour arriver à mon but, il n'y avait donc d'autre moyen que de percer la coquille d'un Tritonium nodiferum qui fût à jeun depuis quelques jours dans un aqua- rium, y passer une petite corde, et la plonger dans les bas-fonds de Pausilippe pour ouvrir l'animal après l'avoir retiré, afin d'observer si l'acide sulfurique se trouvait mêlé à l'aliment que l'animal devait avoir pris. Je méditais sur cette expérience, tan- dis que j'observais au microscope le mouvement ciliaire fort vif de l'œsophage d'une Cassidaria. Ce mouvement me fit réfléchir que si le liquide était véritablement avalé, c'aurait été le premier cas de mouvement ciliaire en présence d'une solution d'acide sul- furique. 11 me fut facile devoir l'action exercée sur l'épithélium par le liiiuide retiré des glandes; en y ajoutant une seule goutte. 06 PAIVCERI. le mouvement cessa ininiédiatenieuî. Cependant cet œsophage, cetépitliélium, détachés de l'animai, ne se trouvaient pas dans leur condition nof niale ; peut-être leaii distillée ou tout autre solution auraitproduit le même effet. En attendant, le Tritonium était mort, et d'autres expériences étaient nécessaires. Pour démontrer que le liquide est émis facilement comme ui) liquide d'excrétion, j'ai mis un Pleurobranchidium dans une cuvette remplie d'eau de mer ; j'ai coloré cette eau en y versant de la teinture de tournesol, étant sûr d'être averti de l'émission du liquide acide par le changement de couleur de l'eau. Mais l'animal ne semblait pas le moins du monde disposé à émettre le liquide pour mon plaisir; je commençai donc à le piquer et à l'agacer : il se tordait, s'agitait, mais il ne sortait aucunement sa trompe. Je me décidai alors à lui prendre une corne avec une pince, et je ne cédai que, lorsque l'ayant enfin sortie, il se re- tourna vers l'instrument comme pour le mordre ; dans le même instant, l'eau se colora de nuages rouges. J'ai eu le plaisir de ré- péter cette expérience, il y a peu de jours, devant le professeur Leuckart ; mais, selon moi, elle n'était pas décisive ; j'avais dé- montré l'émission du liquide, mais je n'avais pas exclu la possi- bilité que ce même liquide fût avalé au moment du repas de l'animal. Je n'avais à ma disposition que des Pleurobranchidium dont je ne pouvais ouvrir le jabot, de crainte que le liquide contenu dans les tubes delà glande ne se répandît, à cause de leur adhé- rence avec le jabot, et ne m'induisît en erreur. Je pensai alors d'introduire par la bouche, dans l'estomac, et au moyen d'un tube, une pâte composée d'eau et de petits cristaux calcaires, par exemple des otolites de Plagiostomes ou de Reptiles, ou bien des spicules calcaires de Gorgimia ou d'Épongés. J'aurais obtenu par ce moyen des corps de forme déterminée, et faciles à re- trouver ou à reconnaître dans le cas que leur présence ou leur disparition m'eût fixé sur la chose dans un sens ou dans l'autre. J'avais déjà préparé tout ce qui m'était nécessaire pour cette expérience, lorsqu'on m'apporta des côtes de Cumes le plus grand et le plus rare des Pleurobranches de nos mers ; en un mot, le P. testudinarium^ que Délie Chiaje vit très-peu de fois. SUR LA SALIVE ACIDE DES MOLLUSQUES. 97 Philippi une ou deux fois et Lacaze-Duthiers une seule fois sur les côtes de Cette. Malgré toutes mes recherches, je n'avais jamais pu le voir moi-même avant ce moment. Aussitôt je l'ouvris, et je reconnus les réactions de l'acide et la structure des tubes de la glande semblables à celles des autres espèces. Le contenu du premier des trois estomacs devait m'apporter la solution de cette question, que je tâchais d'obtenir par un artifice. Le P. testudi- narius est Carnivore, malgré ses trois cavités gastriques, autant pourtant qu'on peut le dire, à cause delà cellulose qui compose la plus grande partie du manteau des Ascidies simples et com- posées; le jabot était rempU de ces dernières coupées à grosses bouchées; mais ce qui m 'intéressait le plus, c'est que les cristaux calcaires dont le manteau était parsemé étaient intacts ; ceux-ci et ceux que je reconnus dans l'intestin étaient les cristaux étoiles d'un Didemnum. Je suis sûr que si l'acide sulfurique avait péné- tré dans le jabot, la quantité d'acide carbonique mis en Hberté aurait été telle, qu'elle eût dépassé en volume je ne sais combien de fois le corps de l'animal. Je suis donc convaincu pour toutes ces raisons que le liquide acide des Gastéropodes cités plus haut est simplement un liquide d'excrétion. Par conséquent, les glandes qui sécrètent cet acide ne doivent plus, dans le sens physiologique, être considérées comme des annexes du tube digestif, mais bien plutôt comme des organes de sécrétion particulière, quel que soit le but de cette sécrétion . Reste à résoudre maintenant l'autre problème, encore in- tact, des origines de cet acide, c'est-à-dire s'il provient de l'oxydation du soufre des substances albuminoïdes, ou bien de la décomposition des sulfates marins. Nous serions obhgés de nous fixer à la première hypothèse si l'on trouvait des Mol- lusques vivants dans les fleuves et dans les lacs, où les sulfates sont en si petite quantité en comparaison des eaux marines, pourvues d'acide sulfurique; mais jusqu'à ce qu'on trouve de ces Mollusques, il faut se contenter d'étudier les autres et tenir compte de la composition du milieu où ils vivent, pour voir si la seconde hypothèse est la vraie. T1 faudrait pour s'en assurer .')'= série, Zool. T. X. (C.-iliicr n° •>.) '■• 7 98 PAW€EBI. mettre une colonie de Cassidaria ou de Tritonium dans des eaux dont on aurait artificiellement augmenté les sulfates, et une autre dans des eaux où l'on aurait diminué ces mêmes sul- fates, et voir ensuite la difTérence et la diverse quantité d'acide L.ulfurique donnée par les glandes de chaque colonie. Il faudrait aussi examiner la composition du sang de ces Gastéropodes et voir s'il contient d'abondants sulfates; selon moi, c'est ici que réside la question. Supposons, par exemple, que ces sulfates marins se trouvassent en abondance dans le sang e qu'ils fus- sent ainsi transmis dans l'organe, tout nous ferait croire alors à leur décomposition par le moj'en des cellules de ce même organe. Un fait auatomique qui, selon moi, a un grand rapport avec notre problème, et est très-bien démontré par M. Lacaze dans le Dentalium et dans le Pleurobranchus (1), c'est la com- munication directe du système vasculaire avec l'extérieur; ce fait est constaté dans d'autres Gastéropodes par divers anato- mistesd'un grand mérite, mais pour le moment arrêtons-nous au Pleurobranche comme étant un de ceux qui, comme nous l'avons dit plus haut, possèdent la sécrétion de l'acide sulfu- rique. A quoi bon doser les sulfates du sang, puisque l'eau de la mer entre directement dans le système des artères? En peu de mots, pourquoi recourir à l'oxydation directe du soufre, du moment que ce fait nous assure que les sulfates entrent dans l'organe tels ([u'ils sont dans l'eau? Si donc les sulfates entrent dans l'organe d'un côté, et de l'autre sort l'acide devenu libre, pourquoi ne pas conclure que facide sulfurique libre des Gasté- ropodes provient de la décomposition des sulfates marins? A propos de la communication du système vasculaire avec l'extérieur, Lacaze-Duthiers écrit : « On y trouvera, n'en dou- » tons pas, la clef de bien des aperçus nouveaux relatifs à cette » partie de l'organisation et à la physiologie. » Cette commu- nication, qui existe même dans les Mollusques qui n'ont pas celte sécrétion spéciale, doit avoir une destination plus générale ; je suis pourtant d'avis qu'en nous limitant au cas particulier de ces Mollusques qui ont la sécrétion,! ou peut appeler le trou en (1) Loc. cit., p. 250, pi. IX. SUR LA SALIVE ACIDE DES MOLLUSQUES. 99 i[uestion la porte par où entre le matière nécessaire à la fabrica- tion de l'acide sulfurique. Dans les Murextrunculusei M . brandaris^ et dans les Aplysia., où le professeur de Luca a trouvé des traces d'acide sulfurique, je n'ai rencontré par la suite ni les tubes ni les cellules décrits plus haut; je n'en ai pas trouvé dans des Mollusques des autres ordres, ni aucune trace de cet acide dans les Mytilus lithopha- cjns (1) ; mais si des organes différents de ceux dont je me suis occupé, dans des animaux marins de tout autre type, présen- taientà d'autres observateurs ce même acide, je n'en seraisaucu- nement surpris, sachant quelamême sécrétion peut se faire chez des animaux différents à l'aide d'organes de structure variée : prenons, entre autres, l'exemple des matériaux uriques qui sont pi'oduils dans les séries des animaux par des organes fort dis- semblables, comme les tubes de Malpighi, l'organe de Bojauus, les reins des Vertébrés. Pourtant, comme les reins des Vertébrés sont restés organes de l'urine, même lorsque Brugnatelli trouva de l'acide urique dans les tubes des Insectes, ou lorsque Riche, ScJalosberger, Lacaze, Tinel, le trouvèrent dans l'organe de Bojanus,de même les organes que j'ai appelés organes sécréteurs de l'acide sulfurique, à cause de l'acide qu'ils produisent, ne le seront pas moins si l'on trouve d'autres organes qui donnent les mêmes produits, mais qui sont de différente structure. La question du mouvement ciliaire, qui semblait résolue par le fait que je ne l'avais jamais observé dans les organes en pré- sence de l'acide sulfurique, s'élève de nouveau lorsqu'on lit les observations de Lacaze-Duthiers sur le Pleurobranchus auren- tiacus. Il vil ce mouvement dans l'intérieur même des tubes de la glande salivaire supplémentaire, ce qui me fait croire ou que ce Pleurobranche, tout en ayant des organes semblables aux (1) On sait bien que les liivalves manquent de glandes sali vaires; j'ai essayé donc de découvrir si par hasard les autres organes donnaient quelque réaction. Après de i'iiigues études, les naturalistes ont acquis la conviction générale que les perforations dépendent d'une action mécanique; pourtant, même indépendamment de cette convic- tiiui, je ne puis oublier d'avoir moi-même à la Spezia, il y a déjà plusieurs années, percé une masse calcaire agissant dans l'eau contre le rocher au moyen du pôle perfo- rant d'un Mijtilus lithophagus. Je m'occuperai par la suite des perforations que l'on triiuvi' dans Ifs coquilles des bivalves et que l'on prétend faites par les 'lastérnpndes. 100 PANCERI. — ■ SUR LA SALIVE ACIDE DES MOLLUSQUES. autres de son genre, n'a pas cette sécrétion particulière, ou bien que le mouvement ciliaire a lieu même en présence d'une solution d'acide sulfurique. Que l'on me permette une dernière considération relative aux nerfs salivaires. Si l'on ne savait pas encore, et de tant de manières, que les nerfs exercent une influence sur les cellules de sécrétion, les phénomènes observés dans ces glandes nous le prouveraient aujourd'hui d'une manière éclatante, irréfutable. En effet, si j'ôte à un Dolium vivant une de ses glandes et la mets intacte devant moi, en un premier temps elle se contracte et se tord, la membrane se retire sous l'attouchement, et dans l'intérieur, l'organe ne fait pas effervescence; en un second temps, la contraction cesse et l'effervescence commence. 11 s'agit de trouver un rapport entre ces deux faits si disparates, l'effervescence et la contraction. Cette dernière m'explique que l'action nerveuse compressive dure dans l'organe détaché, et les corpuscules calcaires qui ne subissent pas de décomposition, et qui me semblent être mis là pour parler à l'observateur, me disent clairement que les cellules sont en vie, que leur mem- brane, tout en tenant le liquide acide séparé des tissus qui l'en- tourent, est sous une influence spéciale qui détruit les influences physiques simples, lesquelles agiront à leur tour en un second temps. La contraction cessée, l'effervescence commence, ce qui veut dire que l'influence nerveuse ayant cessé , les cellules d'éléments vivants, douées qu'elles étaient d'une vertu physique et chimique spéciale et extraordinaire, deviennent de simples vessies qui agissent simplement comme celles des endosnio- mètres, de là la diffusion qui est dévoilée bientôt par la décom- position des corpuscules calcaires. Considérant la chose sous ce point de vue, on peut dire que ces glandes sont des instruments autologues qui manifestent ouvertement cette influence sans avoir besoin d'aucune action étrangère ; on peut dire encore que si ces animaux n'étaient pas par leur nature inpropres aux vivisections, les physiologistes pourraient provoquer la for- mation de l'acide sulfurique en excitant artificiellement le nerf salivaire. OBSERVATIONS SUK DES CRUSTACES RARES OU NOUVEAUX DES COTES DE FRANCE, Par n. HEliSE. (Quinzième article.) Description d'un nouveau Crustacé appartenant au genre Limnorie. Voilà déjà longtemps que, pour la première fois, nous avons observé le Crustacé qui va faire l'objet de ce mémoire ; mais comme il vit constamment mêlé à la Limnoria terebrans qui est très-connue, il nous avait semblé impossible qu'il ne fût pas décrit comme l'a été l'autre. Nous nous sommes donc abstenu d'en parler jusqu'à ce jour ; cependant, comme il n'en est pas question dans les ouvrages assez nombreux que nous avons con- sultés ; que plusieurs naturalistes auxquels nous l'avons montré nous ont dit ne l'avoir jamais vu ; qu'enfin nous nous sommes assuré qu'il n'existait pas dans les riches collections du Muséum d'histoire naturelle de Paris, il y a des probabilités pour qu'il ait pu échapper aux investigations des carcinologistes, d'autant plus qu'il arrive fréquemment que des espèces qui sont très-com- munes dans certaines localités soient, par contre, très-rares ailleurs; nous donnons donc ci-après la description du Crustacé en question. §6. Limnorie xyloi'HAGE. Limnoria xylophaga (Nobis). Le mâle (1) est d'un tiers plus grand que la femelle; il mesure de 6 à 7 millimètres de longueur, de l'extrémité des antennes (1) Planche 2, figure 1. 102 HRSSE. à celle des fausses pattes abdominales ; sa longueui' est de 2 à 3 millimètres. Sa tête, vue en dessus (1), est très-ronde est très-bombée ; elle est de la même largeur que le corps, dans le premier anneau duquel elle est encastrée, de manière que le bord supérieur de celui-ci entoure complètement sa base. Le bord frontal s'avance en pointe arrondie entre les deux paires d'antennes placées de chaque côté ; celles-ci ne sont pas, comme dans les autres Crustacés, insérées au bord ou sous le bord du front, mais fixées sur le sommet de la tête (2), Les antennes extérieures (3) sont extrêmement larges et plates ; elles se composent de six articles, dont le basilaire et le dernier sont les plus courts; elles sont, particulièrement chez le mâle, couvertes d'une quantité considérable de poils longs, touffus et pennés, qui sont réunis en faisceau à leur base, et sont diver- gents à leur sommet, formant des touffes très-épaisses comme dans une brosse ; mais ces poils sont rares au-dessus des an- tennes, excepté à leur extrémité qui en est al)ondannnent pourvue. Les antennes internes [h) sont infiniment plus minces; leur tige est cyhndrique, et leur calibre va en diminuant de grosseur de la base au sommet. Elles sont divisées en dix articles à peu près de même longueur; à partir du quatrième, il existe une petite branche divergeiUe qui n'est formée que de deux anneaux seulement. Ces antennes sont, relativement aux autres, presque glabres ; elles ne présentent que quelques poils clair-semés et divergents. Les yeux (5) sont petits, sessiles, de forme presque ovale, mais assez mal délimités; leurs bords sont enfoncés et comme sertis dans l'épaisseur de la carapace. Examinés à un faible gros- sissement, la cornée semble parcourue par un tissu ramusculeux (1) Fig. 2. (2) Fig. 1, 2 et 6. (3) Fig. 1, 2 et 6. (4) Fig. 1, 2 et 6. (5) Fig. 15,^ 16 et 17. I SUR LA LIMNORIK XVLUPHAGE. 103 blanc se détachant snr un fond noir, et iormant des dessins ai'biisculés ; mais lorsqu'on les soumet à une amplification plus puissante, on aperçoit qu'ils sont composés de comicules plates, squameuses, de formes irrégulières, mais cependant générale- ment pointues au sommet, superposées les unes sur les autres, et convergeant vers le centre ; elles sont au nombre de trente à trente-ciuij, disposées eu cercles concentriques, et imbriquées comme les écailles du fruit de l'Artichaut {Cinara scoJymus). La télé (1 ), vue de profil, laisse apercevoir le contour occipital (jui est arrondi, et, en ftice de l'autre côté, l'ouverture buccale environnée des appendices qui sont proéminents et légèrement relevés. Les yo«e5, ou les parties latérales, sont formées de diverses pièces, plus ou moins grandes, irrégulières, dont la délimita- tion est nettement indiquée par le bord qui les contourne ; celles au milieu desquelles sont placés les yeux sont plus larges que If s autres. On aperçoit au-dessus de la bouche le labre supérieur qui est ()ccineux,et dont le bord récurvé est dirigé en bas; à ses côtés deux autres plaques anguleuses. On voit aussi deux petites paires de pattes- mâchoires qui sont terminées par des griffes; enfin au-dessous de ces deux pattes s'en trouve une troisième beau- coup plus longue et plus forte ayant quatre articles, dont les deux premiers sont les plus longs, et le dernier est armé d'une griffe crochue, mobile et articulée. Au-dessous de ces premières pattes-màchoires extérieures se trouvent des organes plus internes (-2) et très-compliqués, dont nous n'avons pu déterminer avec assez de précision la position, attendu que nous avons été obligé pour les examiner de les isoler par dislocation. Nous avons cependant constaté la pré- sence de mandibules terminées par une rangée de dents aiguës et pectiniformes (3); d'autres, plates et lamelleuses, garnies sur le bord de molaires soudées, et maintenues dans leurs (1) Fig. 6. (2) Fig. 8, 9, 10, 11, 12 L't lo. (3) Fig. 8 et 9. alvéoles (1); d'autres ayant la forme de scies et de râpes, armées de pointes aiguës, propres à déchirer ou à creuser. Le corps est d'une largeur presciue uniforme dans toute sa longueur; il est légèrement bombé en dessus et plat, et même un peu creux en dessous ; il est divisé en onze anneaux, dont sept thoraciques et quatre abdominaux. Tl est couvert de poils qui, en certains endroits, sont pennés. Les anneaux thoraciques sont tous de la même dimension, excepté le premier qui est un peu plus large. Ils sont composés d'un tergum et de deux pièces épimériennes qui sont légèrement écbancrées au milieu et arrondies à leurs angles extérieurs (2). Toutes ces articulations sont extrêmement mobiles et assez écar- tées l'une de l'autre pour permettre au corps de se mouvoir dans tous les sens. Les trois premiers anneaux abdominaux sont la moitié plus étroits que les précédents ; leur largeur est égale entre eux ; le troisième présente à son bord inférieur deux petites échan- crures latérales, au milieu desquelles se trouve un appendice conique, long etrécurvé, en forme de corne, ressemblant à celui dont sont pourvus les Cymodociens^ et que l'on remarque aussi sur le dernier anneau des Chenilles de plusieurs Papillons du genre Sphinx [?>). Le dernier segment abdominal est, à lui seul, plus grand que les trois anneaux qui le précèdent (/i) ; il a la forme d'un paral- lélogramme assez régulier ; sa face supérieure est plate et lé- gèrement creuse au milieu ; les bords en sont un peu relevés à la partie supérieure et latérale. A la hanche viennent s'articuler plusieurs appendices de formes variées, dont nous allons donner la description (5). (Vest d'abord une paire de fausses pattes com- posées d'une tige longue et plate, terminée par deux appendices qui sont divergents et d'inégale longueur. Celui qui est interne (1) Fig. d3. ^2) Fig. 3Û. (3) Fig. 1, 2 et 29. (4) Fig. 2. (5) Fig. 29. SUR LA LIMNORIE XYLOPHAGK. 105 est large, spatuliforme, et est armé de quatre griffes fortes et pointues. L'extérieur, qui est un peu plus long, est conique, et garni de poils longs et divergents. Son extrémité atteint le bord inférieur de ce quatrième anneau. Au milieu de la fausse patte que nous venons de décrire sont fixés, par une articulation en forme de charnière, trois appendices lamelleux et denticulés, dont le premier, qui est beaucoup plus grand que les deux autres, est large et plat en forme d'écran ; celui qui vient après, quoique beau- coup-plus petit, l'est cependant moins que le troisième. Ces trois appendices sont réunis à leur base et séparés à leur sommet par de légères fentes. Ils peuvent, à raison de leur articulation basilaire qui est mobile, s'incliner latéralement d'un côté ou de l'autre, ou se maintenir dans une position ver- ticale. Ces appendices varient de forme et de grandeur, à raison de l'âge du Crustacé qui les porte. Lorsque l'animal est jeune, au lieu d'être plats et étalés à la manière d'écran, ds sont reco- quillés et creux, et ont l'apparence d'une capsule. Au bord inférieur de ce quatrième anneau abdominal (k) sont articulés, à la manière des fausses pattes des Cymodocéens et des Sphéromiens, deux très-longs et très-larges appendices plats, garnis sur les côtés de dentelures formées par des pointes aiguës qui sont alternativement grandes et petites, et séparées par de petites tiges pennées ("2). Ces fausses pattes, qui acquièrent une grande longueur, au moins égale à celle du dernier article abdo- minal (3) dans les adultes, sont, au contraire, courtes et larges dans les jeunes Crustacés (4). La manière dont elles sont fixées à la partie inférieure de cet anneau abdominal est remarquable. Elles sont placées dans une cavité formée par les deux bords (1) Fig. 2 et 3. (2) Fig. 33. (3) Fig. 1, 2 et 3. (4) Fiff. 4. 106 HESï>i<;. inférieurs de cette partie du corps, dont celui de dessous est plus court que celui de dessus (1). Ces deux fausses pattes sont biarticulées (2). Le pi'emier article, celui qui touche au corps, est triangulaire et très-court ; il est joint à l'autre par une articulation en manière de char- nière, qui ne présente que trois points de contact, servant à faciliter un mouvement de flexion de has en haut, et permetiant, à la partie inférieure de ces fausses pattes, de se redresser verti- calement ou de s'abaisser sur la partie postérieure du cori)s. Enfin, pour compléter ces évolutions, l'extrémité supérieure de ce premier article présente en dessons la forme dun col de fémur (3), de sorte que les mouvements de rotation peuvent s'exécuter dans tous les sens. Pour en terminer avec la description du corps, nous devons mentionner (ju'il présente à l'extrémité de son hord inférieur, entre les deux fausses pattes dont nous venons de parler, uîi petit appendice plat, hastiforme, fixé par sa base à ce bord infé- rieur, et ayant la pointe dirigée en bas. Les bords de cet apjien- dice sont denticulés (û). Les paltcs l/ioraciques sont au nombre de sept paires; elles ont toutes quatre ou cinq articles, dont la fémorale ou la pre- mière et la dernière sont les plus grandes '5). La première de ses pattes (6) est remarquable par la con- formation de son dernier article ({ui se termine par une ouver- ture évasée, au milieu de laquelle surgit un doigt mobile, armé d'une forte griffe qui, en se rabattant sur le bord de cette ouverture, devient préhensile, et forme une petite main subché- lifornie. L'extrémité de la deuxième patte n'offre rien de particulier, si ce n'est que le dernier article, (pu est aussi terminé par une (1) Fig. 3. (2) Fig. 1, 2 ol 3. (3) Fig. 3. (4) Fig. 2, 3 et 28. (5) Fig. 21, 22, 23 et 24. (6) Fig. 19 et 18. SUR LA. LIMNORIE XYLOPHÂGE. 1^7 griffe crochue et non mobile comme l'est Faut re, est recouvert de petites squames qui le rendent rugueux (1). Les autres pattes sont toutes semblables, et garnies, sui'tout les deruièi'es, de nombreux poils longs, touffus et pennés ('2), placés seulement d'un seul côté en dedans. Le dessous du corps n'a rien de reumiquable : on aperçoit à la base des pattes thoraciques ambulatoires des vésicules bran- chiales (5) qui sont minces et étroites, et un peu plus bas, au début de la région abdominale, trois ou quatre appendices bran- chiaux plats et flabelliformes, pourvus de nond)reuscs articula- tions qui en facilitent la mobilité. Us sont longs, plats et lamel- leux, et garnis de longues soies divergentes (ù). L'organisation interne présente les caractères suivants : Le cœur occupe sur la ligne médiane du thorax l'espace com- pris entre l'occiput et l'extrémité du septième anneau, (;'est-à- dire toute sa longueur; il a la forme d'un vaisseau longitudinal, cylindrique, qui part de la base de latête> et va en diminuant de largeur jusqu'à son extrémité postérieure qui se termine en pointe. Ses pulsations sont plus ou moins vives, selon l'état du sujet chez lequel on les observe. Elles se manifestent par mw contraction latérale, qui rapproche les deux cotés de cet organe de son centre; chassant ainsi constamment le sang dans toute l'étendue du tube cardiaque, mais non par un flux et l'eflux, alternant tantôt en haut, tantôt en bas, comme cela a lieu dans certains Crustacés, notamment les Leméidés. Chaque construction latérale laisse libre, au moment où elle se produit, un espace très-restreint qui indique les limites dans lesquelles se meut le péricarde; mais cette lacune disparaît lorsque l'organe reprend sa première position, c'est-à-dire son état normal. La disposition du système circulatoire dans les autres parties du corps ne présente rien d'exceptionnel. Vorgane de la digestion^ qui est précédé d'instruments de (1) Fig. 27. (2) Fig. 22, 24 et 25, (3) Fig. 3, 25 et 26. \h) Fig. 2, 30 et 32. 108 HESSE). mastication très-compliqués et extrêmement perfectionnés, se compose d'un sac mmculeux, d'un volume assez considérable, garni intérieurement d'une multitude de pointes et d'aspérités propres à faciliter la trituration des objets qui y sont introduits. Le tube digestif a des parois très-solides et d'un diamètre relati- vement très-volumineux; enfin \q?> cœcums pyloriques ^owi d'un fort calibre (1). La femelle (2) diffère peu du mâle par ses formes extérieures ; elle est, comme nous l'avons dit, d'un tiers plus petite que celui-ci. Ses antennes sont proportionnellement un peu plus courtes et surtout moins velues, mais les dernières pattes thora- ciques sont, au contraire, beaucoup plus couvertes de poils qui sont longs et pennés (3). Le dernier article des dernières fausses pattes abdominales est aussi plus court et plus large que chez le mâle [k) ; elles sont plates et ovales, bordées sur leurs côtés de pointes aiguës, qui forment des dentelures alternativement grandes et petites, et garnies de poils. Les œufs sont relativement très-gros, et conséquemment peu nombreux (5) ; ils sont rangés verticalement à partir de la base de la tête jusqu'à l'extrémité postérieure du thorax. C'est dans cette situation qu'ils subissent les phases de l'incubation jus- qu'au moment de leur éclosion, et qu'à l'état d'embryons ils attendent le moment oii, pouvant se passer de l'abri que leur donne leur mère, ils soient en état de se procurer seuls ce qui convient à leur existence. La position de Vembryon dans l'œuf (6) ressemble à celle qu'occupent les autres Crustacés à cette époque de leur déve- loppement. Le corps est reployé sur lui-même, de manière que ses deux faces inférieures, thoraciques et abdominales, soient (1) Fig. 82. (2) Fig. 3. (3) Fig. 22, 24 et 25. W Fig. 3. (5) Fig. 3. (6) Fig. 5. SUR LA LIMNORIE XYLOPHAGE. 109 superposées et en contact, et que rextréniité caudale vienne atteindre le bord frontal. Les progrès de l'incubation s'aper- çoivent facilement à travers l'enveloppe de l'œuf qui ne contient qu'un seul vitellus. Le jeune Crustacé conserve, dès le principe, la forme qu'il doit avoir à l'état adulte (1). On ne voit pas chez lui des chan- gements brusques et inattendus qui puissent dépister et faire perdre la trace de son origine, comme cela a lieu chez beaucoup d'autres espèces ; ses membres gonflés ou raccourcis, sa tête plus grosse qu'elle ne le sera par la suite, ont toujours leurs formes primitives qui ne se modifient seulement que dans leurs proportions. L'époque de la reproduction paraît se prolonger toute l'année, car nous avons trouvé dans toutes les saisons des femelles avec des petits ou des œufs. C'est ce qui explique, malgré le peu d'œufs que les femelles portent à la fois, comment ce Crustacé est si commun et se multiplie avec autant de promptitude. Coloration. — Le mâle et la femelle sont ornés des mêmes couleurs et des mêmes dessins qui sont plus foncés chez le mâle. Le corps est jaune pâle, agréablement varié de dessins roses formés par des points et des lignes anastomosés. Les yeux sont noirs, bleus, ramusculés de blanc. Les œufs sont rougeâtres. Les jeunes Crustacés ont une couleur plus pâle, d'un jaune blanc avec quelques points rouges. Habitat. — Vit en grand nombre dans les bois de diverses essences submergés dans la mer, et s' attaquant de préférence au Sapin, qu'il creuse et détruit en le criblant de trous. §2. Physiologie. On voit, par la description que nous venons de donner, com- bien les organes des Limnories xylophages sont compliqués. Nous allons essayer d'expliquer l'usage auquel ils sont consacrés dans l'accomplissement des fonctions vitales. (1) Fig. 4. 110 niiissE. La première chose qui frappe notre attention est la conforma- tion exceptionnelle des antennes externes qui sont démesuré- ment larges et plates, et couvertes d'une quantité considérable de poils longs et pennés. Cette disposition particulière n'est pas, on le conçoit, l'effet du hasard ; elle doit avoir sa raison d'être. Dans notre opinion, elle a son emploi ntile : ces organes ser- vent par leur villosilé à balayer et nettoyer les galeries que creusent ces Crustacés dans le bois qu'ils perforent ; et, en com- binant leur action avec celle des pattes qui sont également revêtues de nombreux poils longs et touffus, ils contribuent à expulser au dehors les rognures et les détritus qui, sans ce moyen, ne tarderaient pas, en les encombrant, à paralyser leur travail. Chez des ouvriers aussi actifs,, il va sans dire qu'il doit exister des instruments jierfectionnés et tout à fait appropriés à leur besogne; aussi trouve-t-on, dans la conformation des pattes- mâchoires et de mandibules, tout ce qui est nécessaire pour en faciliter l'action. On peut, en effet, juger la perfection des outils par celle du travail. Les perforations que ces Crustacés font sont nettes et comme percées à l'aide d'une tarière, et les exca- vations sont creusées avec tant de soin qu'il est difflcile d'aper- cevoir les traces des instrumrnis qui ont servi à les pratiquer. Les yeux, qui sont destinés à fonctionner dans des conditions exceptionnellement périlleuses pour leur conservation, sont aussi robjct d'une organisation [)articulière et d'une prévision efficace et très-curieuse (1). Exposés à des contacts continuels dans les conduits étroits et tortueux que ces Crustacés tracent dans le bois qu'ils creusent, ils ne tarderaient pas à être grave- (1) Fig. 15, 16 et 1 7. — Nous saisissons roccasion, bien qu'elle n'ait pas un rapport tout il l'ait direct à la question, pour mentionner ici les curieuses dispositions qui pr(>- sident à l'organe de la vue chez certains Mollusques du genre des Gasléroiiodes tecti- hrnncl(es de la famille des Buléens; la Bulle cornée, entre autres, qui vit dans les sables (ju'elle est obligé de fouir pour s'y frayer un cliemin et cberclier les Mollusques qui font sa nourriture, compromettrait continuellement, par le frottement, ces organes très-vulnérables, s'ils n'étaient placés au foud d'une petite cavité en forme de sinus dont les lèvres, en se rappiochant, remplissent les fonctions de paupières et les mettent ainsi complètement à l'abri du danger. SUR LA LIMNORIE XYLOPHAGE. 111 ment compromis s'il n'avait été ol)vié à ces inconvénients; ils ne sont donc pas, comme cela a lieu dans la plupart des autres animaux de la même classe, recouverts d'une cornée simple dans laquelle sont enchâssées des cornéules, qui forment un en- semble collectif; ces cornéules paraissent, au contraire, com- posées de lames plates et squameuses , indépendantes, fixées ver- ticalement par la base et groupées circulairement autour d'un centre vers lequel elles convergent et s'inclinent ou se redressent, suivant l'occurrence de manière à augmenter ou à diminuer les saillies et conséquemment à éviter les dangers du contact. La partie inférieure de l'abdomen de ces Linniories présente une organisation qui n'est pas moins curieuse. Le dernier segment abdominal qui, comme nous l'avons dit, est très-grand et carré, offre, en dessus, une plate-forme un peu creuse au milieu, de chaque côté de laquelle s'élèvent vertica- lement deux écrans qui, fixés à leur base, par une charnière mobile, peuvent s'incliner ou se redresser à volonté, et former ainsi une sorte d'enceinte circonscrite, en haut, par le prolon- gement denté de l'appendice cylindrique et recourbé qui termine le péimllième anneau abdominal ; latéralement, par les deux écrans dont nous venons de parler , et à son extrémité infé- rieure, par la bordure en relief qui existe à la base des deux fausses pattes terminales ou abdominales (1). Cette enceinte à quoi sert-elle? nous ne saurions le dire d'une manière positive. Elle a beaucoup de rapport avec celle que l'on remarque aussi chez les Sphéromiens et particulièrement dans les genres Cymodocée et Nésée; peut-être est-elle destinée à être l'abri des jeunes Crustacés qui, ayant quitté la région thoracique de leur mère, après avoir subi les premières phases de l'incuba- tion, commencent à essayer leurs forces; peut-être aussi que la facilité que les lames latérales en s'écartant de chaque côté ont de s'élargir et conséquemment de présente)- une plus grande surface, permet à ces animaux de fermer ainsi l'ouverture de la galerie qu'ils ont creusée et de rester seuls possesseurs des (1) Fi^-. 112 HESSE. bénéfices d'un travail qui pourrait leur être disputé par un con- current. Nous croyons devoir mentionner aussi l'usage auquel nous paraît destinée la fausse patte longue et étroite sur laquelle vien- nent s'articuler les lames larges et plates dont nous venons de parler (1). Celles-ci sont, comme nous l'avons dit, terminées par deux appendices divergents dont l'un est spatuliforme et armé de quatre griffes puissantes et acérées ; l'autre, qui est un peu plus long et conique, est recouvert de poils divergents. Ces deux ap- pendices nous semblent évidemment appropriés à la propulsion et devoir servir, au besoin, d'armes défensives pour repousser les agressions qui seraient tentées du dehors. Lorsque l'on examine ces Crustacés de profil (1), on est frappé de la ressemblance qu'offrent les appendices de leur extrémité abdominale avec les membres inférieurs des Mammifères aux- quels on trouverait, même, sans forcer la comparaison, des rap- prochements frappants dans la manière dont ils sont agencés. En effet, le bord latéral du dernier article abdominal, consi- déré sous cet aspect, offre, pour la forme, une singulière ressem- blance avec celle d'un fémur à l'extrémité duquel vient s'arti- culer la fausse patte branchiale qui, elle aussi, imite un tibia ; de sorte que, par la génuflexion que cette articulation lui permet, elle peut s'étendre horizontalement ou se relever de manière à s'abattre complètement sur la cavité abdominale supérieure qui la précède, et qu'elle sert à compléter ou à abriter. De plus, cette fausse patte géniculée peut, par suite de la con- formation de sa partie supérieure, qui ressemble à celle du col du fémur, opérer des mouvements dans tous les sens et, à raison de sa longueur et de sa largeur, remplir, dans la natation, les fonctions de rame et de gouvernail. Nous avons dit que ces Limnories présentaient, à la base de leurs pattes ambulatoires, des vésicules branchiales, comme on en voit dans plusieurs espèces de Crustacés ; nous avons égale- (1) Fiff. 29. (2) Fig. 1. SUR LA LIMNORIE XYLOPHAGE. 113 ment signalé chez enx l'existence de fausses pattes branchiales flabelliformes, conséqueminent de deux organes difTérents con- courant aux mêmes fonctions de la respiration. Ce double em- ploi paraîtrait superflu, si l'on ne considérait que par suite de l'espace très-restreint où ces Crustacés sont continuellement renfermés, le jeu des pattes branchiales flabelliformes se trouve fréquemment entravé, et que conséquemment il est utile qu'il y soit suppléé en cas d'empêchement (1). Nous (remarquons aussi que, contrairement à ce qui a lieu chez beaucoup de Crustacés, ces derniers organes se meuvent de bas en haut et que leur extrémité, qui est très-longue, vient atteindi-e à la moitié du thorax, de sorte que, par suite de l'agi- tation qu'ils communiquent à l'eau, ils nettoient toute la partie inférieure du corps et font remonter ce hquide jusqu'aux em- bryons qui sont fixés sur la rt'gion thoracique des femelles. Relativement à l'organisation des viscères, nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit, si ce n'est que l'estomac et le tube digestif ont les parois très-solides et que ceux-ci résistent énergiquement à la pression du compresseur. 11 faut, en effet, qu'ils présentent une certaine force de contraction pour achever de triturer et d'extraire, par la pression des molécules de bois renfermés dans ces organes, toutes les parties aUmentaires qu'elles contiennent. Le cœur n'occupe pas, comme cela a lieu chez les Isopodes, la portion postérieure du corps, mais il s'étend dans loute la lon- gueur du thorax où sa présence se manifeste par une contrac- tion rhythmique latérale qui se produit d'un bout à l'autre de cet organe. §3. Mœurs. Ainsi que nous l'avons déjà dit, la Limnoria xijlophaga a exactement les mêmes mœurs et les mêmes habitudes que la Limnoria terebrans, avec laquelle elle vit complètement (1) Certains animaux amphibies possàdeut aussi de doubles organes de respiration mais ils sont aériens cl aquatiques et se succèdent généralement. 5<^ série, Zwu T. X. (Caliier u» 2.^; * o 11/l hesse. confondue. Cette coexistence nous a longtemps trompé, et nous a fait croire que ces deux Crustacés ne formaient qu'une seule espèce. 11 a fallu absolument que nous ayons constaté, chez l'une et chez l'autre, la présence d'œufs pour que nous fussions assurés qu'elles étaient différentes ; nous attribuions la dissemblance très-notable de forme qui les distinguent à celle du sexe. Bien que ces deux Crustacés soient excessivement communs, il est cependant à remarquer que la Limnoria terebrans est beau- coup plus commune que celle que nous décrivons, et que consé- quemment étant plus nombreuse elle cause aussi plus de ravages. Nous n'en parlons du reste que pour constater ce fait, ne vou- lant pas nous occuper autrement d'une espèce qui, sans nul doute, a été décrite avec soin par nos prédécesseurs et sur laquelle nous n'aurions probablement aucun fait nouveau à constater. La Limnorie xylophage nage, comme l'autre espèce, avec une grande facilité; elle se tourne pour cela sur le dos, qui lui sert alors de carène, et, à l'aide de ses pattes thoraciques cou- vertes de poils et des lames branchiales flabelliformes qu'elle emploie comme des rames et de ses longues fausses pattes abdominales ([u'ellc fait fonctionner à la manière d'un gouver- nail, elle exécute, en peu de temps et en divers sens, les trajets qu'elle veut opérer et qui consistent à passer d'une pièce de bois à l'autre. Mais ces Crustacés sont loin d'être aussi agiles lorsqu'ils marchent; ils se meuvent alors très-lentement, et lorsqu'on les touche ils restent immobiles, se roulant en boule comme les Sphéromiens, Ils attaquent généralement tous les bois submergés, de quelque essence qu'ils soient; cependant, ils donnent la préfé- rence aux bois tendres et principalement au Pin de notre pays, surtout s'il y a peu de temps qu'il a été abattu et s'il conserve encore sa sève. Ils semblent la rechercher et les amas rési- neux ne paraissent même pas leur déplaire, et, dans tous les cas, ne leur nuisent pas, car ils ne les évitent pas et continuent leur travail sans dévier et sans avoir l'air de s'en occuper, et cependant, l'essence de térébenthine qui est fournie par les SUR LA LIMNORIE XYLOPHAGE. 115 Conifères, et notamment par le Pinus maritimus, est pour les Insectes un poison très-actif et son odeur acre et pénétrante, si elle n'est pas mortelle pour eux, est souvent un préservatif effi- cace contre leurs ravages. Les bois submergés reposant sur le fond et surtout ceux qui, comme lés pieux, sont enfoncés dans des terrains vaseux sont de préférence attaqués par les Limnories, les émanations gazeuses d'hydrogène sulfuré, la décomposition du bois, ne les arrêtent pas; ils atteignent aussi à la nage les bois flottants, de sorte que tous sont exposés à leurs ravages. Une fois qu'ils se sont établis sur une pièce de bois, ils ne la quittent que lorsqu'il n'en reste plus de vestiges; ils la rédui- sent en peu de temps en poussière en la creusant en tous sens et en la criblant de trous qui aboutissent à des galeries qui gé- néralement suivent le fil du bois. C'est par la surface périphé- rique qu'ils commencent, et à l'aide de petits trous verticaux, ils pénètrent graduellement, par couche parallèle, jusqu'au cenire qui est aussi rongé successivement. Le bois attaqué de cette manière a l'aspect d'une éponge; l'eau pénètre avec facilité dans toutes les galeries qui y sont creusées (1). Les Limnories qui devancent les autres dans leur travail et qui sont parvenues dans les parties du bois qui sont presque intactes, sont quelquefois si serrées dans leur réduit qu'il leur est impossible de se mouvoir et qu'elles paraissent comme y être incrustées. Mais généralement elles sont plus à l'aise à raison des nombreuses galeries qui les entourent et on les voit, en se retournant sur elles-mêmes,, sortir par l'orifice où elles sont entrées. Ces ouvertures sont souvent encombrées par des matériaux qui proviennent de leur ravage et qui, repoussés par les moyens dont nous avons parlé, s'accumulent à l'entrée de leurs galeries (1) M. M. Speuce Baie, daus une uolice insérée daus les Annals and Magazine o[ natural history, Januuary, 1866, sous le titre de Carcinological gleanings, n" 11, fait connaître deux nouvelles espèces de Sphéroims, le Vastator et le Terebrans, prove- nant de l'Inde et de l'Amérique méridionale dont les ravages, dans les bois, sont aussi redoutables et ressemblent à ceu\ que nous décrivons ci-dessus. 116 HESSE. et indiquent par leur présence le travail qui s'opère dans l'in- térieur. Les dégâts occasionnés par ces Crustacés sont considérables, surtout dans les ports de mer où se trouvent des constructions eu bois et particulièrement dans les arsenaux où ils attaquent la carène des navires, dont ils diminuent successivement l'épais- seur et finissent par les rendre perméables, en les criblant de trous. C'est surtout lorsque l'eau est tranquille et à l'abri du courant que leur travail est plus actif, aussi est-on obligé, pour garantir de leurs ravages les objets que l'on veut conserver, de les recouvrir de plaques métalliques qu'ils ne peuvent percer. Les Limnories terebranles et xylophages ne sont pas les seuls Crustacés qui vivent dans ou sur les bois submergés; on en rencontre quelques autres qui peut-être, à d'autres titres, choi- sissent aussi cette demeure, et parmi eux nous avons remarqué plusieurs espèces d'Amphipodes, telles que des Crevetines, des Corophies, des Ericthonies^ des Tanaïs et même une espèce ô' Enlroiïiostacé du genre Cythérée, qui paraît vivre en parasite sur ces Limnories (1). Nous avons constaté aussi que orsqu'il y avait une certaine quantité de bois rongé par les Limnories, toutes ces petites parcelles étaient réunies et agglomérées ensemble par des fils qui offraient une certaine résistance lorsque l'on voulait les rompre. Ces détritus, ainsi liés entre eux par une trame assez solide, servent de refuge aux Crustacés que nous venons de nommer et particulièrement aux Limnories et aux Tanaïs. (1) Nous avons constamment trouvé, et à peu près sur chaque Limnorie xylophage^ tie petites Cythérées blanches dont les imes étaient munies d'un œil et les autres ne semblaient pas en avoir. Nous nous avançons peut-être trop en disant que ce sont les parasites de ces Crustacés, car nous ne les avons jamais vus immobiles sur eux comme s'ils étaient à les sucerj ils étaient, au contraire, toujours en mouvement, parcourant leur corps dans tous les sens, mais sans lâcher prise malgré les agitations de ceux-ci, et quoiqu'ils fussent sur le porte-objet du microscope, conséquemment dans une position très-compromettante. Une seule fois, nous en avons aperçu cinq ou six qui élaieiit immobiles sur la plate-forme qui se trouve sur le dernier anneau abdominal. Du reste, nous^ aur(ms l'occasion de icveiiir sur ce Crustacé lorsque nous ferons con- naitrc uno grande quantité d'espèces nouvelles appartenant au genre Cijtliérée, SUR LA LIMNORIE XYLOPHAGE. 117 Ces fils (1) sont longs et plats comme des rubans, et vus à un fort grossissement au microscope, ils ressemblent à des lanières d'une matière végétale ou à des fibres provenant d'une écorce; ils sont parallèles et se continuent d'un bout à l'autre formant des stries longitudinales qui paraissent sorties d'une filière can- nelée. Le bord, qui en est transparent et dentelé, est précédé de chaque côté d'une bande un peu plus épaisse qui forme relief. Nous ne sommes pas certain que ces fils soient l'œuvre des Umnories, mais nous n'avons aucun doute à cet égard quant aux Tanaïs, que nous avons vues plusieurs fois occupées à ce travail dans lequel elles ne se contentent pas seulement de ramasser autour d'elles des matériaux qu'elles maçonnent pour s'en faire un réduit, mais qu'elles consolident encore à l'aide de fils qu'elles consacrent à cet usage (2). Nous n'avons pas pu voir assez distinctement de quelle partie du corps sortaient ces fils, mais nous croyons cependant que c'est par l'orifice buccal, et nous avons cru apercevoir que les Tanais se servaient de leurs pattes antérieures subcliéliformes pour les diriger et les placer dans l'endroit où ils pouvaient être utiles. La matière dont ils sont composés est, paraîtrait-il, extrême- ment ductile et adhérente au moment où elle est produite, car elle se fixe immédiatement, et avec une très-grande ténacité, aux corps les pkis lisses, tels que le verre et la porcelaine. Cette sécrétion est également employée comme enduit, et alors elle devient agglutinative et sert à coller les objets et à les réunir entre eux. Il nous resterait maintenant, pour compléter notre travail, à faire connaître, dans l'intérêt de l'industrie et du commerce, (1) Fig. 35, 36 et 37. (2) Plusieurs Cruslacés, tels que les Cérapodes qui se construisent des tubes dans lesquels ils vivent comme les Friganes, les Podocères, les Anij^liitoes, les Phronimes habitent des réduits qvi'ils maçonnent comme le font certains Insectes pour se mettre à l'abri de leurs ennemis et, de cette retraite, atteindre et surprendre plus facilement leur proie. M. C. Spence Eatc a publié à cet égard des observations très-iutéressanlei sous le titre: The Nidification of Crnstacea, rend at tlip Piymouth Inxtitution ir *'ebniarv 1. 1858. 118 BESSE. les moyens à employer pour préserver les navires et les bois de construction des déprédations de ces Crustacés. M. Spence Bâte, dont nous avons déjà parlé à propos de sa notice sur les Sphe- roma vaslator et terebrans, indique comme ayant eu un grand succès l'oxyde rouge de fer i^ocre rouge) et la créosote. 11 dit que les ouvrages construits à Portland, avec du bois imprégné de ces ingrédients, avaient été complètement préservés des ravages de ces Crustacés. Nous doutons que ces substances, qui n'ont aucune propriété toxique et qui sont délayées dans l'eau où le bois se trouve submergé, aient une vertu aussi efficace, en ce qui concerne surtout la première; quant à la créosote, nous sommes persuadé que son contact, s'il avait lieu, ferait périr immédiatement les Crustacés qu'elle atteindrait; mais il faudrait que cette condition fût remplie, car son odeur, qui est encore moins désagréable que celle de l'essence de térébentbine, ne serait probablement pas plus redoutable pour eux que n'est celle-ci ; nous aurions bien plus de confiance dans le procédé employé par M. Boucberit, qui consiste à injecter, dans les pores du bois, un liquide vénéneux, du sulfate de cuivre, qui, tout en conservant le bois, peut le préserver des attaques do ses enne- mis. Nous croyons aussi que le moyen que l'on emploie pour conserver les bois de construction pour les navires, qui consiste à les renfermer dans un bassin où l'on introduit alternativement de l'eau douce et de l'eau salée, est très-bon, parce qu'elles dé- truisent tour à tour les êtres qui ne vivent que dans l'un ou l'autre de ces éléments. Enfin, nous avons remarqué que c'est surtout quand les objets sont immobiles et placés dans un en- droit où l'eau est tranquille que les ravages de ces Crustacés ont une graude activité ; on les préviendrait donc, ou du moins on en atténuerait les effets en plaçant les bois que l'on veut con- server dans une situation contraire à la réunion de ces condi- tions. r Systématisation. Ainsi que nous* l'avons démontré par la description détaillée que nous en avons donnée, les Limnories nous semblent avoir SUR LA. LIMNORIE XYLOPHÂGE, 119 beaucoup de rapports de conformation avec les Sphéromiens; nous croyons donc qu'il y aurait lieu de tenir compte de ces analogies pour rapprocher entre eux, dans la classification, ces deux genres de Crustacés. Voici la caractérisation que nous donnons de la Limnorie xylophage. Tête de la largeur du corps, courte et bombée. Œil corniculé; antennes externes assez longues, plates, très- grosses, très-velues, l'interne mince et cylindrique, bifurquée au sommet. Bouche en saillie, garnie de pattes-mâchoires et de mandibules robustes. Corps couvert de poils rigides et pennés. Thorax composé de sept anneaux d'une dimension à peu près égale. Abdomen divisé en quatre anneaux, les trois premiers étroits et de largeur égale; l' avant-dernier terminé à son bord inférieur par deux dentelures au milieu desquelles est un appendice en forme de corne. Le dernier anneau étant à lui seul beaucoup plus grand que les trois antérieurs et pré- sentant en dessus une plate-forme un peu concave, environnée latéralement d'appendices lamelliformes, mobiles. Pattes thora- ciques au nombre de sept, de longueur moyenne, ayant quatre articulations, garnies de poils épais et pennés, et présentant à leur base des vésicules branchiales. La première patte munie d'une petite main subchéliforme et les autres d'ongles crochus; téguments abdominaux poui'vus de fausses pattes branchiales flabelliformes. Le dernier anneau donnant attache à deux fausses pattes très-grandes, larges et plates. Femelle ne différant du mâle que par la taille qui, chez celle-ci, est d'un tiers plus petite, et par les fausses pattes abdo- minales terminales qui sont beaucoup plus petites. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 1. Fig. 1. Limnorie xylophage, mâle, très-grossie, vue de profil, amplifiée seize fois. Fig. 2. La même, très-grossie, vue en dessus. Fig. 3. Limnorie xylophage femelle, très-amplifiéo, vue en dessous, montrant la posi- tion que les œufs occupent, sous le thorax, pendant l'incubation. 4 20 HESSE. Fig. à. Jeune Lim?}orie orylophage très-groasic, vue de profil. Fig. 5. Embryon, très-grossi, contenu dans l'œuf avant que son développement soit complet. Fig. 6. Tète, très-grossie, d'une Limnorie xylophage, vue de profil, montrant la posi- tion des antennes sur la partie frontale; celle des yeux enchâssés à leur base, les diverses pièces qui composent la partie latérale de la tête, les mandibules, les pattes- mâchoires et la première patte thoracique préhensile. Fig. 7. Pattes-mâchoires et mandibules, très-grossies, placées à l'orifice buccal. Fig. 8, 9, 10, 11, 12, 13 et 14. Pattes-mâchoires et mandibules, très-amplifiées, vues sous divers aspects. Fig. 15. Œil très-grossi. Fig. 16 et 17. Le même organe, encore plus grossi, montrant les dispositions diverses que peuvent prendre les cornéules. Fig. 18 et 19. Extrémité, très-grossie, de la première patte thoracique indiquant l'organisation à l'aide de laquelle elle est préhensile. Fig. 20. Portion fémorale, très-grossie, vue de profil, d'une patte thoracique, mon- trant des tubérosités trochantériques destinées à limiter et à servir de points d'arrêt dans les évolutions de ces membres. Fig. 21, 22 et 23. Pattes thoraciques, très-grossies, vues sous divers aspects. Fig. 24. Une de ces pattes, vue en dessous. Fig. 25. Une patte thoracique munie, à sa base, d'une vésicule branchiale. Fig. 26. Cette vésicule très-grossie. Fig. 27. Extrémité, très-grossie, de la deuxième patte thoracique, montrant les rugo- sités dont elle est couverte. Fig. 28. Extrémité postérieure, très-grossie, de l'abdomen formée d'une plaque lamel- leuse hastiformc, dentelée sur les bords. Fig. 29. Portion latérale de l'extrémité de l'abdomen, très-grossie, et vue de profil montrant la manière dont les lames, qui garnissent cette partie du corps et les appendices qui les accompagnent, sont agencés et articulés de façon à former une charnière mobile. Fig. 30. Appareil branchial lamelleux et flabelliforme complet de l'abdomen, vu à plat. Fig. 31. Lame isolée de cet appareil. Fig. 32. Portion d'un caecum biliaire, très-grossi. Fig. 33. Bord très-amplifié de la lame qui forme le dernier article des deux fausses pattes abdominales postérieures. Fig. 34. Extrémité d'une lame épimérienne des anneaux thoraciques. Fig. 35, 36 et 37. Fils membraneux, vus à diverses amplifications et sous divers aspects, sécrétés par ce Crustacé, à l'aide desquels il réunit et lie ensemble les molécules de bois résultant de ses ravages. Erratum. — Page 101, note 1 : PI. 2, Huez : pi. 9. DESCRIPTION DE QUELQUES CHÉLONIENS NOUVEAUX APPARTENANT A LA FAUNE MEXICAINE, PAR M. BOCOURT. EmYS incisa, 11. sp. Caractères. — Carapace ovale, échancréeen arrière, à contour dentelé antérieurement et postérieurement ; diamètre transversal grand, égale la distance du bord d'une écaille caudale à l'angle antérieur de la deuxième plaque vertébrale ; dos surmonté d'une carène arrondie ; écailles transpa- rentes, aréolées, à stries concentriques et rayonnantes ; la nuchale a cinq pans irréguliers, représente un triangle dont l'un des angles, dirigé vers la tète, aurait son sommet tronqué, et dont la base serait fortement éclian- crée. Tête petite, plane et lisse en dessus. Ongles courts et doigts peu palmés. Plastron grand, largement articulé, dépassant la carapace en avant, et ayant en arrière une échancrure arrondie. Cette espèce, qui a de la ressemblance avec \Em. insculpta Leconte et YEm. pnlcherrimus Gray, provient de l'Union, un des ports du Sal- vador. Longueur de la carapace O^.Uô ; largeur 0'",116. Emts Grayi, n. sp. Cette espèce, voisine àeYEmys ornala Bell., en diffère par les caractères suivants : le contour de la carapace est légèrement rentré sur les côtés et un peu plus étroit en arrière; les rugosités longitudinales sont moins prononcées ; en dessous, le plastron a sa surface moins bombée, et il s'articule de chaque côté à la carapace, suivant un plan qui descend obli- quement jusqu'à l'extrémité du limbe; les plaques fémorales et anales sont proportionnellement plus allongées; enfin, la coloration générale est beaucoup plus foncée, et le sternum est entièrement nuage de brun. Elle provient de l'embouchure du Nagualate, dans le Pacifique (Gua- temala). Emysaurus Rossignonii, n. sp. Cette espèce, qui ressemble à l'Émysaure serpentine, peut s'en distin- guer par les différences suivantes : quatre barbillons sous le menton ; plastron, un peu moins en forme de croix, a plus de longueur et de lar- geur ; les plaques abdominales sont moins larges et plus longues ; leur 1-22 BOCOURT. — CHÉLONIENS NOUVEAUX. plus grande largeur, piùse de l'angle interne à celui formé par les sterno- costales, égale seulement la longueur d'une plaque brachiale ; les gulaires sont plus élargies et forment en arrière, à leur jonction, des angles moins aigus. La tache brune placée derrière l'œil est plus foncée; le plastron est plus vivement coloré ; les taches jaunes de forme arrondie qui s'y détachent sont plus nombreuses. Deux jeunes exemplaires proviennent des marais de Pansos, près le Rio Polochic (Guatemala). ClaUDIUS (1) MEGALOCEPHALUS, n. sp. Cette espèce diffère du Claudius migustatus Cope, par sa carène médiane qui est divisée; les costales de la première paire sont plus allon- gées ; son sternum est presque aussi pointu en avant qu'en arrière, il est uni à la carapace par une petite plaque épidermique de forme rhom- boïdale ; enfin, il existe deux plaques anales au lieu d'une seule; la colo- ration de a carapace est d'un brun violacé, celle du plastron est jau- nâtre. F^e Muséum de Paris possède un seul exemplaire de cette espèce qui provient du Mexique. Longueur delà carapace 8", 118, largeur 0",79. Chelonia Agassizii, n. sp. Cette espèce se distingue très bien de la Chelonée vergetée: par sa carapace plus élevée et en forme de toit ; son contour limbaire se trouve bien moins en rapport avec le plan liorizontal, il est plus allongé, et se rétrécit brusquement au niveau des membres postérieurs ; la cinquième plaque vertébrale, la seconde des margino-brachiales, et les deux der- nières paires postérieures du limbe, ont plus d'étendue; le sternum est relativement plus court, il existe aussi quelques différences dans le nombre et la forme des plaques sus-crâniennes. Longueur de la carapace 0'",59, largeur 0"',Z|3. M. le professeur Agassiz avait déjà, en 1857, reconnu les principaux caractères de cette Chelonée [Cont. to the nat, hist. of the United States, p. 379). Elle provient de l'embouchure du Nagualate, dans le Pacifique (Guatemala). {i) Claudius Cope, Proc. of the Acad, , Nat. Se. of Philadelphie, 1865. Siaurosternon A. Duni. Manusc. NOTE SUR UNE SÉRIE DE RECHERCHES EXPÉRIMENTALES RELATIVES A LA TÉRATOLOGIE, Par n. C. DARKSTE (d). Tous ces travaux sont le développement d'une même pensée, les fragments détachés d'un ouvrage considérable que je pré- pare depuis longtemps, et dans lequel je me propose de faire connaiître l'origine et le mode de formation des diverses anoma- (1) I. — Surrinfluence qu'exerce sur le développement du Poulet l'application par- tielle d'un vernis sur la coquille de l'œuf. {Ann. des se. nnt., 4* série, Zool-^ t. IV, p. 119, 1855.) II. — Sur l'influence qu'exerce sur le développement du Poulet l'application totale d'iui vernis ou d'un enduit oléagineux sur la coquille de l'œuf, {Ann. des se. nat., 4« série, Zoou, t. XV, p. 5, 1855.) ' ni. — Sur un fait relatif à l'histoire de l'amnios. (Bulletin de la Société de biologie, 2" série, t. V, p. 146, 1858.) IV. — Sur le développement de l'amnios après la mort de l'embryon. [Uull. de la Soc. de bioL, 3'^ série, l. I, p. 33, 1859.) V. — Sur l'hisloire de plusieurs monstres byperencéphaliens observés cbez le Pou- let. [Ann. des se. nat., ti" série, Zoor.., t, XIIl, "p. 337.1860.) VI. — Sur la production artificielle des monstruosités dans l'espèce de lu Poule. { inn.des se. nat., ti" série, Zool., t. XVIII, p. 243, 1862.) VII. — Sur les conditions de la vie et de la mort chez les monstres cctroméliens, célosomiens et exencéphaliens produits artificiellement dans l'espèce de la Poule. (Ann. des se. nat., t. XX, p. 59, 1863.) VIII. — Sur la production artificielle des monstruosités. {Comptes rendus de l'Aca- démie des sciences, t. LVII, p. 445, 1863.) IX. — Sur le mode de production de certaines formes de la monstruosité simple. {Bidl. de la Soc. de biol., 3" série, t. V, p. 210, 1863.) X. — Sur la production artificielle des anomalies de l'organisation. {Comptes ren- dus, t. LIX, p. 693, 186.'|.) XI. — Sur le développement de l'embryon de la Poule à des températures relati- vement basses. {Comptes rendus, t. LX, p. 74, 1865.) XII. — Sur la production artificielle des anomalies de l'organisation. {Comptes ren- dus, t. LX, p. 746, 1865.) XIII. — Mode de production de rinversion des viscères ou de l'hétérotaTie. (Comptes rendus, t. LX, p. 1211, 1865.) XIV. — Sur certaines conditions de la production du nanisme. (^Comptes rendus, t. LX, p. 1214,1865.) XV. — Sur une condition très-générale des anomalies de l'organisation. {Comptes rendus, t. LX, p. 1293, 1865.) XVI. — Sur le mode de production des monstres anencéphales. {Comptes rendus, t. LXin,p. 448,1866.) 12& C. DARESTE. lies que peut présenter l'embryon de la Poule, ainsi que les conditions extérieures qui les produisent. Mais tout en cherchant à substituer une tératogénie d'observation et d'expérience à la tératogénie hypothétique dont il avait fallu se contenter, lorsque l'on n'étudiait les êtres anomaux qu'après la naissance ou l'éclo- sion, et à réunir pour cela une masse considérable de faits nou- veaux, j'ai toujours eu devant les yeux un but plus élevé, celui d'ajouter un chapitre nouveau à la physiologie générale, en déterminant les influences extérieures qui mettent en jeu les propriétés du germe animal et produisent son évolution. La doctrine de la préexistence des germes, qui a si longtemps dominé l'histoire naturelle et entravé ses progrès, l'ejetait en dehors de la science toutes les questions d'origine, et, ne consi- dérant la vie que comme le fonctionnement d'une machine, res- treignait la physiologie à l'étude des fonctions des organes. Depuis qu'on a reconnu que les germes se créent dans les êtres vivants, et que tous les organes se créent successivement dans le germe, la vie se présente à nous sous un nouvel aspect, et nous apparaît comme l'ensemble de ces formations successives qui font d'abord apparaître le germe, puis qui le transformeiU peu à peu en un être adulte et doué de l'organisation typique de son espèce. Cette notion nouvelle de la vie recule presque à l'infini les bornes de la physiologie, qui doit aborder toutes les questions relatives à la formation de tous les êtres vivants, à la formation de leurs organes et des éléments microscopiques de ces organes, aux conditions extérieures, physiques et chimiques qui concourent nécessairement à ces formations. Cette branche de la physiologie, qui s'occupe de l'évolution des êtres, ou l'em- brijogénie, est déjà, à certains égards, fort avancée. On com- mence à connaître assez exactement les formes et les organisa- tions diverses que les êtres traversent pour passer de leur état XVn. — Sur la production artificielle des monstruosités. {Comptes rendus, t. LXVI, p. 155, 1868.) XVIII. — Sur le mode de formation des monstres syméliens. {Comptes rendus^ t. LXVl, p. 185, 1868.) XIX. — Sur l'inversion des \iscères et la possibilité de sa produclinn artificielle. {Comptes rendus, t, LXVIl, p. 485, 1868.) RECHERCHES TÉRATOLOGIQUES. 125 initial à leur état définitif. Mais on ne connaît encore que par de vagues indications l'influence des agents physiques et chimi- ques, ou de ce qu'on appelle le milieu, sur l'évolution des êtres. Et cependant cette question, si intéressante par elle-même, prend aujourd'hui un intérêt de plus, par suite des vives contro- verses que soulèvent actuellement l'origine des espèces et celle des races. Dès le début de mes études scientifiques, je me suis préoccupé de cette question, et j'ai tenté de l'aborder par la méthode expé- rimentale. Mais j'entrais dans une carrière immense, par suite de la diversité des milieux et de celle des organisations. J'ai donc pensé que je devais me restreindre à une seule espèce, en cherchant à établir les conditions extérieures de son développe- ment normal et celles de son développement anomal; car il est bien évident que ces deux études ne peuvent être faites que simultanément. J'ai choisi la Poule, dont le développement est tout extérieur, et se prête, par conséquent, si facilement aux recherches, grâce aux procédés de l'incubation artificielle. D'ailleurs, il n'est pas d'espèce dont l'évolution normale soit mieux connue que celle du Poulet, qui sert aujourd'hui de type aux embryogénistes, comme l'anatomie de l'Homme sert de type aux zootomistes : et bien que cette partie de la science présente encore quelques lacunes, ainsi que je l'ai montré, elle était cependant assez avancée pour me permettre d'étudier immédiatement les anomalies du développement, sans être obligé de faire précéder cette étude par celle de l'évolution nor- male. J'avais d'ailleurs pour guide les travaux d'un homme dont je me plairai toujours à rappeler le nom. Pendant le cours de sa longue vie scientifique, Geoffroy Saint-Hilaire a fait, à diverses reprises, de nombreux essais pour provoquer des anomalies dans les embryons de Poule; mais ces essais n'avaient été qu'un épisode au milieu de ses autres recherches, et, entraîné vers d'autres buts, il se contenta de signaler la possibilité de faire des monstres en modifiant les conditions de l'incubation natu- relle ou artificielle. 11 avait donc ouvert la voie; je m'y suis 126 C. »A RESTE. engagé sur ses indications, et j'ai entrepris raccomplissement d'une œuvre dont il avait, à bien des égards, tracé le pro- gramme. Âi-je réussi à réaliser la pensée de ce grand natura- liste? On en jugera par l'exposé succinct des résultats que j'ai déjà obtenus. Ici je dois dire tout d'abord que, lorsque j'ai entrepris mes travaux, j'adoptais entièrement les idées qui régnaient alors dans la science, et que j'ai été conduit peu à peu à abandonner cer- taines de ces idées quand j'arrivais à en comprendre l'insuffi- sance. J'ai donc au début, en diverses circonstances, mal inter- prété les résultats que j'avais acquis : c'est ainsi que doivent s'expliquer certaines contradictions qui paraissent exister entre mes travaux récents et mes travaux antérieurs. J'ai d'abord cberché à obtenir des anomalies, comme l'avait fait avant nioi GeofTroy Saint-Hilaire, en soumettant à l'incuba- tion artificielle des œufs placés verticalement ou partiellement vernis. J'ai obtenu ainsi un certain nombre d'anomalies qui ont été décrites dans mes premiers mémoires. Plus tard j'ai reconnu que ces deux causes que j'avais mises en jeu n'étaient pas les seules qui agissaient sur l'embryon, et qu'il ftillait aussi tenir compte d'une autre cause, à laquelle je n'avais pas d'abord fait attention, c'est-à-dire de la manière dont les œufs s'échauffent dans une des couveuses artificielles qui m'ont servi pour mes expériences. J'ai donc abandonné provisoirement l'emploi des vernis et de la position verticale, pour n'employer qu'une seule cause de modification dont je pouvais parfaitement diriger l'em- ploi. L'étude de l'emploi des vernis appliqués partiellement ou en totalité sur la surface de l'œuf, m'a d'aifieurs conduit à la con- naissance de plusieurs faits intéressants. Je me proposais, à leur aide, de rendre la coquille de l'œuf partiellement imperméable à l'air, et de modifier ainsi les conditions delà respiration em- bryonnaire. Mais j'ai constaté que les vernis, comme le coUodion et la gutta-percha, que l'on applique sous forme liquide et qui se solidifient ensuite, ne détruisent que partiellement la porosité de la coquille. Ainsi dans un œuf dont la surface aété totalement RECHERCHES TÉRÂTOLOGIQUES. 127 recouverte par un de ces vernis, l'embryon peut se développer, mais seulement pendant le temps où la petite quantité d'air qui traverse la coquille suffît aux besoins de la respiration ; il flnit par périr au bout de quelques jours, à l'époque de la formation de l'allantoïde, lorsque les besoins de la respiration exigent im- périeusement une quantité d'air plus considérable. Après avoir constaté ces faits, j'ai cberché des enduits qui fussent à peu près imperméables à l'air, et j'ai reconnu que les substances grasses forment de tels enduits. L'embryon ne se développe point dans un œuf dont la coquille a été entièrement recouverte d'huile, si l'application de cette substance a été faite à une époque aussi rapprochée que possible de la ponte et avant la formation de la chambre à air. Tous ces faits donnent une démonstration indi- recte du phénomène physiologique si important de la respira- tion de l'embryon dans l'œuf, phénomène que plusieurs physio- logistes avaient déjà constaté par d'autres méthodes, mais à l'aide de procédés qui pouvaient donner prise à diverses objec- trons. Il faut encore ajouter que ces expériences jettent un cer- tain jour sur les procédés que l'on emploie dans l'économie domestique pour conserver les œufs pendant un temps plus ou moins long, avec leurs propriétés alimentaires ou germinatives. J'arrive maintenant aux résultats qui dépendent du mode d'échauffément des œufs dans l'une de mes couveuses artifi- cielles. Dans cet appareil, le contact de l'œuf avec la source de cha- leur ne se fait que par un seul point. Or, si, au lieu d'échauffer directement le point culminant de l'œuf, point que la cicatricule vient toujours occuper au début du développement, on échauffe un point de l'œuf situé à une certaine distance du précédent, on trouble l'évolution, et l'on détermine toujours une anomalie qui se manifeste dans la forme du blastoderme d'abord, puis dans celle de l'aire vasculaire. En effet, dans ces conditions insolites, le développement de la cicatricule s'effectue plus rapidement dans la région qui s'étend entre le point culminant de l'œuf et le point de contact avec la source de chaleurj que dans la région opposée. 11 en 1^8 C. DARESTE. résulte que le blastoderme daburd, puisl'air.vasculaire, pi-enneiil une forme elliptique, et que l'embryon se produit dans l'un des foyers de l'ellipse ; tandis que dans l'état normal, l'embryon occupe le centre d'un blastoderme et d'une aire vasculaire par- faitement circulaires. Ce résultat est très-net, tellement net qu'en tenant compte de l'orientation primitive de l'embryon, et qu'en donnant à l'œuf une certaine position par rapport à la source de chaleur, on peut diriger où l'on veut ces excès de développe- ment d'une partie du blastoderme, soit à gauche ou à droite de l'embryon, soit au-dessus de sa tête ou de son extrémité cau- dale. Cette expérience, que j'ai variée de mille manières, et qui m'a toujours donné le résultat prévu, détermine évidemment un trouble de l'évolution, et ne peut pas être considérée comme une sinq)le altération pathologique, ainsi que le croient plusieurs personnes. J'insiste sur ce fait, car si l'on excepte la mémorable expérience de William Edwards, concernant l'influence de la lumière sur la métamorphose des têtards, je ne connais aucune autre expérience dans laquelle l'évolution d'un germe animal ait été modifiée par des conditions physiques dont le mode d'ac- tion est parfaitement établi, et dont, par conséquent, les résul- tats peuvent être prévus. Les embryons qui apparaissent dans les blastodermes ainsi formés sont très-fréquemment monstrueux, je ne puis dire dans quelle proportion, car je suis obligé souvent de les étudiei- à une époque antérieure à l'apparition de l'anomalie, et je ne puis par conséquent prévoir ce qui serait arrivé si l'incubation eût continué. Quoi qu'il eu soit, j'ai pu observer ainsi presque tous les types des anomalies simples à diverses époques de la formation de l'embryon, et réunir par conséquent les matériaux de l'embryogénie tératologique. Et tout d'abord, j'ai constaté une condition très-générale de la formation de la plupart des anomalies, de celles du moins qui modifient profondément l'organisation : c'est qu'elles apparais- sent de très-bonue heure, et dans cette période primitive de la vleoùfembiyou est réduit à une matière homogène, où la forme RECHERCHES TÉRATOLOGIQUES. l'iO générale du corps et la forme spéciale de chaque organe s'ébau- chent avant l'apparition des éléments histologiques définitifs. Cette considération a une grande importance, car elle fait dis- paraître les objections que l'on a opposées aux deux grands faits de l'arrêt de développement et de l'union des parties similaires à l'aide desquels on a cherché depuis longtemps à expliquer presque toutes les anomalies. Ces faits sont réels; seulement il faut ajouter qu'ils n'exercent le plus souvent leur action que dans cette période primitive de la vie embryonnaire, où les orga- nes définitifs n'existent encore qu'à l'état d'ébauche. Ces organes apparaissent d'emblée avec tous les caractères qui les rendent souvent si remarquables dans les organisations anomales. Voici maintenant ce que j'ai appris sur le mode de formation de chaque anomalie en particulier. La Célosomie, l'Exencéphalie et l'Ectromélie, si diverses en apparence, mais qui sont presque toujours associées, ont pour condition commune un arrêt de développement général de l'amnios, qui ne se complète pas toujours en avant, laissant ainsi l'ouverture ombilicale plus ou moins largement ouverte, et qui, ne se complétant que tardivement en arrière, reste plus ou moins longtemps appliqué sur certaines parties de l'embryon, qu'il soumet à une pression constante. 11 en résulte un certain nombre de déviations et d'atrophies dans les régions du corps soumises à ces pressions. La Symélie, que l'on considérait jusqu'à présent comme inexplicable, résulte d'un arrêt de développement du capuchon caudal de l'amnios qui force les membres postérieurs, au mo- ment de leur apparition, à se renverser en arrière, à s'appliquer l'un contre l'autre par leurs bords externes, et à s'unir entre eux dans cette position insolite. L'Anenoéphalie a pour point de départ l'hydropisie des vési- cules qui sont le premier état des organes encéphaliques. Cette hydropisie, que l'on retrouve également dans l'amnios et quel- quefois même dans toute l'épaisseur des tissus qui présentent alors un œdème général, résulte d'un état particulier du sang qui est complètement incolore, et ne contient que très -peu de globules. 5« sérié, Zool. T. X. (Cahier n" 2.) « 9 130 C. DABESTK. Quant au manque de globules dans le sang, il a lui-même son point de départ dans un arrêt de développement de l'aire vascu- laire, qui ne s'est que très-imparfaitement canalisée, et qui présente les globules sanguins emprisonnés dans les îles de Wolf. L'inversion des viscères résulte de l'inégalité de développe- ment des deux blastèmes cardiaques qui, ainsi que je l'ai décou- vert, précèdent la formation du cœur. Dans l'état normal, le blastème cardiaque droit se développe plus que le gauche, et détermine ultérieurement l'incurvation de l'anse cardiaque à la droite de l'embryon, puis le retournement de l'embryon sur le côté gauche. Dans l'inversion, le blastème cardiaque gauche se développe plus que le droit; d'où résulte l'incurvation de l'anse cardiaque à la gauche de l'embryon, et le retournement de celui-ci sur le côté droit. L'existence de deux cœurs, anomalie qui n'a pas été connue d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, que M. Panum a décrite, il y a quelques années, et que j'ai eu plusieurs fois occasion d'obser- ver, résulte d'un arrêt de développement qui empêche la soudure des deux blastèmes cardiaques primitifs. LaCyclopie résulte d'un arrêt de développement qui empêche les deux blastèmes oculaires, primitivement en contact, de s'écarter l'un de l'autre. Cet arrêt de développement est très- probablement la conséquence d'un arrêt de développement du capuchon céphalique de l'amnios ; mais je n'ai pas pu encore constater ce dernier fait d'une manière certaine. Tous ces travaux, qui reposent sur une masse considérable d'observations, et non sur des hypothèses, permettent d'expli- quer presque entièrement tous les détails de l'organisation des monstres simples, et montrent comment il arrive que l'évolution, normale à ses débuts, quitte, à une certaine époque, sa direc- tion primitive pour s'engager dans une direction nouvelle. H me reste maintenant, pour les compléter, à rattacher chacune de ces anomalies à une cause extérieure, ce qui me donnera peut- être la possibihté de les produire à volonté. Mais il est évident que je ne pouvais m'engager dans cette nouvelle voie, qu'à la RECHERCHES TÉRATOLOGIQIJES. 131 condition de connaître d avance l'origine de chaque anomalie, et le moment précis où elle apparaît dans l'embryon. J'ai insti- tué, dans ce but, de nombreuses expériences, et j'ai pu déjà signaler un fait de la plus grande importance. En effet, j'ai reconnu qu'on obtient l'inversion des viscères, lorsque, dans une des déformations précédemment indiquées du blastoderme, la région gauche de l'aire vasculaire est plus développée que la droite, et que, d'autre part, la température du milieu où se fait l'incubation est relativement basse. J'ai d'ailleurs recueilli de nombreuses indications qui me permettront bientôt, selon toute apparence, de produire à volonté d'autres anomalies. J'ai fait également beaucoup d'expériences pour étudier la manière dont se fait l'évolution à des températures supérieure et inférieure à la température normale de l'incubation. Les tempé- ratures supérieures accélèrent sa marche, et produisent cette diminution de la taille qui constitue le nanisme. Les tempéra- tures inférieures, au contraire, retardent considérablement la marche du développement, et ne permettent pas à l'embryon de dépasser une certaine période. Je n'ai pu, d'ailleurs, suivre cette étude avec tout le soin nécessaire, par suite de l'impossibilité où je me suis trouvé de produire des températures constantes avec les appareils que j'avais à ma disposition. J'espère qu'avec des appareils plus perfectionnés, je pourrai surmonter ces difficul- tés, et terminer cette partie de mon travail. Cherchant, avant tout, à délerminer le mode de production des anomalies, je ne me suis pas encore occupé de chercher à prolonger la vie des embryons anomaux au delà du mo- ment où je soupçonnais qu'ils étaient devenus tels, et par consé- ({uent de les conduire jusqu'à l'éclosion. Toutefois, j'ai constaté qu'un grand nombre de ces embryons périssent très-rapidement, et ne peuvent par conséquent atteindre la fin de l'incubation. Le mécanisme de la mort n'est pas toujours le môme. Tantôt elle résulte de l'anémie, c'est-à-dire de la diminution des globules sanguins, et des hydropisies qui en sont la suite, et qui peuvent, dans certains cas d'anencéphalie, amener une infiltration géné- rale. Tantôt elle résulte de l'asphyxie. Dans beauconD de cas, 132 C. ItARENIE:. cette asphyxie provient d'un arrêt de développement de l'allan- toïde, qui ne peut se mettre en contact qu'avec une partie seulement de la surface interne de l'œuf; et cet arrêt de déve- loppement de l'allantoïde dépend lui-mêmed'un arrêt de déve- loppement de l'amnios et de la persistance du pédicule amnio- tique. Tel est le cas des monstres célosomiens, ectroméliens et exencéphaliens. Ces études, encore bien incomplètes, sur les conditions de viabilité des embryons d'Oiseaux atteints d'anomalie, ont par elles-mêmes un grand intérêt : elles nous expliquent de plus comment un assez grand nombre de types de la monstruosité simple n'ont pas encore été reconnus dans cette classe d'ani- maux. L'embryon d'Oiseau, qui, dès son origine, vit dans l'inté- rieur de la coquille, d'une vie indépendante, périt souvent de très-bonne heure, et longtemps avant l'éclosion, quand il est affecté de certaines anomalies; tandis que les embryons de Mam- mifères, qui vivent en parasites dans la cavité utérine, peuvent facilement arriver jusqu'à la naissance. Ainsi l'absence de cer- tains types monstrueux dans certaines espèces peut n'être qu'ap- parente, et tenir seulement à la mort prématurée des embryons qui en sont affectés. C'est d'ailleurs une conséquence remarquable de mes études, qu'elles expliquent l'absence de certains types monstrueux dans certaines espèces, par les différences que ces espèces présentent dans leur évolution. Ainsi l'absence de l'amnios semble préser- ver les Poissons d'un grand nombre d'anomalies; l'absence de l'amnios et celle de la vésicule ombilicale semblent également donner aux Batraciens une immunité plus remarquable encore. De semblables considérations sont également apphcables aux monstres doubles. Je signalerai tous ces faits dans un prochain mémoire. MEMOIRE SLR UNE SÉPULTURE DES ANCIENS TROGLODYTES DU PÉRIGORD, Par U. li. liAKTET. Lorsqu'on franchit pour la première fois en chemin de fer la disliince qui sépare Limoges d'Agen, on ne peut se défendre d'un double sentiment de surprise et d'admiration en pas- sant dans les défilés tortueux du Périgord, au fond desquels coule la Vézère. Les contrastes que présente celte vallée si fraîche, avec les escarpements rocheux aux formes parfois bizarres qui la limitent brusquement des deux côtés, ménagent aux regards du voyageur le plus indifférent une su^ccession d'effets aussi inattendus que saisissants qui commandent son attention. Bientôt l'œil, se familiarisant avec les formes de ces rochers, y découvre une multitude de cavités, les unes naturelles, les autres taillées régulièrement par l'homme, et parfois même utilisées comme dépendances des habitations rurales de notre époque. Romains, Normands, Anglais, se sont succédés dans cette petite Petra périgourdine, et les chroniques du moyen âge renferment de curieux documents sur le rôle joué dans les guerres de ces temps parle Hoc de Tayac, où l'on retrouve taillées dans le calcaire des salles, galeries, écuries, qui en faisaient un véritable château fort. Mais les Troglodytes les plus anciens et les plus étranges qu'aient jamais abrité ces rochers de Tayac sont, sans contredit, ces chasseurs de Renne, qui ont eu le pri- vilège de fouler notre sol en même temps qu'une foule d'ani- maux, tels que le Mammouth, le Lion, le Renne, le Bœuf musqué, l'Aurochs, etc., aujourd'hui éteints ou complètement disparus de nos climats. Leurs stations sont nombreuses sur les bords de la Vezère, et les grottes naturelles qui leur servaient de retraites , patiemment explorées par MM. Ed. Lartet et 134 ^' LABTET. H, Christy, ont enfin livré le secret de leur industrie primitive et celui de leur vie sauvage (1). Il n'en est pas de même de leurs caractères ethniques, qui jusqu'ici n'étaient établis que sur des pièces insuffisantes, et dont le gisement pouvait paraître anormal. Ce fut donc avec une vive curiosité que l'on apprit, vers la fin du mois de mars dernier, la découverte faite dans ce district de squelettes humains, dans des conditions qui semblaient devoir leur faire attribuer une haute ancienneté. Son Excellence M. le ministre de l'instruction publique, au- quel les études de ce genre sont redevables de tant de bienveil- lants encouragements, voulut faire vérifier l'authenticité de cette découverte, et il daigna me confier cette mission, dont voici les principaux résultats : Les escarpements rocheux, dans lesquels sont creusées les Kijr. 1, — ViK' (le la vallée de la A'ezère, inontrant les caiiiieluies qui sillonnent les roclicw lie la rive droite en plongeant en sens inverse de la pente de la rivière. S.-E. ub c d U N.-O. .','. Village des Exsies. b. Grottes du Cingle. c. Pont du chemin de fer. i. Rocher de Cro-Magnon. d. Roc de Tayac. e. (iiirgc d'Enl'ei'. 11. Gare des Ejsies. /'. Laugerie basse. g. Eglise de Tayac. grottes des bords de la Vezère, sont constitués par les tranches des couches à peu près horizontales des calcaires crétacés (fig. 1), (jue les cours d'eau ont profondément entaillés en creusant leur lit. Ils présentent de larges sillons ou cannelures qui courent parallèlement à plusieurs niveaux, et se prolongent fort loin. On (1) Nous ne reviendrons pas sur les résultats de ces découvertes qui ont ligure à l'Exposition universelle et ont été décrits dans plusieurs publications {Cavernes du Périgord, Rcliquiat aquitanicw; A ttudes des sciences naturel/es, etc.). ANCIENS TROGLODYTES DU PÉEilGORD. 135 serait au premier abord tenté d'attribuer ces cannelures au passage rapide et longtemps continué d'un cours d'eau très- large, et s'élevant bien au-dessus du niveau actuel de la Vezère; mais, en y regardant de plus près, on reconnaît aisément que ces cannelures parallèles ont été produites par la dégradation incessante des couches tendres, feuilletées, propres à l'imbibi- tion, intercalées au milieu d'assises plus résistantes, sous l'in- fluence des agents atmosphériques et particulièrement à la suite des gelées. Cette explication, adoptée d'abord par mon père, a été déve- loppée avec beaucoup de sagacité par M. Alain Laganne (1). Parmi les preuves dont ill'aétayée, la plus concluante me paraît être fournie par certains points, où l'inclinaison des couches se trouvant être en sens contraire de la pente de la rivière, les cannelures suivent le sens des premières, montrant ainsi leur indépendance par rapport à la ligne de thalweg de la vallée. C'est ce que met en évidence le croquis que j'ai pu prendre de cette disposition, le long des rochers qui bordent la' Vezère, à droite et à gauche du roc de Tayac. (Fig. 2.) Vig. 2. — Vue des rochers qui bordent la rive gauche de la Vezère, de Tayac aux Eyzies. N.-O, S.-E. a. Eglise de Tayac. b. Station des Eysies. c. Grotte de Gro-Masfnon. d. Rocher des Eysies. e. Château des Eysies. f. Pont du chemin de fer sur la Vezère. Selon que les agents atmosphériques ont exercé leur action (1) Note sur les érosions des calcaires dénudés de la vallée de la Vezère et de ses affluents {Ann. d'agric, se. et arts de la Dordogne). En prenant comme terme de comparaison des érosions eflectuées depuis une date bien déterminée, M. Laganne a pu calculer approximativement que l'érosion creuse les annelures de 15 millimètres, tous les vingt ans. 136 . L. LAHTEIT. avec plus d'énergie, il s'est produit des cannelures, des abris ou même des grottes véritables, dans lesquelles les chasseurs de Renne purent trouver un asile. Profil transversal de la vallée du la VezèrCj passanl par le rocher de Cro-Maj^noii. S.-O. ■7ïJ»S«='^ Altitude de la N ezén' ii 1 etiage = 58". 25. Hauteur de la grotte de Cro-MagQoû, au-dessus de la Vezére = 15 mètres. Distance delà jjrotte à la rivière, envirnn 177 mètres. n. Chaussée du chemin de fer. 6. Talus. e. Grand bloc de calcaire. (/. Surplomb du rocher (|ui a disparu. P. Calcaire crétacé. M. Eboulis des talus et allmioiis du fond de la vallée. e. Rocher de Cro-Magnon. f. Grotte. g. Château et villages des Eysies. /(. Vallée de la Beunc. ?'. Maison du garde-barrière. /. Pont du chemin de fer sur lu Vezére, k Grottes du Cingle. / L'£ccumulatiun des débris ainsi détachés des couches friables donne lieu, au pied des rochers escarpés, à la formation de talus d'éboulements, dont les éléments, très-ténus, sont tous orientés, suivant la ligne de plus grande pente. Ces accumulations re- couvrent parfois et masquent entièrement les cannelures et abris des bas niveaux. Un de ces derniers, recouvert par un talus épais de !\ mètres, et situé à 580 mèlies au nord du bourg des Eyzies et à 130 mètres au sud-est de la station du môme nom, au lieu dit Cro-Macjnon (1), est au pied d'un rocher dont la portion cul- minante se détache sous la forme grossière d'un champignon. Cet abri, dis-je, fût resté peut-être toujours inconnu, si des travaux d'art n'avaient été entrepris dans sou voisinage , et (1) Cru-Maguuii. sur le cadastre. ANCIENS TROGLODYTES DU PÉHIGORD. '137 n'avaient occasionné des emprunts de terre dans ces talus. Ce fut l'établissement de la chaussée (a) du chemin de fer qui amena l'enlèvement dune portion notable du talus (^), t'io- 4- — Vue (le la cavité de Gro-Magnon, dégag-ée des terres qui eu niusquaieut rentrée et avec le pilier de soutèiiemeut de la voûte. «. Chcmiu niiintaiit au N. N.-O. (j. Rocher et villaae des Evzius, et celle d'un bloc gigantesque détaché des rochers voisins, et cubant o1 1 mètres (c) ( 1 ). On abattit ensuite un banc pierreux (d) en surplomb sur le talus. Enfin, vers la fin du mois de mars, deux entrepreneurs des Eyzies, MM. Bertou-Meyrou et Delmai-ès, firent en ce point un nouvel emprunt de terre, destiné à la chaussée d'une roule voisine. Après avoir enlevé les [\ mètres de détritus qui couvraient l'abri, les ouvriers, en pénétrant sous le banc rocheux qu'ils avaient ainsi dégagé, ne tardèrent pas k en retirer des ossements brisés, des silex taillés, et enfin des crânes humains, dont les entrepreneurs devinèrent l'ancienneté et l'im- portance scientifique. Par une réserve et un tact malheureuse- ment trop rares, et dont les amis des études paléo-ethnologiques doivent leur savoir le plus grand gré, ils interrompirent immé- diatement ces travaux, et s'empressèrent d'en prévenir M. Alain Laganne, que ses affaires avaient appelé à Bordeaux. De retour aux Eyzies, celui-ci exhumait encore, quelques jours après, en présence de MM. Joly et Simon (de Périgueux), deux crânes et quelques autres fragments du squelette humain, ainsi que des os de Benne travaillés et de nombreux silex taillés. C'est sur ces entrefaites que M. le ministre de l'instruction (1) Nous avons pu nous rendre compte avec exactitude de ces inoditications succes- sives apportées au rclicC du sol, g-ràcc aux do-uuicnts qu'a bien voulu nous communi- quer a ce sujet, M de Nomaison, ingénieur du chemin de l'er .'i Périgueux. 138 L. LARTET. publique m'envoya aux Eyzies, où, après avoir surmonté quel- ques difficultés inattendues, grâce à la bienveillance de M. le pré- fet de la Dordogne et à l'obligeant concours de M. le maire et de M. le curé de Tayac, il me fut bientôt possible de procéder à des fouilles régulières et méthodiques de la sépulture et de ses abords. Fig. 5. — Coupe détaillée de la grotte de Cro-Magiion, près des Eyzies. (La coupe passe par le centre de la cavité suivant la ligne a p du plan.) Echelle 1/100 (1 cen- timètre par mètre). N.-E. S.-O. À . Débris de calcaires. B. Première couche de cendres, etc. G. Débris calcaires. D. Deuxième couche de cendres. E. Débris calcaires rougis par le feu au contact des cendres qu'ils supportent. F. Troisième couche de cendres. G. Terre rouge avec ossements, etc. H. Couche épaisse de cendres avec osse- ments (loyer principal). I. Terre jiiune avec ossements, etc. J. Lit mince de graviers lavés et incrustés de stalagmite. Trace à peine visible d'un foyer. K. Eboulis calcaires. L. Talus enlevé. N Fissure dans le toit de l'abri. P. Banc de calcaire crétacé formant le toit de l'abri. V. Pilier construit pour soutenir le toit. a. Défense d'Eléphant. b. Squelette du vieillard. c. Bloc de gneiss aplati sur une de ses faces. d. Ossements humains. e. Blocs calcaires détachés du rocher ;ï diverses époques. Il fallait d'abord assurer, par un pilier de soutènement, laso- ANCIENS TROGLODYTES DU PÉRIGORD. 139 lidité de la voûte de l'abri, dont une fissure profonde faisait pré- voir la chute au moindre éboulement. En creusant le sol pour établir les fondations de ce pilier (y), nous pûmes déjà constater la succession de quatre couches noires de foyers superposées, dont la plus inférieure renfermait une défense d'Éléphant (a), qui, bien qu'endommagée parla pioche des ouvriers, a pu nous fournir un tronçon bien reconnaissable, que le R. P. Sanna Solaro, présent à la découverte, a bien voulu m'aidera dégager de sa gangue. Le pilier établi, nous avons enlevé méthodiquement les di- verses couches une à une, déterminant ainsi très-exactement leur contenu, leur nature et leurs relations. Mais, comme sous ces divers rapports, elles présentent la plus grande analogie entre elles (sauf pour les épaisseurs qui s'accroissent à mesure que l'on s'élève), je me bornerai à les décrire très-brièvement dans l'ordre naturel de leur formation. La grotte de Cro-Magnon est constituée par un banc calcaire crétacé (P, fig. 3 et 5, k, /), riche en polypiers et bryozoaires fossiles, et qui s'avance horizontalement de 8 mètres en sur- plomb, avec une épaisseur de 8 mètres sur une étendue d'envi- ron 17 mètres, La couche qu'il surmonte, et dont la dégradation a amené la formation de cette cavité, est très-riche en Rhynco- nella vespertilio, fossile qui en fixe le niveau géologique. Les débris de ce calcaire marneux et micacé s'étaient accumu- lés à la surface du sol primitif de la caverne sur une assez grande épaisseur (au moins 0"\70) (A, fig. r>).. Lorsque les premiers chasseurs de Renne s'y arrêtèrent pour la première fois, ils y laissèrent, comme trace de leur court sé- jour, une couche noirâtre (B, fig. 5) de 0", 05 à 0"',15 d'épais- seur, renfermant des silex taillés, des fragments de charbon, des ossements d'animaux brisés ou calcinés, et, à sa partie supérieure, une défense d'Éléphant (a, fig. 5). Ce premier foyer est recouvert par une couche (G), épaisse de O^j^S, de débris calcaires, détachés peu à peu de la voûte, pendant l'abandon temporaire de l'abri; puis on retrouve une nouvelle couche mince de foyer, de 0°',10 d'épaisseur (D) , con- ikO L. LAKIEI. tenant toujours des fragments de charbon, d'ossements el de silex taillés. Cette assise est encore surmontée d'un lit d'éboulis calcaires (E) de 0'"50 d'épaisseur ; enfin vient au-dessus une série d'assises plus importantes, renfeiiuant toutes, en des pro- portions diverses, des charbons, des ossements brisés, brûlés et travaillés, des silex taillés suivant divers types, mais principale- • nient en grattoirs, des nudéus, des cailloux arrondis de quartz, I de granité, etc., empruntés au \ï\. de la Vezère, et portant de i nombreuses traces de percussion. L'ensemble de ces couches paraît se rapporter a une époque pendant laquelle la grotte fut habitée sinon constamment, au moins à des intervalles tellement rapprochés, qu'ils ne permirent plus l'intercalation de dépôts d'éboulis calcaires, au milieu des divers lits correspondant aux phases successives de cette troisième période d'habitation. La première ou la plus inférieure de ces couches est un lit char- bonneux (F) de 0'", -20 d'épaisseur, qui n'atteint pas le fond de la grotte, mais qui se prolonge un peu plus que les précédents. A son contact avec les débris calcaires sur lesquels il repose, ceux-ci sont fortementrougis,cequiest un indice de calcination. Au-dt?ssus vient une couche de terre grasse rouoeàtre 'G) de 0"',oO d'épaisseur, renfermant, bien qu'en moindre quantité, les mêmes objets; enfin on trouve ensuite la couche charbonn(!use la plus étendue et la plus épaisse (H), dont la puissance moyenne est de 0'°,30, et qui, sur les bords, n'a que 0",10, tandis qu'au centre (X), où elle entame les dépôts sous-jacents qu'on avait dû creuser pour étabhr le foyer principal, elle atteint 0"',60 d'é- paisseur. C'est de beaucoup la couche la plus riche en débris charbonneux, en ossements, en galets de quartz, en silex taillés, en nucleus et en instruments en os (poinçons, flèches, etc.) ; ou peut la considérer comme la trace d'une habitation beaucoup plus prolongée que les précédentes. Au-dessus de ce lit char- bonneux vient une couche (1) de terre jaunâtre un peu argileuse, contenant encore des ossements, des silex et des inslruuientsen os, ainsi que des amulettes, et qui serait limitée à sa partie su- périeure par une couche charbonneuse très-mince et très-peu étendue (J) de 0"',5 d'épaisseur, que M. Lagannea pu observer ANCIENS TROGLODYTES DU PKRIGORD. l/ll avant mou arrivée, mais dont je n'ai pu retrouver que de simples traces. C'est à la partie supérieure de cette couche jaune (I) et dans le fond de l'abri qu'ont été trouvés les squelettes humains avec les accessoires de cette sépulture, le tout recouvert, à l'exception d'un espace fort limité dans l'enfoncement le plus reculé de cette cavité, d'une couche d'éboulis calcaire (R). Cette dernière assise renfermait encore quelques silex taillés, mêlés à des ossements brisés et à d'autres os intacts, se rapportant à de petits Rougeurs, ainsi qu'à un Renard particulier. Enfin par-dessus ces diverses couches et par-dessus l'abri lui-même venaient les terres du talus, dont l'épaisseur {(i et 6 mètres) suffirait à elle seule, d'après ce que nous avons dit plus haut sur son mode de forma- tion, pour reporter bien loin, dans les âges anté-historiques, la date de cette sépulture. Quant aux restes humains et à la posi- tion qu'ils occupaient dans la couche I, voici les résultats de l'enquête à laquelle je me suis livré sur ce point : Au fond do la grotte se trouvait le crâne d'un vieillard (6), qui seul affleurait Fig. 6. — Plan de la grotte de Cro-Magiion, montrant la position des sqn('lettes humains, des dalles, etc. N.-O. S.-K. P. Calcaire crétacé. X. Portion centrale et la plus épaisse de la couche H (voy. fig. 5). Y. Base du pilier de soutènement. a. Défense d'Eléphant. b. Crâne de vieillard. d. Ossements humains. e. Dalles détachées de la voûte à diffé- rentes époques. m. Squelette de femme. n. Ossements d'un enfant, a p. Direction de la coupe de la fig. 5. J -y. Direction de la coupe de la fig. 7. dans l'espace non comblé de la cavité, et restait soumis par con- séquent aux infiltrations calcarifères de la voûte, comme le 1/|2 L. LARTET. prouve l'enduit slalagmitique dont les os sont recouverts (pi. 2 et 3). Les autres ossements humains rapportables à quatre autres squelettes ont été trouvés autour du premier dans un rayon d'environ r",50. Parmi ces ossements se trouvait, à gauche du vieillard, le squelette d'une femme (w), dont le crâne (pi. 6) présente au front une entaille profonde faite par un instrument tranchant, et qui n'a pas suffi pour la tuer immédiatement, car l'os s'est réparé intérieurement, et des médecins ont estimé qu'elle avait dû survivre plusieurs semaines. A côté d'elle, ou a recueilli les débris d'uu squelette d'enfaut (n) qui n'était pas parvenu au dernier terme de son développement fœtal. Les autres squelettes cl paraissent se rapporter à des hommes. Au miheu de ces débris humains gisaient une multitude de coquilles marines (près de trois cents), toutes percées d'un trou, et appartenant presque toutes à l'espèce si commune sur nos côtes océaniques, la Lillorina lillorea; quelques autres espèces, la Purpura lapilUs, la Turrilella communis, etc. (1), représentées par un petit nombre de spécimens, sont également perforées, et devaient être utilisées pour des colliers, bracelets ou autres objets de parure (2). J'ai trouvé non loin de l'emplacement des squelettes une amulette en ivoire d'Éléphant ovale, discoïde, et percée de deux trous. M. Laganne en avait déjà découvert une plus petite; et M. Ch. Grenier, instituteur aux Eyzies, a bien (1) Mon collègue, au Muséum, M. Fischer a bien voulu m'aider dans ces détermi- nations. (2) On s'est demandé si les chasseurs de Renne du PérigonI n'employaient pas ces coquilles comme nirmnnie, ain>i qu'on le fait actuellement aux Indes orientales et sur les cotes de Guinée des CfiRis que l'on pèche aux Philippines et aux Maldives? Trois raisons nous empêchent d'adopter cette supposition : 1° le gisement de ces coquilles se trouvait trop rapproché des stations humaines de la Vezcre ; 2° bien que la Littorina liUorcn domine de beaucoup, il s'y trouve d'autres coquilles océaniques qui ne peuvent répondre au type con\entionnel et déterminé que comporte cette sorle de monnaie 3^ dans des stations analogues, on a trouvé de rares coquilles fossiles également per- cées de trous et probablement destinées à être suspendues au cou, de même que les amulettes et dents perforées que l'on rencontre fréquemment dans la plupart des gise- ments de cette nature. D'ailleurs, quelle utilité auraient eue des monnaies pour des hommes qui trouvaient dans les animaux dont le pays était si abondamment pourvu, toutes les ressources exigées parleur manière de vivre? ANCIENS TROGLODYTES DU PÉRIGORD. 1Û3 voulu m'en donner une toute pareille que lui avait remis un de ses élèves. Il a été également trouvé près des squelettes plusieurs dents percées de trous, un bloc volumineux de gneiss fendu et présentant une large surface aplanie, des bois de Renne tra- vaillés, et des silex taillés suivant les mêmes types que ceux des foyers inférieurs. Cette sépulture occupait une aire très-limitée, et l'on n'en retrouve aucune trace dans une section passant par Fig. 7. — Coupe de runo des portions latérales de la cavité {■^ S' du plan). Échelle 1/100 {1 centimètre par mètre). N.-E. S.-O. Même légende que dans la figure 5. la ligne 7 5 du plan . Cette deuxième coupe, faite à k mètres de la précédente, nous montre la même alternance de lits détritiques et charbonneux. On ne trouve point à la partie supérieure de la couche (I) d'indice du mince foyer funéraire supérieur; mais son niveau paraît être marqué par un petit lit (J), dont les élé- ments sont lavés et enduits de stalagmites : c'était probablement là le sol de la caverne avant son remplissage définitif par les accumulations détritiques (K). Ce que cette dernière coupe nous oiîre de remarquable, c'est la présence à divers niveaux, principalement au-dessus des lits charbonneux, de grandes dalles {e) détachées naturellement de la voûte, et dont quelques-unes étaient si volumineuses, qu'il a fallu employer la mine pour pouvoir les extraire. Des blocs pa- reils d'un moindre volume étaient disséminés un peu partout dans la grotte, ainsi que le montrent le plan et les coupes, et ils étaient notamment accumulés en grand nombre devant l'em- placement du pilier que nous avons fait construire (fîg. 5). 44/| L. LAU-IE'I'. En résumé, la présence à tous les niveaux des mêmes grattoirs de silex, finement retouchés comme ceux de Gorge-d' Enfer , et des mêmes animaux qui s'y trouvent associés également dans cette station classique, nous font admethe que ces vestiges d'ha- bitations successives de l'abri de Cro-Magnon se rattache au passage dans la contrée d'une même race de chasseurs qui ont pu ne faire, dans le principe, de cette grotte qu'un simple ren- dez-vous de chasse, où ils venaient se partager les dépouilles des animaux tués dans le voisinage. Plus tard, ils l'ont habité d'une façon permanente; enfin, à une époque où l'accumulation de leurs débris de cuisine, en les exhumant du sol, l'aurait rendu trop incommode en raison du peu de hauteur (1"', 20) de cette cavité, ils l'auraient peu à peu abandonnée, y revenant une der- nière fois pour y cacher leurs morts. Depuis, cette cavité n'a plus été accessible, si ce n'est peut-être à quelques Renards d'espèce particulière, et la dégradation atmosphérique faisant lentement son chemin a couvert peu à peu cette étrange sépulture d'une couche puissante, qui en révélerait à elle seule la haute anti- quité. La présence, dans ces couches, de foyers des débris d'un Ours de grande taille, du Mammouth, du grand Lion des ca- vernes, du Renne, du Spermophile, etc. , corroborent de tout point cette évaluation, que l'on peut rendre plus rigoureuse encore en se basant sur la prédominance du Cheval relativement au Renne, sur la forme des silex, des flèches, des poinçons en os, des marques dites de chasse, ainsi que sur l'absence de tout dessin ou sculpture, ce qui permet de rapporter cette station à l'âge immédiatement antérieur à l'époque artistique, qui a vu naître dans ce pays les premiers essais de la gravure et de la sculpture. D'où venaient ces hommes? Ici le géologue doit se taire. A lui de constater les faits de son domaine qui font l'objet de cette introduction. Aux anthropologistes, à nous éclairer sur les caractères de cette race. Néanmoins, il n'est peut-être pas inu- tile de faire remarquer, avant de terminer, que les coquilles ma- rines associées à la sépulture de Cro-Magnon, aux Eyzies, sont des espèces nullement méditerranéennes, mais propres à l'océan Atlantique, et fort communes notamment sur les cotes de la Gha- ANCIENS TROGLODYTES nu Pl'RIGORD. 1 ^Ô rente. Ce fait, rapproché de la présence, dans cette sépulture, de plusieurs galets de basalte, qui ne peuvent avoir été pris dans la vallée de la Vezère, mais pourraient très-bien provenir de celle de la Dordogne, tendrait à faire supposer qu'avant d'arri- ver dans la région troglodytique, où ils ont trouvé des conditions si favorables à leur mode de vie, les chasseurs de Renne auraient séjourné sur nos côtes océaniques, et seraient arrivés sur les bords de la Vezère en remontant la Dordogne. DESCRIPTION SOMMAiP.E DE RESTES HUMAINS DÉCOUVERTS DANS LES GROTTES DE CRO-MAGNON, PRÈS DE LA STATION DES EYZIES , ARRONDISSEMENT DE SARLAT (dORDOGNE), EN AVRIL 1868, PAR M. PRUNER-BEY. NOTICE PRELIMINAIRE. Sauf quelques ossements qui avaient appartenu à un fœtu.s, le nombre d'adultes représentés par les l'estes osseux est de quatre, dont deux hommes et deux femmes. De trois individus, il existe le crâne plus ou moins complet, quelques os longs, des métatarsiens et tarsiens, des phalanges, des vertèbres, des côtes, des fragments du bassin, etc. L'état de ces os ne diffère que par la matrice qui les envelop- pait. Les ossements du Renne et des autres animaux associés aux squelettes humains présentent absolument le même aspect et les mêmes degrés d'altération. Parmi tous ces individus, le sque- lette appartenant à un vieillard a le plus résisté à la désagréga- tion, protégé qu'il était d'un léger enduit stalagmitique. La matière calcaire s'étant infiltrée dans les os de cet individu, ils résonnent à la percussion comme un pot verni. L'espace restreint qui m'est alloué m'oblige de me limiter à la description des ossements du vieillard qui, ainsi que je s*' série, Zool. T. X. (Cahier ii» 3.) '^ 10 1 46 PBVNER-BET. viens de le dire, sont le mieux conservés. Par le même motif, je supprimerai tous les détails qui n'ont qu'une valeur secon- daire. Toutefois, je tâcherai de mettre le lecteur en état de se faire une idée nette des caractères ostéologiques d'une famille humaine contemporaine du Renne, et même très-probablement d'autres animaux qui sont éteints (1). i. Remarques générales ; crâne du vieillard (])\. ''2 k II). — Ce crâne est massif, pesant et très-volumineux. Lui font défaut les os des cavités orbitaires, le corps et l'apophyse du malaire gauche ; à la base, le bord postérieur de l'os basai et une facette du condyle occipital. Sont également défectueuses ici les apophyses ptéry- goïdiennes externes et l'os palatin du côté gauche. A la Jiiandi- bule manque la branche montante gauche et le condyle droit. Des dents, il ne reste à la mâchoire supérieure qu'un moignon qui est entouré en bas d'une plaque d'émail écrasé, plaque qui déborde latéralement de beaucoup la racine. Sans m'occuper ici de l'aspect général, je dois faire remar- quer néanmoins que ce crâne offre les traces évidentes d'alté- rations pathologiques d'une part, et de l'autre quelque anomalie dans la marche de l'oblitération des sutures. Quant au premier chef, c'est la carie qui a entamé le côté droit du front et les alvéoles de la mandibule ; quant au second, la suture sagittaire, encore bien visible dans tout son tiers postérieur, n'a point laissé de traces dans le reste de son parcours. 2. Morphologie. — Ce crâne repose sur les apophyses mastoïdes et sur l'arc dentaire, de la sorte que les alvéoles des incisives restent en l'air. Vu d'en haut (pi. 3, fig. 1), il présente, en partant des bosses pariétales, un carré allongé qui se rétrécit graduelle- ment vers le front. Latéralement, les lignes semi-circulaires tem- porales des pariétaux remontent vers la suture sagittale, où les os précités se joignent presque sous la forme du dos d'âne. Ce rétré- cissement graduel vers le sommet est également prononcé sur le (1) Un rapport plus détaillé sur ces reliques osseuses va paraître dans les Heliquiœ , aquiUinkœ publiées par MM. E. Lartet et Christy. ANCIENS TROGLODYTES DU PÉRIGORD. l/l? coronal, où une saillie, saivant la ligne médiane, se dessine nettement au-dessus de la région à laquelle s'insèrent les che- veux. En somme, crâne cunéiforme et ogival au sommet. Vu de face (pi. 2, fig. 1 ), ce crâne offre des caractères tout aussi bien décidés. Et, en effet, le contour en forme de losange est ici presque aussi prononcé que chez FEsquimau dont il diffère pour le reste. Pour se rendre compte de cette forme générale, onn'aura qu'à établir au niveau du bord inférieur des os malaires un plan horizontal, et à suivre du regard, le long du bord malo-orbi- taire, le contour du crâne jusqu'à la ligne médiane du front. On aura de cette façon de chaque côté du visage une ligne forte- ment inclinée vers le haut et en dedans, qui se rencontre avec celle du côté opposé pour former un large triangle, dont la base est au bord inférieur du malaire et le point d'intersection à la cime du front. Si maintenant nous ajustons au crâne sa mandi- bule, et que, toujours en partant du plan précité, nous suivons le contour de la face osseuse en bas jusqu'au menton, nous au- rons un triangle en sens inverse, et par conséquent, dans l'en- semble, la forme du losange. Les détails anatomiques de la face concourent, d'une part, à réaliser cette forme générale, et de l'autre ils impriment à ce visage son cachet particulier (pi. 2, fig. 1). Tout d'abord le front est marqué par des arcs sourciliers très-courts et peu saillants qui s'unissent à la glabelle, dont la prominence est également peu accentuée, suit par en haut une légère dépression transverse, et au-dessus de celle-ci une bosselure occupe le haut du front. Cette conformation du front est accompagnée d'une fuite latérale vers les tempes qui commence déjà au niveau des arcs sourciliers, et qui, d'abord très-douce, augmente rapidement, à mesure qu'on suit le contour latéral du front vers le sommet. Voilà les dispo- sitions anatomiques de la partie frontale, d'où résulte la pointe du triangle. Si maintenant du front nous descendons à la région orbitaire, nous constatons d'abord la grande profondeur des orbites et la convergence de leurs arcs, puis l'énorme étendue de leur dia- mètre transversal. Le bord orbitaire supérieur est mince, linfé- 1/|8 PRUKER-BEY. rieur un peu plus épais. Cette conformation des ouvertures orbitaires tient en haut au développement excessif de Tapophyse orbitaire externe du frontal, qui, large et dirigée en dehors, occupe les deux tiers du bord orbitaire supérieur. De son côté, pourétabUr la concordance du bord orbitaire inférieur, le maxil- laire envoie une longue apophyse au malaire, qui est haut, privé d'échancrure, et dont le bord inférieur est latéralement tourné en dehors pour élargir la base des deux triangles précités. Ajoutons à cette explication les autres détails physionomiques. En môme temps que le diamètre transverse des orbites, qui sont placées entièrement en face, est large, le vertical est fort réduit, et le bord orbitaire supérieur surplombe l'inférieur. C'est donc un œil caché qui était abrité dans cette cavité ; un aspect et une expression sombre devaient résulter de cette disposition. Passons au nez. Ici les apophyses fronto-nasalesdu maxillaire sont légère- ment courbées en dedans. La racine nasale est large et profon- dément déprimée. Les narines, abritées sous un nez relevé et largement ouvert au vent pour flairer sa proie, sont évasées en bas et latéralement. Les alvéoles incisives sont aplaties à leur surface antérieure et brusquement dirigées en avant, d'oii ré- sulte un prognathisme tel, qu'on l'observe chez quelques-uns de nos sauvages actuels. L'épine nasale est endommagée ; toutefois elle paraîtrait avoir été large et éraoussée. Enfin un menlon pointu, carré et prominent par l'effet de la sénilité, servira de dernier point de repère pour achever ce cadre physionomique. A la vue de profil (pi. 2,fig. 1), on relève sur ce crâne la fuite du front et sa compression latérale derrière les apophyses orbitaires, et partant la forme triangulaire de la fosse temporale qui est courte comparativement au volume du crâne. Ensuite se dessinent en bas des arcs zygomatiques robustes, bombés à la surface ex- terne avec leur bord supérieur remontant d'arrière en avant. Leur racine postérieure se prolonge en arrière sous la forme d'une arête saillante jusqu'au bord postérieur de l'écaillé temporale. Au-dessous de cette arête, une large et profonde fosse en sépare l'apophyse mastoïde. Plus en haut, on remarque des tempes aplaties et très-étendues en tous sens ; elles sont bordées en haut ANCIENS TROGLODYTES DU PÉRIGORD. 1^9 par des lignes semi-circulaires qui, dans leur moitié postérieure, empiètent considérablement sur le sommet, sans pourtant se rapprocher entre elles plus de 89 millimètres. Placée en arrière des conduits auditifs, la bosse pariétale est ici bien dessinée ; elle est large et comprise dans la ligne semi-circulaire. Enfin, si les pariétaux, un peu au-dessous des lignes semi-circulaires, descendent verticalement vers les tempes, il en est presque de même de leur descente vers l'occiput où leur surface latérale est bombée, tandis que la postérieure est aplatie. Cette disposition des pariétaux produit, d'une part, la forme carrée du sommet, et de l'autre elle est la cause de ce que l'occiput se rétrécit seu- lement en bas. Vu par derrière (pi. ù, fig. '!), le crâne offre sa plus grande largeur (1) aux bosses pariétales qui sont visibles également de ce côté, puis des contours presque en pentagone, et l'aplatissement pariétal précité. La partie libre de l'écaillé occipitale, qui est large et courte, descend presque au niveau de la courbe postérieure des pariétaux; partant, point de prominence occipitale. A la base du crâne (pi. 3, fig. 2), la partie musculaire de l'écaillé occipitale est jointe à angle droit à la partie supérieure. La forme du contour de la première se rapproche plus du demi- cercle que d'un segment d'eliipse. L'épine occipitale se trouve à peine indiquée, tandis que la ligne courbe supérieure présente un bourrelet assez saillant. D'ailleurs, sauf deux légères bosselures latérales, cette surface est presque horizontale, et profondément travaillée par l'insertion des muscles. Les apophyses mastoïdes sont d'une épaisseur peu commune, arrondies en cône, saillantes latéralement, mais un peu courtes comparativement à leur épaisseur. La rainure du digastrique est profonde et étroite; pro- fonde est également la fosse postcondyloïdieune. Le trou occipital est endommagé; toutefois on peut dire qu'il est elliptique, et comparativement au volume du crâne, plutôt rétréci que large. Ce rétrécissement est augmenté latéralement par la forte saillie (1) La plus grande hauteur se trouve au point d'où les pariétaux commencent leur descente vers l'occiput. 150 PRUNER-BEY. dans la cavité des condyles qui ont deux facettes. Le niveau du trou occipital se trouve un peu au-dessus de la voûte palatine. Pour ses deux tiers, il est reculé derrière les conduits auditifs, dont l'ouverture est très-large et elliptique. L'apophyse styloïde paraît avoir été excessivement mince. Les fosses glénoïdes, qui sont profondes et étroites dans le sens transversal, font présumer que le condyle mandibulaire était épais et conique. La partie basale de l'occipital est étroite, aplatie, et offre dans son milieu un creux longitudinal. Grande inclinaison des ailes ptérygoïdes, dont les externes devaient surpasser en largeur de beaucoup les internes. Remarquable est la forme du palais par le peu de pro- fondeur, par le rapprochement des séries dentaires jusqu'à 35 millimètres entre les molaires, et par son évasement à la ré- gion des incisives. La surface inférieure est bombée le long de la suture médiane. Non moins remarquable est la petitesse de toutes les ouvertures qui donnaient passage aux vaisseaux san- guins, à l'exception de celle pour la veine jugulaire droite. Enfin le rocher fait une grande saillie dans la cavité crâ- nienne, et son bord supérieur est très-saillant en avant. Quant à la mandibule (pi. k, fig. 2 et 3), sauf sa branche mon- tante, son corps n'est pas volumineux; elle repose sur le milieu du bord inférieur, tandis que le menton et les angles postérieurs restent en l'air. F^e bord inférieur, épais à la région des molaires, s'amincit considérablement dans son tiers postérfeur, où la surface externe de la branche montante est profondément creusée par l'attache des muscles masticatoires ; puis cette surface est d'une largeur peu commune {\). L'angle postérieur est arrondi à son bord, et très-peu infléchi en dehors. L'apophyse coronoïde paraît avoir été courte, l'échancrure sigmoïde large et peu profonde. La longueur exagérée de la branche horizontale tient à l'élargisse- ment de la branche montante. La carrure du menton est plus évidente à la surface interne qu'en dehors. Il existe un peu d'asy- métrie au menton, en corrélation avec la même particularité (1) Voyez le Tableau de mesurage. Je possède cependant le crâne d'un ancien Celte, dont la mandibule, très-massive, surpasse dans la largeur de la branche montante celle du troglodyte de Cro-Magnon. ANCIEPfS TROGLODYTES DU PÉRIGORD. 151 à la cloison nasale. La forme de l'arc dentaire est presque triangulaire; sa longueur à la surface interne égale 58 milli- mèires. Les dernières molaires sont cachées derrière la branche montante. Les incisives devaient être fortement comprimées latéralement, de même que la canine dont l'alvéole fait saillie. D'ailleurs, à juger d'après les alvéoles, volume grand et normal des grosses molaires ; dent de sagesse beaucoup plus petite que les autres et à double racine. A la surface interne de la mandi- bule, les fosses myloïdiennes sont très-larges et profondes, et les épiphyses geni bien développées. Jusqu'ici la caractéristique du crâne du vieillard ! Un deuxième appartenait à un homme à la force de l'âge, probablement le fils du précédent. Il manque de la face, et même son calvarium est incomplet (pi. 5, fig. 1 et 2) ; mais ce qui en reste suffit à nous laisser reconnaître le même type mongoloïde, dolichocéphale et à grand cerveau. Le troisième crâne qui est féminin, et plus complet que le précédent, peut servir à nous faire reconnaître les différen- ces sexuelles (pi. 6, fig. 1 et 2). Ce qui reste enfin d'un quatrième individu nous fait supposer que c'était une femme à petite taille et à crâne arrondi. Faisons enfin remarquer que le crâne féminin porte au frontal une plaie pénétrante, à laquelle s'adapte parfaite- ment une lame de lance de pierre taillée de la même provenance. Après cette esquisse des caractères crâniologiques, un mot sur les autres ossements du squelette, et notamment sur le bassin et les extrémités. Le bassin du vieillard, dont nous avons décrit le crâne, est le mieux conservé en ce qui concerne les parties laté- rales, mais son sacrum manque. Il est massif et d'un volume peu commun; toutefois sa fosse iliaque est transparente. Mais il existe un sacrum isolé qui, par sa largeur et par sa courbure interne, est une pièce hors ligne. Jusqu'ici nous n'avons présenté aux lecteurs que des pièces qui, en dehors de leur volume et de leur structure massive, sont normales ; mais il n'en est pas ainsi des extrémités, et notamment des inférieures. Ici commencent des anomalies qui frappent l'observateur au premier coup d'œil. Examinons en premier lieu ces ossements sur le squelette du vieillard (pi. 7). Ici nous sommes en présence d'un fémur J52 PRIJMER-BEY. extraordinaire. En dehors de sa longueur, qui devait au moins atteindre 500 millimètres, sa ligne âpre offre une saillie et une largeur qu'on ne rencontre point ailleurs. Cette saillie s'accorde avec une légère compression latérale de la diaphyse fémorale ; puis la courbure antéro-postérieure est considérable sur ce fé- mur, et elle se trouve à la limite du tiers supérieur. Tout cela donne un aspect étrange à cet os. La tète et les condyles man- quent. On dirait que le tibia appartenant à ce même squelette s'est mis en concordance avec le fémur en ce qui touche à la com- pression latérale ; et en effet, dans ce tibia, la surface postérieure est réduite à peu de chose dans le tiers supérieur. C'est qu'ici la surface externe a empiété sur la postérieure ; le bord antérieur est tranchant, et, bien que cet os soit encore triangulaire ou prisma- 1 ticpie même en haut, il se rapproche dans son ensemble de ces | tibias à lame de sabre dont nous parle la pathologie. Le péroné est courbé à la façon d'un arc de violon. La moitié supérieure d'un cubitus est également courbée, et un humérus présente des surfaces très-tourmentées. Voilà quant à la forme ! En passant à l'examen des surfaces osseuses, on découvre, surtout dans les phalanges et le métatarsiens, en dehors d'une légère enflure des articulations, des traces d'ostéophytes en forme de papilles et de crêtes; enfin quelques-unes des côtes (pi. i,fig. Il et 5) offrent une épaisseur de 1 1 à 1 3 millimètres. Tout cet ensend3le de caractères ne laisse aucun doute sur l'origine de ces formes étranges des extrémités. Je n'hésite pointa y voir des traces du rachitisme, dont les altérations, limitées à l'époque de l'enfance, n'ont pas arrêté conqilétement le développement du système osseux dans la voie normale, comme c'est le cas dans le rachitisme qui atteint un haut degré. D'ailleurs nous savons par les recherches de M. Meyer que le Troglodyte du Néanderthal offrait également dans son squelette les traces du rachitisme, et la paléontologie nous apprend que même l'Ours des cavernes était sujet à cette affection. A en juger par le volume et la longueur des os longs, du bassin et de ce qui reste de la colonne vertébrale, le Troglodyte du Péri- gord devait être vigoureux, et sa taille surpassait la moyenne. ANCIENS TROGLODYTES DU PÉRIGORD. 153 RÉSUMÉ SYNTHÉTIQUE. Le paléontologiste examine d'abord les caractères des os fossiles qui lui sont soumis, et puis il en aborde la détermination de la classe, de l'ordre, du genre jusqu'à l'espèce. Je tâcherai de faire la même chose relativement aux ossements humains dont je viens de signaler brièvement les caractères, en m'appuyant, comme de juste, spécialement sur ceux que nous offre le crâne. Ici, à côté du certain nous offrons du probable. Certain est le caractère mongoloïde des faces osseuses que nous venons de décrire ; probable, sauf plus ample informé, est l'affiliation de ces crânes avec la branche esthonienne du grand groupe toura- nien. Ce grand groupe est déjà largement représenté par des crânes mongoloïdes ou brachycéphales, ou très-peu dolichocé- phales, qui se rattachent au Lapon et au Finnois dans les sta- tions de l'âge du Renne de la Belgique, de Bruniquel et de Solutré. Il existe même des traces du Calmouk en Belgitpie. Mais de toutes ces formes crâniennes, celle des Eyzies diffère par la dolichoc('phalie et par le volume. Quant au dernier, les Celtes (Gaulois) nous offrent une analogie frappante, en ce sens que plus ils sont anciens, plus, règle générale, ils l'emportent par le volume sur leurs descendants. Quant à la dolichocéphalie, faisons d'abord remarquer qu'il existe en Sibérie des peuplades entières, comme, par exemple, les Vogoules(deBaër), chez les- quelles la face mongoloïde se marie avec un crâne dolichocé- phale. Mais, à notre grand regret, il existe même à Paris seule- ment un petit nombre de crânes du haut nord, parmi lesquels quatre d'Esihonieus. Or, il en est deux parmi les quatre qui sont d'abord dolichocéphales ; qui plus est, la physionomie de ces crânes esthoniens s'accorde dans ses traits caractéristiques avec celle de notre Troglodyte. Et enfin, comme contre-épreuve, j'en appelle à la description classique du crâne esthonien publiée par M. Huëk, à Dorpat, en 1838. Toutefois, je le répète, ce point ' de mon diagnostic n'est que suggestif et provisoire. Telles furent en somme mes conclusions au mois d'avril ; mais 15/l PRLNER-BET. depuis, je crois avoir fait un pas en avant pour atteindre la cer- titude également eu ce qui concerne le second chef de la ques- tion. Voici en deux mots le résumé de ce qui vient de se passer : J'ai sous mes yeux, datant de l'époque du Renne, à la fois le type du crâne lapon, finnois, celui de Cro-Magnon, un type semblable à celui de l'Esquimau du détroit de Behring, et enfin un spécimen de crâne qu'on pourrait confondre avec celui de l'Esthonien moderne. Qui plus est, le squelette de ce dernier offre les mêmes anomalies que l'Homme de Cro-Magnon, et les traces du rachitisme à un degré de développement qui ne laisse plus l'ombre de doute à ce sujet. Toutes ces pièces proviennent de Solutré près Mâcon, où l'un des apôtres les plus éminents de la paléontologie humaine, M. de Ferry, explore depuis deux ans une station de l'âge du Renne, dont le cimetière, dans les cin- quante tombes jusqu'à présent ouvertes, récèle dans un espace fort restreint toutes les formes crâniennes que je viens de si- gnaler. TABLEAU DES MESURES PRISES SUR LE CRANE DU VIEILLARD, EN MARS. I. — Crâne cérébral. Longueur totale 203 — inégale 200 Hauteur 140 Largeur frontale double 105 et 120 — temporale double 135 et 140 — pariétale double i 152 et 145 — biauriculaire . . . , 116 — biinastoidienue 132 Rayon aiiriculo-frontal 126 — auriculo-occipital 110 Circonférence horizontale totale 580 Circonférence horizontale antiauriculairc 310 Circonférence horizontale postauriculaire 270 Circonférence verticale totale 540 Circonférence verticale totale décomposée en frontale ■130 Circonférence verticale totale décomposée en pariétale 130 Circonférence verticale totale décomposée en occipitale. ... 70 -{- 57 Longueur du trou occipital 36 Largeur du trou occipital 26 Longueur de la base crânienne 117 ANCIENS TROGLODYTES DU PÉRIGORD. 155 Courbe biauriruiaire verticale , 340 Distance Uu trou occipital aux incisives , llcj Indices ccptialiques : La longueur (1000) à la largeur 748 — — hauteur. . 690 Rapport delà circonférence horizontale (1000) à la verticale. . . 931 II. — Face. Hauteur totale 115 — nasale double 57 et 47 — sous-nasale 58 r^ du maxillaire supérieur 63 Largeur du maxillaire supérieur, distance des apophyses orbi- taires extérieures 120 Largeur et hauteur des orbites 41 et 27 — de la racine nasale 3it — de l'ouverture nasale 27 Distance des sutures niaxillo-malaires 130 — des bosses malaires 135 — des arcs zygomatiques . 142 Largeur et longueur du palais (?) 56 et 70 Mandibule : Distance des angles 113 Longueur de la branche horizontale 103 Hauteur et largeur de la branche montante 65 et 49 Hauteur du menton 32 — de la branche horizontale 30 Epaisseur du menton 15 — de la branche horizontale 18 EXPLICATION DES PLANCHES. PI. 2 et 3. Crâne de vieillard de Cro-Magnon. PI. 4. Fig. 1, crâne du même; fig. 2 et 3, mâchoire inférieure d'un Homme adulte; fig. 4 et 5, deux des côtes les plus épaisses. PI. 5. Crâne de l'Homme adulte. PI. 6. Crâne de Femme. PI. 7. Fig. 1, humérus; flg. 2, fémur; fig. 3, tibia; fig. Il, péroné. PI. 8. Instruments en os trouvés dans la même caverne. REMARQUES SUR LA FAUNE DE CRO-MAGNUN, d'après les débris osseux découverts soit dans la sépultire humaine, soit dans les restes de foyers placés a proximité, PAR M. E. LARTET. Cette faune se composait de quatorze à quinze espèces de Mammifères avec un seul os d'Oiseau. Les Carnassiers y étaient représentés par un Ours de grande taille. On a trouvé de cet animal un métatarsien et deux plia- J langes dont les formes ne sont pas assez nettement définies pour m en risquer la diagnose spécifique. Un autre Carnassier de grande taille se rapporte au genre Felis. 11 est représenté par une portion de maxillaire supérieur où se voient les alvéoles de la pénultième prémolaire supérieure et de la dernière ou carnassière. Ce morceau peut assez bien s'identifier avec son homologue dans le Felis spelœa. Il en est de même d'une' moitié de canine, qui cependant paraîtrait avoir appartenu à un sujet de taille un peu moindre, et peut-être aussi plus jeune. La racine creuse de cette canine porte la mai'que de deux entailles faites avec un instrument à tranchant très-vif. Il y a aussi une mâchoire inférieure d'un grand Canis qu'on ne peut distinguer du Loup actuel, et un certain nombre de pièces rapportables à deux autres espèces ou variétés de Canis, dont l'une ne paraît pas différer de notre Renard connnun (Canis vuipes), tandis que l'autre, plus réduite dans ses proportions, présenterait quelques différences anatomiques, dont il m'a été jusqu'ici impossible de vérifier la reproduction identique sur aucune des nombreuses tètes de Renard que j'ai examinées dans les collections du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Il a été trouvé également sur l'emplacement de la sépulture un fémur de Spermophile, mais d'espèce indéterminée. Déjà, il y a quelques années, nous avions recueilli dans la grotte voi- sine des Eyzies une demi-mâchoire inférieure et quelques ver- tèbres cervicales d'un Spermophile, que le docteur Falconer avait jugé se rapprocher beaucoup du Spermophilus erythroge- nus; il diffère certainement de celui trouvé par M. Denoyers REMARQUES SUR LA FAUNE DE CRO-MAGNON. 157 clans les brèches en tentes à ossements de Montmorency, et qne l'on a comparé tantôt au Spermophilus cilillus, tantôt au Sper- mophilus Richardsonii. Deux autres Rongeurs du genre Lepus, mais de taille diverse, ont laissé de leurs restes aux abords de la sépulture. Dans l'un des foyers attenants s'est trouvée une notable portion de défenses de Proboscidien, que l'on doit naturellement rap- portera VElephas primigeniiis ; elle était en grande partie exfo- liée, et se divisait en petits fragments, de telle façon qu'on n'a pu, à grand'peine, en extraire qu'un seul tronçon de quelques pouces de longueur. Dans le lieu même où se trouvaient les sque- lettes humains, il a été recueilli des ossements ou emblèmes de superstition, qui paraissent être faits avec de l'ivoire d'Éléphant, ce qui est parfaitement vérifiable sur l'une de ces pièces, qui montre dans une cassure le mode particulier d'exfoliation par altération de vétusté dans les défenses de Proboscidiens. Le genre Sus, qui est particulièrement rare dans nos stations du Périgord, ne s'est trouvé représenté dans celle-ci que par deux dents molaires et une canine assez semblables à leurs homologues dans notre Sanglier actuel. Quant au Cheval, ses restes se sont rencontrés les plus abon- dants dans cette station dnCroMagnon, où il a dû former la res- source principale de l'alimentation desindigènes de cetteépoque. Les restes du Renne y étaient beaucoup moins nombreux qu'on ne les trouve d'habitude dans la plupart des grottes de la Dordogne. Ceux d'Aurochs s'y montraient peut-être aussi dans une moindre proportion. On n'y a trouvé que quelques dents de Cerf commun {C. Ele- phas) et de Bouquetin {Capra ibex), point de traces de Chamois, ni du Bœuf musqué {Ovibes moschatiis), que des chasseurs, pro- bablement contemporains, avaient cependant mangé dans la station de Gorge-d'Enfer, de l'autre côté de la Vezère. Enfin il n'a été trouvé qu'un seul os d'Oiseau : c'est un humé- rus de grandes dimensions, mais privé, par cassure ancienne, de ses deux extrémités articulaires, en sorte que ce n'est qu'avec une réserve de nouvel examen que M. Alphonse Milne Edwards 158 E. LARTET. a dit y reconnaître un aspect de formes attribuables à une espèce du genre Grue. 11 est remarquable que les restes d'Oiseaux sont beaucoup plus rares dans ces stations de haute ancienneté paléontologique que dans celles présumées plus récentes où le Renne est devenu dominant. Ainsi nous n'avons pas trouvé un seul os d'Oiseau dans les grottes du Moustier et de Gorge-d'Enfer en Dordogne ; je n'en ai non plus eu aucun débris de celles des Fées dans l'Allier. A Aurignac, dans la Haute-Garonne, il ne s'est trouvé qu'un petit nombre d'os d'Oiseaux, et MM. Bourgeois et Delau- nay n'en ont mentionné que quelques débris dans la grotte delà Chaise (Charente). Rappelons que toutes les stations ci-dessus sont caractérisées archéologiquement par la présence des llèches du type de celles d'Aurignac, c'est-à-dire à pointes simples et non barbelées, comme le sont celles des Eyzies, de la Madeleine, de Bruniquel, de Massât, etc., où les os d'Oiseaux abondent. Il y a une autre particularité plus frappante et plus significa- tive encore, si elle se confirme dans l'avenir par des observa- tions plus généralisées : c'est que, dans ces mômes grottes ou stations du premier âge de la Dordogne et d'autres contrées, nous n'avons pas, en ce qui nous concerne personnellement, recueilli un seul os de Poisson, et l'on sait combien les restes des Poissons se sont montrés abondants à là Madeleine, dans la grotte des Eyzies, et surtout sous les abris de Bruniquel. 11 n'y avait donc pas eu conformité absolue dans le régime alimentaire des indigènes de ces deux époques, quoique habitant la même contrée, et au voisinage de cours d'eau probablement très- poissonneux, puisqu'ils le sont encore aujourd'hui. Serait-ce que les plus anciennes de ces peuplades n'auraient pas eu des engins de pêche aussi perfectionnés, ou bien auraient-elles eu pour habitude de manger leurs Poissons crus au bord des rivières, tandis que leurs descendants, ou successeurs de races différentes, auraient préféré les emporter sous les abris et dans les cavernes où se préparaient leurs autres aliments? Du reste, des voya- geurs modernes ont cité quelques peuplades de sauvages actuels qui, bien qu'habitant au voisina,§e de la mer, ne savent tirer REMARQURS SUR LA FAUNE DE CRO-MAGNON. 159 aucun parti des ressources qu'auraient pu leur fournir la pêche sur des côtes où le Poisson ne manquait pas. Avant de terminer ces réflexions sur la hune du Cro-Magnon^ je noterai qu'il ne s'y est rien trouvé qui annonçât la présence de l'Antilope Saïga. En effet, c'est seulement dans les stations à flèches barbelées et où le Renne devient dominant, que nous avons observé jusqu'à présent des restes de Saïga. Peut-être se trouvera-t il des personnes disposées à admettre que c'est la race d'hommes à flèches barbelées qui a dû introduire le Saïga dans notre Europe occidentale, comme on a déjà supposé qu'elle avait pu y avoir amené le Renne domestique et même le Cheval (1). D'après quelques auteurs, le Saïga serait du reste aussi facile à domestiquer que le Renne. Pour bien authentiquer, en premier lieu, la détermination spécifique des noyaux de coi'nes que j'étais conduit à attribuer au Saïga, je n'ai eu d'abord d'autres ressources à consulter pour la comparaison qu'une paire de cornes de la collection de zoolo- gie du Muséum d'histoire naturelle, que M. le professeur Milne Edwards m'a obligeamment autorisé à faire scier dans leur longueur pour pouvoir étudier la structure intérieure de leur noyau osseux. La vérification ainsi faite ne m'a laissé aucun doute sur l'identité spécifique de nos cornes fossiles des cavernes de France avec celles des Saïga vivant actuellement dans la Russie ; mais, pour la comparaison des membres et même de la tête et du système dentaire, mon embarras persistait encore, attendu qu'il n'existait dans la collection du Muséum ni tête, ni squelette de cet animal, dont on s'est plus tard procuré les osse- ments d'un jeune sujet. De mon côté, j'ai obtenu de la bien- veillance d'un savant bien connu, M. le professeur Brandt (de Saint-Pétersbourg), l'envoi d'une tête entière d'un individu adulte, accompagné de la série osseuse des membres antérieurs et postérieurs. A l'aide de ces matériaux, soigneusement com- parés avec tous les restes de Ruminants quaternaires, j'ai pu m'assurer que, dans le nombre presque incalculable d'os du dilu- (1) Voyez la Caverne Bize et les espèces animales dont les débris y sont associés à ceux de r Homme, par MM. P. Gervais et Brinckmann. Montpellier, 186/i. Van Rene- ilen, Rapport sur les collections polytechniques de l'Univprsité de f.ouvain 1868. 160 E. LARTET. vium et de nos cavernes de France qui, dans les dix dernières années, ont passé sous mes yeux, il ne s'est pas trouvé, ou, tout au moins, je n'ai pu reconnaître, ni fragment de maxillaire, ni dents détachées, ni même un seul fragment d'os des extrémités qui pût être rapporté au 5aï^a, bien que j'aie eu à ma disposition des noyaux de cornes toujours isolées, et provenant de six à sept localités différentes. Un seul morceau plus considérable, une portion de frontal encore surmontée des deux noyaux osseux de ses cornes, a été extrait par M. Gaillard de laDionnerie, aujour- d'hui procureur impérial à Saint-Pons (Hérault), de la célèbre grotte de Chaffaut près Givray (Vienne) (1). Comment alors faire accorder cette rencontre assez fréquente des prolongements frontaux du 5(«e, s'attache, d'une part, au fond d'une fossette latérale du mélano- tum, et d'autre part au renflement de l'arcade axillaire ; parfois aussi elle s'articule indirectement sur le troisième osselet de la palmette articulaire antérieure. Pour mettre l'aile au repos, le carré axillaire se renverse et se loge dans la fossette du métathorax {k) en pivotant sur son arti- culation thoracique (o) ; mais en se renversant ainsi, il attire à lui l'arcade axillaire (a?), en lui faisant décrire un mouvement de pronation qui tend à renverser plus ou moins tout le champ anal. La base de ce dernier, entraînée par le carré axillaire, vient alors se placer au-dessus du bord du métathorax, l'arcade s'emboîtant elle-même dans le sillon latéral de ce dernier (s, 5), et recouvrant entièrement le carré axillaire. Celui oi se trouve alors renversé ; sa face supérieure est devenue inférieure, mais l'arcade elle-même, pour le suivre dans son mouvement, a été obligée de se renverser aussi. L'extrémité externe de l'arcade 166 II. ne s>ArssuRE. devient interne, et ce renversement amène celui du ciiamp anal tout entier. L'examen de la structure des articulations autorise donc les conclusions suivantes : Le champ antérieur de l'aile possède une articulation interne ou située à fleur de corps, et son action est tout active. Le champ postérieur n'a qu'une articulation externe, dont le rôle semble purement passif; elle ne contribue ni au déploie- ment de l'aile, ni aux mouvements du vol ; elle ne fait que con- solider la partie postérieure de l'organe, et aide surtout à le re- plier. Cette articulation est indirecte, en ce sens que la base de l'aile s'attache au corps par le moyen d'une pièce intermédiaire (le carré axillaire) aiticulée, d'une part, au corps, d'autre part à la base des nervures, ce qui donne à l'articulation une grande souplesse. Il reste maintenant à expliquer le rôle que jouent les nervures qui forment la charnière de l'aile. Le pli de l'aile se forme, avons-nous vu, dans la bande mem- braneuse divisante des deux champs qui est comprise entre la veine divisante et la première veine axiflaire (fig. 2, o,a\r). Mais le pU se forme souvent aussi en partie sur la première veine axillaire, laquelle tourne elle-même légèrement; aussi l'arcade axillaire est-elle souvent un peu interrompue au milieu, ou même coupée par une articulation qui, bien que peu mobile, laisse au premier rayon axillaire une certaine indépendance. La veine anale elle-même (fig. 2, 3, a) forme un autre pli longitudinal qui est lui en gouttière, tandis que celui de la char- nière est en arête. Lorsque l'aile commence à se contracter, la bande anale se relève à angle droit sur le champ antérieur. Il se forme ainsi un pli antérieur de la bande («,«'), qui sert à facili- ter le renversement du champ axillaire, mais qui ne persiste pas lorsque l'aile est entièrement repliée. Son action se borne à relever le bord postérieur du champ humerai pour le faire glisser par-dessus le champ axillaire qui doit être entraîné en dessous, comme il sera du reste expliqué plus bas. ÉTUDES SUR L AILE DES ORTHOPTÈRES. 167 De la duplicature de l'aile. Au repos, le champ humerai vient se mettre à plat sur le dos de l'Insecte, et il est ensuite recouvert par lelytre qui lui sert de protection, et qui, à une exception près, s'étend toujours jus- qu'à l'extrémité de l'aile. La forme du champ humerai suit de très-près celle de l'élytre, et comme ce champ est toujours plus étroit que l'élytre, il s'en trouve entièrement recouvert. Mais l'aile tout entière serait trop ample pour se déroher ainsi, et pour que cela puisse encore s'effectuer, il faut que son étendue soit diminuée de toute la largeur du champ axillaire. Dans ce but, celui-ci se plisse en éventail par le seul effet de l'élasticité de ses rayons, et devient un peu moins large que le champ hu- merai ; puis il se renverse en dessous en basculant autour de la ligne de séparation des deux parties de l'aile, pour venir s'appli- quer à la face inférieure du champ humerai. Ce renversement s'opère pour ainsi dire naturellement, en vertu de la structure qui vient d'être décrite, et par le seul fait que l'organe, de tendu qu'il était, est ramené en arrière paral- lèlement à l'axe du corps, comme nous allons essayer de le dé- montrer. Une surface peut pivoter horizontalement autour d'un point seulement et non autour d'un de ses côtés, si ce côté reste fixe. Donc si l'aile était rigide dans toute sa largeur, l'Insecte ne pourrait nullement la ramener sur le dos, mais elle resterait toujours étendue ; car sa base s'insérant tout le long des côtés du métathorax, suivant une ligne plus ou moins longue, elle ne serait capable d'aucun mouvement. On pourrait môme en dire autant du champ antérieur pris séparément, puisque ce champ s'in- sère au corps par un bord d'une certaine étendue. Pour que ce champ puisse pivoter en arrière, il faut donc qu'il tourne autour d'un point unique. Or ce point se trouve être l'articu- lation môme de la nervure humérale (fîg. 3,«), laquelle tour- nant comme un humérus autour de l'épaule métathoracique peut décrire un ^quart de cercle en avant ou en arrière. 168 11. DE SAtJi^SURE. Supposons maintenant l'aile en état d'extension, et ne nous occupons d'abord que du champ antérieur. Lorsque la nervure principale décrira son quart de cercle en arrière, elle entraînera avec elle tout le champ humerai. Mais celui-ci ne peut se replier qu'à condition que la palmette postérieure de l'articulation (fîg. ^^, c, c', c", etc.) ne soit pas rigide, et nous avons vu quelle se compose de pièces cornées, réunies par des membranes souples. Lors donc que l'organe se met au repos, elle se chif- fonne, et forme en dessous un repli qui cède au mouvement du champ antérieur. Ce qui se passe dans la palmette articulaire postérieure du champ humerai se répète sur une plus grande échelle dans le champ axillaire tout entier. L'articulation axillaire est plus souple encore que la partie postérieure de l'articulation humérale. Or (fîg. 2, 3) les deux articulations restant fixes quant à leur situa- tion, et le champ antérieur décrivant un quart de cercle en arrière, il est facile de comprendre que la base de ce champ passera forcément par-dessus l'articulation axillaire. Le bord postérieur (fîg. 3, a') du champ humerai entraînera donc l'ex- trémité antérieure du champ axillaire, et obligera ce dernier à se renverser. Comme les nervures rayonnées du champ anal sont fixées à l'arcade axillaire, ce renversement s'opérera très-régu- lièrement par le seul fait que l'arcade, ramenée sur le dos de l'Insecte par le carré axillaire, subit, avons-nous vu, une sorte de pronation qui concourt au même résultat. Enfin les nervures rayonnées du champ anal (r, r', r", etc.) tendent, par leur seule élasticité, à se resserrer en faisceau, et opèrent ainsi le plissement en éventail ; en sorte que, aussitôt que le champ antérieur se reporte en arrière, le champ postérieur se plisse, et se referme de lui-même sans aucun effort de l'Insecte. C'est, du reste, ce que l'on peut constater sur des sujets morts ou même ramollis après avoir été desséchés depuis longtemps, en développant l'aile artificiellement et en l'abandonnant ensuite à elle-même. Il est cependant encore une difficulté à résoudre. On comprend bien que, aussitôt que le bord antérieur du champ axillaire a ÉTUDES SUR l'aile DES ORTHOPTÈRES. 169 commencé à se renverser sous le bord postérieur du champ hu- merai, le resle du champ axillaire continue à suivre ce mouve- ment, entraîné qu'il est par le champ antérieur, mais on ne comprend pas comment débute le phénomène du renversement. En effet, au moment où le champ antérieur commence à pivoter en arrière, il rencontre dans sa pression contre le champ posté- rieur, ce que l'on nomme en mécanique un point mort (1). Le champ postérieur pourrait donc commencer à se renverser en dessus au lieu de le faire en dessous. C'est précisément à vaincre le point mort et à déterminer le sens du renversement, que sert le faux pli anal dont il a été parlé. Soit (fig. li) la coupe transversale de l'aile suivant la ligne ;ss (fig. 2) ; H, le champ humerai; A, le champ axillaire; a, la bande anale (fig. 2, 3, a, a"). Nous savons qu'aussitôt que l'aile se détend, la bande anale forme un faux pli (fig. 5, a) en se redressant sur le champ hume- rai H. En entraînant le bord membraneux du champ axillaire, elle produira le pli ô sur l'axe même de la charnière anale qui sépare les deux champs (fig. 2, 3, a'). Le mouvement en arrière du champ H se continuant, son bord postérieur relevé (ô) pas- sera forcément par-dessus le champ axillaire (fig. 6), et le ren- versement, une fois commencé dans le sens voulu, se continuera de même, à mesure que le champ humerai pivotera en arrière. Enfin, lorsque le champ axillaire sera tout entier renversé (fig. 7), la pression transversale cessant, la bande anale a cessera d'être redressée, et reprendra sa position normale dans le plan du champ humerai, lequel se trouvera étendu sur le dos de l'Insecte, et recouvrira le champ axillaire ainsi que son arti- culation (fig. 8, 8"). Déploiement. — Comme on l'a vu, le mécanisme ingénieux de l'aile permet à cet organe de se refermer de lui-même, et par le seul fait que la tension musculaire cesse d'agir sur la nervure (1) C'est-à-dire le point oii deux actions contraires obliques, qui produiraient un couple, agissent trop directement l'une contre l'autre pour déterminer un mouvement dans un sens ou dans l'autre; en sorte que, au moment où l'équilibre se rompt, le mouvemeut peut commencer dans le sens opposé à la direction ^oulue. '170 II. DE SALSSLRE. principale (hutnérale h) qui représente à elle seule le levier ou le bras de l'Insecte. Le fléploiement, au contraire, exige une action musculaire intense, agissant sur l'articulation de cette même nervure ; ce levier, en décrivant un quart de cercle en avant pour se placer à angle droit sur l'axe du corps, entraîne avec lui tout le champ antérieur, lequel entraîne à sa suite le champ postérieur, qui est ainsi obligé de se déployer et de rester ensuite étendu, f/état d'extension ne peut subsister qu'en vertu d'un effort soutenu, car l'élasticité des rayons axillaires tend sans cesse à resserrer léventail du champ postérieur, et par cela même à solliciter en arrière le champ antérieur. Ainsi, les fonc- tions de l'articulation humérale sont surtout d'opérer le déploie- ment de l'aile; celles de l'articulation axillaire d'opérer son re- ploiement. Modiftcatious diverses ; modifications de structure. — Chez les très-petites espèces, on voit s'atrophier une grande partie des nervures, En effet, lorsque l'aile n'a qu'une très-petite dimen- sion absolue, sa membrane est assez solide pour pouvoir presque se passer de tiges rigides. Cela tient à ce que la résistance de l'air au coup d'aile est proportionnelle non pas à la longueur, mais au carré de la longueur de l'organe; que la force de résis- tance nécessaire à un petit organe ne sera donc qu'en raison in- verse du carré de sa longueur. Si, pour une aile ayant une lon- gueur=l, la résistance de l'air est exprimée par 4 ; cette même résistance pour une aile de longueur double sera = 4. Et vice versa., une aile dont la longueur serait exprimée par le nombre 20 devrait être 800 fois plus solide qu'une aile dont la longueur ne serait que de 1 (1). Ce fait explique suffisamment pourquoi les ailes de petites dimensions absolues peuvent se passer de ner- vures, tandis que les ailes de grandes dimensions exigent des nervures d'autant plus fortes et plus nombreuses qu'elles sont plus longues. (1) Toutefois, la solidité de l'organe n'augmente pas dans cette mesure, attendu que les ailes de grande dimension ne sont pas dnuées d'un mouvemont aussi rapide que celles dont rôtemluc est restreinte. ÉTUDES SUR l'ATLH DKS ORTHOPTÈRES. 171 Chez les petites espèces ou chez celles dont les ailes restent en partie atrophiées, les pièces articulaires se simplifient beau- coup. Ainsi la palmette postérieure du champ humerai reste presque entièrement membraneuse, et les rayons du champ axil- laire ne sont qu'accolés à leur base (Periplaneta orierdalis, etc.) ou se fondent même dans la membrane {Holocompsa, etc.). Modifications de la duplicalure. — 1° Dans tout un groupe de Blattaires, le champ postérieur étant très-petit, il se renverse sous le champ antérieur sans se plisser. Tl est alors sous-tendu, non plus par des rayons en éventail, mais par des nervures ra- mifiées, aussi bien que le champ antérieur. Cette modification se présente dans la tribu des Corydtens et dans celle des Hétéro- gamicns. On la voit déjà commencer chez certains Kakerlacsoù les nervures axillaires deviennent rameuses, et où ce n'est plus guère que la partie interne du champ anal qui se plisse. Toute- fois, souvent, bien que les nervures soient déjà rameuses, le champ axillaire se plisse ou plutôt se chiffonne encore, parce que les branches des nervures ont, aussi bien que des rayons séparés, la tendance de se rapprocher par simple élasticité, lorsque l'ac- tion musculaire qui maintient l'aile étendue cesse de les solli- citer et de les tenir écartées. 2" Chez certaines espèces, surtout lorsque le champ anal est très-ample, les rayons axillaires sont tous simples et le champ tout entier se plisse en éventail (Blabera, etc.). Mais chez le plus grand nombre, la première veine axillaire est rameuse, en sorte que la partie antérieure du champ anal ne se plisse pas, mais se renverse à plat sous le champ antérieur: le reste du champ anal se plisse en éventail, et vient se placer à la suite de la partie qui reste plane, comme on le verra plus bas. Souvent enfin le champ axillaire, bien que plissé, n'a pas place pour se dérober entièrement sous le champ humerai, et le bord de l'éventail fait saiUie en dehors du bord externe de ce champ ( fig. 25, r') ; mais l'élytre étant encore assez large pour recouvrir cette bavure, elle n'est pas exposée à se détériorer {Periplaneta orientalis, etc.). Lorsque la bavure dépasse par trop le bord externe du champ antérieur, elle se replie en des- 172 H. DE SAUSSURE. SOUS, et forme un troisième feuillet (fig. 8", Planchbra Ma- derœ, etc.). Ce nouveau pli se forme par le fait que les derniers rayons se tordent ou se brisent obliquement par simple élasticité (fig. 9, ce, ci-dessous). IT. — Du TYPE DÉRIVÉ. ^ Ici la duplicature devient beaucoup plus compliquée, et n'a pas d'analogue que nous sachions chez les Insectes. Les ailes se plient, en effet, en quatre ou cinq doubles à la manière d'une serviette, et leur structure offre des particularités nouvelles qui méritent d'être examinées. Ce type est propre à un groupe de Blattaires auquel nous avions donné le nom de Diploplériens à cause de la duplicature de ses ailes, nom que nous conserverons ici pour plus de com- modité, quoique ce groupe se divise en deux tribus naturelles qui ont reçu d'autres noms (les Ectobiens parmi les Blattaires épineuses, et les Clwnsoneunens parmi les Blattaires m utiques, Brunner). A première vue, les ailes des Diploptériens semblent offrir une forme tout analogue à celle qu'on connaît chez les autres Blattides. On y remarque deux champs distincts : l'un, grand, allongé, à veines longitudinales, qui forme l'extrémité de l'or- gane (fig. 9, P) ; l'autre, plus court, placé en arrière du pre- c Fig. 9. mier, à veines rayonnantes, et se plissant en éventail (r). Le premier se présente donc comme l'analogue du champ anté- rieur, vu sa grandeur et sa forme, et le second comme l'ana- ÉTUDES SUR l'aile DliS ORTHOPTÈRES, 173 logue du champ postérieur, à cause de sa position, de sa struc- ture et de l'incision qui, au bord postérieur, le sépare du premier champ ; exactement comme dans le type normal, la limite entre le champ postérieur et l'antérieur est marquée par une échan- crure du bord postérieur de l'aile (fig. 1, e). Mais on ne tarde pas à reconnaître que les contours de l'organe revêtent ici une forme trompeuse, car l'examen de la vénulation, loin de con- firmer cette apparente analogie, prouve au contraire que les champs normaux ne correspondent pas à ceux que l'on dis- tingue dans le présent type en se basant sur les formes géné- rales. On est alors tenté de voir dans l'aile des Diploptériens une exception singulière qui échappe à la loi d'unité orga- nique, et il faut une certaine attention pour ramener la struc- ture de cet organe à celle qui caractérise le type normal chez les Blattides. Cette réduction devient ensuite très-facile, lors- qu'on peut suivre toutes les formes intermédiaires qui conduisent d'un type à l'autre par une sorte d'enchaînement naturel. Afin de faciliter l'analyse qui va suivre, nous donnerons au grand champ antérieur P le nom de partie principale, et au petit champ postérieur r celui de partie rayonnée. DuPLicATURE. — La partie principale se plie d'abord en deux, suivant un pli longitudinal qui la partage en deux parties plus ou moins égales (fig. 10, A, B) (1). La duplicature s'opère de ma- nière que la moitié antérieure reste étendue à plat, tandis que la moitié postérieure B se renverse en dessous, et s'applique comme un second feuillet sous la moitié antérieure (fig, 12). (1) Fig. 9-11. Aile dépliée de Pledoptera porcelana : r, partie rayonnée posté- rieure. Fig. 9. P, partie principale; ?•, partie rayonnée. Fig. 10, A, zone antérieure; B, zone renversée. Fig. 11. a, a', zone antérieiu'c; 6, b', zone renversée; a, b, portion basilaire; a', b', portion réfléchie. Fig. 12. Aile pliée en long, n'offrant plus à la vue que la zone antérieure la zone renversée étant appliquée au-dessous de celle-ci, et la zone rayonnée au-dessous de la zone renversée. 174 M. UE SAISSURK. Nous uommerous zone antérieure (fig. 10, A) la portion de l'aile située en avant du pli, et zone renversée (B) la portion placée en Fis. 10. Fig. 11. — Aile dépliée. arrière de ce dernier, qui se rabat en dessous en pivotant sur l'axe lonaritudinal. Le champ principal, ainsi replié, se brise ensuite suivant un pli transversal (fig. 12), et. sa portion terminale {a') se ren- verse en dessus pour s'appliquer sur la portion basilaire {a), de manière que l'extrémité de l'aile se trouve tournée vers la base (fig. 12 bis) (1). Nous nommerons portion basilaire de l'aile ou .X. '^7 U"' -. / Fig. 12. - Aile pliée suivant son axe longitudinal. Fig. 12 bis. — Aile entièrement repliée. de ses zones celle qui se trouve en det;à du pli transversal (fig. 12, a; fig. 11, a, 6), et portion réfléchie la partie qui s'étend au delà du pli et qui se renverse en dessus (fig. 12, a'; %. II, a', 6'). Lorsque l'organe est développé, la partie principale se trouve (1) Fig. 12 bis. Aile entièrement repliée, la portion rénécliie étant rejetée en des- sus : a, portion basilaire de la zone antérieure, comme fig. 12; a', l'extrémité de l'aile rabattue en dessus, plaquaut sur la portion a et ne montrant que son feuillet infé- rieur b'. La zone rayonuée nest pas visible, étant repliée au-dessous de la portion b, qui est elle-même appliquée au-dessous de a, comme sur la figure 12. ÉTUDES SUR l'aile DES ORTHOPTÈRES. 175 donc coupée en quatre quarts par deux plis qui s'entrecroisent (fîg. Jl, a a\ h è'), et ciiacune des deux zones possède une por- tion basilaire et une portion réfléchie (1). Lorsque l'aile est au repos, ces quatre quarts sont superposés les uns aux autres, et la partie principale (fig. 9, P) se trouve alors pliée en quatre doubles, et forme un paquet qui ne dépasse guère les limites de la portion basilaire d« la zone antérieure a (fîg. 12 bis). Mais il reste encore à réduire le champ rayonné (r) ; celui-ci ne dépasse pas en longueur la portion basilaire du champ prin- cipal, en sorte qu'il n'a pas à se replier transversalement. Il se renverse donc simplement avec la partie 6, en se plissant en éventail, sous la portion basilaire a, et se place à la suite de la portion b. Dans cette situation, le bord postérieur de la zone rayonnée déborde en général le bord antérieur du paquet alaire ; alors il se renverse encore une fois en dessous en se bi'isant, suivant un pli qui coupe obliquement les rayons axillaires (fig. 9, ce; fig. S'), mais sans les interrompre, car c'est un fait général que les nervures, lorsqu'elles sont coupées par un pli accidentel, se ploient sans se briser en formant une charnière élastique. Lorsque, au contraire, la partie b est notablement moins large que la partie a, et que la zone rayonnée est peu ample, elle peut encore s'empaqueter en se plissant sous le bord antérieur de la portion a, et en faisant suite à la portion b. Les figures suivantes, qui représentent théoriquement la coupe de l'organe, compléteront l'explication de ce mode de duplicature : ^^a- Fio- 13. Fig. la. Fig. 14 fm. Soit, figure 13, la coupe transversale de la première moitié (le l'aile dépliée : a, b, la partie principale et r la partie rayonnée postérieure ; p, le point où se fait le pli longitudinal ; a, la zone (1) Fig. 11 : a, portion basilaire de la zone antérieure; a', portion réfléchie de la inême zone; b, portion basilaire de la zone renversée: b', portion réfléchie de la même zone ; a b, portion basilaire de la partie principale ; a' h', portion réfléchie de la par- tie principale. 176 II. DE SAl]«)SUBE. antérieure; b, la zone renversée (I). Les figures l/i, ïk bis, re- présenteront la coupe transversale de l'aile pliée suivant ses plis longitudinaux seulement, comme sur la figure 12. Les figures 15 et 15 bis représenteront la coupe de l'aile complètement pliée, la ^ — — "^ £ <^ ^ ^^- — '"^^^ Fig-. 15. Fig. 15 bis. Fig. 16. portion réfléchie a' (fig. 12) étant appliquée sur la portion basi- lari'e a; cp,pq,qz, comme figure 1/j ; c'p' et p'?', les deux feuillets de la portion réfléchie renversée en dessus ; a 6, a' b\ comme figure 11, 12 6/5. L'aile ainsi repliée offre donc, pour le champ principal, quatre doubles; pour son ensemble, cinq ou six doubles (fig. 15, 15 bis). La coupe longitudinale de l'organe au repos serait re- présentée figure 16 : 0, 0', les articulations de l'aile ; t, t' , le pU transversal; e, l'extrémité de l'aile; u, l'extrémité du champ rayonné (2j. (1) Fig. 13-16. Coupe transversale delà première moitié de raile; c,la côte, ou borJ anltjricur; c q, partie principale; p, axe du pli longitudinal de ce champ ; q :, partie rayonnée postérieiu-e ; a, zone antérieure (portion basilaire) ; 6, zone renversée (portion basilaire) ; a', zone afatérieure (portion réfléchie) ; 6', zone renversée (portion réflécliie). Fig. 13. Aile dépliée; coupe suivant la ligne xy de la figure 10. Fig. 14. Aile pliée suivant ses plis luiigitudiiiauv ; coupe suivant la ligne xy de la figure 12. Fig. 15. Aile entièrement repliée; les lettres primées représentent \a. portion réfléchie. Ici la zone rayonnée r se place à la suite de Ja zone renversée '/ (comme sur la fig. ià). Fig. 14 bis. Aile repliée comme sur la figure 14, mais la zone rayonnée étant renversée en dessous (en tout ou en partie). Fig. 15 bis. Aile pliée comme sur la figure 15, mais la zone rayonnée étant renversée en dessous (comme sur la flg. 14 bis). (2) Fig. 16. Coupe longitudinale de l'aile repliée. et o', articulations de l'aile au tronc; o, articulation humerais; o', articu- lation axillaire. t, portion basilaire de la zone antérieure == o (fig. 11) t e, portion réfliéchie de la zone antérieure ^ a' (Ulem) o' t', portion basilaire de la zone renversée = ^ (Idem) (' e', portion réfléchie de la zone renversée = A' (Idem) Cl' V, zone rayonnée postérieure :^ /■ (Idem) liTUDIiS SUR l'aile DtS ORTHOPTKRES. 177 Structure des plis. — Le pli longitudinal et le pli transversal de la partie principale forment deux axes de charnières qui se coupent au milieu ou vers l'extrémité de l'aile, suivant cpic la portion réfléchie est plus ou moins grande. Les charnières qui permettent aux quatre champs de se replier les uns sur les autres sont formées par une membrane souple, soutenue par des ner- vures solides (fig. 3-2, p. 191). Pli longitudinal. — Dans la portion basilaire, l'axe souple est placé entre deux veines cornées parallèles ou contiguës qui lui servent d'appui ; dans la portion réfléchie ou terminale, il est très-variable suivant les genres. Pli transversal. — La charnière transversale est plus solide- ment construite. Dans la portion basilaire, elle est formée par des veines transversales qui relient entre elles les veines longitudi- nales. Dans la portion réfléchie, elle est formée par des veines analogues [Diploplera), à moins que le champ réfléchi ne soit tout entier coriace et assez solide pour se passer de nervures (Pledoptera), ou assez petit pour n'en pas exiger {Prosopleclà). Vénulation et analogies des zones. — Comme nous l'avons vu, l'aile se partage longitudinalement en trois zones (fig. 10, 11) : r La zone placée en avant du pli longitudinal ou zone anté- rieure, a a'. 2° La zone rabattue en arrière du ph longitudinal ou zone renversée, bb'. 3" La zonerayonnée postérieure qui se plisse en éventail, rr. Les deux premières constituent à elles deux la partie princi- pale de l'organe. L'étude des nervures montre que la première zone offre une vénulation tout analogue à celle du champ antérieur de l'aile normale, en sorte qu'on doit l'envisager comme étant exacte- ment l'analogue de ce champ. On y distingue, en effet, la veine médiastine{s, s) ; la veine humétale [h) avec quelques veines cos- tales (e) ; Yaire vitrée, plus ou moins réticulée, partagée par une veine vitrée simple (y); la veine discoïdale simple ou hifur- ^•^ série, ZooL., T. X (Galiicr ii» 3.) * j2 178 U. DE SAl'SSURE. quée(d) ; une veine anale (d') et une veine divisante (a, fig, !?9). La première zone n'est donc pas autre chose que le champ humerai de l'aile. Ce point élucidé, il en découle que la deuxième zone, qui fait suite à la première, ne peut être, en vertu de sa connexion, que l'analogue de la première partie du champ axillaire, et c'est aussi ce que prouve son articulation au thorax ; la zone anté- rieure a une articulation séparée (fig. 16, o), comme le champ humerai dans le type normal, tandis que la zone renversée n'a qu'une seule articulation (o') commune avec la zone rayonnée. Ainsi, quelque trompeuse que soit ici la forme de l'aile, la zone renversée n'est bien que la partie antérieure du champ anal, dont les nervures deviennent fortes et rameuses comme celles du champ antérieur, en raison de la longueur de cette zone, et afin d'avoir la force de supporter la portion articulée. Mais ce qui rend les ailes des Diploptériens eu apparence si différentes du type normal, c'est que la première partie du champ axillaire (zone renversée) devient aussi longue que le champ antérieur, qu'elle s'étend jusqu'au bout de l'organe en faisant symétrie avec le champ humerai, et qu'elle prend tous les caracières de ce dernier, en sorte qu'elle se sépare pour ainsi dire du champ axillaire pour passer dans le champ humerai. La troisième zone, ou partie rayonnée, représente donc ici non pas l'analogue du champ axil- laire, comme on ne peut manquer de le supposer à première vue, mais seulement l'analogue de la partie postérieure de ce dernier. Il resterait maintenant à décider à quoi correspond la portion articulée de l'aile que nous avons nommée portion réfléchie, et qui ne semble pas exister dans le type normal. Mais l'origine de cet appendice sera suffisamment expliquée par l'exposé des mo- difications graduelles de l'aile qui fera l'objet du chapitre sui- vant ; aussi nous bornerons-nous à y renvoyer. Déploiement et reploiement de l'aile. — L'action qui permet aux ailes de se déployer et de se replier d'une manière si com- pliquée ne parait dépendre d'aucun mécanisme musculaire par- ÉTUDES SUR l'aile DES ORTHOPTÈRES. 179 ticulier, mais semble être tout à fait du même ordre que celle qui opère ces mêmes mouvements dans le type normal. Les plis longitudimiux, avons-nous vu, sont à peu près les mômes que dans ce dernier ; quant au pli transversal, nous supposons que, au repos, la membrane souple qui forme la charnière du champ réfléchi tient la portion réfléchie de l'aile repliée par sa seule force élastique. En effet, lorsqu'on cherche à déplier ces ailes, môme après les avoir détachées du corps, on a beaucoup de peine à maintenir les doubles étendus, car ils se referment naturelle- ment les uns sur les autres aussitôt qu'on les abandonne à eux- mêmes. Mais il est encore une circonstance qui contribue à maintenir la portion terminale repliée en dessus ; c'est que la zone renversée (fi g. 11,6, b'), qui devient le feuillet enveloppant •orsque l'aile se replie (fig. !6, oW e'), est forcément plus longue que la zone antérieure qui devient le feuillet enveloppé ; en sorte que, lorsque l'aile est pliée longitudinalement, si l'on maintient la portion réfléchie étendue, la zone antérieure reste plané, tandis que la zone renversée, étant trop grande, est forcée de se voiler et de devenir convexe, surtout, vers l'extrémité. L'élasticité propre de cette zone oblige donc la zone antérieure à se briser, rejette la portion a! en haut, et la force de se réfléchir pour pouvoir elle-même se détendre en devenant enveloppante. La portion réfléchie, quoique repliée en dessus, n'est point encore complètement appliquée ; mais l'hisecte, après avoir écarté ses élytres pour permettre aux ailes de se replier, les re- ferme sur ces dernières, et achève de serrer les plis les uns sur les autres. La cause qui opère le déploiement des ailes pourrait résider en partie dans la pression de l'air que l'Insecte insuflle dans les trachées ; mais celte supposition n'est même pas nécessaire, car l'organe est forcé de se déplier, comme dans le type normal, par le seul fait que sa partie antérieure est déviée en avant par les muscles du thorax. En effet, lorsqu'on dévie ainsi l'aile d'une Blatte quelconque en la saisissant parle bord antérieur, on voit l'organe s'étaler régulièrement, et il faut bien que les plis longi- tudinaux disparaissent, puisqu'ils se sont formés au repos, seu- Ic'-O II. nK Sitt'ssvRii;. leineiit par le fait que le bord antérieur s'est porté en arrière, et a forcé la surface de l'aile à se ramasser sur un petit espace en venant se placer sur le dos de l'Insecle. Or les plis longitudi- naux, en se déployant, obligent la portion réfléchie à se déve- lopper aussi, attendu que l'aile ne peut se développer en largenr sans que le pli transversal cesse d'exister (1). Il est vrai que, si le champ réfléchi était appliqué exactement sur la base de l'aile, il empêcherait par cela même l'organe de se déployer, en retenant ses deux feuillets Gxés l'un contre l'autre. Mais aussitôt que l'élytre se soulève, le champ réfléchi se soulève aussi par la propre élasticité de sa charnière à 10 ou 20 degrés, et cet écartement suffit pour permettre aux deux feuillets, formés par les portions a et 6, de se séparer quelque peu. Ce mouvement a pour etfet, à son tour, d'obliger le champ réfléchi de s'étendre, et l'extension du champ réfléchi permet au champ renversé de se développer. On voit que la forme en- veloppante de la zone renversée a une grande influence sur les mouvements de l'aile, puisque c'est cette zone qui, par sa brièveté suffisante, détermine le premier acte du redressement de la portion réfléchie, lequel permet ensuite à l'organe de se déployer. Tant que l'aile reste développée, son extrémité ne peut se replier transversalement en dessus, attendu que le pli d'une de ses deux moitiés est à l'inverse de celui de l'autre ('2). Mais du moment où l'aile s'est dédoublée longitudinalement, le pli trans- versal des deux doubles se brise dans le même sens, et l'élasti- cité de la chai'uière doit suffire pour obliger l'extrémité à se réfléchir en dessus. Nous pensons donc que la seule action mus- culaire, qui imprime au bord antérieur de l'aile un mouvement en avant ou en arrière, suffit, comme chez le type normal, pour (1) 11 est facile de se reiulre compte tic ce fait iiu mo) en d'une feuille de papier que l'on plie en quatre doubles, en imitant la duplicalufe de la partie principale de l'aile, et en cherchant à déployer cette feuille par la seule extrémité qui i-eprésente la base de l'organe. (2) Fig. 11. Le pli qui sépare a de «' est eu rainure^ tandi'< (jue !e pli ijui sépare h de 6' est en arête. ÉTUDES SUR l'aILK DES ORTHOPTÈRES. 181 faire déployer ou reployer l'aile, quelque compliquée que soit sa duplicature. III. — Passage du type normal au type dérivé. Après avoir montré que l'aile des Diploptériens rentre bien dans le système alaire des autres Blattides, il reste à indiquer par quelles transformations naturelles l'un des types est dérivé de l'autre. Cette étude expliquera en même temps les analogies de la portion réfléchie de l'aile. Premier terme (fig-. 18). — Le premier pas dans la modifica- tion du type normal se voit dans l'agrandissement du champ axillaire qui tend à devenir aussi long que le champ humerai, et qui refoule par conséquent l'échancrure anale vers le bout de l'aile. Ce fait s'observe dans les genres Thorax et Oxyhaloa ; là le champ humerai se rétrécit à l'extrémité ; son bord postérieur devient très-convexe ; le champ anal enveloppe ce bord tout entier, et s'étend jusqu'à l'extrémité de l'aile. Les rayons axil- laires, r,r' ,r\ au lieu d'être libres, sont pour la plupart confon- dus à leur base, et ne se présentent plus que connue des branches postérieures, successivement émises parj^le premier rayon, qui est lui-même très-arqué, prenant une forme enveloppante. Quelles que soient la grandeur du champ axillaire et la petitesse du champ humerai, le premier peut encore se dérober tout entier sous le second, grâce au rapprochement de toutes les branches axillaires qui, à l'état de repos, prennent une forme arquée ei contractent le champ anal en plis parallèles au bord postérieur du champ humerai. Dansée cas l'axe de la charnière est arqué, car il suit la ligne arquée a a; aussi le champ axillaire ne peut-il se renverser en dessous qu'en vertu de l'élasticité de tous ses tissus. Il ne réussit toutefois à se dérober sous le champ hu- merai que par suite de la multitude des rameaux émis par le premier rayon axillaire, grâce auxquels l'extrémité du champ postérieur forme un nombre correspondant de plis de plus en plus courts, de manière à contracter de plus en plus fortement l'extrémité trop ample du chump axillaire (fig. 19). 182 H, B>ff; SAUSSi'RS':. On expliquerait l'origine de ce typé en admettant un champ axillaire ample, sous-tendu par des rayons droits (fig, 20, A), combiné avec un champ humerai court et arqué postérieu- rement (fig. 20, H), et en supposant que les deux champs auraient été serrés l'un contre l'autre de manière que le bord postérieur du champ humerai aurait pénétré dans le champ anal en refoulant devant lui les rayons axillaires (fig. 21). Le premier de ces rayons aurait alors pris une forme arquée, et, refoulé contre les rayons suivants, il se serait fondu avec ces derniers par sa base, en sorte que ceux-ci ne seraient plus res- tés libres que dans leurs extrémités, formant ainsi des branches étagées et pennées sur le premier rayon. Ce sytème de duplicature rentre encore complètement dans le type normal, sinon par la forme de l'aile, au moins par son reploiement. Il résulte de l'allongement du champ postérieur, combiné avec la petitesse du champ antérieur et l'étroitesse de son extrémité. Ce champ devient fusiforme chez certaines es- pèces dont le corps est très-convexe -rhomboïdal, parce que, pour pouvoir se plaquer sur le corps de l'Insecte, il doit prendre la forme d'une côte d'orange [Thorax porcellana. Sans.); mais il est singulier de voir ce type se conserver aussi chez les Oxyhaloa qui ont au contraire un corps très-aplati. Passage au type dérivé. — Si nous supposons maintenant que (fig. 18) le champ antérieur restant convexe en arrière, le pre- mier rayon axillaire conserve la forme d'une tige droite, ou cour- bée en arrière, comme dans le type normal, le premier rayon s'écartera du champ postérieur ; il subsistera par conséquent entre ce rayon et le champ antérieur un triangle qui n'appar- tiendra ni à l'un ni à l'autre des deux champs, et qui sera pour ainsi dire mi!erca/e entre eux (fig. 23, t, t'). Et si le pli de l'aile suit comme d'habitude une ligne droite (fig. 23, /), la moitié de ce triangle formera au repos une annexe anormale, de consis- tance membraneuse (fig. 25, t), qui débordera le champ hume- rai à l'endroit môme où se croisent les deux ailes pour se mettre au repos, en se superposant sur le dos de l'insecte par leurs ex- trémités. Cet appendice, afin de ne pas se froisser, est obligé de ÉTUDES SUR l'aile DES ORTIIOPTÈHES. 183 §e rejeter en dessus et de s'appliquer à la face supérieure de l'aile (fig. 22,0(1). Ce cas-là nous conduit au type dérivé et il représente déjà la forme rudimentaire de la double duplicature. Chez de nombreuses Blattaires, dont l'aile appartient encore au type normal {cerlàins Péri planeta, Iscluioptera, Blalta, etc.), mais où les extrémités des deux champs s'arrondissent et s'écar- tent l'une de l'autre, on aperçoit déjà entre elles un petit triangle rudimentaire (fig. 2, t), dans lequel il faut voir les premiers vestiges du champ réfléchi, et qui, au moment de la duplicature, se chiffonne ou se rejette en dessus (fig. 22, t). Deuxième termîî. — Genres Chorisoneiira ei Ectobia (fig. 23, 2/i). -- Lorsque ce triangle s'accroît par suite de la troncature oblique du champ humerai qui entraîne une forme correspon- dante du champ axillaire, le triangle intercalé s'avance comme (1) A un point de vue philosophique, on peut supposer que, dans rorigine, cet appen- dice devait rester étendu dans le plan du champ humerai, et que son renversement a été déterminé mécaniquement par la rencontre continuelle du bord interne des deuï ailes qui se croisent comme les deux lames d'un2 paire de ciseaux. Chacune des ailes, à la rencontre de l'autre, froissait l'appendice membraneux de son antagoniste et l'entraînait dans son mouvement; ce qui lievait avoir pour conséquence d'appliquer l'appendice à la surface du champ humerai. Cette position, dans laquelle l'appendice était constamment u.ainteuu, a diî finir par devenir un fait organique acquis. Le triangle restant toujours replié chez des Insectes qui ne déploient que rarement leurs ailes, le pli devait s'indurer, au point détendre à se refermer tout seul. Ainsi, le petit appendice aurait fini par prendre l'iiabitude de se replier tout naturellement sans qu'il fût besoin d'aucune action mécanique d'une aile sur l'autre, sa position réfléchie étant la position normale sur laquelle les tissus se seraient moulés. On peut objectera cela que d'ordinaire c'est toujours l'aile gauche qu glisse par- dessus l'aile droite, en sorte que l'appendice de l'aile droite devrait seul être rejeté en dessus, tandis qu'il devrait être rejeté en dessous à l'aile gauche. Mais il est à remarquer que les Blattes peuvent à volonté intervertir l'ordre de superposition de leurs ailes, et que d'ailleurs, ces organes se rencontrant un peu obliquement en forme do toit, le bord interne de l'aile qui glisse en dessous est le seul (jui doive être retroussé, le bord de celle qui salisse en dessus restant libre et n'étant pas sollicité à se renverser en dessous. On peut du reste supposer que dans l'origine l'appendice, tantôt d'une aile, tantôt de l'autre, était rejeté eu dessus. Mais lors même que l'appendice de l'aile droite se fût seul renversé, jusqu'au moment où ce renversement serait devenu un fait acquis, l'aile gauche aurait pu prendre la même faculté de renversement par suite du développement symétrique des deux ailes. 18/l II. DE SAl'SSL'KR. un coin entre ces deux champs, en ayant l'air de les refouler. Les nervures des deux champs s'infléchissent de droite -et de gauche pour lui faire place (l), et servent d'appui à la mem- brane du triangle (Og. H'à) (2). La portion antérieure du champ axillaire prend des nervures rameuses, qui ne se plissent plus en éventail et constituent déjà une petite zone renversée rigide irr') à la suite de la([uelle vient le champ rayonné plissé (fig. J k, p q, q z). Chez VEclobia Lupponica [ï\g. Ilx, 25) les deux branches de la première veine axillaire se rejoignent en s'anastomosant ;i l'extrémité r, et l'arc qui en résulte donne une plus grande rigi- dité à la partie terminale de la zone renversée qui soutient le triangle réfléchi. Celui-ci, outre qu'il est enchâssé entre des nervures infléchies, est consolidé par une forte nervure longitu- dinale médiane qui n'est que le prolongement de la veine divi- sante (a') et qui partage le triangle en deux parties inégales, la partie postérieure étant la plus petite. Comme le pli lon- gitudinal de l'aile se trouve toujours en arrière de cette nervure, il devrait partager le triangle de manière que sa moitié posté- rieure restât la plus petite ; mais nous avons vu que cette moitié étant appelée à former le feuillet enveloppant, doit être plus grande que la moitié antérieure. Aussi, tandis que la veine anale est arquée en arrière, le pli anal (/) restant droit, croise la ner- vure anale vers la base du triangle et devient antérieur pour gagner le bout de l'aile, en rejetant la veine divisante dans la partie renversée du triangle. Grâce à cet artifice, le pli anal coupe obliquement la veine anale, et celle-ci se ploie pour per- mettre au pli de se former. L'aile une fois repliée longitudinalement (fig. 25), le triangle intercalé peut se réfléchir en dessus, mais lorsqu'il est encore (1) Il est même à présumer que matériellement il en est ainsi et que^ durant le développement de l'organe, ce triangle, en se repliant, tronque obliquement l'extrémité des deux caainps, et ne permet pas aux nervures de se développer en ligne droite, mais les oblige à s'infléchir symétriquement de droite et de gauche. (2) / t', triangle intercalé qui, au repof , se réfléchit, comme sur la figure 22 ; d, r, veine discoïdale et axillaire dont les (\tréniit(''S sont déviéL's par le triangle. ÉTUDES SUR l'aile DES ORTHOPTÈRES. 185 trop petit pour bien s'appliquer à plat, il ne fait que se chiffon- ner ; chez YEclobia lapponica, par exemple, il s'enroule en cornet et vient s'appliquer sur le bord postérieur de l'extrémité du champ humerai (fig, 26; — fîg. 25, t, le cornet déroulé). Troisième terme. — Genre .Jreolciria^ Brunn. (fig. 28). — Ce type paraît n'être que l'exagération de celui des Chorisoneura (fig. 2o), où le triangle réfléchi t, t' augmente de grandeur et s'applique à plat à la surface supérieure du champ antérieur. Le Thorax cassidea, Burm. [Paraphoriispis, Brunn.), consti- tue un type annexe où le triangle intercalé ofFre cette particu- larité d'être un peu coriace; les bords du champ humerai et du champ axillaire qui l'enchâssent s'indurent aussi, en sorte que le champ réfléchi est plutôt soutenu par des membranes co- riacées que par des nervures renforcées. Cette modification est accidentelle, elle tient seulement à ce que le type où elle se pré- sente appartient à la tribu àes Epitampriens où le champ anté- rieur de l'aile a la tendance à s'indurer. Ici cette tendance s'étend aussi par homologie sur l'extrémité du champ axillaire qui, en- cadrant le triangle réfléchi, devient l'homologue de l'extrémité du champ antérieur (fig. 27). Quatrième terme. — Genre Prosoplecta^ Sauss. (Cassidodes, Brunn.). — Dans ce genre nous trouvons les mêmes caractères que dans le précédent, mais plus prononcés encore; le type des Diploptériens y devient notablement plus distinct. r Le champ axillaire (r, 6, //) se prolonge presque aussi loin que le champ humerai et concourt avec lui à former l'ex- trémité de l'aile. 2" La partie antérieure de ce champ, qui devient la zone ren- versée (6, 6'), aune vénulation rameuse, très-analogue à celle du champ humerai. Cette zone est cependant encore étroite, taillée en forme de secteur de cercle et ne possède qu'un seul tronc de nervures. La zone renversée 6, 6' a donc encore un ca- ractère mixte, intermédiaire entre celui du champ anal rayonné et celui du champ antérieur. 186 H. DE SAl'SSl'BF. y L'échancrure anale qui, dans le type normal, tombe sur le bord postérieur à l'exlrémité de la veine divisante (soit ici à l'extrémité du pli longitudinal /';, est refoulée plusen arrière. Or, qu'est-ce que l'échancrure anale? pas autre chose qu'un angle Fijjf. 29, ~- Aile de Prosoplecta coc:inella, Sauss. rentrant accidentel, formé par la rencontre des bords inégale- ment arqués de deux champs d'inégale grandeur. Dans le type normal, elle marque la limite du champ humerai et du champ axillaire; dans les types aberrants, elle doit se trouver sur la limite des deux parties de l'aile qui remplissent pour ainsi dire l'office de ces deux champs. Lorsque la portion antérieure du champ axillaire viendra se joindre au champ antérieur, cette échancrm'e sera reléguée en arrière, sur la limite de cette por- tion et de celle qui conservera les fonctions du champ anal. Dans le genre Prosoplecta, elle est déjà refoulée assez loin pour tomber au milieu de la marge de la zone renversée (entre les portions b et h') , ce qui confirme le fait déjà énoncé, qu'ici cette zone a encore un caractère mixte, intermédiaire entre celui du champ rayonné et celui du champ antérieur. lï" Les nervures du champ antérieur et du champ postérieur sont très- fortement déviées en avant et en arrière vers les marges, ÉTUDES SUR l'aile DES ORTHOPTÈRES. 187 et comme refoulées par le triangle intercalé (a', ')c[ui pénètre comme un coin entre les deux champs. 5° Ce triangle, qui n'est autre que la portion réfléchie de l'aile, a augmenté de grandeur. Quoique ne formant encore qu'un champ intercalé, il est cependant plus terminal et con- court dans une plus forte mesure à la formation du bout de l'aile. Il est encore demi- membraneux, dénué de nervures; la charnière transversale U, t') est encore toute membraneuse et n'offre pas d'appuis solides ; l'axe longitudinal y est encore in- décis, mal induré. Le pli transversal qui sert de charnière et sur lequel tourne cet appendice articulé, n'est pas encore une ligne droite trans- versale, mais il suit les bords du triangle et forme la ligne brisée t, t', en sorte que la portion réfléchie se brise suivant l'axe obli- que formé par la ligne t- (car lorsque la zone renversée est re- pliée eu dessous, la ligne t' vient tomber sur la hgne t) (1), La portion réfléchie se renverse donc obliquement en avant autour de l'axe t o, et au repos elle dépasse même un peu la marge antérieure de l'aile. Comme on le voit sur la figure, l'extrémité du pli longitudi- nal /'se dévie en arrière, d'oi!i il résulte que la portion œ est notablement plus grande que b'. Si donc l'aile formait une sur- face plane, le pli t' ne pourrait pas venir tomber sur le pli t lors- que la zone renversée 6, 6', basculerait autour de l'axe longitudi- nal /, l', pour s'appliquer au-dessous de la zone antérieure; mais t' tomberait sur une autre Kgne moins divergente (soit, par exemple, sur t" ou sur toute autre). Mais l'aile forme, au con- traire, une surface convexe, et il se trouve que le pli t' tombe bien sur t lorsque la zone renversée est repliée. Pour que cela soit possible, il faut que la portion a' se ploie et devienne con- vexe, en forme de voûte conique, tandis que la portion corres- pondante b', qui est sensiblement moins grande, reste plane en sous-tendant la portion a'. La portion réfléchie de la zone anté- (1) Il est à remarquer que Faile étant très-convexe, sa projection horizontale u'en conserve pas entièrement les proportions ou les Inrmes, et que les plis étant pratiqués dans un plan arqué forment ties lignes rourljc?. 188 H. DE SAUSSL^RE. rieure (a') ne pourra donc se rabattre en dessus et s'appliquera plat qu'à condition de se plisser. Elle forme donc un pli rentrant en se brisant suivant les axes t" et t'" (1). Cinquième terme. — Genre Ana'plecta, Burm. (fig. 30). — Ici la transformation de l'aile a fait un grand pas de plus. 1° Le champ axillaire s'est allongé jusqu'à l'extrémité de l'aile, en sorte que la portion réfléchie de la zone renversée {b') est devenue sensiblement symétrique de celle de la zone anté- rieure (a'). Le pli longitudinal (/') partage la portion rétléchie en deux moitiés égales qui se referment l'une sur l'autre comme deux feuillets d'un hvre, et il ne se forme plus de pli secondaire dans l'aire a. 2" La partie antérieure du champ axillaire (zone renversée b) participe déjà entièrement du caractère du champ antérieur; sa vénulation imite celle de ce champ et offre deux fortes nervures. 3° La charnière {xœ") commence à être bordée par des arcs transversaux, formés par les extrémités infléchies des nervures longitudinales [d' , h') presque symétriques de la veine discoïdale et de la veine humérale (rf, h). 4° L'échancrure anale {.%■') a continué à reculer; elle ne se trouve plus ])lacée sur le bord de la zone renversée, mais à la limite de celle-ci et de la zone rayonnée; c'est-à-dire que la partie antérieure du champ axillaire n'appartient plus à ce champ, mais que de fait elle a passé dans le champ antérieur, tandis que le champ axillaire est réduit à la zone rayonnée (r). 5" La portion réfléchie de l'aile (a', b') s'est agrandie. 11 a faflu que l'axe du pli transversal {xx') devînt presque perpen- diculaire à l'axe longitudinal {al) pour que, au repos, la portion (1) Lo pli /"est en saillie ; le pli i'" est reiifiaiit. On peut donc conclure : i" Que la (luplicature compliquée de l'aile des Prosop/ecta ne répond pas à un type spécial, mais qu'elle n'est qu'un simple accident découlant de la i'oniie bombée de l'aile ; 2" que cette (luplicature est encore imparfaite, attendu que l'e\tréinite tki repli dépasse au repos le bord antérieur de la côte (c). Elle se présente donc lomnie un simple état transitoire résultant d'une sorte de tâtonnement de la nature et qui conduira au type suivant. ÉTUDES SUR l'aile DES ORTHOPTÈRES. 189 rétiéchie ne tombât pas en dehors des limites de la portion basi- laire : car si l'axe transversal était resté trop oblique, ces deux portions auraient formé un Y en se repliant l'une sur l'autre, et l'extrémité de la portion réfléchie aurait fortement débordé, au repos, le bord antérieur de l'aile (c). (Comparez fig. 12 bis, p. 17/1.) En effet, à mesure que le triangle intercalé réfléchi (fig. 29, tt') s'agrandissait, son extrémité tendait de plus en plus, en se repliant, à faire saillie sur le bord antérieur de l'aile. Il fallait donc qu'il déviât vers la ligne médiane pour continuer à se dérober entièrement sous l'élytre. Mais le champ réfléchi ne pouvait dévier dans ce sens qu'en redressant le pli transversal to et en le rendant moins oblique. Cette déviation devait avoir pour conséquence : T de rendre sur l'aile dépliée le triangle intercalé a' b' très-obtus; 2° de faire osciller l'extrémité du pli oblique to dans la direction de la base de l'aile et de le faire empiéter sur le champ antérieur, tandis que le pli t' o empiétait de son côté sur le champ renversé (1). Ainsi, à mesure que la portion réfléchie grandit, il faut que son extrémité repliée dévie de plus en plus vers la ligne médiane et que les plis t et t' oscillent vers la base de l'aile en formant entre eux un angle de plus en plus obtus. Enfin, lorsque l'axe longitudinal de la portion réfiéchie finira par tomber au repos sur celui de la portion basilaire, l'angle du pli transversal sera remplacé par une ligne droite, parce qu'alors les plis t et t' seront devenus perpendiculaires au pli longitudinal, et cette ligne droite cou- pera les extrémités du champ humerai et du champ axillaire (zone renversée) en les rejetant dans la portion réfiéchie (fig. 30, a)£D'j. 6° Nous avons vu comment, dans le genre Prosoplecta (fig. 29), le coin triangulaire a' b', qui forme la portion réflé- chie, a fait dévier les nervures de l'extrémité du champ anté- (1) Supposez ((ig-. 29) que les lignes t et /' pivotent sur le sommet fixe du triangle (o), tandis que leurs extrémités t et i' nvanceraient dans la direction de la base jusqu'à devenir perpendiculaires au p!i longitudinal //', en refoulant devant elles les nervures. 190 U. DE SALS*»l'Rl!;. rieur et du champ renversé en pénétrant entre ces deux champs. Or, dans la nouvelle transformation, le triangle inter- calé, en s'ouvrant de plus en plus et en avançant vers la base de l'aile, refoule toujours plus l'extrémité des nervures longi- tudinales ; il finira donc par les rendre perpendiculaires à l'axe longitudinal lorsque les deux jambes de laugle formé par le pli transversal {t, t') seront elles-mêmes devenues presque per- pendiculaires à cet axe. A ce moment, les nervures, se brisant à angle droit, n'ont plus l'espace nécessaire pour se développer; leurs extrémités s'atrophient, et il n'en subsiste que des tronçons transversaux qui s'étendent de l'une à l'autre en se soudant chacun par son extrémité à la veine longitudinale voisine (fig. 30). Il se forme ainsi un système d'arcs-boutants qui bor- dent la charnière et la consolident. On peut suivre assez régulièrement dans les espèces du genre Anaplecla la série des modifications qui viennent d'être indi- quées. On les trouve à peu près complètes dans l'aile de VA. mexicana, représentée fig. 30 (1). Un terme transitoire entre le type Prosoplecta et le type Anaplecta parfait se voit dans YAnaplecla nahua (fig. 31), où le champ réfléchi est encore petit, à base triangulaire encore intercalée, quoiqu'il forme déjà une forte saillie à l'extrémité de l'aile. Sixième terme. — Genre Pledoptera, Sauss. (fig. 32). — Ici les caractères acquis dans l'aile des Anaplecta s'exagèrent encore. Les arcs par lesquels se terminent les nervures longitudi- nales s'anastomosent fortement les uns sur les autres et forment des arcades solides qui servent d'appui à la charnière de la por- tion réfléchie de l'aile. Cette partie de l'aile a augmenté d'im- portance; elle s'est allongée au point de devenir presque aussi (1) Le pli transversal forme une ligue droite; la portion basilaire n'est pas seule- ment refoulée; elle est encore tronquée. Gepeudant il n'y a évidemment de tronque que sou extrémité, car la marge de la portion basilaire renferme encore les vcuics cos- tales ainsi que le stigma qui dans l'aile normale se trouve toujours situé au delà du milieu du bord antérieur. La portiou réfléchie s'est allongée ; elle est devenue légère- ment coriacée; les extrémités terminales des ucr\ures ont été rejetées de côté* ÉTUDES SUR l'aile DES OUTHOPTÈRES. 191 longue que la partie basilaire. La zone renversée (6) a pris tous les caractères de vénulation du champ humerai (a); il est devenu presque symétrique de la portion postérieure de celui-ci. Le pli ■Fig'. 32. — Aile de Plectoptcra porcelana, Sauss. longitudinal est bordé par deux fortes veines [anale et première axillaire) qui rendent la charnière très-solide. Si l'on a suivi les développements qui précèdent, on aura compris que dans les genres Anapleda et Plecloptera, le champ antérieur de l'aile normale se trouve réduit à la portion basi- laire de la zone antérieure ; que la portion réfléchie doit être envisagée comme une exubérance du triangle intercalé {ûg. '2, t) qui a fait atrophier lextrémité du champ antérieur et de la zone renversée; que la portion basilaire de la zone antérieure (a) est donc l'analogue du champ humerai tronqué, et que la por- tion basilaire de la zone renversée [b] est l'analogue de la pre- mière partie du champ axillaire tronqué aussi. Septième terme. — Genre Dipbplera, Sauss. {Eleutheroda, Brunn.) (fig. oo). — C'est ici que le caractère des Diploptériens acquiert son maximum d'intensité. Uaile est assez complète- ment transformée pour qu'on puisse dire qu'un nouveau type se trouve formé. V L'extrémité de l'organe est taillée comme dans le type précédent et elle s'est élargie. 2" La zone renversée a pris tous les caractères do la zone antérieure; elle s'est pour ainsi dire entièrement détachée du 19:2 B». BE SAL'SSURE. champ postérieur pour passer daus le champ antérieur. La vénulation de cette zone imite même symétriquement celle du champ antérieur (1), en sorte qu'on serait presipie tenté de prendre la zone renversée pour un feuillet dédoublé de la zone antérieure. En un mot, la zone renversée est devenue, sous tous les rapports, Vhomologue de la zone antérieure, et, en réalité, c'est le champ principal tout entier (fig. 9, P) qui est devenu champ antérieur. 3° L'échancrure anale est placée comme dans le type pré- cédent. /r La portion réfléchie forme la moitié du champ principal, comme dans le type précédent; mais de coriacée qu'elle était, elle est devenue elle-même parfaitement membraneuse et elle a pris une structure tout analogue à celle de la portion basilaire. En un mot, la structure du champ antérieur, après s'être étendue sur la zone renversée, a aussi envahi la portion réfléchie. 5" Les veines longitudinales de la portion basilaire ont fran- chi la charnière ei se continuent jusquà f extrémité de la portion réfléchie. Les veines costales qui, dans les deux types précédents, occupaient le bord de la portion basilaire de la zone antérieure (fig. 30, 32, c), occupent ici celui de la portion réfléchie. Ainsi, la portion réfléchie s'est fondue avec la portion basilaire., et le sys- tème de vénulation, qui n'appartient qu'à la première, s'est distribué sur l'ensemble de la zone, de la même manière qu'il était distribué dans le type normal sur le champ antérieur qui ne représente que la première moitié de cette zone. En effet, les veines costales étant caractéristiques du champ antérieur, il faut conclure, de leur position dans le nouveau type, que la portion basilaire de la zone antérieure n'est plus l'équivalent du champ antérieur du type normal; que la portion réfléchie a cessé aussi d'être l'équivalent du triangle intercalé; mais que c'est maintenant la zone tout entière qui représente le champ antérieur normal. Le même raisonnement s'applique aux deux portions de la zone renversée. (l; AoNcz rL'\|)lic;iliiiii (le la ligiut 33. ÉTUDES SUR l'aile DES ORTHOPTÈRES. 193 Il nous manque ici, entre les Plectoptera et les Diploptera, un terme intermédiaire qui permette de saisir comment s'opère la transformation alaire qui conduit de l'un à l'autre de ces genres. On dirait que le champ humerai et le champ renversé, après avoir été refoulés par le triangle intercalé (fig. '29, a' b' , p. 186) qui a empiété sur eux pour former la portion réfléchie de l'aile [Plectoptera Sauss., fig. 32, a' b', p. 191), on dirait que ces ' champs ont à leur tour empiété sur la portion réfléchie, non pas en sagrandissant à ses dépens, mais en étendant sur elle leur type d'organisation [Diploptera). Théoriquement, le passage pourrait s'expliquer ainsi : Le type des Anaplecta (fig. 30) et des Plectoptera a servi à son tour de point de départ pour des modifications ultérieures. Les veines transversales qui bordent la charnière, après avoir été formées dans le type Plectoptera par l'extrémité infléchie des veines longitudinales, sont devenues un système acquis; ce ne sont plus les tronçons terminaux de ces veines, mais bien des veines transversales indépendantes qui, après avoir été emprun- tées aux veines longitudinales, sont devenus des organes spéciaux. Les veines longitudinales, avons-nous vu, doivent être envi- sagées comme tronquées à la charnière (fig. 32) ; mais le phé- nomène embryologique qui développe dans les ailes membra- neuses ces replis dont il résulte des nervures longitudinales, ce phénomène doit tendre à les développer également dans la portion réfléchie lorsque celle-ci devient membraneuse, comme elle l'est, chez les Diploptera (1). Or, les Diploptera ont une taille bien plus grande que tous les Insectes appartenant aux types précédents, et, en vertu de la loi que les ailes d'une certaine dimension absolue deviennent toujours membraneuses et réticulées, il est naturel que la portion réfléchie se charge elle-même de nervures réticuleuses. Mais ce qui a lieu d'étonner, c'est que la vénulation de la por- tion basilaire, au lieu de ne faire que se prolonger à travers la (1) Avec un fort grossissement, on observe déjà chezles Plectoptera des rudiments du même genre qui franchissent la charnière. 5" sJrio. Zooi.. T. X. (Cahier n° â.) > 13 191 n. »E SALSSUHE. portion réfléchie, .se transporte et se répartisse sur tout l'enseinble de la zone antérieure, comme elle le fait sur le champ antérieur du type normal, en sorte que les veines costales qui, dans le type précédent, occupaient le bord de la portion basilaire, se trouvent ici transportées sur le bord de la portion réfléchie. Ce fait prouve que la portion réfléchie n'est plus ici l'équi- valent du triangle intercalé, mais qu'elle s'est fondue avec la portion basilaire, et que ces deux portions reforment par leur ensemble, pour ainsi dire, un nouveau champ antérieur nor- mal, au milieu duquel la charnière subsiste comme un fait surajouté, La répartition régulière des nervures sur toute la zone anlé- rieure semble pouvoir s'expliquer par le fait que, durant le cours de son développement, l'organe est plié de manière que ses divers doubles, subissant les mêmes influences, prennent les mêmes plis qui forment à peu près les mêmes nervures, en sorte que, lorsque l'aile se déploie, les tronçons de chaque double forment entre eux des nervures continues. La même influence expliquerait aussi la symétrie qui s'observe entre les nervures de la zone renversée et celles de la zone antérieure; ces deux zones, étant appliquées l'une contre l'autre comme deux feuillets d'un livre, doivent également prendre les mêmes plis, les mêmes lignes d'induration (1). Quant à la charnière transversale, qui partage l'aile en se croisant avec le pli longitudinal, elle doit être envisagée comme une entité qui a pris naissance durant le cours des modifica- tions de l'aile et qui leur a survécu, de même que les veines transversales qui bordent la charnière ont été formées en pas- sant par les ^eines longitudinales, sans arrêter V allongement ultérieur de ces veines. Dans l'exposé qui précède, j'ai cherché à montrer comment l'aile normale se transforme graduellement en une aile à plis redoublés. Je le résumerai en quelques mots : (1) Voyez respHc;(Uimi de la figure 3 S, Tétudes sur l'atlf. des orthoptères. 195 ■° Chez les Blnttaires, l'aile est beaucoup plus ample que l'élytre, et pour se cacher sous celui-ci, elle se double suivant un pli longitudinal qui la partage en champ antérieur et pos- térieur (caractère commun aux Orthoptères en général). •2" Lorsque le champ humerai est trop large à l'extrémité, son angle postérieur externe se tronque obliquement. 3° Cette troncature prend sur l'aile déployée la forme d'un vide triangulaire qui sépare l'extrémité du champ humerai (antérieur) et celles du champ axUlaire (postérieur). Ce vide en forme de coin est rempli par une membrane souple que nous uom.mons le triangle intercalé. k° A mesure que l'aile augmente de grandeur à proportion de l'élytre, le triangle intercalé s'agrandit au détriment du champ humerai et de la portion antérieure du champ axillaire, et il forme un petit champ qui, au repos, se réfléchit oblique- ment en dessus et s'applique à la surface du champ humerai. 5" Le triangle intercalé s'agrandit au détriment du reste de l'aile et s'allonge en dehors des limites normales de l'oro-ane. Il finit par former un grand champ réfléchi, qui cesse d'être un triangle intercalé et devient au contraire un appendice terminal qui peut être presque aussi grand que le reste de !a surface de l'aile. Afin de ne pas déborder au repos le bord costal de l'élytre, il est obligé, à mesure qu'il s'agrandit, de se redresser sur l'axe longitudinal de l'aile en se brisant suivant un pli perpen- diculaire à cet axe. 6° La portion antérieure du champ axillaire devient, pour ainsi dire, une dépendance du champ humerai et en prend le caractère. T Le champ huniéral, le champ réfléchi et la portion anté- rieure du champ axillaire se fondent ensemble en un seul tout (champ principal), qui re[>rend la forme du champ humerai primitif et forme ainsi un nouveau champ antérieur plus étendu, mais en conservant les deux plis qui se sont introduits dans ce champ durant le cours des transformations. Ainsi, la nature fait pour ainsi dire passer peu à peu, dans le champ antérieur, le triangle intercalé et la partie antérieftre 19G H. i»K S.mS.SÎJKEi du champ axillaire en agraiitlissant le premier aux dépens de ce dernier. IV. — De l'élytre. Nous ne dirons que peu de mots de cet. organe. Il est l'ana- logue parfait de l'aile postérieure; on y trouve les mômes ré- gions et les mêmes nervures, mais dans des proportions diffé- rentes. I.'élytre n'est, en réalité, qu'nne aile contractée dont les différentes parties sont plus fusionnées que dans l'aile pos- térieure. On y distingue les mêmes champs : marginal, dis- coïdal^ anal (fig. oli). Mais ici, la portion de l'organe située en arrière de la nervure huraérale s'est tellement contractée que le champ anal a pénétré dans le champ discoïdal et se trouve un peu enveloppé par celui-ci. En y pénétrant, il l'a étranglé à la base, en refoulant la veine discoïdale (d) contre la nervure humérale (A), en sorte que ces deux nervures se confondent à la base; et il s'est rétréci lui-même. Dans cette contraction, Y aire vitrée a disparu. En comparant l'aile à l'élytre, on voit de plus que, dans l'élytre, la marge antérieure est très-dilatée, tandis que dans l'aile elle est presque nulle. Cela tient à ce que dans l'aile le champ marginal a dû s'atrophier, afin de ne pas rencontrer le bord postérieur de l'élytre. Pour une raison analogue, le champ anal de l'élytre est petit et ne fait point saillie en arrière. S'il était resté placé à la suite du champ discoïdal, comme dans l'aile postérieure, il se serait rencontré avec cet organe; il fallait donc qu'il s'atrophiât ou qu'il s'enfonçât dans le champ discoïdal pour rendre les mouvements de l'aile possible. Les articulations ont subi une réduction analogue. 11 n'y a plus à l'élytre qu'une seule articulation, laquelle correspond au champ antérieur (articulation humérale). L'articulation axillaire est atrophiée; on ne trouve à sa place qu'une membrane souple qui, en arrière de l'articulation humérale, unit encore le bord thoracique de l'élytre au mésothorax, et qui se replie en desious pour permettre à l'organe de se mettre en repos. ÉTUDES SUR l'aile DES ORTHOPTÈRES. 197 Nous supposons que l'aile postérieure est déjà un type mo- difié résultant de la contraction d'un prototype que nous igno- rons. L'élytre représente ce même type plus modifié encore. Nous avons vu que, chez les Diploptériens, le champ axillaire tend à passer en partie dans le champ antérieur, en diminuant d'autant la partie rayonnée. Dans l'élytre, le champ axillaire tout entier a pour ainsi dire passé dans le champ antérieur, et ce qui n'a pas pu y passer s'est atrophié. Ce champ étant soudé au champ discoïdal, il ne se renverse plus en dessous, mais il fait corps avec le champ antérieur, EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 11. Fig. 1. Forme générale de l'aile chez les Blattides (dans le type normal). H, champ Ituméml, on antérieur; ^, champ axillaù'e ou anal, on postérieur se plissiint en éventail et se renversant au repos sous le champ humerai, en pivotant autour de l'axe ea ; e, échancrure anale marquant la séparation entre les deux parties do l'aile. Fig. 2. Aile d'uue Ischnoptera avec ses nervures (type normal), iï, champ humerai ; c, bord costal, veines costales; /;, la Même humérnle oa principale, qui forme le levier de l'organe; v, veine oitrée, ou médiane, qui divise le champ humerai en deux parties symétriques; d, veine discoïdale; a, veine finale • a', veine divisante servant de séparation entre le champ humerai et le champ axil- laire; aa', la banrle anale, qui peut se redresser en arrière en tournant sur l'axe a. Cette bande s'atténue vers l'extrémité et finit souvent par se perdre dans la veine anale. A, champ axillaire; r, première veine axillaire; r',r", r"', etc., veines ou rayons axillaires ; les premiers se confondent souvent par leur base. /, extrémité du pli longitudinal de l'aile (/a'); la, faux pli de la bande anale- t, petit triangle membraneux souveut intercalé entre l'extrémité des deux champs 'lorsque ceux-ci s'écartent l'un de l'autre. Ce triangle fait presque disparaître l'échan- crure anale qui tomberait en / (flg. 1, e'. Fig. 3. Base de l'aile de la Panchlora Maderœ, pour montrer la structure de son articulation avec le métathorax. M, mésothorax; N, niétathorax; b, bord antérieur de l'aile; /, Umite des deux champs de l'aile, et pli longitudinal. a., articulation humérale; m m', veine médiastine; h, veine humérale, formant avec la médiastine le tronc humerai qui est le levier moteur de l'aile ; v, veine vitrée; d, veine discoïdale; elle se perd à la base dans la membrane de l'aile; n, carré corné qui, en unissant solidement la veine discoïdale à la veine humérale empêche le champ humerai de se plier longitudinalemcnt en deux ; « «, veine anale; a' a', veine divisante. L'espace compris entre u et a' forme la biutdti anale ; c,c',r.'i, c'", osselets radicaux suspendus dans la membrane de l'aile, formant la palnictto articulaire. • 198 O. DE SAUSSUBE. Pj articulKtiouaxillaire; ?-, premier rayon axillaire ;)•',?•",)■'", etc., rayons de l'éventail axillaire. Les têtes de tous ces rayons sont solidement unies entre elles de manière à former avec la base du premier rayon axillaire une sorte d'arcade sus- pendue dans la membrane souple de l'aile u; ii i, insertion de la membrane de l'aile au métathorax; q, carré axillaire, corné sur sou bord externe, mais néanmoins souple, s'articulanf en x sur l'arcade, et en o sur le métathorax ; k, fossette latérale du métathorax dans laquelle se renverse le carré axillaire pour se mettre au repos, en tournant sm" son bord o, en entraînant et eu renversant l'arcade axillaire a; x'; s s, rainure dans laquelle s'adapte le bord interne de l'aile repliée (soit a' a') eu se mettant au repos. Fig. A. Coupe transversale de l'aile étalée, suivant la ligne s z' de la figure 2 ; H, champ humerai ; A, champ axillaire ; a, la bande anale (située entre a et a', fig. 2 et 3). Fig. 5. Coupe de l'aile commençant à se replier. Fig. 6. Continuation du même mouvement. Fig. 7. Coupe de l'aile repliée avant que la bande anale o soit reuti'ée dans le même plan que le champ humerai H. Fig. 8. Coupe de l'aile au repos. Fig. 8 a. La même, lorsque le champ axillaire, ne pouvant se dérober entièrement sous le champ humerai, se replie une seconde fois en dessous. Fig. 9 à IG. Voyez dans le texte aux pages 172 à 176. Fig. 18. Aile de Thorax porcelana. (Lettres comme pour la lig. 2.) Fig. 19. La même repliée, vue en dessous, c, bord antérieur; rr, champ axillaire replié en éventail arqué, et appliqué au-dessous du champ humerai; Il H, champ humerai, vu eu dessous. Fig. 20 et 21. Figures théoriques, voyez page 182. Fig. 22. Aile de Blaita repliée, vue en dessus, ne montrant que le champ humerai. Lettres commc[pour la fig. 2. — t, petit triangle membraneux intercalé entre l'extré- mité du champ humerai et du champ axillaire, doublé et rejeté en dessus au repos. Premier passage au type dérivé. Fig. 23. Aile de Chorisoneura pellucida. Lettres comme ci-dessus, / /', le trianrjlc irdercalé (ou réfléchi) déployé. /, le pli longitudinal de l'aile partageant le triangle intercalé. Les veines discoïdale d et axillaire r, sont déjà déviées à l'extrcmilé, refoulées par le triangle intercalé. L'échancrure anale, qui dans le type normal tom- berait en /, est rejetée en arrière du triangle en r, Fig. 24. kWt A'Ectobia /«ppo«ica, offrant un type tout analogue. Lettres comme dans la figure 23. /, le pli longitudinal coupant la veine anale a; r, le premier rayon axillaire bifurqué ; ses deux branches se rejoignant à l'extrémité et formant une maille solide qui supporte le bord du demi-triangle refléchi axillaire i'; xo, axe autour duquel tourne le triangle pour se réfléchir en dessus. (Comp. fig. 25, x o.) Fig. 25. La même au repos, pliée longitudinalement et vue en dessus, ne montrant que le champ humerai ; mais le triangle intercalé t, non rejeté en dessus, montrant sa moitié humérale étalée; le bord du feuillet inférieur et la veine anale sont vus par ÉTUDES SUR l'aile DES ORTHOPTÈRES. 499 transparence et indiqués en ponctue; xo, axe autour duquel pivote le triangle réfléclii. Fig. 26. Extrémité de la même ; le triangle membraneux au repos enroulé en cornet et rejeté eu dessus, Fig. 27. Aile de Thorax cassidea. Type analogue aux deux précédents, mais avec une forme d'aile qui rappelle celui de la fig. 18, et qui dérive de ce dernier type. Fig. 28. Aile A'Areolaria Fieberi. Ici le triangle réfléchi / /', est devenu plus saillant (comp. les flg. 23, 24); l'extrémité des principales nervures est fortement déviée de droite à gauche. Fig. 29. Voyez page 186. Fig. 30. Aile d'Anaplecta azteca, représentant le type dérivé cà l'état parfait, pouvant se plier en cinq doubles (comp. flg. 11, page 174); c, bord antérieur et veines cos- tales; /,1e pli longitudinal de l'aile ; x,x', le pli transversal qui n'est plus angulaire, mais presque en ligne droite, perpendiculaire au pli longiltulinal, ce qui permet au champ réfléchi a', h', de se réfléchir en rejetant l'extrémité vers la base de l'aile ; X 0, axe sur lequel pivote l'appendice (comp. fig. 24, 25, x o). H, champ humerai (fig. 11, a), fi, partie renversée (flg. 11, b); r, partie rayonnée ; a', 6', champ réfléchi ; H, a', zone antérieure; H, b', zone renversée; //, R, a', b', partie principale de l'aile. A, veine humérale , v, veine vitrée; c?, veine discoïdale; a, veine anale; a", veine divisante ; «?', veine axillaire devenant symétrique de la veine discoïdale ; //, deuxième veine axillaire, devenant symétrique de la veine vitrée ou de la veine humérale. Jj'extrémité de ces veines est complètement déviée et tend à s'anastomoser sur les veines voisines^ en formant des arcs-boutants qui servent d'appui à la charnière x., x' . L'échancrure anale qui dans le type normal tombe sur a" est ici rejetée en a;', la zone renversée s'étant pour ainsi dire fondue avec le champ humerai pour former la partie principale. Fig. 31. Aile d'Anaplecta nahua tenant le milieu entre le type dérivé incomplet (fig. 23, 24) et le type dérivé complet (fig. 30). Le champ réfléchi forme encore par sa base un triangle intercalé, mais son extrémité se prolonge en forme d'appendice au delà des limites normales de l'aile. Il se réfléchit encore un peu obliquement, vu l'obliquité de spn axe de charnière x; c, veines costales renflées. Fig. 32. Voyez page 191. Fig. 33. Aile de Diploptera silpha étalée, pouvant, comme les ailes représentées yjfigure 30, 32, se plier en cinq doubles, suivant les plis indiqués fig. 11, page 174 • //', pli longitudinal de l'aile; l o, pli de la partie basilaire soutenu par la veine divisante «' et son homologue de la zone renversée a; /', o, pli membraneux de la portion réfléchie; a;,x', pli transversal de l'aile (fig. 11, page 174). Ici les nervures se continuent dans le champ réfléchi. 1. Zone antérieure, correspondant au champ humerai; c, bord costal avec veines costales; m, veine médiastine; A, veine humérale; v, veine vitrée; d, veine discoï- dale; h', v', d', d" les mêmes dans la portion réfléchie de la zone antérieure; a, veine anale; a', veine divisante. 200 n. DS: MtLS^L'KE. 2. Zoiu l'e/iveisée, ou partie antcrieuro du dunni". axilluiic; a, 8,',084 0'°,270 0^,131 0",085 O-'jOTl 0"',135 O'-.OBG 0™,0i3 0'",035 0m,185 MESURES RELATIVES. Stéréocère. Rliinucéros 100 65 co ^8 100 7à à 2 IDÔ 100 65 àd àû 103 66 32 . 26 130 Une autre particularité de structure qui est bien mise en évi- dence par le moulage de l'intérieur du crâne du Stéréocère, consiste dans un développement énorme du trou grand rond, ou plutôt du canal destiné à livrer passage aux branches maxil- laires des nerfs trifaciaux (1). Chez le Rhinocéros, ce canal est (1) Voy. pi. 12 et pi. 1/i, fig. 2. 21^ miLNE EDWARDS. très-grand ; il l'est encore davantage chez l'Hippopotame; mais ses dimensions sont bien plus considérables chez le Stéréocère, et cette circonstance me porte à croire que la région antérieure de la tête de cet animal devait avoir comparativement au crâne des proportions peu ordinaires dans la classe des Mammifères. L'examen attentif de la conformation extérieure du crâne prouve que les ressemblances entre le Stéréocère et le Rhino- céros sont bien moins grandes que ne le pensait Duvernoy. Ainsi, d'après cet auteur, le trou occipital et les condyles au- raient « exactement la même forme et la même position « chez ces deux animaux ; j'y aperçois, au contraire, des différences considérables, et sous ce rapport le Stéréocère me semble avoir plus d'analogie avec l'Hippopotame qu'avec le Rhinocéros. Chez ce dernier, le bord supérieur du trou occipital est très-arqué, et latéralement il n'est que peu encaissé par les condyles, dont le grand axe est dirigé très-obliquement de bas en haut et en de- hors ; ces éminences articulaires sont presque deux fois plus hautes que larges (1), et leur extrémité inférieure se recourbe très-fortement en avant, se rétrécit beaucoup, et se termine presque en pointe' à la face basilaire du crâne. Chez le Stéréo- cère, au contraire, le trou occipital est limité supérieurement par un bord transversal presque droit, et de chaque côté il est fortement encaissé par les condyles dont le bord interne descend presque verticalement, dont la forme est plutôt triangulaire qu'ovalaire, dont la longueur égale presque la hauteur, et dont l'extrémité inférieure, très-arrondie, ne se prolonge que peu sur la région basilaire (2). Ce mode de conformation des condyles occipitaux ne diffère que peu de celui offert par l'Hippopotame, où le bord interne de ces éminences articulaires, au lieu d'être très-oblique, comme chez le Rhinocéros, descend presque verti- calement et où leur plus grande longueur est à Ijleur hauteur comme 55 est à 62. Il est aussi à noter que chez le Rhinocéros, le (1) Grand diamètre dirigé obliquement^ O^jOGS; petit diamètre dirigé transversale- ment et seulement on bas du côté extérieur, 0^, 038. (2) Hauteur des condyles, 0^^113; longueur vers le niveau du bord supérieur du trou occipital, 0™,Og/l. SUR LE STÉRÉOCÈRE DE GALL. 215 bord supérieur des condyles dépasse à peine le niveau de la par- tie adjacente de l'occipital, et que celle-ci forme une saillie mé- diane considérable dans l'espace qu'ils laissent entre eux au- dessus du trou occipital. Chez le Stéréocère, les condyles sont au contraire portés sur une espèce de col formé par une gout- tière large et profonde qui les contourne supérieurement ; enfin la portion de l'occipital qui surmonte le trou du même nom est à peine bombée et ne fait pas saillie en arrière. Or, tous ces ca- ractères se retrouvent chez THippopolame, bien qu'ils soient moins prononcés que chez le Stéréocère, et il est à noter que la direction des condyles est une chose importante, car elle influe beaucoup sur le genre de mouvements que la tête exécute sur l'atlas. Effectivement, lorsque ces surfaces articulaires sont obli- ques, comme chez le Rhinocéros, l'élévation du museau peut être facilement accompagnée d'une légère rotation de la tête sur l'axe qui fait pencher celle-ci de côté, position que cet animal y donne souvent quand il cherche à saisir ses aliments ; tandis que les condyles verticaux de l'Hippopotame sont peu favorables à des mouvements de ce genre et sont surtout bien appropriés au redressement du museau, mouvement qui est habituel à cet animal, quand il est dans l'eau et qu'il veut respirer. Par consé- quent, la simiUtude de conformation des condyles chez le Stéréo- cère et chez ce dernier Pachyderme fournit encore un argu- ment à l'appui de l'opinion que j'ai déjà émise relativement aux habitudes aquatiques de notre espèce éteinte. J'ajouterai que les deux énormes protubérances osseuses qui représentent la crête occipitale supérieure semblent être aussi l'exagération des saillies situées de la même manière chez l'Hippopotame, et qu'elles ont beaucoup moins de ressemblance avec leurs analogues chez le Pihinocéros. Enfin, chez celui-ci, les parties latérales de la région occipitale sont presque sur le même plan que la portion médiane dont elles sont nettement séparées par des crêtes obli- ques; tandis que chez l'Hippopotame elles se recourbent assez fortement en avant, et que chez le Stéréocère cette courbure est encore plus prononcée. Dans la région mastoïdienne les différences entre notre fos- 216 niLKE EDWARDS. sile et le Rhinocéros sont encore très-considérables, mais les res- semblances ne cessent pas d'être frappantes. Chez le Rhinocéros, la portion latérale de la crête occipitale descend presque en ligne droite en se portant un peu en dehors, se rentle notablement derrière le trou auditif et s'y recourbe en avant pour rejoindre en dessous de cet oriQce la base de l'arcade zygomatique : c'est dans ce dernier point que la région mastoï- dienne est la plus saillante latéralement, et l'apophvse qui ter- mine celle-ci en dessous est conique et médiocrement déve- loppée. Chez le Stéréocère, il existe de chaque côté de la région occi- pitale, au-dessus de la région mastoïdienne, une énorme tubé- rosité arrondie et assez semblable à celles formées par le renfle- ment de la portion supérieure de la crête occipitale. Ces tubérosités s'avancent beaucoup latéralement en forme de bosses derrière les trous auditifs, mais ne se recourbent pas en avant de la même manière que chez les Rhinocéros, où elles sont repré- sentées par les renflements mastoïdiens postauriculaires dont j'ai parlé ci-dessus. Quant à l'apophyse mastoïde, elle est trop usée dans notre fossile pour qu'il soit possible d'en préciser la forme ; mais, à en juger par ce qu'il en reste, elle devait avoir des dimensions beaucoup plus considérables que chez le Rhi- nocéros. Ainsi que la fait remarquer Duvernoy, la forme de la portion postérieure du sinciput et des fosses temporo-pariétales ressemble beaucoup à celle des parties correspondantes chez le Rhinocé- ros, et, de même que chez cet animal, une forte crête osseuse naît vers le milieu de la portion descendante de la crête occipi- tale, et passe obliquement au-dessus du trou auditif pour aller rejoindre le bord supérieur de l'arcade zygomatique et élargir en dessous la portion correspondante des fosses destinées à loger les muscles crotaphites. C'est dans Féchancrure de l'espèce de fourche formée par cette crête et la portion mastoïdienne de la crête occipitale que se trouve le trou auditif, et chez le Rhino- céros la fosse conique dont le fond est occupé par cet orifice est fermée inférieurement par la rencontre delatubérosité mas- SUR LE STÉRÉOCKRE DE GALL. 217 toïdienne (l) tavecla base de l'arcade zygomatique, derrière la cavité glénoïde. Chez le Stéréocère, cette région auditive est au contraire largement ouverte en dessous, et la portion infé- rieure du rocher, au lieu d'être cachée, est à découvert aussi bien qu'à la base du crâne. La partie basilaire de l'arcade zygomatique, la seule qui existe dans notre fossile, est remarquablement grosse. De même que chez les Rhinocéros, elle porte en dessous une apophyse postarticulaire qui limite en arrière la cavité glénoïde ; mais cette apophyse, au lieu d'être très-comprimée transversalement, comme chez ces derniers Pachydermes, est extrêmement mas- sive. En avant elle présente une large surface articulaire à peu près carrée, qui s'unit à angle presque droit avec la portion horizontale et interne de la cavité glénoïde, dont elle est sépa- rée par un sillon transversal. Enfin le bord antérieur de cette dernière surface articulaire est fort saillant, et le renflement qui la surmonte, et qui part de la base de l'arcade zygomatique pour se porter transversalement vers l'orifice intérieur du canal sphéno-palatin, en limitant inférieurement la fosse temporale, est dirigé presque directement en avant, au lieu de s'inchner fortement en dedans. La face inférieure du crâne est également remarquable par son mode de conformation, et ressemble à celle du Toxodon bien plus qu'à celle du Rhinocéros ou de l'Hippopotame. En effet, la portion basilaire de l'occipital est extrêmement grande et très-plate, si ce n'est vers sa partie antérieure, oii se trouve de chaque côté une grande dépression rugueuse qui paraît des- tinée à l'insertion des muscles longs du cou et latéraux du pha- rynx, surface d'attache qui est à peine indiquée chez le Rhino- céros, mais qui est bien caractérisée chez l'Hippopotame. Ainsi que je l'ai déjà dit, le trou déchiré postérieur est fort grand ; le trou déchiré antérieur a des dimensions non moins considé- rables, et ces deux orifices, au lieu d'être très-rapprochés et con- fondus entre eux, comme chez le Rhinocéros, sont séparés par (l) Ou apophyse paramasioïdiennc de Duvenioy. 218 niLIVE EDWARDS. un espace de près de 6 centimètres de long, où le bord interne du rocher s'articule directement au bord correspondant duba- silaire. Le corps du sphénoïde, intimement soudé à ce dernier os, est très-grand, fort convexe transversalement et courbé régulièrement d'abord en bas, puis en haut antérieurement, où il est sépare de la cavité glénoïde et de l'apophyse postarti- culaire par une gouttière large et profonde. Cette excavation longitudinale, à peine indiquée chez le Rhinocéros, commence au trou déchiré antérieur, passe sous la base de l'arcade zygo- malique, et va gagner la fosse sphéno-palatine ; elle doit donner insertion aux muscles ptérygoïdiens internes. Le Stéréocère doit son nom au mode de conformation de la portion antérieure du sinciput qui se relève très-brusquement de façon à devenir presque verticale et à simuler la base d'une énorme corne médiane comparable par sa forme à celle du Rhi- nocéros, mais qui, au lieu d'être épidermique, comme chez ces grands Pachydermes, serait osseuse. Duvernoy pense qu'effec- tivement cette éminence,qui surmonte un amas de grandes cel- lules osseuses, faisait partie d'une corne frontale médiane ana- logue à celle située au milieu du chanfrein de la Girafe; mais cette opinion, adoptée par M. Rrandt, me semble fort contestable; je ne vois dans la structure des os rien qui indique l'existence d'une épiphyse médio- frontale qui se serait soudée aux ossous-jacents, comme cela a lieu chez la Girafe, et je suis porté à croire que cette portion montante du sinciput est plutôt la base d'une protubérance analogue à celle offerte par la région frontale du Phoque à trompe, ou d'une crête comparable à celle qui limite en arrière et sur les côtés la grande excavation fron- tale du Dinothérium. La tête s'élargit beaucoup latéralement au-dessous de cette éminence et au-dessus de la portion sous- jacente des fosses temporales. Les principales cavités osseuses pratiquées entre la base de la protubérance et la loge des lobes olfactifs portent les traces d'un système vasculaire très- développé; elles me paraissent avoir fait partie des fosses na- sales et avoir joué un rôle actif dans l'olfaction ; car plusieurs des petits canaux qui parlent des pertuis de la lame criblée et SUR LE STÉRÉOCÈRE DE GAI.L. 210 qui étaient destinés à donner passage aux liranchcs des nerfs olfactifs se relèvent pour aller y aboutir. Enfin la portion mé- diane de la base du crâne qui conduit directement aux arrière- narines, au lieu de s'avancer presque horizonlalemcnt, connue chez le Rhinocéros, se recourbe fortement vers le haut, à peu près comme chez le Dugong et le Lamentin, où les fosses nasales sont refoulées en arrière et montent presque verticalement du pharynx au front. Notre fossile est trop mutilé dans toute la portion antérieure du crâne pour qu'il me paraisse possible d'af- firmer quoi que ce soit touchant la conformation de la face ; mais, en tenant compte des particularités ostéologiques dont je viens de parler, et de l'énorme calibre du canal destiné au pas- sage des nerfs maxillaires, il me paraît présumable que les par- ties molles de cette région de la itMe avaient un volume très- considérable, et peut-être le nez était-il subproboscidiforme, comme chez le Macrorhine ou Phoque à trompe. L'ouverture de la boîte crânienne du Stéréocère a servi aussi d'une autre manière à l'avancement de l'histoire naturelle de ce singulier animal. La provenance de ce fossile est entourée de beaucoup d'obs- curité. Gall n'a pu donner à ce sujet aucun renseignement digne de confiance. Il supposait que ce fragment de tête, ainsi qu'un crâne de Rhinocéros tichorhine dont il était possesseur, appar- tenait aux terrains meubles de la vallée du Rhin, mais il lui a été impossible de dire oîi on l'avait trouvé. On en était donc réduit à des conjectures sans bases sérieuses. Or, les fentes de la base du crâne recelaient quelques matières étrangères, un peu de sable noirâtre qu'on en retira avec soin, et au milieu des grains constituant ce dépôt se trouva une petite coquille bivalve qui n'échappa pas à l'attention de M. Lartet, présent à l'opéra- tion, et qui témoignait de la faune au milieu de laquelle ce dé- bris avait séjourné. M. Bourguignat, qui a- fait une étude appro- fondie de la distribution géographique des variétés aussi bien que des espèces de Mollusques terrestres et fluviatiles, a bien voulu examiner attentivement cette coquille, et il n'a pas hésité a déclarer qu'elle appartenait à la variété locale du Dreissena 220 MILNE EDWARUS. fluviotilis, désignée par Chemiiitzsousle nom de Mytilus Volyœ, variété qui n'habite pas le Rhin, et se trouve seulement dans les cours d'eau du sud de la Russie et des autres parties orientales de la région européenne. Il y a donc lieu de croire que le Stéréocère lui-même n'était pas un habitant de la vallée du Rhin, mais qu'il vivait jadis sur les bords du Volga ou de quel([ue autre partie de la même ré- gion, et cette circonstance vient corroborer l'opinion des natu- ralistes qui considèrent ce fossile comme appartenant à la môme espèce zoologique que l'animal dont provenaient la mâchoire in- férieure et les dents isolées à l'aide desquelles Fischer de Wald- heim établit en 1808 le genre Elasmotherium . En effet, ce grand Mammifère, dont les rares débris sont conservés dans les musées de Moscou, de Saint-Pétersbourg et de Charkow, habitait la partie sud de la région arrosée par le Volga, contrée qui est pré- cisément la patrie du jeune Dreissetia déposé dans la tête du Stéréocère. Le principal argument en faveur de ce rapprochement zoolo- gique est tiré de la conformation du condyle de la mâchoire infé- rieure de V Elasmotherium, à la partie postérieure duquel on re- marque une surface articulaire verticale et presque carrée qui correspond assez bien, par son étendue, sa forme et sa direction, à la surface articulaire de l'apophyse post-glénoïde du crâne du Stéréocère. La direction du muscle crotaphite, telle qu'elle est indiquée par la disposition de la fosse temporale de ce dernier animal, s'accorde aussi très-bien avec la position de l'apophyse coronoïde surbaissée de la mâchoire inférieure de Y Elasmothe- rium. Enfin, la grande longueur de cette mâchoire s'harmonise avec les proportions de la face déduites du volume présumable des nerfs maxillaires. Je suis donc disposé à croire que ces deux fragments peuvent appartenir à une même espèce; mais n'ayant pas eu l'occasion d'examiner les restes de rZi/asmo^/ienu^n, dont le Muséum ne possède que des modèles de plâtre, je n'ose tirer de ces considérations aucune conclusion formelle. En résumé, d'après les faits exposés ci-dessus , il me semble très-probable : SUR LE STÉRÉOCÈRE DE GALL. '221 r Que le Stéréocère n'est pas un Édenté, comme le suppo- sait M. de Blainville. 2" Que ce grand Mammifère doit être classé parmi les Pachy- dermes, mais qu'il n'appartient pas à la famille des Rhinocéros, comme le pensent plusieurs naturalistes, et qu'il doit constituer le type d'une famille particulière. 3° Que c'était un animal aquatique, comme l'Hippopotame. /i' Qu'il avait sur la région frontale une protubérance ou une trompe, et pas une corne. 5° Qu'il provient des terrains meubles du midi de la Russie, et non de la vallée du Rhin. 6° Que son identité avec VElasmotherium n'est pas assez bien démontrée pour que, dans l'état actuel de nos connaissances, il soit opportun de le désigner sous ce nom. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 12. Section verticale et longitudiunle de la portion crânienne de la tèle du SIereoceros GaHis, Duvernojj réduit au tiers. PLANCHE 13. Section verticale de la tète du Rhinocéros unicorne de Java, réduit au tiei's. PLANCHE 1^1. t Fig. 1. Modèle de plâtre de l'encéphale du Stéréocère, obtenu par le moulage de la cavité crânienne de ce fossile, vu en dessus et réduit aux 32/57*^*. Fig. 2. Le même, vu de profil et réduit aux 2/5°^ Fig. 3. Modèle de l'encéphale du Rhinocéros de l'Inde, obtenu par le même procédé et vu en dessus (réduction, 3/5*'). Fig. '!i. Le même, vu de profil. DESCRIPTIONS DE QUELQUES ACANTHOPTÉRYGIENS NOUVEAUX APPARTENANT AUX GENRES SERRAN ET MESOPRION KECUEILLIS DANS l'AMÉRIQDE CENTRALE, PAR -M. BOCODRT. Serranus varius, nov, spec. D. 11/17; A. 3/8; P. 18; V. 1/5. Caractères. — Cette espèce a quelques ressemblances d'ensemble et de coloration avec le Serr. hexagonalus, mais s'en distingue : 1» par l'absence de dessins de l'orme hexagonale entourant indistinctement toutes les taches brunes; T l'anus est placé juste au milieu du corps, et non plus près de l'extrémité de la queue; 3° par sa tête plus petite, plus large et plus déprimée; k" les grandes taches dorsales, de couleur noire, diffèrent par le nombre et la place qu'elles occupent. Les nombreux exemplaires du Scrr. hexagonalus, que possède le Muséum, proviennent de l'Océan équinoxial, tandis que celui-ci a été rapporté du golfe du Mexique; depuis, la Commission scientifique en a acquis deux autres provenant de la même localité. Longueur totale, 0'",205. « Serranus Courtadei, nov. spec. % D. 10/18; A. 3/8; P. 18; V. 1/5. Caractères. — Dans la longueur totale du corps, sa plus grande hau- teur est contenue près de quatre fois, la tête y entrant pour un peu plus du tiers ; espace interorbitaire d'un quart plus étroit que le diamètre horizontal de l'œil, lequel est contenu cinq fois un quart dans la lon- gueur de la tète ; deux pointes à l'opercule ; des écailles sur le maxillaire inférieur; bord postérieur de la caudale très-peu arrondi. Les rayons épineux de la dorsale sont relativement longs, ceux de l'anale faibles. Anus placé plus près de l'extrémité de la queue que de la symphyse de la mâchoire. Quatre bandes verticales brunes, des taches arrondies de même couleur, couvrent chacun des côtés du corps, excepté sous la tête et la poitrine. ACANTHOPTÉRYGIENS NOUVEAUX. 223 Deux exemplaires de cette espèce proviennent de la Union, répu- blique du Salvador. Longueur totale, 0'°,28i. SeRRANUS QUINQUEFASCIATUS, UOV. Spec. D. 11/16; A. 3/8; P. 19; V. 1/5. Caractères. — Cette nouvelle espèce se distingue à première vue : par sa tête et ses yeux proportionnellement petits; les rayons osseux de sa dorsale sont courts et trapus; l'anus est placé beaucoup plus près de l'extrémité de la queue que de la symphyse de la mâchoire. Sur un fond jaune existent cinq bandes de couleur olivâtre, placées verticalement ; ensuite, des points noirs sont comme semés sur la tête et la première partie du corps. Elle a été pèchée à l'embouchure du Nagualate, dans le Pacifique (Gua- temala). Longueur totale, 0*", 401. Seruanus acanthophorus, nov. spec. D. 10/14; A. 3/7; P. IG; V. 1/5; L. lat. 86. Caractères. — Profil supérieur de la tête légèrement arqué ; museau pointu : de son extrémité au bord antérieur de l'œil, on compte deux fois son diamètre vertical. Sur le bord antérieur des màciioires existe une rangée de dents assez longues et courbes ; troisiènjc rayon épineux de la dorsale très-allongé; bord postérieur de la caudale légèrement concave, son lobe supérieur est le plus long. La tète et le corps sont ornés de petites taches rondes et brunes, qui forment de chaque côté cinq ou six bandes verticales, ainsi que des [ondulations longitudinales plus faiblement marquées. Les nageoires sont également ornées de taches rondes ; les pectorales sont jaunes, les parties inférieures de la tête et du corps blanches. Par le long rayon de sa dorsale, cette espèce se rappro- cherait du Serr. spiniger [Gùnth. Cat. of the Fisfi. col. Brit. Mus., t. I p. lZi6). Elle provient de Mazatlan (Mexique). Longueur totale, 0"',240. Mesoprion pacificus, nov. spec. D. 10/15; A. 3/8; P. 17; V. 1/5; L. lat. 51; L. ti-ans, 7/15. Caractères. — Le Mes. pacificus ressemble beaucoup aux Mes. jocu, '2'2k BOCOLRT. grisem et cynodon; il offre surtout avec ce dernier des rapports frap- pants; aussi c'est eu en donnant des dissemblances comparatives, qu'il sera facile de le taire connaître. 1° Le corps est plus allongé; la tête et les yeux plus petits, les canines plus longues, et la mâchoire inférieure dépasse en avant la supérieure; T les rayons de la dorsale plus grêles, ceux de l'anale plus courts ; 3° les nageoires pectorales et ventrales sont relativement plus courtes; ^i" les écailles sont un peu plus petites, et leurs stries rayonnantes de la partie antérieure plus nombreuses. Le mode de coloration est également différent. Le Mes. cynodon a toutes les nageoires de couleur jaune; les parties supérieures du corps sont colorées de brun rouge, les inférieures de blanc argenté. Tandis ([ue, sur cette nouvelle espèce, les parties supérieures sont teintées d'olivâtre, les infé- rieures de rouge de Saturne, de gris et de blanc; les ventrales seules de jaune. Trois exemplaires, dont un fort jeune, proviennent de Tauesco, côte occidentale du Guatemala. Longueur totale, 0",i40. NOTE SUR L'ANATOMIE DE DEUX ESPÈCES DU GENRE PERICHMTA ET ESSAI DE CLASSIFFCATION DES ANNELIDES LOMBRICINES, Par M. liéon VAIIiliAlVT. Lorsqu'on étudie les animaux comparativement au point de vue des distinctions spécifiques à établir entre eux, c'est aux caractères extérieurs que l'on est porté à s'adresser ; exposés à nos yeux, ce sont ceux qui se présentent le plus naturelle- ment à l'observation et il n'est pas douteux qu'ils ne puissent et ne doivent nous donner des renseignements d'une grande valeur eu nous traduisant de la façon la plus immédiate les apti- tudes de l'animal dans ses rapports avec le monde extérieur. La manière dont il se procure sa nourriture ou se rapproche des milieux qui lui sont favorables, les moyens qu'il emploie pour acquérir et employer ce qui lui est utile sont en connexion in- time avec des modifications extérieures relatives au mouvement, c'est-à-dire avec la conformation générale du corps et des membres. Ces conditions matérielles règlent en effet les fonctions motrices, c'est-à-dire les moyens que possède l'être pour s'appro- cher ou fuir, en un mot ce qui caractérise le plus essentiellement l'animalité. Cependant la simple considération de la conformation externe est la plupart du temps insuffisante et parfois trompeuse, faute sans doute de savoir convenablement l'interpréter, et dans beau- coup de cas l'étude de la constitution interne, en nous faisant mieux apprécier les besoins de l'animal, est souvent d'un emploi 5^ série, ZooL., T. X. (Cahier n» li.) 3 15 226 LÉOW VAILLANT. plus sûr pour établir les affinités et surtout aide à interpréter les modifications extérieures. Mais, dans quelques groupes, il semble que tout nous fasse dé- faut , tels sont, par exemple, certains Vers privés plus ou moins complètement de membres et chez lesquels d'autre part l'or- ganisation est remarquablement homogène ; il suffit de rappeler les divisions des Nématoïdes et des Annélides abranches, Hiru- dinées et Annélides lombricines ; chez ces animaux, toute l'or-, ganisation doit être mise à contribution pour arriver à des ré- sultats encore bien imparfaits. Je voudrais cependant essayer de montrer que, pour ces der- nières au moins, les organes du mouvement, quelque rudi- mentaires qu'ils soient, permettent des divisions naturelles que plusieurs naturalistes ont d'ailleurs déjà établies depuis un cer- tain temps, mais qu'on semble peut-être trop porté à abandonner aujourd'hui. Avant d'aborder ce sujet, j'exposerai brièvement le résultat de recherches anatomiques entreprises sur un genre curieux, celui des Perichœla, créé dans ces dernières années par M. Schmarda (1) d'après l'apparence extérieure seule, .l'espère faire voir que l'étude anatomique confirme pleinement l'Idée de cet auteur, on reconnaîtra en même temps combien chez ces êtres les caractères que nous pouvons utiliser pour la classification sont difficiles àsaisir et souvent de peu de valeur. M. Schmarda admet dans ce genre cinq espèces, qu'on peut aisément distinguer par certaines particularités du corps et la forme des soies; une seule présente une ceinture, mais comme on pourrait ne voir dans ce caractère qu'une modification en rapport avec l'état parfait des organes de la reproduction, il faut y joindre qu'à l'exclusion des autres elle présente sur chaque anneau quarante soies grandes et courbes, lesquelles mesurent 0""", 3. 11 est fâcheux que des détails anatomiques ne nous fassent pas savoir si les organes génitaux internes dans les autres espèces sont ou non normalement développés, le carac- (1) Schmarda, Neue mirhellose Thiere. Leipzig, t. Il, p. 13, 1861. ANATOMIE DE DEUX ESPÈCES DU GENRE PERICII/ETA. 227 tère tiré de la présence de la ceinture aurait alors une plus grande importance. Il y a deux ans, en examinant la collection du Muséum que M. le professeur Lacaze-Duthiers avait bien voulu mettre à ma disposition, avec cette complaisance que bon nombre de savants ont pu apprécier, je trouvai plusieurs Lombricins qui me frap- pèrent par la singularité du nombre considérable des soies, et auxquels dans mes notes j'appliquai un nom particulier. A cette époque, bien qu'il eût déjà paru depuis quelque temps, je ne connaissais pas encore le travail de M. Schmarda, depuis j'y ai re- trouvé décrite avec beaucoup d'exactitude cette espèce, qui très- évidemment se rapporte au P. cingulata que je citais plus haut. Au Muséum, les échantillons sont au nombre de six : quatre donnés par M. Desjardin en 1 834, et provenantde l'Ile de France ; les deux autres portant la simple indication : Enterion, Indes Orientales. Comme c'est à Ceylan que les types décrits ont été rencontrés, on doit admettre que cette espèce est propre à la région du Pacifique. J'avais un grand désir de pouvoir compléter ces études par l'examen anatomique de ces animaux et M. La- caze voulut bien m'en confier un dans ce but. Presque à la même époque me furent remis les papiers de d'Udekem, dont les savantes recherches, arrêtées malheureu- sement trop tôt, sont bien connues de tous les helmintholo- gistes ; parmi les dessins s'en trouvaient de relatifs à un Ver de Java, auquel ce regretté savant faisait sans doute allusion dans son introduction du Métnoire sur les Lombricins (1). Madame d'Udekem y joignit des échantillons assez nombreux de l'animal dans l'alcool. Les caractères de ce Ver le font aussi rentrer dans le genre Perichœta. Le nombre des soies sur chaque anneau est considé- rable, puisqu'il atteint en moyenne soixante-cinq ; il y a une ceinture après le douzième anneau sétigère. Ces caractères et l'aspectextérieur rapprochent évidemment beaucoup cette espèce (1) D'Udekem, Mémoire sur les Lombricins, p. 5 [Académie royale de Belgique, Mémoires, t. XXXV). '■' 228 «^ÉOM VAILLAIVT. du P. cingulata; cependant, le nombre plus grand des soies, leurs dimensions moindres, la différencient suffisamment, pour que je me croie fondé à la regarder comme distincte. On verra plus loin que différents caractères anatomiques importants con- firment cette distinction. Je proposerais pour elle le nom de P. poslhuma, rappelant la mort prématurée qui a empêché d'Udekem de la faire connaître lui-même. Elle se caractériserait : Perichjîta posthuma, sp. n. — Cinguhm post 12 segmentum. Setœ ad^5, long. 0"",t>0 a(/0""',29, M. 0""\0l6.CorporisJong. 18 centim., lat. 3 millim, — Hab. Java. C'est avec ces matériaux que j'ai pu entreprendre l'étude ana- tomique de ces animaux. L'aspect extérieur (1) est si bien celui du Ver de terre ordi- naire, qu'il n'est possible de les distinguer qu'après un examen très-attentif, surtout sur les échantillons qui, par suite de cir- constances particulières, se sont ramollis dans l'alcool. Sur ceux qui ont été plongés bien vivants dans le liquide conservateur les soies saillantes, apparaissant comme autant de ponctuations noi- râtres sur le fond clair de la peau, peuvent faire tout d'abord éviter l'erreur, mais c'est le cas rare pour les individus qu'il m'a été donné d'examiner. Cependant chez tous, en y regardant d'un peu près, on est de suite frappé du nombre considérable des soies qui, comme je l'ai dit plus haut, sont disposées circu- lairement autour du corps sur le milieu de chaque anneau, au nombre de quarante environ pour le P. cingulata, de soixante- cinq pour l'espèce nouvelle. Ces soies sont placées très-régu- lièrement en rangées longitudinales, et n'alternent pas en quin- conce comme dans le genre Pontoscolex, Schmarda ; il y en a une rangée dorsale et une rangée ventrale placées sur le plan médian ; la ceinture seule en est privée, aussi bien que le lobe céphalique que (je dois en prévenir pour éviter toute confusion) je ne crois pas devoir compter parmi les anneaux. Savigny, (1) PI. 10, fig. 1. ANATOMIE DE DEUX ESPÈCES DU GENRE PERICH^TA. 229 Hoffmeister, M. Grube, M. Claparède dans ses premiers travaux, ont adopté cette manière de voir, et je la crois en effet la meil- leure, bien que bon nombre d'auteurs modernes avec Dugès préfèrent compter ce lobe comme un segment à part. Chez cer- tains Lombricins dégradés les plis de séparation des anneaux sont peu distincts et les soies deviennent le seul moyen de reconnaître ceux-ci. On peut aussi se demander jusqu'à quel point ce lobe mérite d'être regardé comme segment, car sa mobilité, la struc- ture spéciale de son tégument si bien étudiée par M. Leydig(l), lui donnent une apparence toute particulière en rapport avec des fonctions sensorielles, où le toucher semble avoir la plus grande part, tous les observateurs ont pu remarquer l'usage constant qu'en fait l'animal pour palper les corps qui l'environnent, on est donc autorisé à n'y voir qu'une dépendance organique du premier segment. Sauf la différence que je viens de citer dans le nombre des soies, on retrouve presque tous les caractères extérieurs du Ver de terre. La ceinture (2), placée après le douzième anneau, est très-nette, globuleuse ; cette forme peut tenir à l'état de con- servation, en effet la figure donnée par M. Schmarda (3), que je suppose faite d'après le vivant, l'indique connue plus allongée, en même temps comme plus reculée. Dans l'échan- tillon du Muséum, la longueur totale est de 0'", 174 environ, ré- partis ainsi : O'",02o par la portion préclitellienne, O-^OOG pour la ceinture, 0'",l!xC) pour la partie postérieure du corps, c'est- à-dire que la ceinture équivalant à peu près au vingt-neuvième de la longueur totale est située vers la réunion du septième anté- rieur aux six-septièmes postérieurs. D'après le dessin cité, chez le P. cingulata type la portion préclitellienne occupe 0'°,086, la ceinture 0",012 et le reste du corps 0'",097 : ce qui donne pour longueur totale O^jl/iô, mesure un peu supérieure à celle indi- quée dans le texte, où M. Schmarda donne pour dimension (1) Leydig, Ueber Phreovyctes Menkeanus (Arch. /'. Mikrosk. Anat,, t. I, p. 258, pi. XVII, flg. 12 B). (2) PI. 10, %. 1, a. (3) Schmarda, loc. cil., pi. XVIll, \v^. 1.59. 330 LÉON VAILLANT. moyenne 0'",130, cela n'a que peu d'importance, les rapports ayant dû être respectés et étant le seul point à remarquer; on voit en effet, d'après ces chiffres, que la ceinture équivaut à peu près à un douzième de la longueur totale et est située vers la réunion du tiers antérieur aux deux tiers postérieurs. Ces différences pourraient paraître au premier abord assez grandes pour justifier une distinction spécifique, mais il faut tenir grand compte des conditions dans lesquelles ont été observés les animaux et de l'action des liquides conservateurs. Les cinq ou six anneaux qui précèdent immédiatement la ceinture sont subdivisés en trois parties, dont une beaucoup plus grande que les deux autres, par deux rides légères ; cette portion préclitellienne est un peu renflée en olive, c'est encore là sans doute l'efïet d'une contraction accidentelle, il en est de même d'un renflement postérieur terminal. L'anneau qui suit immédiatement la ceinture est notablement plus étroit que les autres ; celui qui vient après ce dernier porte en dessous deux papilles (l), sur lesquelles j'aurai à revenir en faisant la description des organes génitaux. A la partie antérieure du corps, au sixième anneau, la largeur est de 0'",001 ; le diamètre delà ceinture est de O^jOôS ; vers le milieu du corps, de 0'°,005, en ce point la longueur de l'anneau atteint au maximum 0'",00:2. Si l'on ne compte la ceinture que pour un anneau, le nombre de ceux-ci est environ de cent onze, chiffre très-voisin de celui qu'indique M. Schmarda. Sur les anneaux antérieurs, subdivisés comme je l'ai dit plus haut, l'étude anatomique montre que la première partie pré- sente la perforation dorsale , les soies entourent la seconde, et le renflement nerveux ganglionnaire est sur la troisième. Il y a là en rudiment cette disposition si remarquable et si importante dans le groupe des Hirudinées caractérisant le Zoonite. La forme et les dimensions des soies ont une valeur assez grande comme caractère spécifique, pour que je croie devoir m'y arrêter encore un instant. Chez le Perichœta de l'île de (1) PI. 10, fig.'_2, b. ANATOMIE DE DEUX ESPÈCES DU GENRE PERICH^TA. 231 France (1), elles sont longues de 0'""",364, dimension qui con- corde avec celles données pour le type, et larges de O^^'.OSG. Légèrement courbées en S sur toute leur longueur, elles sont obtuses à leur extrémité profonde, aiguës à leur extrémité libre. Cette forme rappelle absolument celle qu'on observe chez les Londirics proprement dits, mais diffère un peu de la figure don- née par M. Schmarda (2), qui la représente avec une forme lozangique ; cela peut tenir au mode d'éclairage du champ du microscope ou au mode de préparation. Lorsqu'on examine les soies chez un Ver de terre ordinaire (Lumbricus communis HofFm. , /.. agricola Hoffm.), on obtient souvent cette apparence, et plusieurs auteurs les ont ainsi figurées, entre autres d'Ude- kem (o); mais en examinant de bonnes préparations montées dans le Baume du Canada et en s'entourant de précautions convenables, il est facile de s'assurer que c'est là une illusion. Le nombre de ces organes varie un peu dans les différentes parties du corps; ainsi sur le sixième anneau, j'en ai trouvé seu- lement trente- cinq, tandis que sur les anneaux après la ceinture, il eu existe ordinairement quarante ; sur le quinzième anneau où se trouvent les orifices sexuels, il y a sept soies ventrales entre ceux-ci et vingt-six laléro-dorsales. La distance qui sépare deux soies observées sur le quatrième anneau est d'environ 0'"°',36 à 0'""',40 ; il est bien entendu que ces chiffres sont approxi- matifs sans prétendre à une exactitude que de semblables re- cherches ne comportent pas. Chez le Perichœta posthuma, comme on l'a vu, les dimen- sions des soies sont moindres et leur nombre plus considérable, de 65 à 77 par anneau. La longueur totale de l'animal est, d'après une note de d'Udekem, de 18 centimètres, et le nombre des anneaux de 100. Je n'insisterai pas davantage sur les caractères extérieurs de ces êtres ; pour les animaux inférieurs, lorsqu'on n'a pu les étu- dier à l'état vivant, on ne saurait sous ce rapport être trop (1) PI. 10, fig. 3. (2) Schmarda^ loc. cit., p. 14. (3) D'Udekeni; loc. cit., pi. û, fig. 3, 6, 7. ^32 LÊ«IN VAILLAKT. réservé. Pour ce qui est des caractères anatomiques, je ne compte également m'occuper que des faits les plus nets, les- quels paraîtront au reste assez importants, j'espère, pour ajou- ter à la valeur de ceux déjà invoqués pour l'établissement du genre. L'appareil nerveux sur les échantillons conservés est un de ceux qui se prêtent le mieux à l'observation, au moins en ce qu'il a de fondamental, malheureusement il ne peut nous don- ner que des caractères d'ordre supérieur se rapportant à l'éta- blissement de la classe et même n'offre rien qui soit absolument spécial à celle-ci. Il se compose d'un colUer œsophagien (1) dont la masse supérieure est placée dans le premier anneau séti- gère, le lobe céphalique recevant seulement des nerfs qui en émanent. Le premier ganglion ventral, dans lequel aboutissent les connectifs qui contournent l'œsophage, est dans le second anneau et les suivants (2) se succèdent comme d'ordinaire régu- lièrement d'anneau en anneau jusqu'à l'extrémité postérieure du corps. La ceinture en présente trois, ils sont allongés et moins distincts que les autres ; ce fait a sa valeur au point de vue de la composition morphologique de cet organe. La forme de la masse cérébroïde (3) mérite seule d'être mentionnée ; la distinction en deux parties latérales, indiquée par un léger étranglement médian, n'y est pas marquée comme chez les véritables Lombrics; elle constitue une masse continue présentant une convexité postérieure, une sorte de lobe, non toutefois aussi saillant ni aussi net que chez quelques autres Lombricins inférieurs tels que les Enchytrœas [h) ou les Clilellio. L'appareil digestif (5) rappelle aussi, d'une matière frappante, celui des Vers de terre. La bouche percée à la partie inférieure du premier anneau sétigère, conduit immédiatement dans un (1) PI. 10, Rg. 4 et 6, 6. (2) PI. 10, f)g. 6, b'. (3) PI. 10, flg. 5. (4) Voy. Leydig, Tafeln s. vergleichend, Anat,, pi. 4, %• 2, 3 et 4, (5) PI. 10, fig. 4. ANATOMIE DE DEUX ESPÈCES DU GENRE PERICHiETA. 233 pharynx (1) (j'appelle de ce nom, avec les auteurs, la pre- mière partie de l'œsophage dont la structure et l'aspect sont assez différents pour justifier une distinction) entouré d'une épaisse couche composée en grande partie de fibres musculaires et sans doute de ces glandules habituellement désignés sous le nom de glandes salivaires ; ce pharynx occupe les cinq premiers anneaux , sa largeur est considérable, mais due presque exclusivement à l'épaisseur de ses parois. L'œsophage (2), très-court, n'occupe que le sixième anneau, il est étroit, membraneux. Dans les deux anneaux suivants (3), le tube digestif se renfle en un gésier musculeux rougeâtre à paroi épaisse; en ouvrant cette poche j'ai trouvé dans son intérieur un tube libre, analogue pour l'aspect et les dimensions à l'œsophage lui-même, mais l'examen histologique montre que c'est simplement la couche épithéliale détachée sans doute par l'action du liquide conservateur. En arrière du gésier, les testicules (/i) cachent l'intestin et le rétrécissent, il se dilate ensuite et se continue avec un diamè- tre uniforme jusqu'à la partie postérieure de la ceinture. Dans sa partie postclitellienne, l'appareil digestif (5) prend l'aspect habituel qu'on lui connaît chez les Lombricins, c'est-à-dire qu'il est membraneux, étranglé à chaque dissépiment, ce qui le fait paraître comme composé d'une multitude de poches; une par- ticularité digne d'attention, parce qu'elle paraît tout à fait en dehors du type habituel, c'est la présence de deux caecums (G) dont l'ouverture de communication avec la cavité intestinale se trouve dans le vingt-troisième anneau et qui s'étendent en remontant jusqu'au vingt et unième; la structure de ces diverticulums est absolument celle de l'intestin lui-même et le rôle de ces parties me paraît jusqu'ici inexplicable, car dans cette région du corps la similitude des anneaux tant à l'exté- (1) PI. 10, tîg. à, c. (2) PI. 10, fig. Il, d. (3) PI. 10, fig. Il, e. (4) Pi. 10, flg. !i, h, h'. (5) P1.10,fig. i, /■. (6) PI. 10, fig. ti, ff. 23Z|. liÉON VAILLANT. rieur que dans les parties contenues est telle qu'on ne peut se rendre compte physiologiquement de cette anomalie peut-être individuelle. L'intestin, aussi bien que ces caecums, était rempli sur l'échantillon que j'ai examiné d'une matière terreuse comme celle qu'on rencontre dans le Ver de terre; les mœurs des Peri- chœta sont d'ailleurs, d'après Schmarda, les mêmes que celles de nos Lombrics et c'est dans le terreau qu'on les rencontre (1). Le Perichœta pjsthuma présente quelques différences dans la composition de ses organes digestifs comparés à ceux que nous venons d'étudier. La portion pharyngienne est moins dévelop- pée, il n'y a pas de gésier musculeux ni de csecums latéraux. Quant au contenu de l'intestin, il est le même que dans l'autre espèce. Ce n'est sans doute pas sur des animaux morts depuis long- temps et conservés, que l'on peut chercher à reconnaître la dis- position d'un système tel que celui des vaisseaux rouges, si dif- ficiles à étudier dans tous leurs détails chez le vivant. Sur le Ver de l'Ile de France, ces vaisseaux étaient peu visibles et je n'ai pu les poursuivre, mais les nombreux échantillons du Ver de .Tava, que j'ai eus à ma disposition, m'ont permis de les rechercher dans cette espèce avec plus de soin ; les dessins de d'Udekem m'ont d'ailleurs donné les indications principales et je n'ai eu qu'à contrôler les faits que je consigne ici. 11 est facile de reconnaître un vaisseau dorsal et un ventral sus-nervien; je n'ai pu apercevoir le vaisseau sous-nervien qui doit exister cepen- dant suivant toute probabilité. En arrière des organes génitaux mâles, on trouve des anastomoses dorso-ventrales faisant com- muniquer les deux vaisseaux dont je viens de parler; ces anasto- moses sont renflées en chapelet, comme cela a depuis longtemps été signalé par Dugès ('2) chez le Lombric; nul doute que ces organes ne soient aussi chez le Perichœta des organes contrac- tiles destinés à la circulation du liquide rouge. Ces anastomoses moniliforn)es existent bien clairement dans les onzième et dou- (1) Loc. cit., p. 14. (2) Ann. des se. nui., 1« série, t. XV, p. 299; pi. 8, lig. 1 (1828). ANATOMIE DE DEUX ESPÈCES DU GENRE PKRICHiETA. 235 zième anneaux. Dans un croquis, d'Udekem en figure cinq, du neuvième au treizième anneaux, je n'ai pu les retrouver ; il est cependant très-possible qu'elles existent, maison ne peut aper- cevoir ces parties que lorsqu'elles sont remplies de liquide coloré, et, comme on le sait, elles sont susceptibles à certains moments de se vider complètement, aussi ne faut-il pas s'étonner si, dans les circonstances oîi ont été examinés ces Lombricins, il peut y avoir des divergences dans les observations. Il est intéressent de remarquer que, ni sur le Ver de l'Ile de France, ni sur celui de Java, je n'ai pu trouver trace des tubes entortillés, ou réservoirs de la mucosité, si faciles à ob- server sur le Lombric, cela serait à revoir. Mais, comme se rapportant aussi aux organes d'excrétion, je dois mentionner les perforations dorsales (1) qui sont ici très-évidentes et des plus faciles à étudier. Ainsi que chez le Ver de terre, elles sont situées sur la ligne médiane à la limite des anneaux, immédiatement en arrière des dissépiments, par conséquent au milieu de la distance qui sépare les couronnes de soies ; elles apparaissent comme une série de points noirs, dont la réunion à première vue forme une ligne bien visible. Sur la portion postclitellienne, ces perforations sont très-régulièrement placées, il en existe une juste à la partie postérieure de la cein- ture, à la limite antérieure de celle-ci il y en a une autre et deux ou trois plus antérieures, mais celles-ci commencent déjà à devenir moins nettes, et tout à fait en avant je n'ai pu les reconnaître. La communication qu'établissent ces perforations avec la cavité périviscérale se met facilement en évidence en exerçant de légères pressions sur l'animal placé dans l'eau ; on voit alors, comme Morren l'a signalé chez le Ver de terre (2), les liquides contenus faire éruption comme de petites fumarolles. Les organes génitaux de l'un et de l'autre sexe sont, sans nul doute, réunis ici sur le même individu comme chez les autres Lombricins, toutefois je n'ai pu examiner que les organes (1) PI. 10, fig. 1, b. (2) De Lumhrici terrestris anatomia, 1829, pi. XIV, %. 8. 236 LÉON VAILLANT. mâles. On connaît depuis les recherches de d'Udekem (l) et de M. Héring (2) la disposition si simple et si singulière des organes femelles, mais il est impossible de songer à trouver des parties aussi délicates sur les échantillons conservés ; toutefois, la pré- sence des poches copulatrices et de la ceinture, organes en rap- port avec la fécondation et Taccouplement ou peut-être la for- mation du cocon, en supposent l'existence et forcent à admettre que les Perichœta sont des Vers monoïques. Les testicules (ô), assez volumineux et irrégulièrement ar- rondis, sont au nombre de quatre, disposés par paire dans le neuvième et le dixième anneau, immédiatement en arrière du gésier. Les antérieurs sont un peu plus développés que les postérieurs, l'aspect est d'ailleurs absolument le même que celui des parties homologues chez les véritables Lombrics ; ils se réunissent de chaque côté sur un conduit (/i) qui se dirige en arrière en longeant la chaîne nerveuse ventrale et débouche à l'extérieur au milieu de la papille, que j'ai si- gnalée sur le quinzième segment (5) (en ne comptant arbi- trairement la ceinture que pour un segment). Sur la paroi interne de la cavité abdominale, au point où aboutit le canal déférent, se trouve un renflement ovalaire (6) occupant au moins les deux tiers de la longueur de l'anneau, et à la saillie duquel est due la papille extérieure. On observe aussi dans ce môme anneau des organes singuliers, dont je ne connais l'ana- logue chez aucun autre Lombricin. Ils sont au nombre de deux (7) symétriquement placés de chaque côté du corps, chacun corres- pondant à l'un des canaux déférents. Leur apparence est celle d'une glande en grappe allongée d'avant en arrière, aplatie de (1) D'Udekem, Développement du LoDihric terrestre {Acddénne royale de Belgique, Mémoires couronnés et Mémoires des savants étrangers, t. XXVTI, p. 19). (2) Héring, Zur Anatomie u. Physiologie der Generutionen Organe der Regen- wûrmcr [Zeitschrift f. wiss. ZooL, t. IV, 1853). (3) PI. 10, fig. 4 et 6, h, h'. {Il) PI. 10, fig. 6 et 7, i. (5) PI. 10, fig. 2,ù. (6) PI. 10, flg. 6 et 7,L (7) PI. 10, fig. 6 et 7, /. ANATOMIE DE DEUX ESPÈCES DU ÛENRE PERICH^TA. 237 haut en bas, et profondément lobée à sa partie externe. Sur le Perickœta posthuma, ses dimensions longitudinales sont un peu plus grandes, car elle occuperait deux anneaux, tandis que dans l'espèce de l'Ile de France elle n'en occupe qu'un, mais cette différence peut n'avoir que la valeur d'un fait accidentel. Le canal excréteur de cette glande se réunil au canal déférent, très-près du point de sortie à l'extérieur. Quelle est la signification de cet organe ? c'est ce qu'il est impossible de décider. Faut-il y voir une vésicule séminale accessoire ou une glande annexe compa- rable à une prostate? l'observation histologique du contenu jugerait la question, mais il devrait être ftiit sur le vivant; l'aspect extérieur semble cependant plus en rapport avec la se- conde hypothèse. Dans un court résumé de ces observations présenté à la Société philomathique (1), j'avais insisté sur cette coïncidence de la position des pores mâles au quinzième anneau, comme cela se rencontre chez la plupart des Lombrics. A cette époque, je n'avais pas encore examiné les échantillons de Java et, pour ménager l'exemplaire unique que m'avait confié M. Lacaze- Duthiers, j'avais cru devoir ne pas pousser très-loin l'étude de la disposition de l'appareil nerveux. Mais, d'après ce qu'on a vu plus haut, il est clair que ce rapprochement est plus apparent que réel, puisque les trois renflements ganglionnaires de la ceinture doivent morphologiquement la faire considérer comme résultant de la soudure de trois anneaux. Au voisinage des orifices mâles, on trouve des papilles dont le rôle est sans doute d'assurer l'adhérence des individus au mo- ment de la copulation , leur disposition n'est pas la même dans les deux espèces dont je m'occupe ici. Chez le Perichœta cingu- lata ces papilles sont situées sous le quinzième anneau, exacte- ment sur la ligne médiane, entre les ouvertures mâles ; je ne les ai pas vues sur tous les échantillons de la collection du Muséum, quatre sur six seulement les offraient ; celui que j'ai disséqué en (1) Sur le Perichœta cingulata {Bull. Soc, philomathique de Paris, nouvelle sério, t. IV, p. 236, 1867). 238 LÉON VAILLANT. était précisément privé. Dans le Perichœta posthuma, ce sont au contraire les anneaux qui précèdent et qui suivent celui oh sont les orifices sexuels mâles, c'est-à-dire le quatorzième et le seizième anneaux qui les présentent , il y en a une paire sur chacun d'eux ; elles forment avec la papille de l'anneau inter- médiaire une rangée longitudinale. Comme dans l'espèce pré- cédente, sur bon nombre d'individus elles sont peu visibles ou même paraissent manquer complètement. Les poches copulatrices (1) occupent une position autre que chez les Lombrics ; elles sont moins confondues avec les glandes génitales et placées plus en avant. On en trouve quatre paires situées dans les quatrième, cinquième, sixième et septième anneaux vers leur partie antérieure. La position est la même dans les deux espèces ainsi que la forme générale, chacune d'elles est composée de deux parties, de deux culs-de-sac inégaux (2), débouchant à l'extérieur par un canal commun que j'ai suivi jusqu'au tégument, sans pouvoir toutefois reconnaître claire- ment l'ouverture de sortie ; le plus petit des culs-de-sac (3) est le plus rapproché de la ligne médiane. La seule différence que l'on puisse peut-être relever est que, dans le Perichœta posthuma, les deux parties sont moins nettement séparées que chez le Peri- chœta cingulata. Je dois faire aussi remarquer que l'interpréta- tion que je donne de ces parties est basée sur une simple simili- tude d'apparence, car ici encore l'examen histologicjue sur le frais pourrait seul justifier ou infirmer cette interprétation. Comme on le voit, les particularités anatomiques sont assez frappantes pour confirmer rétablissement du genre établi par M. Schmarda. Il existe, d'une part, des caractères qui indiquent des affinités réelles avec les véritables Lombrics ; tels sont l'appa- rence extérieure, la forme des soies, l'appareil nerveux, l'appa- reil digestif, l'appareil circulatoire, la situation des perforations dorsales. A côté de ces points de ressemblance existent des dif- férences importantes, par exemple le nombre des soies et aussi (1) Pl. 10, flg. 6, m, m', m", m"', (2) Pl. 10, fig. 8. (3) Pl. 10, flg'. 8, i. ANATOMIE DE DEUX ESPÈCES DU GENRE PERICH.ETA. 259 la disposition des organes génitaux ; les faits les plus saillants sont la situation des poches copulatrices, mais surtout celle de la ceinture qui présente chez ces animaux ce caractère exception- nel jusqu'ici d'être placée en avant des ouvertures génitales mâles, contrairement à ce qui a lieu chez les animaux du genre Lumbricus. Quant à la distinction d'espèce que j'ai cru devoir établir, outre les caractères indiqués plus haut dans la diagnose et re- latifs aux dimensions des soies et à leur nombre, la présence ou l'absence d'un gésier musculeux, la disposition des papilles co- pulatrices, la forme des poches copulatrices, tendent à en aug- menter la valeur. Je crois qu'il faut être très-réservé sur la création d'espèces lorsqu'on n'a pu étudier les êtres que dans les circonstances défavorables où j'ai eu ces Vers à ma dis- position , cependant les caractères sur lesquels je m'appuie me paraissent d'une importance suffisante et de ceux que la conser- vation dans l'alcool ne peut sensiblement altérer, puisqu'ils sont tirés de la situation réciproque d'organes similaires ou de l'étude de parties qui, dans ces conditions, sont peu modifiées. Dans l'état actuel [de nos connaissances il faut convenir qu'une classification des Lombricins, à peu près satisfaisante, n'est pas chose facile à réaliser et les essais de différents zoolo- gistes dans cette voie peuvent en donner la preuve. Deux idées principales paraissent avoir dominé les naturalistes : les uns, ce sont les plus anciens, ont cherché les caractères des grandes divisions dans les différences anatomiques extérieures ou même purement zoologiques, c'est-à-dire fondées sur l'étude d'habi- tudes, de mœurs, etc.; d'autres ont préféré prendre les bases de leur classification dans la disposition des organes internes. Il faut dire que, dans l'un et l'autre cas, il était impossible d'être absolument exclusif, et l'homogénéité de la classe en donne la raison ; tous les êtres qui la composent sont évidemment très- rapprochésles uns des autres par leur organisation et il est clair qu'on est obligé de s'appuyer sur des caractères différentiels souvent d'une importance secondaire. 9,1x0 LÉOW V4ILLAIS;'r. M. Grube, dans son remarquable opuscule Die Familien der Anneliden (1), qui, sous sa forme concise, peut être regardé comme le travail général le plus complet publié sur ces êtres dans ces derniers temps, se rattache, à la suite d'autres naturalistes, à la première école. Il donne aux Annélides qui composent ce groupe, comprenant les Lombrics et les Naïs des anciens auteurs, le nom cVOligochœla. J'avoue qu'avec d'Udekem ("i) je ne com- prends pas bien la nécessité de ce nouveau vocable; le nom de Lombricins, emprunté à Siebold(3), a incontestablement l'anté- riorité, est plus conforme à la nomenclature habituelle et se rap- proche plus de l'ancienne dénomination de Savigny à' Annélides lombricines qu'on pourrait conserver, car, en en restreignant le sens, puisque personne maintenant ne songerait à réunir les Échiures aux Lombrics, son seul défaut est de n'avoir pas peut- .être la forme habituellement usitée aujourd'hui , inconvénient en réalité de bien peu d'importance. M. Grube subdivise ce groupe suivant les anciens genres de Millier élevés au rang de famille eu Lumbricina et Naïdea, ce dernier nom em- prunté à Ehrenberg, Dans la distinction de ces deux groupes interviennent des caractères tirés de l'aspect extérieur et de la nature des soies, ceux-ci ne sont pas cependant présentés d'une manière absolue, pas plus que la différence dans le genre de vie, les premiers étant généralement terrestres, tandis que les seconds ont des habitudes plus exclusivement aquatiques. Les soies chez les Lumbricina sont « excessivement peu saillantes, pres- que toujours en hameçon, réunies deux par deux ou isolées, dans ' le premier cas sur un ou deux rangs (de chaque côté), dans le second sur quatre (très-rarement sur de petites éminences) »(/i) ; cette dernière restriction est faite en vue du genre douteux Megascolex de Templeton. Cette diagnose, suffisante à l'époque où l'a présentée M. Grube, ne pourrait être conservée depuis les (1) Die Familien der Ânnelideti mit Angahe ihrcr Gattungenund Arten. Berlin, 1851, (2) Mémoire sur les Lumbricins, p. 9. (3) Manuel d'anat. comp., trad. de A. Spring et Lacordaire, t. I, p. 187, 1850. La publicatiou de réditioii allemaude est antérieure d'au moins deux ans à cette date. (4) Loc. ciY., tableau annexé à la pa;je 33. ANATOMIE DE DEUX ESPÈCES DU GENRE PERICH^TA. 2/il récentes découvertes de cet auteur lui-même et de Schmarda : le Lumbricus midtispinus Grube (1), les nouveaux genres Peri- chœta, Pontoscolexi^l), ont les soies tout autrement disposées et en nombre beaucoup plus considérable. Les Naidea présentent ces organes « partie en hameçon, partie capillaires et saillantes, tantôt sur un, tantôt sur deux rangs, les soies capillaires ordir nairement par deux, les autres plus nombreuses dans chaque faisceau ». Les genres sont groupés suivant la présence ou l'absence de branchies postdfieures et en se servant ensuite de la disposition et de la forme des soies. Cette classification, presque exclusivement basée sur la con- sidération des organes moteurs, est commode et conduit à des rapprochements suffisamment naturels, seulement les décou- vertes récentes, en multipliant les types, l'ont rendue incom- plète, sort commun à toutes nos recherches ; un inconvénient plus grave est que les caractères indiqués sont souvent un peu vagues ; il faut, du reste, avouer que la précision est difficile dans un groupe de cette nature, oîi les différences sont en définitive faibles. " En 1862 (3), M. Claparède, à l'occasion de travaux sur les Lombricins inférieurs, a proposé une classification reposant sur une étude plus complète peut-être de l'anatomie, mais qui ne me paraît pas cependant, au point de vue pratique, d'une appli- cation facile, d'ailleurs elle ne semble racheter cet inconvé- nient par aucun avantage bien sensible, car elle n'établit dans les rapports naturels des êtres rien qui ne fût déjà indiqué dans la classification de M. Grube. Pour les divisions prin- cipales portant le nom de familles, les caractères tirés des soies sont laissés de côté, l'auteur les considérant comme « de peu d'importance et dépourvus de généralité » ; il en est de même des habitudes biologiques, qui en sont le corollaire, et (1) Middendorf, Sibirische Reise, t. Il, 1''* partie. Wirbellosc Thiere, p. 19, pi, H^ fig. U. Saint-Pétersbourg, 1851. (2) Schmarda, /oc. cit., p. li. , (3) Claparède, Recherches anatomiques sur les Olig achètes {Mém, Soc. phys, et Hisf. nat. de Genève, t. XVI, 1^ partie, 1862). 5« série, Zool. T. X. (Cahier n» 4.) * 16 2/l2 LÉON VAILLANT. qui ne sont pas mentionnées dans la diagnose, à la vérité, les noms imposés à ces groupes à'Oligochètes terricoles et û'Oligo- chètes limicoles y font suffisamment allusion. Voici les caractères de ces deux familles (1) : « Première famille : Oligochètes terricoles. — Diagnose : Oligochètes à vaisseau ventral double, munis d'organes segmen- tairesdans les segments qui renferment les oviductes, les canaux déférents et les réceptacles de la semence. Clitellum placé très en arrière des pores génitaux. Réseau vasculaire entourant les organes segmentaires. Genres : Lumbricus Linné (et peut-être aussi Hypogœon el Criodrilus Hoffm.). Deuxième famille : Oligochètes limicoles. - Diagnose : Oligochètes à vaisseau ventral unique, dépourvus d'organes segmentaires dans les segments qui renferment les oviductes, les canaux déférents et les réceptacles de la semence. Clitellum ou ceinture comprenant toujours le segment porteur des pores génitaux mâles. Jamais de réseau ni d'anses vasculaires embras- sant les organes segmentaires. Genres: Tubifex Lam., Limnodrilus Clap., Clitellio Sav., Lumbriculus Gruhe, Stylodrilus Clap., Nemodrilus Clap., Eii- chytrœus Henle, Pachydrilus Clap., A'aïs Mliller. Slylaria Lam., Chœtogaster Baër ; sans nul doute aussi : Euaxes Grube, Ser- pentinaŒT;i\.,OEolosomaE\u\;ei peut-être : HelodrilusEoïïm., Phreorycles Hoffm., Mesopachys OErst., Dero Oken [Proto Âuct.). » Comme on le voit, c'est principalement le système des vais- seaux rouges et les organes génitaux qui servent de base à ces divisions. Mais le premier, dont nous ne connaissons peut- être pas encore parfaitement l'usage, mérite-t-il la préfé- rence que lui accorde M. Claparède? Cela est au moins dou- (1) Loc. cit., p. 286. ANATOMIE DE DEUX ESPÈCES DU GENRE PERlCHiETA. 2^3 teux. La présence d'un seul vaisseau ventral ou de deux vais- seaux est-elle réellement liée à une différence typique, ou dépend-elle de causes en relation avec des conditions différentes de nutrition ? Nous voyons, en effet, que c'est sur les petites espèces que se rencontre la simplicité, sur les grandes la complication annoncée par le vaisseau double. Que cet appa- reil soit en relation avec la circulation d'un fluide de nutri- tion analogue au sang ou que son usage soit autre, ce n'est pas ici le lieu de discuter cette question, mais en tout cas le rapport est assez frappant pour qu'on soit en droit de se tenir en garde. Chez quelques animaux, le système vasculaire en question est sinon nul, du moins tellement rudimentaire, qu'il serait difficile de dire dans quelle section ils doivent rentrer sous ce rapport. Quant aux organes segmentaires chez les Lombricins dégradés, ils disparaissent complètement dans la grande majorité des an- neaux. D'ailleurs les savantes recherches de M. Leydig sur le Phreoryctes Menkeanus (1) nous ont fait voir un être chez lequel avec un vaisseau ventral simple se voient des organes segmen- taires accompagnant les organes génitaux mâles, ce qui lé ferait rentrer tout aussi bien parmi les Ohgochètes terricoles que parmi les limicoles. La position au clitellum dans ses relations avec les pores génitaux donne avec une légère modification un bon caractère, puisque chez les Perichœta, que personne, je crois, ne songerait • à éloigner des Lombrics, cette partie est, on l'a vu, placée bien en avant des orifices en question. Au reste, malgré cette divergeiice de point de départ qui semblerait devoir éloigner des idées de M. Grube, la disposition des genres dans les deux familles estsi peu différente, ainsi qu'on peut le reconnaître dans le tableau ci-dessus, qu'on ne com- prend pas bien pourquoi M. Claparède rejette les noms établis par son prédécesseur. En effet, il cite comme type de ses Oligochètes terricoles le genre Lumbricus Lin., en y joignant (1) Loc. cit., p. 284 et 290. 2/|i!l LÉON VAILLAVr. comme douteux les HypogœonSsi\. eiCriodriliis Hoffm. ; les autres genres admis par M. Grube, abstraction faite du genre Mega&co- lex, sur lequel réellement nous n'avons que des renseignements très-incomplets et que M. Claparède fait peut-être bien de rejeter, sont placés, il est vrai, parmi les Oligochèteslimicoles, mais deux d'entre eux, Helodrilus Hoffm. et Phreoryctes Hoffm., avec doute, un troisième, Euaxes^ avec restriction, puisqu'il est mis hors rang, en sorte qu'il ne reste de réellement déplacé que le genre Lumbriculus Grube, qui doit, je le crois avec M. Clapa- rède, passer parmi les Naïdiens, mais un changement d'aussi peu d'importance peut-il justifier la création de noms, dont le moindre inconvénientest de surcharger inutilement la nomencla- ture zoologique toujours trop embrouillée? Dans les Oligochètes limicoles se trouvent absolument les mêmes genres que chez M. Grube, excepté les Capitella, qui sont avec raison tout à fait retranchés ; je ne parle pas naturellement de cinq nouveaux genres dont M. Claparède nous fait connaître les caractères très- développés, avec cette précision à laquelle ajoute encore l'au- torité bien connue de l'auteur sur ces matières. Dans ce même travail, un tableau (1) indique la disposition de onze genres que l'auteur a particulièrement étudiés. Ce tableau résume d'une manière heureuse les recherches consi- gnées dans le mémoire, en particulier ce qui se rapporte aux or- ganes de la génération et au système des vaisseaux rouges. Je ne sais d'ailleurs si M. Claparède a voulu y indiquer une méthode générale de division des genres, souvent les caractères employés ne sont pas d'un emploi commode. En ce qui concerne la dispo- sition anatomique des organes génitaux, qui y joue un grand rôle, je pense qu'il faut être sobre dans l'emploi qu'on en veut faire pour donner des caractères d'une grande valeur; en nous reportant aux animaux supérieurs, nous la voyons varier dans (des limites très-étendues chez des animaux cependant très-voi- sins, et autant l'étude du développement nous est utile et nous donne sur les affinités réelles des êtres d'excellents renseigne- (1) Loc. cif.,'[>. 221. ANATOMIE DE DEUX ESPÈCES DU GENRE PERICH^.TA. 245 nients, autant la nature paraît peu soucieuse de se conformer à un plan circonscrit dans les organes qui semblent cependant le plus immédiateaient liés à ce développement ; ceci a surtout rap- port aux organes génitaux mâles dans leurs parties accessoires : canaux vecteurs, vésicules séminales, glandes annexes, etc.; et chez les Annélides lombricines, ce sont précisément ces parties auxquelles on a souvent eu égard. Ces organes ne nous donnent qu'un caractère important, c'est qu'il nous font savoir quand nous avons affaire à un animal complètement développé. Dans l'emploi taxonomique, ils ont l'inconvénient d'être souvent tran- sitoires et de subir dans leur évolution des changements qui les rendent parfois méconnaissables chez un même animal à peu d'intervalle. On a cru avec Dugès répondre à cette objection, en faisant observer que le même fait existe pour la classification des végétaux phanérogames, mais cette comparaison n'est pas abso- lument juste ; la tleur n'est pas à proprement parler l'organe de la reproduction, c'est l'individu reproducteur, ce qui est bien diffé- rent. Je pense donc que, dans le cas particulier qui nous occupe, ces raisons sont plus que suffisantes pour nous engager à n'em- ployer ces caractères qu'avec réserve, et seulement pour des dis- linctions de degrés inférieurs, d'espèce ou au plus de genre. Le système des vaisseaux rouges pourrait peut-être donner des in- dications plus utiles, si, dans la classe voisine des Annélides pro- prement dites, on ne le voyait chez des genres voisins présenter des modifications profondes dans sa composition, ce qui doit nous mettre en défiance; telles sont les Apneuraées (1), au milieu du groupe des Térébelliens ; en somme, pour en faire emploi, il serait utile de chercher d'abord à bien savoir ce que signifie cet appareil, et si réellement ce liquide rouge sans glo- bules représente le sang tel que nous le comprenons chez les Vertébrés. Quelques armées avant le travail de M. Claparède, d'Ude- kem (2) présenta à l'Académie des sciences de Belgique une (1) A. lie Quatrelagcs, Histoire naturelle des Aimelés, t. 1, p. 60. (2) Noiwelle classification des Annè/ides sctigères abranches [Mém. de l' Acad. roy. de Belgique, t. XXXI. Présenté à la <éaiicc du G mars 1858). '■}[lQ LÉON VAILLANT. classification tirée de considérations tout autres et qu'on pour- lait appeler une classification physiologique. Çq travail copnn bien après sa présentation, par suite des retaficls inséparables de la publication de ces sortes de recueils, doit êtrie considéré comnie contemporain du précédent, et il n'est pas peu instructif dp comparer les méthodes différentes eniployées à l'insu l'un de l'autre par deux savants aussi compétents sur cette matière. En éliminant la famille des Capitellidées admise par d'Udekem et qui doit plutôt rentrer dans les Annélides proprement dites, la classe des Lombricins en renferme encore quatre autres : les Lombricidées, les Tubifécidées, les Enchytridées, les Naïcidées. Dans un tableau (1) où l'auteur résume sa classification d'après les caractères qui lui semblent, sans doute, de la plus grande importance, ces familles sont exclusivement distinguées parle mode de reproduction et les caractères du produit de la ponte. Les trois premières forment un groupe dit des Ayemmes, parce que la reproduction s'y fait toujours par œuf; cet œuï est petit chez les Lombricidées, volumineux chez les autres, et la capsule est pluriovée chez les Tubifécidées, tandis qu'elle ne contient qu'un œuf chez les Enchytridées. Les Naïcidées forment à elles seules une tribu des Gemmifères, parce que la reproduction s'y fait habituellement par voie agame. Que ces caractères aient une grande valeur au point de vue de la zoologie philosophique, qu'un jour, mis en relation avec l'organisation générale, ils en fassent ressortir des analogies ou des différences importantes, c'est ce qu'on verra par la suite, mais dans l'état actuel de la science, il serait impossible de s'en contenter et seuls ils se- raient insuffisants par leur manque de précision pour permettie de placer un animal dans la famille a laquelle il appartient. Notons d'ailleurs que ces caractères reposent sur une générali- sation anticipée, le mode de reproduction, le volume et la com- position des œufs ne nous étant connus que dans un très-petit nombre d'espèces et rien ne nous donnant la certitude que dans toutes les saisons, à toutes les époques du développement, le (1) Loc. cit., p. 5. ANATOMIE UE DEUX ESPÈCES DU GENRE PERICH^ETA. 5/|7 mode de reproduction soit toujours le môme. Ces réserves faites et justifiées par l'importance que d'Udekem paraissait attacher à celte classification, puisqu'il y revient dans l'introduction de son cjeruier ouvrage sur les Lombricins (1), il faut ajouter (|ue les caractères détaillés donnés à cliacune de ces familles, la dis- tribution des genres dans chacune d'elles, sont remarquablement traités. Il fait entrer comme caractère important la disposition du tube digestif, simple ou muni de dilatations stomacales, appa- reil qui mérite, je crois, de fixer plus qu'il ne le fait d'ordinaire l'attention des zoologistes. Ce travail cherche en outre à être aussi général que possible et poursuit l'analyse jusqu'à l'éta- blissement des espèces, en sorte qu'il complète d'une manière heureuse sur certains points le travail de M. Grube, et ce qui est d'un grand prix, l'auteur nous dit avoir déterminé presque toutes les espèces par des observations faites sur le vivant. En cherchant pour un travail plus étendu à résumer et faire connaître d'une manière pratique l'état de nos connaissances sur le groupe des Lombricins, j'ai dû choisir entre ces trois méthodes zoologique, anatomique et physiologique, celle qui me parais- sait la plus convenable pour répartir les genres aussi commodé- ment que possible, sans trop rompre les rapports naturels. En ce qui concerne ce dernier point, il faut avouer que tous les êtres du groupe se ressemblent tellement, que la disposition des genres, dans une certaine limite, est souvent indifférente; cependant, en prenant les extrêmes, il est clair qu'il y a de notables différences entre un Lombric, un Tubifex et un Chaeto- gaster, et qu'il existe des transitions trèsménagées des uns aux autres. Si l'on veut se rendre compte des rapports de ce qu'on peut regarder comme les types les plus distincts, les Lombrics et les Nais, on est porté à reconnaître aux premiers la supériorité or- ganique. Les espèces ont des habitudes plus terrestres, la taille qu'ils peuvent atteindre est plus considérable, caractères qui, dans des animaux voisins, peuvent être pris en considération, (l) LOC. rit., p. 11. 268 LÉOIV VAILLANT. eu égard à l'éiévation du type ; ajoutons, ce qui est le réel argu- ment, que tout l'ensemble des appareils examinés isolément vient à l'appui de cette opinion. Cependant, si l'on considère la classe qu'on admet en général comme étant l'expression la plus élevée des Vers, la classe des Anuélides, on voit facilement qu'elle se rapproche plutôt des Naïdiens, se confond jusqu'à un certain point avec eux ; il me suffira de rappeler, d'une part, les Polyopli- thalmus, lesA/wff, et de citerle nouveau genre ^eierofAcpfa établi par M. Claparède pour une Annélide qui, par la forme de ses soies, s'écarte singulièrement de ce que nous connaissons chez les Lombricins. Il faut en conclure que, s'il existe des relations à établir entre les deux classes, les Lombricins proprement dits s'écartent en divergeant, tandis que les Naïdiens avoisinent les Annélides. Dans le tableau ci-dessous, en m'aidant largement des tra- vaux de mes devanciers, en particulier de ceux de M. Grube et de M. Claparède, auxquels j'ai souvent textuellement emprunté les distinctions, j'ai cherché à grouper de la manière la plus simple et la plus facile les différents genres rentrant dans la classe des Annéhdeslombricines. Pour un certain nombre d'entre eux que je n'ai pu étudier par moi-même, j'ai dû m'en remettre aux descriptions qui nous ont été données par les auteurs ; cela n'arrive guère que pour les genres exotiques, beaucoup moins nombreux jusqu'ici que les genres européens à l'étude desquels on s'est particulièrement attaché, et dont les espèces ont une aire d'extension assez vaste pour qu'il m'ait été possible d'en examiner un grand nombre tant dans les environs de Paris et en Bretagne qu'auprès de Montpellier. Ces recherches m'ont conduit à supprimer ou à réunir (juel- ques genres, dont les caractères ne me siMublent pas suffisam- ment nets. Par exemple, les genres Limnodnlus Clap. et Cli- fe//toSav., tous deux voisins des Tublfex, dont ils diffèrent surtout par l'absence de soies sétacées, ne me paraissent pas distincts, je ne crois pas que la présence d'une vésicule séminale greffée ou non greffée sur le canal déférent, constitue dans l'état actuel de nos connaissances une différence générique véritable. Le ANATOMIE DE DEUX ESPÈCES DU GENRE PERlCH/EïA. S/lQ genre %/flrùi Lamk, qu'avec M. Grube et d'Uilekemje réunis aux Naïs, mériterait peut-être d'en être distingué ; M. W. C. Mi- nor (1) a fait remarquer que la dilatation du tube digestif n'a pas la même forme dans les deux genres, la reproduction asexuée viendrait, suivant cet auteur, à l'appui de cette opinion, elle serait toujours par scission dans le premier, tandis qu'elle a lieu plut(M par bourgeonnement chez les Nais; ce sont là des faits à considérer. Quant au genre Pac%rfn/w5Clap., si singulier par l'inégalité de ses soies supérieures et inférieures, j'ai pu le rencontrer en grande abondance dans la Mosson près Montpel- lier, et mes observations me portent à n'y voir qu'un état jeune du Phreorycles. 11 m'a paru nécessaire \^our \e Lumbricus muUispinus Grnhe, remarquable par le nombre et la disposition de ses soies, de former un nouveau genre, pour lequel je propose le nom d' Echinodrilus ; mais il demanderait évidemment de nouvelles études. Ces légères rectifications sont les seules qu'il m'ait paru utile d'introduire dans la nomenclature, établie d'ailleurs avec un très- grand soin, dans ces dernières années, par les différents natura- listes qui se sont occupés de ces êtres. Pour grouper ces nombreux genres d'après l'examen des prin- cipales méthodes de classification mises en usage jusqu'ici et que j'ai résumées plus haut, j'ai cru devoir de préférence employer les caractères extérieurs, qui, d'ailleurs pour bon nombre d'es- pèces, sont tout ce que nous en connaissons, raison secondake sans doute, mais qui a son importance dans un travail de la na- ture de celui que j'ai entrepris. Au reste, pour les Annélides, M. de Quatrefages a parfaitement montré quelle était la valeur des modifications de la forme extérieure, suivant les prin- cipes professés par de Blainville (2), et les groupes sont assez voisins pour que ce qui est applicable à l'un d'eux, a priori^ (1) l'pon merisvudic Multiplication in some Annelida {American Journal of Science mal Arts, vol. XXXV, janv. 1863, p. 36, note et piige 42). (2) Note sur la classification des Annélides {Comptes rendus de l'Acad. des se, t. LX, séance du 27 miii-s 1865, et Histoire des Annélides, 1. I, p. 169), 250 LÉORI VAILLANT. puisse l'être à l'autre. C'est dire que la méthode de M. Grube est celle que j'ai adoptée, et d'ailleurs je la considère comme étant la meilleure à tous les points de ^ue. Les deux familles des Lumbricinaei des ISoiidea admises par cet auteur me paraissent très-naturelles, et je les crois faciles k distinguer par la considération des soies. L'un des caractères distinctifs de tous les êtres compris dans ce groupe est, on le sait, de présenter de ces appendices, qu'on doit regarder comme analogues à ceux des Annélides proprement dites, dont ils ne diffèrent généralement qu3 par leur simplicité plus grande et Ipur petit nombre. Trois formes principales s'y rencontrent : les soies simples^ coniques à leur extrémité libre, droites ou plus souveiit recourbées légèrement en S; les soies bifides (\\\\ diflèrent des précédentes par leur extrémité bifurquée, chacune des divisions étant recourbée plus ou moins en crochet ; enfin les soies capillaires, simples, très-ténues, et beaucoup plus allon- gées que les précédentes. Les Annélides lombricines sont to^- jo|jrs pourvues d'une de ces sortes de soies, parfois de deux; dans les deux remarquables genres //eteroc/iœ". cj O. ;- o Oï ^QJ cj 7 't^ "S ■-^ -« 3 3 s rS o o c W^ Cft CO • S • o; . (» S to .— o» o -w s. s s o -s ™ O" •< en g Ih G W C es r-< ,_i fs :3 c:; ff ^ •5,2£ es « H^ o -- ' s ,r c^ o.£ tft "tf "c ^ ^â £ en o s S p a; Oh o A. C3 e o 'S "o, . . s « es o g ■p H 5 lA § § i I, ■S s § g' s ?= >« s- S >- O O ■S -S o a S es ;i o ^ ^ I s »> >~i a; o ^ -S "S H^ s ■2 s ^ î' s~ s £ -S O ta E^ a, c .6=c es es ? 'n 0) 3 O Sri «s O) CD a o» o S es S 2^ -»-> .2 C O S. o S e "o 'o C £ c 3 '? -eu 3 o a. "2 c/} w trj O o j3 c/i > ;x Œ QJ es 3 --V— "■•^ O- 3 2 « cr o o. ' --3 -2 , o .ï ".2 8i es t« eu >'■ a 3 s s 3 eS^ .S es O c. c Sd a ■T3 5 es ^ «■ ^ C CJ 'a^ ^ o O -Cj "Ô cS s ,^ '^ co EUh o X O. o m ce 2 O» o iS > es ^ v<^ es 'O» C!h ce (M ^ es a Ç- a a o «2 S w C O ' ^ c -o eu ES •■rj a es w^ !>■ %• 2l, a .-^ .'^' o 3 ■CI a, C" "-o s a _a =r Co cj s o J2 ta Xi es eu :_] *Ui O Ch "" <^ ANATOMIE DE DEUX ESPÈCES bu GENRE PERICH.flTA. 255 =8 S O — s H o z (S c5 QJ o "« -a «3 f-* fC 'o rt "o 'c:? g 2 "5 o V2 H 2 en < a o ^ ^ 5 o S OJ o 3 fe y « .S 3 O s es «LICEKtS. font un violent exercice, quoique la transformation des compo- sés azotés soit plus rapide, la sécrétion de l'urée n'est peut-être pas plus considérable, parce que les produits résultant de ces métamorphoses quittent le corps sous d'autres formes. Eu examinant la question à un certain point de vue, on peut avec une seule expérience décider négativement si l'oxydation des composés albumineux engendre seule la force musculaire. Il suffit de la réflexion suivante : supposant qu'une personne puisse accomplir une quantité définie de travail extérieur dite m (kilogrammètre), et qu'eu l'accomplissant il [s'oxyde dans ses muscles un certain nombre de grammes d'albumine p. Suppo- sant aussi que nous connaissions la quantité de chaleur qui se dégage quand un gramme d'albumine est transformé par l'oxydation, et décomposé de la manière suivant laquelle les par- ties constituantes de cette substance abandonnent le corps humain ; alors, si l'équivalent calorifique du travail manuel m est plus considérable que la quantité de chaleur que peut produire l'oxydation du nombre de grammes d'albumine p, la question peut être jugée négativement avec une entière certitude. Mais si, au contraire, l'équivalent calorifique de m (travail) est moin- dre que la chaleur provenant de l'oxydation de p (grammes d'albumine), la question ne reçoit aucune réponse affirmative , et c'est dans le premier cas seulement que le résultat de cette expérience est décisif. Nous avons fait ensemble une expérience de cette nature ; il est vrai qu'à l'exception du travail mécanique, on ne peut assi- gner aucune valeur numérique exacte aux quantités qui de- vraient être déterminées, mais nous pouvons atteindre un cer- tain degré d'exactitude qui permet d'arriver à des conclusions satisfaisantes. Nous avons choisi, comme travail extérieur mesurable, l'ascen- sion d'un pic de montagne, dont l'élévation était connue. Nous avons préféré cet exercice à celle du treuil des carriers, ou à tout autre travail, non-seulement parce qu'il était plus agréable, mais surtout parce que nous n'avions pas de machine conve- nable à notre disposition. DE l'origine de LA FORCE MUSCULAIRE. 561 Parmi les nombreux pics des Alpes suisses, le Faulhorn, situé près du lac de Brientz, dans l'Oberland bernois, est celui qui nous a paru réunir toutes les convenances nécessaires. Il fallait que la montagne qui devait servir à notre expérience fût aussi haute que possible, et néanmoins que nous pussions passer une nuit sur le sommet dans des conditions à peu près normales : car si nous avions dû redescendre immédiatement, la quantité mesurable de travail aurait été suivie d'un exercice violent et indéterminable des muscles, pendant lequel se seraient opérées un grand nombre de transformations, dont l'équivalent ther- mique serait cependant complètement dégagé sous la forme de chaleur. Le Faulhorn répondait à toutes ces conditions, car, bien que son élévation soit très-considérable, puisqu'il atteint 2000 mètres au-dessus du lac de Brientz, il y a un hôtel à son sommet, et, en outre, l'ascension se fait par un sentier très- escarpé, ce qui, naturellement, favorisait notre expérience, puisque la quantité d'action musculaire qui, se convertissant en chaleur, se trouve perdue et ne peut se mesurer, était ainsi ré- duite à son minimum. Nous avons choisi le 'plus roide des sen- tiers praticables ; il part d'un petit village appelé Iseltwald, situé sur les bords du lac de Brientz, et, en marchant à un pas mo- déré, on peut atteindre le sommet de la montagne en moins de six heures. Afin de diminuer autant que possible la consommation super- flue d'albumine {Luœusconsumlion)^ nous n'avons pris aucune nourriture albuminoïde depuis le'SQaoùt à midi jusqu'au 30 août à 7 heures du soir, et, pendant ces trente et une heures, nous nous sommes abstenus de tout aliment solide, si ce n'est la fécule, la graisse et le sucre. Selon les indications de F, Ranke, nous avons pris les deux premières substances sous la forme de petits gâteaux. En délayant la fécule avec de l'eau, nous obtînmes une pâte légère que l'on fît frire avec beaucoup de graisse. Le sucre fut pris dissous dans une infusion de thé, et il faut aussi compter celui que contenaient la bière et le vin, dont nous bûmes la quantité que l'on consomme ordinairement dans les voyages à pied. L'expérience proprement dite commença, le 29 août à 2C'2 FICK ET WISLICENUS. 6 heures un quart du soir, par une complète évacuation de la vessie, et depuis ce moment jusqu'au 30, à 5 heures 10 mirmtes du matin, l'urine fut recueillie et mesurée avec soin. Nous l'appellerons urine nocturne ; nous en prîmes un échantillon avec nous pour l'examiner, et nous eûmes aussi soin de mesurer l'urine sécrétée entre' 5 heures 10 minutes du matin et \ heure 20 minutes de cette même journée du 30 août. Pendant ce temps, nous avions fait l'ascension de la montagne, et par con- séquent nous la désignerons sous le nom à'urine de travail. La quantité sécrétée entre 1 heure 20 minutes et 7 heures du soir fut aussi déterminée, et elle prit simplement le nom d'wrme afrès le travail ; nous avons passé presque tout ce temps dans la maison sans faire aucun exercice musculaire notable. Après 7 heures, on nous servit un repas abondant, composé principa- lement de viandes ; enfin l'urine sécrétée pendant la nuit que nous passâmes au Faulhorn (c'est-à-dire depuis le 30 à 7 heures du soir jusqu'au 31 août à 5 heures du matin) fut éga- lement mesurée, et désignée sous le nom A'urine nocturne. Arrivés à l'hôtel, sur le sommet du Faulhorn, nous avons déter- miné la quantité d'urée contenue dans l'échantillon de Yurine nocturne du 29 au 30, et de Y urine pendant le travail produite entre 5 heures et demie du matin et 1 heure 20 minutes, peu de temps après la fin de l'ascension. Nous suivîmes la méthode indiquée par Neubauer pour le dosage absolu de l'urée. En premier lieu, les acides phosphorique et sulfuriquc con- tenus dans 40 centimètres cubes d'urine furent précipités par 20 centimètres cubes d'eau de baryte, quantité évidemment suf- fisante, et prenant 15 centimètres cubes de liqueur filtrée (éga- lant 10 centimètres cubes d'urine), on procéda parla méthode de Liebig au dosage du chlore : savoir, au moyen d'une solution de nitrate de mercure, dont 1 centimètre cube correspond à 0°',01 de sel commun. A l'aide de la quantité de solution d'ar- gent nécessaire indiquée par ce qu'on avait déjà employé de solution de mercure, on précipita alors le chlore contenu dans 30 centimètres cubes de la liqueur filtrée. On prit aussi une partie de la liqueur filtrée (correspondant à 5 centimètres cubes d'urine) DE l'origine de LA FORCE MUSCULAIRE. !263 pour déterminer approximativement la quantité d'urée, et une autre partie (correspondant à 10 centimètres culjes d'urine) pour la déterminer exactement à l'aide de la solution de mercure nécessaire, dont 1 centimètre cube = 0^'', 01 d'urée. Enfin l'expé- rience fut faite avec toutes les précautions nécessaires pour en assurer l'exactitude. Dans la matinée du 30 août, nous avons fait des détermina- tions semblables sur l'urine après le travail du jour précédent, recueillie entre 1 heure 20 minutes de l'après-midi et 7 heures du soir. Un spécimen de chacune de ces urines fut alors ren- fermé dans un petit flacon bien rempli, bien bouché et même scellé, afin de pouvoir, à notre retour à Zurich, faire l'impor- tant dosage de la quantité absolue d'azote. On fit la même chose avec la seconde urine noctvrne recueillie et mesurée entre 7 heures du soir le 30 août, et 6 heures du malin le 31 ; mais le temps a manqué pour déterminer la quantité d'urée contenue dans cette dernière. Pour le chlore et l'urée, on a trouvé les résultats suivants : ,1° Urine nocturne du 29 au 30 août. — Les deux échantillons sont légèrement colorés en jaune et parfaitement limpides; la réaction acide est prononcée. a. D'' Fick. — Quantité totale d'urine, 790 centimètres cubes. Dans 10 centimètres cubes, nous avons trouvé 0°%0619 de sel marin et, après les corrections nécessaires, 0"%158 d'urée; la quantité totale de cette dernière s'élevait donc à 12«',Zi820. b. D"^ Wislicenus. — Quantité totale d'urine, 916 centimètres cubes. Dans 10 centimètres cubes, il y avait 0^',03 de sel et Q^\\28k d'urée; le tout en contenait donc ll^'.TGlû. 2° Urine pendant le t)-avail, depuis le 30 août à .5 heures et demie du matin jusqu'à 1 heure 20 minutes. a. D"' Fick. — Quantité d'urine, 396 centimètres cubes. .ïaune pâle, limpide et acide. 10 centimètres cubes contiennent 0«'',0395 de sel et 08M776 d'urée. Quantité totale d'urée, 7s%0330. b. D"^ Wislicenus. — Quantité d'urine, 261 centimètres cubes. Jaune pMe, troublée par le refroidissement, acide. Dans 10 centimètres cubes, il se trouvait O^^OiGO de sel et 0^^2566 d'urée. Quantité totale de l'urée, 6e'-,6973. 26/| riCK ET WINLICEKUS. 3° Urine après le travail, depuis 1 heure 20 minutes jusqu'à 7 heures du soir, le 30 août. Dans les deux cas, jaune foncé, sédiment se dépo- sant par le refroidissement, acide. a. D' Fick. — Quantité d'urine, 198 centimètres cubes. 10 centimètres cubes contiennent 0^^,007 de sel et 0s%2612 d'urée. Quantité totale d'urée, 5«M718. h. D'^Yisli^em^s. — Quantité d'urine, 200 centimètres cubes. 10 centi- mètres cubes contiennent 0"%018 de sel et 0S'',2551 d'urée. Total de l'urée, 5e'^1020. Il est évident que la quantité d'urée que l'on a trouvée ne représente pas exactement celle des substances albumineuses oxydées, surtout parce qu'une partie de l'azote, qui ne peut être négligée, doit se retrouver dans le sédiment, qui consistait presque exclusivement en urate acide de soude, il devient donc nécessaire de rechercher la quantité totale de l'iizoîe présent. On fil les déterminations de l'urée, principalement dans le but d'avoir déjà un calrui approximatif de l'azote si quelque accident arrivait aux échantillons d'urine pendant leur transport à Zurich. Le dosage exact de l'azote se fit, du /t au 6 septembre, au laboratoire de l'Université de Zurich, sur les urines qui s'étaient parfaitement con- servées. On en distilla 5 centimètres cubes, avec un excès de chaux sodée, dans un appareil convenable ; on fit passer les vapeurs dans de l'acide hydrochlorique pur, et le résidu fut chauffé jusqu'à ce qu'il devant incolore; l'air qui avait balayé l'appareil passait à travers l'acide. Le dosage de l'ammoniaque absorbée par l'acide fut fait, comme à l'ordi- naire, au moyen du perchlorure de platine; le sel double obtenu fut cal- ciné et pesé, et la quaittité d'azote calculée d'après le poids du platine métallique que l'on trouva. I. Urine nocturne depuis le 29 août jusqu'au 30. a. D' Fick. — 5 centimètres cubes d'urine donnent 06',3095 de pla- tine égalant 0°S0/i3768 d'azote. Quantité totale de l'azote, 6^',9153fi4. b. D' Wislicenus. — 5 centimètres cubes d'urine donnent 0s%2580 de platine égalant 0s^ 036685 d'azote. Quantité totale de l'azote, 68%686052. II. Urine pendant le travail. a. D"' Fick. — 5 centimètres cubes d'urine donnent 0s%29.")8 de platine égalant 08^Zll8303 d'azote. Quantité totale de l'azote, 3s^312960. b. D' Wislicenus. — 5 centimètres cubes d'urine donnent 0^^,4245 de platine égalant O^^OGOOSO d'azote. Quantité totale de l'azote, 3s%13a566. DE l'origine de LA FORCE MUSCULAIRE. 2G5 III. Urine après le travail. a. D' Fick. — 5 centimètres cubes d'urine donnent 02',;i338 de platine égalant 0s%061345i5 d'azote. Quantité totale de l'azote, 28',4293. b. D' Wislicenus. — 5 centimètres cubes d'urine donnent 0s^^272 de platine égalant 08'', 060il21 d'azote. Quantité totale de l'azote, 2«'',/d6i8i. IV. Urine nocturne depuis le 30 août jusqu'au 31. ,a. D' Fiek. — 5 centimètres cubes d'urine donnent 0^',6601 de pla- tine égalant 0S'',0933475 d'azote. Quantité totale de l'azote contenu dans 258 centimètres cubes, 4e%816731. b. D"^ Wislicenus. — 5 centimètres cubes d'urine donnent Os%7001 de platine égalant 0'5%09900i d'azote. Quantité totale d'azote contenu dans les 270 centimètres cubes d'urine, 5S',3û62'16. Les tables suivantes, laites d'après ces chiffres, donnent l'azote con- tenu dans la quantité totale de l'urée : D^ FiCK. Azote Totalité Urée. 'contc'nn fie dons l'urée. l'azote. Urine nocturne du 29 au 30 août 12,i820 5,82'i!) 6,9153 Urine pendant le travail 7,0330 3,2681 3^3130 Urine après le travail 5,1718 2,4151 2,4293 Urine nocturne du 30 au 31 août 4,8167 D' WISLICENUS. Azote Totalité Urée. contenu île Jans l'iii-inf'. razi)te. Urine nocturne du 29 au 30 août 11,7614 5,4887 6,6841 Urine pendant le travail 6,6973 3,1254 3'1336 Urine après le travail 5,1020 2,3809 2,4165 Urine nocturne du 30 au 31 août 5,3462 5,7423 5,5501 Le calcul de la quantité des substances protéiques en question doit évidemment se baser sur les chiffres indiquant la totalité de l'azote, et par conséquent il faut, pour rendre le résultat aussi convaincant que possible, choisir le cas le moins favorable, c'est-à-dire celui qui conduit à la plus grande quantité de corps protéiques. Tous les véritables corps protéiques qui entrent dans la constitution des tissus, à l'exception du cartilage permanent donnant la chondrine, contiennent plus de 15 p. 100 d'azote. Nous pouvons donc prendre cette proportion pour base de nos calculs, et nous obtenons alors les nombres suivants pour les corps pro- téiques consumés : 266 FICK ET IVISLICENUS. D'' FiCK. D' WiSLICENUS. £rr. ,£rr. Pour lurine noclurno ilu 2G au 30 août. 46,1020 44,5607 Pour lurine pendant le travail 22.0867 | „« oQon 20,8907 ) - „ _ Pour luriue après le travail 16,1953 f-^»'-^-" 16,1100 j' Pour l'urine nocturne du 30 au 31 août. 32,1113 35,6413 Afin de nous i'aireune idée du cours do l'excrétion de l'azote par l'inter- médiaire de l'urine pendant le temps de l'expérience, nous avons divisé les quantités d'azote données dans les deux premières tables par le nombre d'heures pendant lesquelles il avait été sécrété, et nous avoyis obtenu les chiffres suivants : Quantité d'azote excrétée en une heure. Par Fick. Par Wislice>ls. ST. ST. Pendant la nuit du 29 au 30 0,63 0.61 Pendant le travail 0,41 0,39 Pendant le repos après le travail 0,40 0,40 Pendant la nuit du 30 au 31 0,45 0,51 Ces tables sont une preuve de plus de la vérité de ce fait que l'exercice musculaire n'augmente pas beaucoup l'excrétion de l'azote dans l'urine. Dans nos expériences, cette excrétion décroît assez régulièrement depuis le 29 août jusqu'au 30 au soir, et cela en raison, bien évidemment, de notre abstention de toute nourri- ture contenant de l'azote. Dans la nuit du oO au 31, la sécrétion de l'azote fut moins considérable que celle de la nuit précédente, malgré un repas abondant d'aliments albumino'ides pris dans la soirée du 30. Peut-être, pendant l'abstinence, la sécrétion de l'azote, qui n'a jamais entièrement cessé, s'est-elle faite aux dé- pens des tissus, qui ont dû en premier lieu se reconstituer? Nous ne poursuivons pas plus loin ces considérations, et nous passerons à d'autres applications de nos calculs. En premier lieu, nous admettrons une hypothèse, dont la justesse a été démontrée par des recherches récentes : savoir, quel'azote de l'albumine oxydée quitte le corps uniquement par la voie des urines. En effet, Ranke et Thiry ont prouvé der- nièrement que ni la respiration ni la transpiration ne renfer- ment de l'azote en quantité apréciable ; et nous pouvons heu- reusement assurer que. pendant notre ascension, nous n'avons, DE l'origine de LA FORCE MUSCULAIRE. 567 ni l'un ni l'autre, transpiré d'une manière visible. Nous avons été entourés pendant tout le temps d'un brouillard froid, qui nous a empêchés d'avoir trop chaud. S'il se trouve dans les matières fécales une certaine quantité d'azote, nous l'avons né- ghgée, car les produits azotés de la transformation de l'albu- mine, qui peuvent être contenus dans les matières fécales, ne sont probablement pas des composés très-oxydés, et leur pro- duction ne doit donner lieu à aucun dégagement de chaleur ayant quelque importance. Nous devons rechercher maintenant, d'après ces données, quelle est la plus grande quantité d'albumine qui a pu s'oxyder dans nos corps pendant l'ascension de la montagne. Je crois que nous pouvons admettre que la quantité d'albumine oxydée pen- dant les heures de travail ne s'élève pas plus haut que celle correspondante à la (}uantité d'azote excrété dans Y urine pen- dant le travail (c'est-à-dire 22^', 09 pour le docteur Fick et 20^',89 pour le docteur Wislicenus). Enfin le cours de l'excré- tion de l'azote paraît si complètement réglé par la quantité de nourriture et si indépendant de l'action musculaire, que l'on peut raisonnablement supposer qu'il dépend uniquement de la décomposition des substances protéiques. Si l'on nous dit qu'à la fin du temps de travail, il reste dans le corps une quantité considérable des produits azotés de la décomposition, nous pou- vons répondre qu'une quantité aussi grande de ces produits de- vait se trouver dans le corps avant ce temps d'exercice. Nous n'insisterons pas sur ce point, et, qui plus est, nous accorderons même aux adversaires de cette hypothèse qu'il y avait exceptionnellement dans le corps une quantité considé- rable des produits azotés de l'action musculaire; nous ne nous prévaudrons pas de ce fait que, si ce curieux phénomène existe réellement, il indique seulement que les produits de la décom- position provenant de Faction musculaire n'étaient pas aussi oxydés que d'ordinaire, et que, par conséquent, il ne s'était dé- gagé que peu de chaleur pendant leur formation. Ainsi que nous l'avons déjà dit, nous mettrons de côté toutes ces considérations; mais nous pouvons assurer, sans crainte des contradicteurs, t268 FICK ET %\'ISL1CEKIJS. que, pendant les 6 heures qui ont suivi le travail, il a été excrété une quantité de produits azotés provenant de la décomposition, au moins aussi considérable, que la différence entre les quan- tités qui se trouvaient dans le corps avant et après la période de travail. Parmi tous les produits de la décomposition des sub- stances protélques, la créatine est le seul que les muscles sem- blent pouvoir retenir en quantité notable, et l'observation va nous montrer qu'un muscle qui a fait un exercice violent con- tient plus de créatine qu'un muscle resté dans l'inaction. Ainsi, d'après Grégory, la quantité de créatine trouvée dans le cœur d'un Bœuf est de 0^',001/j. et selon Studeler elle n'est que de 0^^0006 dans la chair du Bœuf. Supposons maintenantque, dans notre cas, les muscles exten- seurs de la cuisse, qui ont réellement fait le travail le plus fati- gant dans notre ascension, contiennent, avant cet exercice, la même quantité de créatine que la chair de Bœuf ordinaire, c'est-à-dire 0°',0()06, et, après la même quantité que le cœur, ou 0°',001 li. Il faudra ajouter, à la quantité excrétée avec l'urine pendant le travail, la différence entre ces deux nombres; or le poids des muscles qui agissent dans la jambe pendant la marche étant estimé à '2", 91 3 (voy. Weber, Mecluinik (1er Geliwerkzeuge, p. 218), le poids des muscles des deux jambes sera donc de 5", 8. D'après cela, l'excès de créatine teteuu d'une manière exceptionnelle après le travail serait de 5\8 (0°',OOU — O^'.OOG) = /i°'",(i/i ; ce qui indique 8°',/i d'albumine. Nous avons trouvé 16 grammes d'albumine parmi les produits de décomposition excrétés pendant les six heures qui ont suivi ■ l'exercice. Nous pouvons donc assurer que, pendant ces six heures, il y a eu dans l'urine au moins autant de produits delà décomposition des substances protéiques que ce qui peut en avoir été retenu après le travail dans les tissus, au delà de ce qu'ils en contiennent normalement. Une fois ce fait accordé, nous pouvons poursuivre nos calculs sur ce que nous savons de la quantité d'azote contenue dans les urines pendant et après le travail. Pour le docteur Fick, il y a 38^', 28 d'albumine décom- posée, et o7 grammes pour le docteur Wislicenus. Mais le tableau DE l'origine de LA FORCE MUSCULAIRE. 5!09 relatif au premier de ces sujets nécessite une légère correction ; nous fûmes obligés de mesurer l'urine nocturne à 5 heures 10 minutes dans notre hôtel d'Interlaken.raais le travail ne com- mença réellement que deux heures plus tard, après une heure passée sur le bateau et une autre employée à déjeuner à Iselt- wald ; par consécpient, l'urine sécrétée pendant ce temps n'au- rait pas dû être jointe à l'urine pendant le travail. Pourtant, pour l'un de nous au moins (le docteur Fick), cette erreur a pu se réparer en partie ; juste avant l'ascension, il avait presque rempli d'urine le vase destiné à contenir celle qui serait sécrétée pendant le travail. Cette quantité n'a pu être mesurée, notre appareil gradué ayant été emballé à Interlaken : mais on pou- vait l'évaluer au moins à 20 centimètres cubes. Si l'on admet que cette quantité d'urine contenait la même proportion d'azote que celle pendant le travail, cela correspondrait à l*-",!! d'albu- mine, qu'il faut, sans aucun doute, déduire des 38'', 2S. Nous obtenons donc alors le chiffre de 37^', 17, représentant la plus grande quantité possible d'albumine oxydée dans le corps du docteur Fick pendant l'ascension. La question qui se présente maintenant est relative à la quan- tité de chaleur produite par ces 37°', 17 et ces 37 grammes d'al- bumine lorsqu'ils sont brûlés, de façon à donner naissance aux produits sous la forme desquels leurs éléments constitutifs aban- donnent le corps humain à travers les poumons et les reins. Mal- heureusement, nous n'avons rien d'assez précis pour y répon- dre d'une manière certaine , car on ne connaît la chaleur ni de la combustion de l'albumine, ni de celle des résidus azotés de l'albumine. Nous pouvons pourtant assigner une limite, qui certainement ne peut être dépassée. En effet, il est évident que la quantité de chaleur que donne un gramme d'albumine en brûlant complètement, doit être plus petite que celle que l'on obtiendra si l'on brûle séparément les éléments combustibles que ce même gramme contient, c'est-à-dire que la chaleur de la combustion de l'albumine est moindre que celle d'un mélange des éléments dans la même proportion, et non combinés avec l'oxygène. On peut aisément faire ce dernier calcul ; pour cela il 270 riCK ET WISLICENVS. suffîtde déterminer combien la combustion de la quantité de car- bone et d'hydrogène contenue dans \ gramme d'albumine pro- duira de chaleur; on néghge l'azote, puisque l'on sait qu'il s'échappe librement dans la combustion de l'albumine. 11 est très-probable aussi que l'azote n'a pas de chaleur de combus- tion, c'est-à-dire que dans la combinaison d'un atome d'azote et d'oxygène, il ne se développe pas autant de chaleur qu'il s'en consume dans la séparation des atomes qui composent les mo- lécules de l'oxygène. Un gramme d'albumine contient O''',5o5 de carbone, qui, si l'on calcule d'après l'estimation la plus éle- vée de la chaleur de combustion du carbone (8080), donne /i,o2 unités de chaleur. En prenant 3/i,/i62 pour la chaleur de combustion de l'hydrogène, on obtiendra 2,41 pour celle des 0^',07de cet élément contenus dans 1 gramme d'albumine; donc, pour 1 gramme d'albumine, on aura 6,73 unités de chaleur. La véritable chaleur de combustion d'un gramme d'albumine doit donc, dans tous les cas, être beaucoup moins élevée, et la quantité de chaleur que dégage l'oxydation imparl'aite d'un gramme d'al- bumine dans le corps humain doit être encore plus faible. Ce point accordé à nos adversaires, et en faisant ral)surde supposition qu'un grain d'albumine consumé dans le corps humain produit une chaleur qui équivaut à 6,73, nous aurions, pour la consom- mation de l'albumine chez le docteur Fick, 37,17 x 6,73 = 250 degrés; et chez le docteur 'Wislicenus ol" x 0°,73 = 2/i9 unités de chaleur utilisées pour le travail musculaire de notre ascension. Exprimé en unités de travail, cela donne 106 250 kilogrammètres pour le docteur Fick et 103 825 pour le docteur Wislicenus. Cherchons maintenant quel travail réel nos muscles ont fait. Il est nécessaire de prendre note de la hauteur du Faulhorn au-dessus du niveau du lac de Brientz, multiplié par le poids du corps. Le poids du corps du docteur Fick avec ses équipements était de 66 kilogrammes, celui du docteur Wislicenus de 76. L'élévation du Faulhorn au-dessus du niveau du lac est, selon des mesures trigonométriques exactes, de 1956 mètres; par conséquent, le docteur Fick accomplit 129 096 kilogram- DE l'origine de LA FORCE MUSCULAIRE. 271 mètres de travail musculaire, et le docteur Wislicenus H8 656. La question que nous posions au commencement de nos recherches reçoit donc ici sa solution : la combustion des sub- stances protéiques ne peut être l'unique source de la force muscu- laire, car il se présente ici deux cas où des hommes ont accompli un travail musculaire mesurable^ plus considérable que l'équiva- lent de la quantité de chaleur qui, d'après les calculs^ peut résul- ter de la combustion de l'albumine^ estimée au taux; le plus élevé possible. Mais notre démonstration devient encore plus évidente, lorsqu'on se souvient qu'une quantité de chaleur développée par les actions chimiques productrices de la force a dû être beaucoup plus considérable que celle correspoL;dante au travail mesu- rable effectuée de la sorte. En effet, aux chiffres déjà obtenus de 129 096 et l/i8 656 kilogrammètres , nous ajouterons celui représentant la force employée dans la respiration et l'action du cœur ; il sera exprimé en unités de travail, et, bien qu'on ne puisse l'évaluer avec une parfaite exactitude, on peut en faire une approximation suffisante. Chez un homme adulte et bien portant, le travail accompli parle cœur est estimé à environ 0'"",6/i pour chaque systole (1). Pendant l'ascension, le pouls du docteur Frik battait 120 pulsations à la minute, ce qui donne, pour les cinq heures et demie qu'a duré l'ascension, une quantité de travail évaluée à '25 'àlid kilogrammètres, entiè- rement employés au maintien de la circulation. Nous n'avons pas estimé le travail de la respiration ; mais l'un de nous a mon- tré, dans la seconde édition de sa Physique médicale {^. 206), que les recherches si connues de Donders sur la pression dans les cavités du thorax suffisent pour établir cette évaluation ; la quantité de travail accompli dans une aspiration de 600 cen- timètres cubes peut équivaloir à 0"",63. Pendant l'ascension, la moyenne était pour le docteur Fick de 25 respirations par minute, ce qui, d'après le premier chiffre, donne un travail respiratoire de 5''", 197 pour toute l'ascension. Si, au tra- (1) 0,43 est donné pour le travail Ju ventricule gauche et 0,21 pour celui du ven- tricule droit. 272 FICK ET WISLICEl^l'S. vail externe accompli par le docteur Fick, nous ajoutons ce nombre et celui représentant le travail du cœur, nous obtenons un total de 159 637 kilogrammètres, ce qui fait déjà une moitié en plus de la quantité de chaleur produite par la combustion de l'albumine. S'il s'agit du docteur Wislicenus, les quan- tités relatives sont encore plus frappantes. Si nous suppo- sons, pour son travail de circulation et de respiration, les mêmes proportions que pour celui du docteur Fick, nous arrivons à 18/i 287 kilogrammètres, chiffre qui dépasse des trois quarts ce- lui fourni par le calcul de l'oxydation des substances protéiques. Aces résultats dont l'évaluation n'est certes pas exagérée, il se joint d'autres faits qu'on ne peut estimer même approxima- tivement, mais dont la somme, si on l'obtenait, ajouterait en- core quelque chose au total considérable que nous avons déjà. Nous les mentionnerons en quelques mots : on doit d'abord rappeler que, dans les sentiers les plus escarpés des montagnes, il se trouve des parties planes et même descendantes. Les muscles de la jambe, lorsqu'on traverse ces endroits, sont exercés comme pendant la montée, mais le travail accompli est entièrement transformé en chaleur. Par conséquent, la même cause produc- trice de force doit agir sur ces muscles, comme si le travail effec- tué ne subissait pas cette transformation. Afin d'éclaircir davan- tage ce point, nous remarquerons que tout le travail de l'ascension n'existe que temporairement comme travail. Le jour suivant, nous avions le résultat contraire; nos corps se rapprochaient autant du centre de la terre qu'ils s'en étaient éloignés la veille, et, par conséquent, il se dégageait, le second jour, une quantité de chaleur égale à la quantité de travail accomplie précédem- ment. En faisant un pas sur un terrain plat, on produit cette double action qui, dans notre cas, s'est accomplie en deux jours séparés. Il faut aussi observer que, dans une ascension, il n'y a pas que certains muscles de la jambe qui agissent, mais que les bras, la tête et le tronc sont aussi continuellement en mouvement ; les actions génératrices de la force sont nécessaires pour tous ces mouvements, dont le résultat pourtant ne peut être porté à DE l'origine de LA FORCE MUSCULAIRE. 273 notre total de travail, mais doit se transformer entièrement en chaleur, puisque tous les effets mécaniques de ces mouvements sont immédiatement annulés. En etfet, si nous levons un bras, nous le laissons de suite retomber, etc., etc. Pendant l'ascension, il y avait encore en action une grande partie de notre système musculaire, qui n'accomplissait aucun travail extérieur (pas môme un travail temporaire, ni des effets mécaniques immédiatement renversés), mais qui ne pouvait être en activité sans les mêmes opérations génératrices de la force qui rendent possible un travail extérieur. Tant que nous mainte- nons notre corps droit, certains groupes de muscles (par exem- ple, ceux du cou, du dos, etc.) devaient être dans un état conti- nuel de tétanos, afin d'empêcher le corps de s'affaisser. Ce point semble n'avoir pas été bien compris, et par conséquent nous le discuterons sérieusement. La raison de ce malentendu, c'est que tous les traités sur ce sujet donnent le nom de travail sta- tique à cet emploi des muscles, quoique en réalité il n'y ait aucun travail, quand un muscle tétanisé maintient un poids en équi- libre. C'est seulement au commencement de l'opération, lorsque le poids est soulevé, qu'il y a réellement travail. Nous propose- rons donc la dénomination d'activité statique pour désigner brièvement l'état en question; car certainement un muscle qui maintient un poids en équilibre est dans une condition active, et les actions génératrices de la force doivent être en jeu, pendant tout le temps durant lequel il supporte le fardeau ; mais la tota- lité de la force produite se dégagera nécessairement sous forme de chaleur, puisque aucun travail n'a été réellement accompli. Ce fait sera mieux compris encore si nous donnons un exemple plus simple et tout à fait analogue. Supposons un cylindre posé perpendiculairement et fermé dans le bas; on le remplit d'une espèce de gaz, et le tout est en équilibre avec l'air ambiant. Dans le cylindre se trouve un piston qui ne laisse point passer le fluide, mais qui peut se mouvoir sans frottement. Ce piston a un certain poids que nous supposerons devoir coutre-balancer l'élasticité du gaz placé au-dessous de lui. Maintenant si nous élevons la température du gaz, l'équilibre, entre son élasticité et S'' scric. ZooL., T. X. (Cahier n« 5.) 2 ]8 27/|. FICH ET WISLICENL'S. le poids du piston, sera détruit, et ce dernier remontera. Il y a là une certaine quantité de travail accompli, et une quantité équivalente de la chaleur ajoutée disparaît. Si nous abandonnons alors l'appareil, le reste de cette chaleur est absorbé graduelle- ment par l'air environnant, et le piston revient à son ancienne place. Il faut remarquer en passant que, pendant cette opération, la chaleur, qui s'est changée d'abord en travail, reprend ensuite sa première forme. Supposons ensuite que nous cherchons à maintenir le piston élevé dans le cylindre. Pour y arriver, il faut maintenir au même degré la température du gaz, ce qui ne se peut faire que par une continuelle addition de chaleur, car l'expérience a montré que celle-ci se perdait continuelle- ment. Or, pour maintenir l'élévation de température indéfini- ment, il suffit de compenser exactement la chaleur perdue, car il n'y en aura pas davantage convertie en travail, par la raison qu'il n'y aura plus de travail accompli. Ainsi, par exemple, supposons qu'en brûlant du charbon nous obtenions la chaleur nécessaire pour maintenir la position du piston, la totalité de la chaleur produite par cette combustion sera alors dégagée et répandue dans le milieu entourant le cylindre. Nous pouvons comparer le muscle tétanisé au gaz chauffé du cylindre, et le considérer comme supportant un poids qui retomberait immé- diatement, si la production de force actuelle venait à cesser. Ce muscle est en activité, mais il n'accomplit aucun travail, et par conséquent toute la force produite se dégage sous forme de chaleur. Si, après cette digression, nous revenons à notre sujet, nous trouvons encore une dernière chose à ajouter au total des forces actuelles, que les opérations engendrant la force doivent pro- duire dans les muscles. On concevrait avec peine que ces opéra- tions, selon les principes de la théorie mécanique de la chaleur, produisissent, même dans le cas d'un travail musculaire réel, juste la quantité de force actuelle nécessaire pour le travail mé- canique en question ici . Il est très-probable, au contraire, qu'une partie seulement de la force actuelle développi'e par ces opéra- tions génératrices de la force, peut être transformée en travail DE l'origine de LA FORCE MUSCULAIRE. 275 mécanique. Ces conclusious, déduites des considérations phy- siques les plus générales, paraissent déjà très-probables, et elles sont confirmées par l'expérience. D'après les belles recherches d'Heidenhain (l) sur les rapports du développement de la chaleur avec l'activité musculaire, on peut estimer, au moins approximativement, la valeur des quantités collectives de force actuelle développées dans une expérience déterminée, et fixer un point au-dessous duquel elle ne descendra pas. La valeur la moins élevée est toujours beaucoup plus considérable que celle de l'équivalent de la force actuelle transformée en travail mécanique pendant l'expérience. On remarque que, dans pres- que toutes les recherches d'Heidenhain, ce travail mécanique se retransforme toujours en chaleur, car, dans tous les cas, le muscle laisse retomber le poids qu'il a soulevé, de sorte qu'il n'y a pas réellement de travail accompli, et que toute la force actuelle produite peut exister sous forme de chaleur. Les re- cherches d'Heidenhain ont aussi montré que le rapport entre cette partie de la force actuelle transformée en travail et la force totale produite par la contraction des muscles varie beau- coup, selon le plus ou moins de tension pendant le travail ; pourtant nous ne ooyons pas que, dans des circonstances ordi- naires, cette proportion soit plus grande que 1/2 : 1. D'après cela, nous devons doubler les nombres indiquant la quantité to- tale de travail produit d'une manière permanente ou temporaire, et nous obtiendrons comme résultat un nombre approximatif de la somme totale de force actuelle (somme exprimée en unités de travail), que les opérations engendrant la force dans les muscles auront dû fournir, pour accomplir un tel travail. Il faudrait aussi ajouter les nombres représentant le travail fait actuellement et l'activité statique des muscles; ces nombres se- raient considérables, mais nous les passerons sous silence, n'ayant rien d'assez précis à leur égard. Nous pouvons don tious en tenir à 319,274 kilogrammomètres pour le docteur Fick et à 368,57/i pour le docteur Wislicenus. (1) Mechunische Leistung und Wârmeentwkkeiung immu^kel. Leipziy, lS(j4, 276 FICH ET WlSLICENUSii. On peut supposer qu'en employant la méthode d'Helmholtz , nous aurions pu calculer plus facilement le minimum de la force totale actuelle fournie par les actions productrices de la force musculaire pendant l'ascension. En combinant ingénieusement les résultats des expériences de Smith sur la respiration et ceux des travaux de Dulong sur la chaleur animale, ce physiologiste, après avoir admis l'hypothèse concernant la capacité du travail dans l'homme, infère qu'il n'y a pas plus d'un cinquième de la chaleur produite par l'oxydation des substances métamorphosées qui, dans le corps humain, se transforme en travail musculaire. Il semblerait donc qu'on obtiendrait la valeur minimum deman- dée en multipliant simplement par cinq la quantité supposée de travail musculaire; mais cela ne se peut, car Helmholtz ne sé- pare pas les opérations qui produisent la force musculaire de celles qui engendrent la chaleur. Il considère le corps entier comme un appareil travaillant mécaniquement, et ne pouvant utiliser qu'un cinquième de la quantité totale de chaleur pro- duite par l'oxydation. En multlplant par cinq notre travail exté- rieur, nous obtenons le minimum de la quantité totale de force actuelle engendrée pendant l'ascension par toutes les opérations de l'oxydation ; mais il doit y en avoir quelques-unes, par exemple, l'oxydation des constituants du sang en circula- tion, qui n'ont aucun rapport avec la production de la force musculaire. Du reste, les chiffres que nous avons précédemment donnés sont des preuves très-suffisantes de ce que nous avançons, et nous sommes arrivés par eux au résultat suivant : Pendant notre ascension, les actions génératrices de la force ont été entrete- nues dans nos muscles, de manière à donner 750 unités de chaleur pour le docteur Fick et 820 pour le docteur Wislice- nus ; mais, d'après nos calculs, la quantité actuelle d'albumine oxydée ne peut pas fournir même le tiers de cette quantité de chaleur. Nous pouvons donc répéter, avec plus de certitude encore, qu'au commencement de ce mémoire, que l'oxydation des substances albuminoïdes ne peut être l'unique source de l'action musculaire, et, allant encore au delà, nous sommes en DE l'origine de LA FORCE MUSCULAIRE. 277 droit d'affirmer que \ oxydation des corps albmninoïdes conlribne pour une très-petite part à la production de la force musculaire. Il n'y a qu'un pas de cette assertion à la doctrine que l'on avait souvent énoncée plus ou moins nettement (1), et que Traube a dernièrement avancée d'une manière très-positive, à savoir que les substances dont la combustion produit la force dans les muscles ne sont pas les constituants albuminoïdes de ces tissus, mais bien des substances non azotées., telles que des graisses ou des carbures d'hy- drogène. La comparaison suivante expliquera notre pensée : un faisceau de fibres musculaires est une espèce de machine composée de matériaux albumineux, exactement comme une machine à va- peur est faite de fer, d'acier, de cuivre, etc., et de même que, dans cette machine, le charbon en brûlant engendre la force ; les graisses ou les carbures d'hydrogène remplissent le même office dans la machine musculaire. Ainsi que les matériaux de la machine à vapeur, fer, acier, etc., sont oxydés et détruits peu à peu ; ainsi la matière constituant les muscles est détruite peu à peu, et cette destruction est la source des substances azotées de l'urine. Par cette théorie, on explique pourquoi l'excrétion des composés azotés de l'urine est peu ou point augmentée par l'exercice musculaire, tandis que l'acide carbonique l'est d'une manière très-notable: car, dans une machine à vapeur modé- rément chauffée et prête à servir, l'oxydation du fer, etc., se maintiendra d'une manière assez égale, et n'auQ-menteraçjuère si l'on chauiïé plus, afin de marcher, tandis que la quantité de charbon brûlé s'accroîtra beaucoup quand la machine travaillera, au lieu de rester en repos. Nous en concluons donc que, puisque la combustion de l'albumine ne peut pas être l'unique source de la force musculaire, elle ne contribue en rien à sa production ; car il n'est pas probable que, dans un appareil aussi délicat qu'une fibre musculaire, plusieurs opérations chimiques soient employées pour produire un môme effet. Pour les machines à (1) Dans ces trois dernières années, l'un de nous a émis cette doctrine dans ses leçons, mais seulement comme une hypothèse, n'ayant pas alors les preuves néces- saires pour l'établir comme un fait positif. 278 FICK ET WISLICKNVS . vapeur même, il n'est pas indifférent d'y brûler une matière ou l'autre, et l'on ne pourra employer du bois dans une qui sera construite pour brûler du charbon. Comment pourra-t-on donc supposer que la machine musculaire a été faite pour consumer de l'albumine, et que, lorsqu'elle n'en a pas la quantité suffisante, elle se sert de combustible non azoté. Nous avons prouvé de la manière la plus positive que les matières non azotées étaient employées ; nous arrivons donc à cette proposition que puisque lamachine musculaire peut sans aucun doute être chauffée au moyen de combustible non azoté^ ce combustible est évidemment celui qui, dans tous les cas, doit le mieux convenir. En terminant, nous reviendrons sur les considérations géné- rales présentées au commencement de ce mémoire, et nous fe- rons remarquer que notre hypothèse explique parfaitement les grands efforts nécessités chez les animaux pour la digestion des carbures d'hydrogène. Parmi les Ruminants, par exemple, nous voyons des appareils, très-compliqués, destinés à saccarifier au moins une petite quantité de la cellulose toujours très-diflîcile à dissoudre, et à en faire profiter l'économie animale ; cela devient compréhensible, dès que l'on admet que les carbures d'hydrogène subviennent pour une part importante aux fonctions du travail musculaire. Ces substances ne perdent rien de leur importance comme producteurs de la chaleur dans le sens ordinaire du mot, parce que, dans le travail musculaire, une grande partie de celle quel'oxydation produit se dégage comme telle, et parce que dans le corps de l'animal même, la chaleur convertie en travail est toujours en dernier lieu transformée de nouveau, car l'emploi par l'homme d'un animal pour la production d'un travail méca- nique extérieur est un fait exceptionnel. Il est encore une autre considération qui, jointe aux précé- î^entes, donne, à priori, un air de grande probabilité à nos con- clusions. Parmi les animaux dont les muscles ont une force con- sidérable, il y en a plusieurs dont la nourriture contient très-peu d'albumine ; mais, en revanche, une grande quantité de car- bures d'hydrogène, tels sont les Ruminants à pieds légers, la Chèvre, le Chamois, la Gazelle et plusieurs Insectes volants. SUR l'élimination de l'azote. 279 Est-il possible que ce soit l'oxydation de l'albumiiie qui suffise réellement aux exercices musculaires si grands de ces créatures? Nous citerons ici un fait remarquable que le docteur Piccard nous a communiqué dernièrement : Lorsque les chasseurs de Chamois de la Suisse occidentale partent pour de longues et fatigantes expéditions, ils ne prennent habituellement comme provisions que de la graisse de lard et du sucre, parce que ces substances, disent-ils, sont plus nourrissantes que la viande. Cela signifie que l'expérience leur a appris qu'ils pouvaient porter avec eux, plus commodément, sous forme de graisse et de sucre, une ample provision de matières oxydables productrices de la chaleur. Notre expérience vient à l'appui de ce fait, car, dans notre ascension du Faulhorn, nous ne nous sommes nullement senti affaiblis, en dépit du travail accompli et de l'abstention pendant trente et une heures de toute nourriture albuminoïde ; ce qui n'aurait certainement pas eu lieu si notre force musculaire n'avait pas été soutenue par' la nourriture non azotée que nous avions prise. RECHERCHES SUR L'ÉLIMLNATION DE L'AZOTE PAR LES REINS ET LES INTESTINS PENDANT LE BEPOS OU PENDANT l'eXERCICE MUSCULAIRE SOCS L'INFLUENCE D'DN RÉGIME ALIMENTAIRE NOX AZOTÉ, PAR M. PARKES. Lu à la Société royale de Londres, le 23 janvier 1867 (1). Les expériences consignées dans ce mémoire ont été entre- prises en vue de contrôler les résultats obtenus par MM. Fick et VVislicenus relativement à l'élimination de l'azote sous l'in- fluence d'un régiiiie non azoté (2;. (1) Traduit de l'anglais {Proceedings of the Boi/o.l Sodetij of London, t. XV, p. 339). (2) Voyez ci-dessus. 280 PARKE«. Ces résultats sont corroborés par les recherches préalables du docteur Spick, démontrant que si l'ingestion de l'azote est limitée, l'exercice musculaire n'occasionne que peu ou point d'augmentation dans l'élimination de l'azote par l'urine. Cepen- dant, il me parut désirable de répéter avec soin ces expé- riences, non-seulement à cause de l'importance de la question, mais parce que des objections pouvaient raisonnablement être faites et avaient réellement été produites contre les expériences de MM. Fick et Wislicenus, en se fondant sur ce qu'aucune comparaison suffisante n'avait été faite entre les périodes de repos et d'action; que ces périodes étaient trop courtes et qu'au- cune attention n'avait été donnée à l'élimination possible de l'azote par les intestins. En faisant ces recherches, j'ai eu l'avan- tage de pouvoir me servir de deux soldats en parfaite santé, appartenant au corps des infirmiers de l'armée et attachés au service de l'hôpital Victoria, à Netly. Lorsque les soldats sont des gens rangés et dignes de con- fiance, comme l'étaient les deux individus en question, ce sont d'excellents sujets pour les expériences de ce genre, car, indé- pendamment de ce qu'ils sont accoutumés à un régime et à des occupations très-régulières, leur habitude d'obéissance leur fait exécuter avec une grande précision les instructions qu'on leur donne. Les résultats satisfaisants de mes expériences, démontrés par l'accord presque parfait des effets sur chaque homme, sont dus principalement au soin extrême avec lequel ces deux individus ont suivi toutes les indications que je leur avais données. Un de ces soldats, S..., est un bon exemple d'un homme moyen : il est âgé de vingt-deux ans et demi; sa taille est de cinq pieds huit pouces (l'",?^) et son poids d'environ cent cin- quante livres (68 kilogrammes) ; il est vigoureux avec de gros os et des muscles fermes; son embonpont suffisant n'a rien d'excessif; il est très-tempéré, ne fume point et n'a jamais de sa vie éprouvé aucune maladie. Le second. T..., est aussi un homme en parfaite santé, n'a été que deux fois malade : une fois en Chine, il y a six ans, d'une fièvre tierce; puis, il y a SUR l'klimination DR l'azote. :28l environ trois ans, d'une hemicrania intermittente. Il diffère complètement de S... comme taille et comme poids; il a trente- six ans, est très-actif et très-bien proportionné, mais il ne me- sure que cinq pieds quatre pouces fl'",62) et ne pèse que cent douze livres (51 kilos^rammes). Ce n'est ni à des imperfec- tions naturelles ni à une mauvaise nourriture qu'il doit sa taille, mais seulement il descend d'une race petite, son père et sa mère l'étant remarquablement. C'est un homme mince dont les os sont petits, les muscles fermes et qui a fort peu de graisse. Dans les expériences suivantes, on a déterminé les quantités d'azote, d'urée, de chlorure de sodium et quelquefois d'acide phosphorique et d'acide sulfurique. L'azote contenu dans l'urine fut déterminé au moyen de la chaux sodée. L'urée fut dosée par la solution de Liebig; après en avoir éliminé le chlore, on détermina l'acide phosphorique par l'acétate d'urane, et l'acide sulfurique par la baryte et par des pesées. L'urine fut recueillie pendant vingt-quatre heures; on prit grand soin de n'en rien perdre et de la faire évacuer à des mo- ments déterminés. Plusieurs fois aussi, on constata les quantités de liquides, de solides et d'azote excrétées. Tous les vigesta furent pesés et mesurés avec une extrême précaution, et Ton dosa la quantité d'eau contenue dans la viande ainsi que dans la mie et la croûte du pain; on procéda de même pour l'azote du pain, mais on n'a pu faire une analyse complète des autres aliments, en raison du temps considérable qu'exigeaient les diverses opérations. Du reste, c'était de peu d'importance pour ce qui nous occupe en ce moment. C'est le 6 décembre 1866 que commencèrent nos expériences, et elles continuèrent sans interruption jusqu'au 23 décembre. Première période. — Régime habituel et occupations ordi- naires. Pendant six jours, on observa les hommes afin de constater les variations du poids du corps et des excréments, et de voir si les transformations des tissus étaient normales. C'était bien com- 282 P.tRKES. plétement le cas, car il était impossible- d'avoir des urines et des excréments intestinaux plus louables. Le poids du corps varia d'un demi-kilogramme au-dessus et au-dessous du poids moyen de chaque homme. La quantité moyenne de nourriture et de boisson journalières élait sensiblement la même pour les deux hommes et ne variait guère dun jour à Tautre. Ils n'étaient pas rationnés et man- geaient à leur appétit, en restant pourtant dans des limites rai- sonnables. Quantité moyenne de ta nourriture journalièi-e de cette période mesurée en onces avoir du poids (1). s. T. Viande cuite 7,625 7,625 Pain 16,660 16,260 Légumes : trois quarts de pommes de terre et un quart de choux ; 13,870 13,000 Beurre 1^000 1,000 Thé, comprenant trois onces de lait et uue once et demie de sucre 20,000 20,000 Café avec trois ouces de lait et une once et demie de sucre 20.000 20,000 Bière lô^OOO Is'.OOO Eau 5,800 2,330 S... prit environ 0,5 once de sel et T... 0,33 en plus de celui contenu dans les aliments. En ajoutant à l'eau absorbée comme boisson celle des ali- ments dits solides, on arrive aux quantités suivantes pour la nourriture totale d'une journée : s. ^ T. kil. * Uil. Solides privés d'eau 0,6622 0,0102 !" Eau 2.3345 2 2123 Total de la nourriture ingérée 2,9967 2,8225 Pendant cette période, le poids moyen de S... fut de ()7^700 et celui de T,.. de 50', 600. L'emploi d'aliments soHdes était par kilogramme du poids du corps de 9"',7S pour l'un et de 12 grammes pour lautre. L'homme le plus petit mangeait donc moins absolument parlant, mais plus relativement. (1) L'once avoir du poids équivaut à 28B"',3495. SUR l'iiLIMINAT[ON DR l/ AZOTE. 283 L'urine moyenne journalière, pendant les quatre jours de cette période, fut en grammes et centimètres cubes : QUANTITÉ. DENSITÉ. rnÉE. AZOTK ,1e l'nréo. TOTAL tie l'azote dosé par la chaux sojée. AZOTE non urinaii-e. ■ :HI.onURE dp soiliiini. s T 1226 1335 1028,25 1020,50 35,001 25,925 16,334 12,098 17,973 13,409 1,639 1,313 14,23 11,685 L'excrétion de l'azote était très-régulière d'un jour à l'autre, car les variations de l'urée étaient chez S... de 38^', o7 à 33='', 36 ou entre 1 et 2 grammes au-dessus et au-dessous de la quantité moyenne, et chez T... de 27''\68 à 2'i^^006, ou toujours à peu près l gramme au-dessus* et. au-dessous de la quantité moyenne. Cela montre l'égalité journalière du régime et de l'exercice. Calculée proportionnément au poids du corps, la quantité par kilogramme est de : Urée. Azote de l'urée. La totalité de l'azote. Azote non contenue daos l'urée. s.. . T... . o^5l2 0'',241 0'',239 0'',265 0^265 0'',024 0*,026 Dans ce cas, la similitude des chiffres indiquant la totalité de l'azote montre clairement qu'il doit y avoir un rapport positif entre le poids du corps et l'excrétion urinaire. Il est cà remarquer que, tandis que l'homme le plus lourd évacue journellement par les reins /|^',5 d'azote de plus que l'homme le moins pesant, il ne consomme à peu près que la même quantité de nourriture. L'azote des aliments n'ayant pas été parfaitement déterminé, il est malheureusement impossible de savoir, d'une manière précise, si les r>2 grammes de nourri- ture pris en plus par le premier de ces hommes, contenaient 4^',5 d'azote. Cela paraît pourtant peu probable, car la quantité de viande était absolument la même pour les deux, et la seule différence en moins qu'il y eût pour T... était de U-grammes de 28^. PARKES. pain et de 25 grammes de légumes. Il faudrait, dans ce cas, qu'une partie de l'azote absorbé soit sortie par d'autres voies. La proportion moyenne de l'urée au total de l'azote est à peu de chose près la même chez les deux sujets. Elle est, l'azote de l'urée étant pris pour unité, comme 1 : 1,1 et comme 1 : 1,108 ; mais elle varie d'un jour à l'autre. Les excrétions intestinales furent examinées aussi, mais un jour seulement, l'avant-dernier de la série. Composition des excrétions intestinales pendant vingt-quatre heures. Pciiils total en çrauimes. Solides. Liqnitles. Azote. S 171,10 28,580 142,52 1,642 T 198,47 29,916 168,55 1,98 L'homme de petit taille évacua donc une quantité plus con- sidérable de solides, de liquides et d'azote que l'homme le plus grand, et il est probable qu'une partie de l'azote qui n'apas été retrouvée dans l'urine a passé par cette voie. On ne peut assurer que cela suffise pour expliquer la totalité de ce déficit, puisque le dosage.de l'azote contenu dans les aliments et dans les éva- cuations intestinales n'était pas suffisamment exact pour ré- soudre cette question. Le jour où l'on analysa les excrétions intestinales, la quantité totale d'azote fournie par les intestins et les reins était de : s. T. Urine 20,155 13,410 Intestins 1,642 1,980 Total 21,797 15,390 C'est-à-dire 1/13' environ pour S... et presque 1/8' pour T... de la totalité de l'azote total évacué passa par les intestins. Ce même jour, la balance des ingesta et des egesta pouvait, abstraction faite de l'oxygène atmosphérique, s'établir ainsi qu'il suit : s. T. k k Poids du corps au commencement de la période.. 67,600 50,760 Poids du corps à la fin 68,000 50,890 Gain ou perte 0,400 0,130 Total de la nourriture et de la boisson 3,083 2,969 Egesta urinaires 1,619 1,7748 Egesta intestinaux 0,1711 0,19827 Egesta par la peau et les poumons 0,893 0,866 SUR l'élimination de lazote. 285 Les transformations des tissus furent sensiblement les mêmes chez ces deux hommes, qui convenaient parfaitement à de telles expériences et qui pouvaient très-bien être comparés entre eux. Chez T..., l'excrétion (des liquides surtout) par les intes- tins et par les reins était plus considérable, et celle par la peau était moindre ; mais cette différence était peu de chose. 11 excré- tait aussi plus d'azote par les intestins. Seconde période. — Régime non azoté et repos. Pendant les deux jours qui suivirent, on mit les sujets à un régime non azoté, consistant en arrow-root, en sucre et en beurre dont on avait séparé la caséine. Les substances non azotées contenues dans le thé furent les seules absorbées. J'ai permis le thé chaud sans lait, non-seulement pour le bien-être de ces hommes, mais aussi parce que je craignais de modifier les transformations des tissus en changeant trop complètement le régime. L'arrow-root fut apprêté sous forme de gelée et sous celle de gâteaux avec du beurre et du sucre. Ils consommèrent ce qu'ils voulurent de sucre et de beurre; à cet égard, leur goût et leur appétit furent les seules règles. Voici le total du régime de ces deux journées, du 10 au 11 décembre et du 11 au 12 : s. T. k k Arrow-root desséché 0,480 0,3827 Suore desséché 0,3997 0,2948 Total des carbures d'hydrogène desséchés . 0,8797 0,6775 Beurre sans caséine 0,1247 0,0844 Total des aliments desséchés 1,0044 0,7619 La proportion de la graisse aux carbures d'hydrogène est comme 1 : 7 et comme 1:8. Le beurre et les fécules desséchées étant considérés comme ayant leur composition ordinaire, la quantité journalière de car- bone serait : 286 PABKES. S. T. k k Daus l'aiTow-rool et le sucre 0, 1 9533 0, 1504 Dans le beurre , 0.04925 0,03283 Total 0,24458 0,18323 Quantité totale de l'eau bue pendant ces deux jours .- 4,592 4,592 Il est inutile d'établir la proportion relative au poids du corps, puisqu'une partie de la fécule et du sucre était évacuée par les intestins. Pendant ces deux jours, nos hommes restèrent dans un repos complet ; ils ne gardèrent pas le lit, de peur de se donner la fièvre, mais ils furent tranquillement assis ou bien étendus et ne quittèrent pas un instant la chambre. Le poids de S... tomba alors de 07\7 à Gb^.n et celui de T... de 50^G à lx9\S. L'excrétion urinaire fut, le premier jour, recueillie comme d'habitude, depuis huit heures du matin jusqu'au lendemain à la même heure; mais le second jour, on la recueillit d'abord de huit heures du matin à huit heures du soir, puis ensuite de huit heures du soir à huit heuies du mâtin, afin que iurine des douze dernières heures fût sécn'tée quarante-huit ou soixante heuies après le dernier repas daliments azotés. Les détails se trouveront plus loin et je ne donnerai ici que la moyenne des résuUats. La moyenne de l'urée excrétée en vingt-quatre heures, pen- dant ces deux jours, tomba chez S... de 35 grammes à 16^', 765 et chez T... de '26 grammes à 15 grammes, c'est-à-dire un peu en deçà de la moitié pour le premier et un peu plus de la moi- tié au delà pour le second. Pendant les douze dernières heures, la quantité d'urée ne dépassa pas 5 grammes et h°\''2 chez les deux sujets. La moyenne de l'azote pour ces deux jours tomba de 17*', 97 à 8^', 176 et de \2>^%k à 7, tandis que, dans les douze dernières heures, elle n'était que de 3^', 01 7 et :2*''',17, c'est-à-dire à raison de 6=^03/i et de k^\ol\ en vingt-quatre heures. SUR l'élimination de l'azote. 287 Les résultats calculés d'après le poids du corps sont par kilo- gramme Urée. Azote de l'iirée. Total de l'azote. Azote uon minaire. S 0,252 0,118 9,136 0,018 T 0,301 0,141 0,159 0,018 On aurait peut-être une comparaison plus satisfaisante en ne prenant que le dernier jour comme exemple d'une privation plus complète d'azote. Par kilogramme du poids du corps : Urée. Azote de l'urée. Total de l'azote. Azote non uniiiaire. S 0,2034 0,0949 0,1054 0,0105 T 0,2540 0,1180 0,1420 0,0130 Ainsi, quand la nourriture était complètement azotée, les tissus de l'homme le plus âgé et le plus petit ont donné une quanlité d'azote un peu plus considérable que ceux de l'homme le plus grand, et ce résultat ne peut guère être accidentel, puisqu'il se reproduit pour l'azote urinaire et l'azote non uri- nai re. Le dernier jour, on dosa les acides sulfurique et phosphorique. La moyenne du second était à peu de chose près la même chez les deux hommes, c'est-à-dire 0^',95o3 et 0^^941; tandis que pour le premier de ces acides, il en fut sécrété un tiers en plus par l'homme le plus grand, 0^^,633 contre O^'.li'-ll. Le chlorure de sodium tomba, pendant les douze dernières heures, à 1 gramme et à 0^\[i'2. Excrétion irdestinale. — On n'examina les excrétions intesti- nales que le dernier jour; elles étaient composées ainsi : Poiils total en grammes. Solides. Liquides. - Azote. s. . . . /i2,53 6,60 35,93 0,3875 T. ... 35,44 6,55 28,89 0,5360 La quantité des solides fut à peu près la même ; mais, ainsi que dans la première période, S. . . sécréta moins d'azote que T. . . Les excrétioiis étaient entièrement bilieuses et d'une teinte ver- dàtre. 28S PARKES. La balance des ingesta et des egesta pendant la seconde jour- née de nourriture azotée peut s'établir ainsi qu'il suit : s. T. k k Poids du corps au commencement delà période 66,890 50^100 Poids du corps à la fin de la période 66,190 49,600 Perte ou gain 0,680 0,500 Ingestion totale en nourriture et boisson 2,995 2,907 Egesta urmaires 2,4775 2,306 Egesta intestinaux 0,04553 0,03544 Egesta de la peau et des poumons 1,155 1,06550 La différence entre ces résultats et la balance ordinaire est très-évidente ; cela dépend en partie, mais non entièrement, de la quantité de liquides absorbée qui se trouva plus considérable pendant cette période. Le liquide des reins et la transpiration insensible se sont augmentés, tandis que le liquide intestinal a diminué. Par les moyens ordinaires, on n'a pu constater la présence du sucre dans l'urine. Les effets du régime étant à peu près les mêmes chez les deux hommes, nous avons ainsi une très-bonne base de compa- raison pour la période d'exercice. Troisième période. — Nourriture et occupations ordinaires. Pendant quatre jours, nos hommes reprirent leur régime habituel et leurs occupations ordinaires. Ils absorbèrent à peu près la même quantité de nourriture que dans la première pé- riode, et à la fin de ces quatre jours, ils avaient chacun retrouvé leur premier poids. L'excrétion de l'urée et do l'azote (que nous donnerons plus loin eu détail) suivit un cours presque identique chez l'un et l'autre. Le premier jour du retour au régime azoté, la moyenne de l'urée fut de 14 et de 12 grammes au-dessous de celle de la première période, c'est-à-dire qu'elle fut à peu près la même que pendant le premier jour de nourriture non azotée. Chez S..., cette quantité augmenta progressivement jusqu'à ce qu'elle eût atteint le quatrième jour 29-', 67. Chez T..., elle s'accrut pendant deux jours, mais faiblit un SUR l'élimination de l'azote. 289 peu le quatrième. La quantité totale d'azote augmenta pour- tant régulièrement chaque jour. Le résultat général de cette expérience fut que, tandis que les quatre jours de la première période, sous l'influence d'un régime et d'exercices semblables, la sécrétion de l'azote fut de 71^^892 et de53"%6;^6, elle ne fut que de 5i"\952et de klr','è^ pendant les quatre jours de la trois'ème période. En sorte que la quantité d'azote retenue dans le corps pour entretenir les tissus qui se trouvaient entièrement privés d'azote, par suite de l'ab- sence de toute nourriture azotée, fut de 19^'",9/! pour S. et de 9"^.^i56 pour T. A la fin des quatre jours, la composition des tissus était reve- nue à son état normal. Quatrième période. — Nourriture non azotée et exercice. Régime. — Pendant cette période, le régime fut le même que pendant la seconde, et nos hommes purent manger ce qui leur plaisait d'arrow-root en gâteaux et en gelée, de sucre et de beurre sans caséine; du 17 au 18 et du 18 au 19 décembre, ils prirent les quantités suivantes : Nourriture non azotée de deux jours. s. T. k k Arrow-root desséché 0,7966 0,5868 Sucre desséché 0,4215 0,3600 Total des lecules sèches 1/2181 0,9468 Beurre (sans caséine) 0,1885 0,1275 Total de la nourriture desséchée 1,3066 1,0743 Proportiou de la graisse aux fécules là 0,46 1 à 7,42 La proportion journalière de carbone était de : s. T. k k Dans les fécules 0,270400 0,210189 Dans le beurre 0,074478 0,050395 Total 0,344878 0,260584 La quantité d'eau bue pendant ces deux jours fui de 5", 159, 5 pour l'un et de /i\762,6 pour l'autre. 5« série, Zool., T. X (Cuhier n" 5.) 3 19 290 PARHES. Pendant cette période, les deux sujets mangèrent davantage, d'abord parce qu'ils avaient meilleur appétit, puis parce que les gâteaux était mieux faits. T. surtout prit plus de beurre, pour lequel il avait eu primitivement un certain dégoût. Ce régime satisfaisant la faim, ils ne demandaient ni ne dési- raient vivement d'autre nourriture; mais c'était fort monotone, et ils en étaient un peu fatigués. Exercice. — Pendant ces deux jours, nos hommes prirent de l'exercice en marchant sur un terrain plat. Le premier jour, cela dura de 9 heures du matin jusqu'à 7 heures 45 minutes du soir, mais avec quelques intervalles ; le second, ils commencèrent aussi à 9 heures du matin, et prolongèrent leur marche jusqu'à 9 heures du soir, ensuite ils se couchèrent. Premier jour. -~ Espace parcouru, 38", 23. D'après la formule du professeur Haughton, la dépense de force faite en marchant sur un terrain plat équivaut à celle que l'on employerait pour soulever un vingtième de son poids pen- dant la distance parcourue. Par conséquent, S. pesant avec ses habits 73", 680, le travail fait par lui équivaut à 140 839 kilogram mètres ou à /i53'',6 tonnes soulevées à la hauteur d'un pied ; et T. pesant avec ses vêtements 56", 330, le travail fait est de 107 655 kilogrammètres ou 346", 74 tonnes soulevées aussi d'un pied. Second jour. — Distance parcourue, 52^74. Travail exécuté. S. = 194 294 kilogrammètres. = 625,8 tonnes soulevées à la hauteur d'un pied. T. = 147 515 kilogrammètres. = 475 tonnes soulevées à la hauteur d'un pied. Le premier jour de marche se passa bien ; mais le second, après avoir fait aisément les deux tiers du chemin, ils ressen- tirent beaucoup de fatigues, et à la fin ils se plaignaient de dou- leurs dans les reins. Pourtant, si cela avait été nécessaire, tous deux auraient pu marcher le lendemain. S. nous assura qu'il avait éprouvé plus de fatigue que s'il avait DE l'élimination de l'azote. 901 pris le même exercice étant autrement nourri; quant à T., il nous dit n'avoir pas de base de comparaison, et ne nous a rien appris à ce sujet. En Irlande, en 1865, S. avait fait lii\2li^ un jour et32\186 le second, portant son fusil, tout son fourniment et quarante pa- quets de cartouches (c'est-à-dire un poids additionnel de près de dix-huit livres), et il ne ressentit aucune fatigue, tandis que dans le cas actuel, n'ayant rien à porter que ses habits, il était épuisé. Tous deux avaient faim, et leur nourriture les satisfit. On n'apercevait aucune action de la peau. Le temps était beau et même chaud, et pendant ces deux jours S. perdit presque 2 ki- logrammes de son poids, tandis que T. ne perdit que trois quarts de kilogramme. Excrétion urinaire. — L'urine fut recueillie comme d'ordi- naire, le premier jour, de huit heures du matin à huit heures du matin, et le second de huit heures du matin à huit heures du soir. Afin de bien comparer, j'ai réuni les principaux élé- ments urinaires des deux périodes de repos et d'exercice. Total de l'urine en centimètres cubes. s. T, Repos. Exercice. Repos. Exercice. 24 premières heures 2230 2550 2120 1650 12 premières heures du deuxième jour (urine de jour) 1550 1210 1690 1000 12 secondes heures du deuxième jour (urine de nuit) 910 1020 600 650 L'excrétion de l'urée suivit le même cours chez les deux hommes ; pendant les premières vingt -quatre heures, chacun d'eux sécréta environ 1 gramme de moins pendant la période d'exercice que pendant celle de repos. Le plus grand excréta près de 3 grammes de plus d'urée que l'homme le plus petit. Dans les douze dernières heures, chaque homme excréta envi- ron un demi-gramme de moins pendant le temps d'exercice que pendant celui du repos ; la quantité absolue fut précisément la même pour les deux sujets, c'est-à-dire que le volume du plus grand n'eut aucune influence sur l'urée. 2')2 PAKKES. Ejxrélion de l'azote urinaire en yramme-s Décembre, 17 à 18. Vingt-quatre pre- mières heures .... Décembre, 18. Dou- ze premières heures du deuxième jour. Décembre, 18-19. Douze dernières heures du deuxiè- me jour (nuit) . . . Total des dcuxjours. S. UrC-e. Rejios. 20,000 8,525 5,005 33,530 Exercicu. i9.n>5 7,865 7,1/iO 34,130 Total lie l'azote traité par la chaux iodée. Repos. 9,330 ^,005 3,017 16,352 Exercice. 10,048 4,533 17,942 17,942 T. Urée. Repos. Exercice, S''- 17,300 8,450 4,200 30,030 11), 005 8,000 4,200 29,205 Total (le l'azote traitù ]tai' la chaux imli'e. Repos. Kxercicc, 8,765 4,912 2.170 15,847 7,994 4,522 3,553 16,069 Pendant les douze dernières heures (employées principale- ment au repos de la nuit), l'urée augmenta pendant la période d'exercice comparée à celle du repos ; l'augmentation absolue fut de 2 grammes pour S. et de 1 gramme pour T. En prenant la période tout entière, l'excrétion de l'urée pen- dant les deux jours durant la période d'exercice, comparée à celle du repos, est de -f 0°',60 pour S, et — 0°',825 pour T. Voici les résultats, eu comprenant la totalité de l'azote : S. sécréta un peu plus d'azote pendant la période d'exercice ; cet excès fut de : Dans les vingt-quatre premières heures 0,718 Dans les douze heures suivantes 0,528 Dans les douze dernières heures 0,343 Total de l'excès d'azote exécuté pendant la période d'exercice 1,589 Chez T., pendant l'exercice, le total de l'azote fut le même que celui de l'urée, après la période de repos, dans les trente-six premières heures ; mais dans les douze dernières, l'excès d'azote dans le temps d'exercice était si considérable, qu'il dépassa pendant ces deux jours de 0°',223 celui du temps de rtjpos. Je DE l'élimination DE l' AZOTE. 293 puis donc tirer la conclusion que, chez les deux hommes, il y eut une diminution dans la quantité d'nrée excrétée les trente- six premières heures; tandis que, pendant les douze dernières de ces quarante-huit heures de la période d'exercice ou heures de repos, il y eut augmentation. Chez S., le total de l'azote s'accrut pendant toute la période d'exercice, l'augmentation étant de 1^^,589 d'azote ; tandis que chez T., le total de l'azote était, ainsi que l'urée, moindre dans les trente-six premières heures de cette période d'exercice, et s'accrut beaucoup pendant les douze premières heures. On pourra dire que la différence entre les quantités sécrétées dans ces deux périodes est si minime, qu'on peut l'attribuer à quel- que erreur d'observations. Mais la constance des résultats chez les deux sujets et dans le cas de T., la quantité donnée, le pre- mier, après l'exercice, et que j'indique plus loin, me semble prouver que l'excès est réel. Soumis au même régime, l'homme le plus lourd excréta plus d'urée et plus d'azote que le plus petit, excepté pourtant dans les douze premières heures du second jour d'activité, quand l'urée était un peu moindre. L'excrétion de l'azote de l'urée, comparée au total de l'azote (l'azote urinaire étant pris comme unité), est de : s. T. Période de repos 1 à 1,042 1 à 1,130 Période d'exercice 1 à 1,126 1 à 1,178 Dans les deux cas, il semble qu'il y ait eu une excrétion rela- tivement plus considérable de substances azotées autres que les matières urinaires. 11 n'est pas probable que la créatinine ait augmenté. Acide phosphorique. S. T. Repos. Exercice. Repos, Exercice. Première période de vingt -quatre heures 1,873 1,1440 Douze premières lieures de la seconde période 0,4930 0,395 0,5102 0,5305 Douze dernières heures de la seconde période 0,4603 0,749 0,4308 0,3978 Total des ving:t-quntre dernières heures. . 0,9533 1.144 0.9410 0,9283 29k pABtte^». Sous Tinfluence d'un régime non azoté, la quantité d'acide phosphorique n'augmente pas dans une période d'exercice, quand on la compare à une période semblable de repos ; l'ac- croissement insignifiant qui s'est produit chez S. est contre- balancé par une légère diminution chez T. Acide sulfurique. S. T. Repos. Exercice. Repos. Exercice. Douze premières heures du second jour (journée) 0,372 0,3791 0,232 0,1544 Douze dernières heures du second jour (nuit). 0,261 0,3084 0,195 0.3011 Total du second jour 0,633 0,6875 0,427 0,4555 L'augmentation de l'acide sulfurique fui si faible pour chacun de nos hommes, qu'elle rentre dans la limite des erreurs possibles. Chlorure de sodium. La nourriture non azotée ne contenant pas de chlorure de sodium, les quantités qui en furent excrétées l'étaient aux dé- pens des tissus : s. T. Repos. Exercice. Repos. Exercice. Vingt-quatre premières heures 6,914 3,280 4,90 1,866 Douze premières heures du deuxième jour (journée) 2,810 0,673 1,88 0,094 Douze dernières heures du deuxième jour (uuit). 1,010 0,119 0,42 0,150 Total du dernier jour.. 3,820 0,892 2,30 1,244 Les résultats concordant dans les deux expériences, il semble que, sous l'influence d'un régime ne contenant pas de sel ordi- naire, il se sécrète dans l'urine plus de chlorure de sodium pendant le repos que pendant l'exercice ; on peut admettre que, dans ce dernier cas, le chlorure de sodium passe par les pores delà peau. On ne constata aucune trace de sucre par les moyens ordinaires, c'est-à-dire par la liqueur de potasse et la solution cuivrée de Fehling. DE l'élimination DE l' AZOTE. 295 Excrétion intestinale. On ne l'examine que le dernier jour, et en voici le résultat : Poids total en grammes. Solides. Liquides. Azote. S.... 100,5 5,63 94,87 0,5318 T 120,7 11,012 119,688 0,5739 On voit, en comparant ces nombres à ceux de la période cor- respondante de repos, que le total de l'excrétion intestinale fut plus considérable; mais cela provint, pour l'un des hommes, d'un excès de liquides; pour l'autre, au contraire, les solides étaient augmentés. Chez les deux, l'azote était en excès pendant le temps d'exercice, mais la différence est si peu de chose qu'on peut n'en pas tenir compte. Balance des ingesta et des egesta. Le second jour de l'exercice et du régime non azoté, la balance des ingesta et des egesta peut s'étabUr ainsi qu'il suit : s. T. k. k. Poids du corps au commencement dî la période . 66,6600 50,1000 Poids du corps à la fin de la période 65,7300 49,8700 Gain ou perte 0,9300 0,2300 Total de la nourriture et de la boisson 3,6390 3,1240 Egesta urinaires 2,2470 1,6670 Egesta intestinaux 0,1005 0,1207 Egesta par la peau et les poumons 2,2215 1,5563 Si l'on compare' ces nombres à ceux de la période corres- pondante de repos, on verra que, chez les deux hommes, les egejta de la peau et des poumons ont augmenté d'environ 50 pour 100, et que les egesta intestinaux ont été plus considé- rables aussi; mais que, surtout chez T., Xegesta urinaire a été moindre, car T. rendit à peu près 800 centimètres cubes d'urine de moins, quoiqu'il ait bu davantage. Aucun des deux ne constata de transpiration. Cinquième période. — Exercice et régime ordinaire. Les hommes furent remis de nouveau, pendant quatre jours, aune nourriture pesée et à un exercice ordinaire, sauf pourtant '2^)0 PAKKES. le jour qui suivit la promenade de 53 kilomètres, oi!i, étant très- fatigués, ils se reposèrent beaucoup. Il faut comparer maintenant cette période avec la troisième qui suivit celle du repos; et, comme la quantité de nourriture prise est d'une grande importance, je vais donner ici la moyenne de chaque jour pour la troisième et la cinquième périodes, en onces anglaises (1) : QUANTITE JOURNALIERE en onces. Viande cuite Pain Légumes : Trdis quarts de pomme de terre, un quart do choux. . . . Beurre The avec une demi-once de sucre et une demi-once de lait Café avec même quantité de lait et de sucre Aie Sel (incertain). S T 3* période ou après le repos. 5* période ou après le travail. 3" péi-io.le ou après le repos. 5« période ou après le travail. 0,50 17,00 8,81 16,18 6,625 10,250 7,87 16,75 13,68 1,00 1/1,62 1,00 13,500 1,000 14,37 1,00 20,00 20,00 20,000 20,00 20,00 21,00 20,00 20,00 20,000 18,000 20,00 20,00 Dans la cinquième période, chaque homme mangea un peu plus d'une once de viande en sus ; S. prit huit dixièmes douce de pain et T. une demi-once en plus ; chacun d'eux prit encore tiois quarts d'once de légumes en plus, ainsi qu'une et deux onces d'eau. Il e*t regrettable que le régime n'ait pas été absolu- ment le même ; mais les différences sont peu sensibles, et l'on trouva nécessaire de leur permettre de satisfaire leur appétit; la faim était naturellement i)lus grande après la période de tra- vail qu'après celle de repos. Pendant ce temps, le poids aug- menta. En deux jours, S. gagna l kilogramme et demi et T. 1 kilogramme un quart, chacun reprenant ainsi son poids ordi- naire. (1) L'once nni,'laise équivaut à 28B'',349 ; c'est le 16" de la livre avoir-du-poids. DE L I^:L1MINA i ION DK L AZOTbl. 297 EXCRÉTION tfRINAIRE. Quantité de l'urine. S. Période Périoile Période Période après le repos, après le travail, aprèsle repos, après le tiavail. Moyenne des quatre jours. 1139 1028 1500 1495 Chez T. , la rlifFérence est à peine sensible, et elle n'est chez S. que de 10 pour 100. Azote. Premier jour. . . . Second jour. . . . Troisième jour. . Quatrième jour. . Moyenne. ... Périodf après le l'epos. Urée. 20,670 25,680 26,290 29,670 25,555 Total de l'azote traité par la C'hauN sodée. 9,703 12,304 13,704 14,260 12,988 Péiinde après le travail. Total de l'azote trait« p al- la chaux Urée. 20,800 26,364 28,320 30,100 26,396 10,237 13,065 14,590 15,555 13,361 T. Période après le repos. Total de l'azote traité Urée. 14,400 23,000 :o. 200 22,990 21,397 par la chaux 7,441 11,480 12,209 13,231 11,095 Période après le travail. Urée. 23,000 24,360 24,570 21,360 23,322 Total de l'azote traité par la eliaux sodée. 11,580 13,000 10,395 11,658 uiovonne de 3 jours. Le troisième jour, malheureusement, il arriva clans l'expé- rience sur T. que la détermination de l'azote par la chaux sodée ne réussit pas, et l'on a dû omettre cette quantité. Mais en supposant qu'il y eut le même excès proportionnel sur l'azote urinaire que dans les autres jours, on aura lo^',97 pour le total de l'azote; et en adoptant ce nombre, on obtient les résultats suivants : s. T. Excès de l'urée pendant les quatre jours de la période après le travail 3,364 7,700 Excès de l'azote complet pendant les quatre jours de la période après le travail 1,492 4,560 Il s'agit de savoir maintenant si cet excès d'azote sécrété pen- dant la période qui suivit le travail est le résultat de l'élimination 298 PARKES. des produits cédés par les muscles pendant la durée du travail, ou si c'est la conséquence d'un excès de nourriture azotée prise pendant les quatre jours suivant l'exercice. Pendant la cin- quième période, la consommation de S. dépasse de i°%H avoir- du-poids en viande cuite, et de trois quarts d'once de légumes de consommation pendant la troisième période. La viande con- tenait 57, /i9 pour 100 d'eau, et si l'on évalue l'azote à 2,955 pour 100, on trouvera que 1 once 31 de viande cuite contient l'',l d'azote. Dans les légumes, il y avait environ 0«',0/i d'azote. Mais il faut déduire de ce nombre 0^^,325 d'azote qui n'était pas fourni par le pain, ce qui donne pour l'excès de l'azote ingéré chaque jour durant la cinquième période 0°%375. On ne peut donc pas dans le cas de S. affirmer qu'il y ait un excès d'azote provenant de la désintégration des muscles pendant l'exercice. Chez T., l'excès d'azote était plus considérable, car il s'élevait chaque jour à l^',l/il ; mais cet homme ayant pris en plus io"ce^265 de viande, une demi-once de pain et près d'une once de légumes (en tout 1^',2 d'azote), il est évident que, pour lui aussi, l'excès d'azote dans l'urine provient de la nourriture. Pourtant il est probable que, chez T. , l'excès considérable d'urée qui se manifesta le premier jour de cette période était réelle- ment dû à l'accroissement d'élimination causé par le travail. On n'observa rien de semblable chez S., qui pourtant avait éprouvé, pendant les douze heures précédentes, une diminution plus considérable que celle de T. Chlorure de sodium. Le chlorure de sodium revint rapidement à sa quantité précé- dente. s. T. Premier jour 1,444 1,614 Deuxième jour 6,169 4,905 Troisième jour. . . . , 10,250 8,513 Quatrième jour 8,117 9,446 On devra remarquer que T. prit toujours moins de sel que S., et quant à cela, on ne peut comparer la troisième période avec DE l'élimination de l'azote. 299 la cinquième, ces hoarmies ayant par erreur pris beaucoup de sel le second jour. Acide phosphorique. S. T. Premier jour 1,565 2,158 Deuxième jour 2,413 2,273 Troisième jour 2,5i8 2,533 Quatrième jour 2,408 2,065 L'acide phosphorique n'ayant pas été déterminé pendant la troisième période, on ne peut établir de comparaison ; mais le tableau ci-dessus montre qu'aucun excès ne se manifesta dans la période qui suivit. ' L'acide sulfurique ne fut pas déterminé dans cette période. EXCRÉTION INTESTINALE. S. T. Poids total Poids total Décembre. en Solides. Liquides. Azote. en Solides. Liquides. Azot*. grammes. grammes . gr- Sr. 19-20; 1" jour. . 298,0 127,5 20-21; 2e jour. . 191,7 .... • 213,0 21-22; 3« jour. . 134,9 21,86 113,02 1,264 71,0 11,8 59,2 0,7188 22-23; 4» jour. . 171,1 191,7 Le premier jour, l'excrétion considérable de S. était due à un petit flux intestinal. Il y eut deux selles ce jour-là; mais il n'y eut aucune autre irrégularité chez l'un ou l'autre homme. Abstraction faite de cette circonstance, cette période, comparée à la première, ne présente aucun indice d'un accroissement d'excrétion. Le troisième jour, l'azote était dans les deux cas au-dessous de celui fourni dans la première période. Le troisième jour, la balance des ingesta et des egesta donna les résultats suivants : s. T. k le Poids du corps au commencement de rexpérience 67,1000 50,0700 Poids du corps à la fin , 67,0800 50,0800 Gain ou perte — 0,0200 + 0,0100 Nourriture et boisson ingérée 2,8917 2,8775 Egesta urinaires 1,8087 1,8225 Egesta intestinaux 0,1349 0,0710 Egesta par la peau et les poumons 0,9681 0,8940 300 PARKG8. Ces nombres s'accordent parfaitement avec ceux de la pre- mière période, si ce n'est que chez T. l'excrétion intestinale a été un peu moindre et la sécrétion urinaire un peu plus forte. Les conclusions que l'on peut tirer des expériences ci-dessus ne concordent pas exactement avec celles des professeurs Fick et Wislicenus. La diminution de l'urée, pendant les trente-six premières heures de la période d'exercice comparée à la période de repos sous l'influence d'un régime non azoté, est, je pense, chez ces deux honimes, conforme aux résultatsobtenuspar les expérimen- tateurs dont je viens de parler ; mais il n'en est pas de même pour l'augmentation de l'urée, que j'ai constatée pendant les douze dernières heures. Je crois que la concordance des résultats chez les deux sujets, et l'accroissement du total de l'azote dans la période d'exercice, tel qu'il a été déterminé à l'aide de la chaux sodée, prouvent que cette augmentation de l'urée est bien réelle. L'accroissement relativement plus grand de l'azote non uri- naire que j'ai trouvé dans mes expériences (accroissement qui, suivant moi, provient de ce qu'un excès de matières azotées autres que l'urée, formé principalement de créatinine, a été pro- duite par l'exercice) n'est pas appréciable dans les leurs; je ne puis cependant croire que je me sois trompé, car ce fait ressort, avec une grande clarté, des tableaux suivants, dressés d'après les expériences faites sur les deux sujets. Rapport de la matière azotée urinaire à la matière azotée non urinaire, la première étant prise comme unité. S. T. Avant la période de repos là 1,100 1 à 1,108 Période de repos 1 à 1,0^2 1 à 1,130 Après la période de repos 1 à 2,009 1 à 1,116 Période d'exercice 1 à 1,126 1 à 1,178 Après la période d'exercice 1 à 1,080 1 à 1,060 (?) 3 jours. La raison qui me fait croire que ces résultats sont réels, c'est que le rapport individuel de la matière azotée urinaire et delà matière azotée non urinaire est toujours le même ; c'est-à-dire que chez T. la matière non urinaire est, dans les circonstances DE l'élimination DE LAZOTE. 301 normales, un peu en excès, comparée à celle de S.; on trouve le même excès relatif clans la période de travail. La raison des divergences d'opinion qui existent entre moi et les professeurs Fick et Wislicenus est probablement due au court espace de temps qu'ont duré leurs observations, et aussi à ce qu'ils n'ont pas déterminé l'urée dans la nuit du 30 au 31 août. Mais nous voyons se confirmer leurs conclusions, c'est-à-dire que l'exer- cice et un régime non azoté ne produisent pas un notable accroissement dans l'urine, quoique, si l'on considère la période tout entière, on peut constater une légère augmentation. On peut dire aussi maintenant que, dans des conditions semblables, l'exercice ne produit aucune augmentation dans l'excrétion de l'azote par les intestins. La diminution dans la quantité de l'urée pendant la période actuelle de travail comparée à celle du repos, qui, si je ne me trompe, est évidente dans toutes ces expériences, est une circonstance très-curieuse. Cela ne prouve pas que, sous l'in- fluence d'un régime non azoté, les nerfs et les muscles soient complètement à l'abri de toute combustion pendant l'exercice, mais qu'il y a des changements, dont les uns fixent l'azote dans le corps, tandis que les autres l'éliminent par une voie différente Lorsque l'excès d'azote est moindre, il est possible que le muscle épuisé ait pris une partie de l'azote provenant des pro- duits de décomposition d'un autre muscle ; de telle sorte que l'azote peut être employé et réemployé, et après tout l'azote est-il réellement rendu par la peau sous une forme quelconque pendant l'exercice, comme nous l'avons supposé d'abord? Bien qu'il soit possible de se livrer, pendant un court espace de temps, à un exercice violent, en étant soumis à un régime non azoté, il ne s'ensuit pas que l'azote soit inutile. Les expé- riences les plus complètes montrent que non -seulement il faut suppléer à l'azote s'il y a un travail à exécuter, mais encore que la quantité d'azote doit augmenter avec la dépense de force. Mais un corps bien nourri possède pour un temps limité une quantité suffisante d'azote pour permettre à l'exercice musculaire de suivre son cours, sans' que rien vienne y suppléer. La des- S02 PABKBS. truction des tissus azotés chez nos deux sujets ressort de ce fait que, lorsque l'azote se trouve fourni de nouveau, une quantité considérable se fixe dans le corps pour compenser les pertes pré- cédentes. Je pense aussi que, dans nos deux sujets, la grande fatigue survenue au second jour prouvait de ce que les muscles et les nerfs s'épuisaient organiquement, et que, si l'expérience avait duré davantage, il y aurait eu au troisième jour une diminution notable dans la quantité de travail. J'ai trouvé que la période où cet emploi insuffisant d'azote commençait à influer sur le travail varié suivant les individus. Dans une expérience, j'ai réduit à la moitié de la quantité nor- male la matière azotée de la nourriture de deux hommes. Chez l'un, aucun effet ne se produisit sur le travail pendant sept jours; chez l'autre, une diminution du travail corporel actif a été produit en cinq jours. Sans aucun doute, la nutrition préalable du muscle a influé sur cette différence de temps. En résumé, on peut se demander si le rapport de l'élimination de l'azote pendant l'exercice peut être exactement déterminé par la méthode qui consiste à supprimer l'azote. La vraie méthode doit probablement consister à fournir l'azote en quantité déter- minée, de telle sorte que les muscles en activité puissent se l'approprier au furet à mesure de leurs besoins. SUR L'ÉLIMINATION DE L'AZOTE PENDANT LE REPOS ET L'ACTIVITÉ MUSCULAIRE SOUS L'INFLLENCE D'UN RÉGIME AZOTÉ RÉGULIER, PAR M, PARKES (1). §1- Les expériences consignées dans ce mémoire sont destinées à compléter les recherches relatives à l'intluence du repos et de l'exercice sur l'élimination de l'azote présentées précédemment à la Société royale (2). Elles furent faites sur deux soldats de l'hôpital « Royal Vic- toria», àNetley. Un de ces hommes (S) était l'individu déjà employé ; l'autre (B) était un sujet nouveau ; il est en parfaite santé et de mœurs régulières ; âgé de vingt-deux ans et demi, sa taille est 5 pieds 9 pouces et demi (mesure anglaise), et il pèse cent quarante livres. On prit les plus grands soins pour arriver aux données les plus précises relativement à la nourriture consommée et à l'évaluation des excrétions, car la valeur d'expériences de ce genre dépend complètement de l'exactitude avec laquelle ces conditions sont remphes, et le défaut de précision à cet égard conduirait à des résultats faux. Mais j'ai pleine confiance dans la méthode dont j'ai fait usage, et d'ailleurs les expériences elles- mêmes fournissent des preuves de l'exactitude des observations. J'ajouterai que les expériences furent conduites exactement comme dans la série précédente, si ce n'est que, pendant seize jours consécutifs, le régime fut exactement le même. Pen- dant quatre jours, les hommes vaquèrent à leurs occupations ordinaires; ils eurent ensuite deux jours de repos; puis ils reprirent leurs travaux ordinaires pendant quatre jours; pen- dant les deux jours suivants, ils firent un travail forcé; enfin, pendant les quatre derniers jours de l'expérience, ils reprirent leurs occupations ordinaires. Chaque jour, ils prirent la même quantité d'aliments, savoir : (1) Traduit de Tanglais {Proceedings of the Royal Society ^ t. XVI, n" 94). (2) Vojez le mémoire précédent. oOli PAKKES. Èvahiatioa Évaliialioj] de l'azote en poids. coatenu dans l'aliment (1). Onces. Grains. Pain 16 66,99 Viande (cuite) 9 213,00 Pommes de terre (cuites). ... 12 12,00 Clioux (cuits) 3 0,10 Lait 6 16,50 Sucre 3 » Beurre 1 » Sel 0,25 » Infusion de thé 2,0 » Infusion de café 2,0 » Eau 3à9 » Total .'. 302,59 ou 19s%61 Le pain fut toujours confectionné de la même manière; la viande (bœut) était de qualité uniforme et choisie avec soin. La ra- tion fut consommée en entier et aux mêmes heures. Les seules] va- riations portèrent : 1" sur les pommes de terre, dont le poids était tantôt de 12 onces, d'autrefois de l'S onces et demie ou même de 13 onces, ce qui, d'ailleurs, n'influa qu'à peine sur la quan- tité d'azote ingérée ; T sur la quantité d'eau qui, pendant onze jours, fut de 5 onces au dîner et de 2 onces au souper, mais ne s'éleva pas autant pendant cinq jours. On ne fit usage d'aucune liqueur alcooUque et l'on ne fuma pas. La ration était juste celle nécessaire pour maintenir le poids du corps invariable, et la santé de l'un et l'autre sujet demeura parfaite. Pendant les seize jours que dura l'expérience, chaque homme reçut, sous la forme d'aliments, 31 3^', 76 d'azote (savoir, 19^', 61 — 16), Les quantités suivantes furent fournies par les urines. s. Total 303,660 grammes = 188^,97 par jour. B. Total 307,257 grammes = 19S'',20 par jour. Ainsi que nous le verrons bientôt, l'azote fourni par les éva- cuations alvines combla le déficit entre ces nombres et ceux re- présentant Tin gesta (savoir 10 grammes pour S. et 6 grammes pour B). Si l'on jugeait des seize journées par les résultats de trois jours, il y aurait eu même un léger excès d'azote excrété de la sorte. S. rendit plus d'azote par les voies digestives queB. et un peu moins par les voies urinaires. Le poids du corps fut presque le même au commencement et (1) Lazotc de la croûte du pain cl île la mie l'ut dosé direclemcnt, les autres i|u;uilitc furciil évaluées par calcul. DE l'élimination DE l'azote. 305 à la fin de l'expérience, et par conséquent, il est certain que pendant seize jours que dura celle-ci, il n'y eut aucune élimina- tion d'azote par la peau ou par les poumons, et que la totalité de ce principe excrété passa par les reins ou l'intestin. L'urine fut recueillie pendant les vingt-quatre heures, com- mençant à huit heures du matin, excepté le second jour, où la quantité évacuée, entre huit heures du matin et huit heures du soir, fut déterminée séparément de celle obtenue pendant les douze heures suivantes. L'azote fut dosé au moyen de la chaux sodée; l'urée par la méthode de Liebig (nitrate de mercure), après que l'on se fut débarrassé du chlorure de sodium. Enfin, les fèces furent pesées journellement. Pendant les jours de repos, les hommes restèrent dans la même pièce tout à fait tranquilles ou couchés sur un lit. Ils ne quittèrent pas la chambre. Pendant le premier jour de grande activité (ou travail forcé), ils parcoururent, en marchant sur un terrain plat, une distance de 24 milles entre huit heures du matin et huit heures du soir. Le second jour, ils firent 35 milles entre 8 heures 10 A M et 9 heures /|5 PM. La marche fut bien exécutée, et S., qui avait été employé précédemment pour des expériences analogues, affirma qu'il supportait la fatigue beaucoup mieux que lorsqu'il était soumis au régime non azoté (amidon et beurre). La quantité de travail effectué fut calculée d'après la formule de M. Haughton : savoir, en évaluant ce travail pour la marche sur un sol horizontal au travail nécessaire pour élever 1/20 du poids du corps (y compris les vêtements) à une même distance. Preuiiiir jour. beiixieuic jum'. S 12y 198 kilograramètres. 194 798 kilogriimiuètius. B 125 120 — 188 605 — §2. Poids du corps. Les variations ({uotidiennes du poids du corps sont indiquées dans le tableau suivant. Les pesées fureut faites à la fin des vingt-quatre heures. 5<^ Sci'ic, ZooL.j T. X. (Cahier ii» ô., * 20 306 PABKCS. 1« 2^ 3" 4» 5' 6" 7« 8* 9= 10» 11« 12« 13« 14» 15e 166 jour. Travail ordinaire. — Repos — Travail ordinaire. — Marche forcée.. . — Travail ordinaire. S. 145 livres. 145 146 145 144 143,5 144 145 145,5 145 142 139,5 142 143 144 144,5 B. 139,5 140 139 139,5 138,75 138,5 138,5 139,25 139,5 140 137 135,35 135,75 137,5 138,25 139.75 Le tableau suivant indique en grammes (nombres ronds) la perte ou le gain du poids du corps. 1" 2* 3« 4« 5e 6<= 7e S^ 9' 10« 11» 12e 13« 14* 15* 16' jour. Travail ordinaire. + — Repos — — Travail ordinaire. -\- — — + — - + — Marche forcée. . . — — Travail ordinaire. + — — + — — + — - + S. 400 400 500 200 200 500 200 200 1500 1000 1000 600 400 300 B. -f 200 + + 500 300 400 100 400 + 100 -{- 200 — 1400 — 1000 500 + 800 400 600 Pendant la première période, le poids resta à peu près inva- riable; mais, pendant la période de repos, l'un des hommes perdit 1 livre et demie, et l'autre 1 livre. La perte fut graduelle durant ces deux jours, ce qui ne s'observait pas précédemment. Pendant la période suivante, cette perte fut réparée dans la proportion d'une demi-livre par jour, jusqu'à ce que le taux pri- mitif fut atteint, ce qui eut lieu le troisième ou le quatrième jour. Or, la ration ne variant pas, la perte devait dépendre d'une augmentation dans les excrétions. Ce résultat était certainement fort inattendu, mais il est incontestable, La nature de cette augmentation sera indiquée ci-après, et ici je me bornerai à dire ([ue le fait ne se liait à aucune influence extérieure (température ou état hygromètre de l'air) DE l'élimination DE l'aZOTE. S07 agissant sur la peau ou sur les poumons. Durant les quatre pre- miers jours de travail ordinaire, les températures maxima, prises à l'ombre, étaient de 59 degrés; 61°, -2, 6/i%8 et 65 degrés F., et les moyennes entre les maxima et les miiiima étaient, pour les vingt-quatre heures : 5r,2, 52%6, 50°, 2, 5/i",/i. Pendant la période de repos, la température la plus élevée à l'ombre était, le premier jour, 6à degrés et, le deuxième jour, 68 degrés; enfin la température moyenne de 5û°,3 et 58%/i. Pendant la période suivante, durant laquelle, sous l'influence d'un régime iden- tique, le poids du corps remonta considérablement, précédem- ment la température maxima s'éleva à 7/|.%8, à 81°, 6 à 75 de- grés et à 70 degrés (F) ; tandis que les températures moyennes étaient : 61 degrés, 66°,3, 62 degrés et 59°,5 (F). 11 est donc évident que les variations du poids étaient indé- pendantes de la température extérieure, car il n'y avait sous ce rapport que peu de différence entre la première période de travail ordinaire et la période de repos, et si cette différence était due à l'élévation delà température, elle aurait continué pendant la période suivante, parce qu'alors l'élévation de la température était encore plus marquée. L'air était un peu plus sec pendant les deux jours de repos (65°, 30) que pendant les journées de travail ordinaire qui précédèrent et qui suivirent (72°, 6 et 72°, 9); mais cette légère différence n'exerça aucune influence, car pendant les journées qui suivirent la période de repos, l'air était à la fois plus chaud et plus sec que pendant cette période, et néanmoins le poids du corps augmenta. Pendant la période de grande activité musculaire, le poids de chacun des sujets diminua beaucoup et d'une quantité à peu près égale ; puis, pendant la période suivante, il remonta de façon à atteindre le poids initial chez l'un des individus et à l'atteindre presque chez l'autre (- 1/2 livre). §3. Excrétion de l'azote. Pour faciliter la comparaison des résultats, nous les pré- senterons sous forme de tables, dans lesquelles l'azote contenu dans l'urée est évalué eu grammes. 308 PAKHES. Tableau de l'excrétion de Pazotepar l'urine {évalué en grammes). DATES. Individu S. Quantité d'urée . Urée. Azote de l'urée. Azote non urinaire. Total de l'azote. Proportion de l'azote urinaire et de l'azf'te non urinaire. Presuere période. — Occupations ordinaires. i" jour. 2' jour. , 3° jour. . 4" jour. Moyenne. 1460 1210 1210 1205 g'-- 37,688 35,695 36,300 37,355 17,5780 16,6570 16,9400 17,4320 0,308 0,153 2,272 0,088 17,886 16,810 19,212 17,520 1271 36,754 17,1517 0,7052 17,857 Deuxième période. Repos. 1 à 0,041 5"= jour. 6<^ jour. 1"'^ série de 12 h 2<= série de 12 h Moyenne. 1250 604 540 39,750 19,932 17,010 18,550 9,302 7,938 1,544 0,553 0,377 20,104 9,855 8,315 1197 38,346 17,895 1,237 19,137 1 à 0,079 Troisième période. — Occupations ordinaires. V jour. 8^ jour. 9"-' jour. 10^ jour. Moyenne. 920 960 1180 960 1005 34,040 37,440 38,940 34,080 36,125 15,885 17,372 18,172 15,914 16,836 0,0350 0,2360 1,2100 1,6260 0,7767 15,920 17,608 19,382 17,540 17,612 1 à 0,046 Quatrième période. Travail extraordinaire. 11" jour. l^^ partie. 12^ 1 < ' •*■ ( 2"^ partie (repo^'noct.). Moyenne. 1000 430 650 1040 35,500 15,050 26,741 38,464 16,566 7,023 12,479 18,034 1,912 0,234 0,978 1,607 18,478 7,357 13,457 19,646 1 à 0,089 Cinquième période. — Occupations ordinaires. 13* jour. 14' jour. 15" jour. 16* jour. Moyenne. 900 1000 1430 1730 43,650 39,500 42,900 37,195 20,370 18.433 20,029 17,357 0,880 1,509 3,459 2,179 21,250 19,942 •23,48S 19,536 1265 40,811 19,047 2,006 21,054 1 .1 0,105 DE l'élimination DE l'aZOTE. 309 DATES. Individu B. Quantité d'orée. Urée. Azote de l'urine. Azote non urinaire. Total de l'urée. Proportion de l'azote urinaire et de l'azote non urinaire Première période. — Occupations ordinaires. l^' jour. 2® jour. 3« jour. 4^ jour. Moyenne . 1130 810 810 870 41,245 34,587 34,425 38,280 19,247 16,140 16,065 17,864 1,170 1,378 1,025 1,119 20,417 17,518 17,090 18,983 905 37,134 17,329 1,173 18,502 1 à 0,067 Deuxième période. — Repos. 5* jour. 6^ jour. l'*série de 12 h.. 2" série de 12 h.. Moyenne . 1400 800 520 40,600 22,000 15,600 18,946 10,266 7,280 1,175 1,012 0,264 20,121 11,278 7,544 1360 39,100 18,246 1,225 19,471 1 ù 0,067 Troisième période. — Occupations ordinaires. 7* jour. 8= jour. 9' jour. 10' jour. Moyenne . 750 800 920 910 845 34,500 39,200 41,400 35,035 37,534 16,100 18,283 19,320 16,349 17,512 0,582 0,322 1,262 1,712 0,972 16,682 18,615 20,582 18,061 18,485 1 à 0,055 Quatrième période. — Travail extraordinaire. 11" jour. 12' l'' partie. . 2^ partie (repos noct.) . Moyenne. 1110 565 540 39,960 19,492 21,600 18,648 9,096 10,080 0,342 0,957 0,795 18,990 10,053 10,875 1107,5 40,526 18,912 1,047 19,959 1 à 0,055 Cinquième période. — Occupations ordinaires. 13" jour. 1 4^ jour. 15* jour. 16* jour. Moyenne . 1000 1100 1250 1610 38,000 40,150 35,625 41,860 17,734 18,736 16,625 19,534 2,517 0,537 2,623 2,063 20,250 19,273 19,248 21,597 1240 38,909 18,157 1,935 20,092 1 à 0,106 510 PARHES. La marche suivie par l'élimination urinaire de l'azote fut exactement la même chez les deux individus et, en tenant compte de la différence dans les aliments, elle fut identique avec celle constatée dans les expériences précédentes lorsque le régime était non-azoté. Il est certain qu'il n'y eut exhalation d'azote par la peau ou par les poumons, ni pendant la période de repos, ni pendant la période de travail. Il convient de prendre d'abord en considération la quantité totale d'azote. Pendant la première période de quatre jours, l'excrétion de l'azote fut de 7'P',4S8 chez S, et de lli grammes chez B, Pen- dant la période de repos, l'excrétion de l'azote, au lieu de dimi- nuer, augmenta de telle sorte que dans ces deux jours elle fut de 38^%275 chez l'un des sujets, et, de â8^^9/l3 chez l'autre. Or, cette quantité est non-seulement supérieure à la moitié de celle fournie par les quatre journées précédentes, mais aussi plus élevée que celle constatée pendant les deux premiers jours de la première période. Le plus grand accroissement se déclara pendant le premier jour de repos, mais pendant le deuxième jour la perte resta encore supérieure à la perte journalière moyenne de la période précédente. Ainsi que nous le verrons ultérieurement, cela ne dépendait pas d'une diminution dans l'élimination par les voies digestives, car non seulement les poids des fèces, mais aussi la quantité d'azote contenu dans ces matières augmenta pendant la période de repos. Il semble donc impossible de ne pas en tirer cette con- clusion : que l'état de repos coïncidant avec l'entrée d'une quantité égale d'azote dans l'organisme, était accompagné d'une augmentation journalière d'environ 1 gramme dans la quantité d'azote éliminée par les urines. On pourrait objecter que cette différence rentre dans les limites d'erreurs ou variations inévitables et peut-être acciden- telles; mais s'il eu était ainsi, il nous paraîtrait singulier non- seulement que le même résultat se fût présenté et eût atteint presque le môme degré dans les deux cas, mais aussi qu'il se soit trouvé d'accord avec le résultat obtenu d'observations indé- DE l'élimination DE l' AZOTE. 311 pendantes sur l'urée. Pendant la troisième période, lorsque les hommes reprirent leurs occupations ordinaires, l'excrétion de l'azote descendit le premier jour chez l'un et l'autre individu au-dessous du minimum observé précédemment et ensuite se releva graduellement, de façon que le total fourni par les quatre journées fut presque le même que pendant la première période, l'excrétion ayant été de 70^', 45 et de 7â^%9/i. Pendant la période d'activité, comparée à celle du repos, les résultats furent les mêmes que dans les expériences dans lesquelles de l'azote n'avait pas été fourni à l'organisme. Pendant le premier jour d'activité, chez l'un et l'autre sujet, l'excrétion d'azote tomba de P',626 et de l°',15l au-dessous de l'excrétion constatée pendant le jour correspondant de la période de repos. Pendant les douze heures suivantes qui furent entièrement employées à la marche, la diminution fut encore plus marquée, elle devint de 2",û98 et de 1°',2:25, ce qui cor- respondrait à 5 grammes et à *2^',5 pour les vingt-quatre heures. Pendant les douze dernières heures, le repos succéda au travail et l'augmentation dans l'excrétion de l'azote augmenta beaucoup, de façon que la quantité éliminée dépassa de 5^',l/i'2 et de 3^', 331 celle éliminée pendant la période correspondante de repos. Le résultat général fut que, pendant les deux journées de la période de grande activité, comparée à la période de re- pos, chaque individu perdit 1 gramme d'azote en plus, et que cette augmentation tenait à l'évacuation abondante d'azote pen- dant les douze dernières heures. Voici les quantités constatées. Total de l'azote contenu dans l'urine pendant : S. B. Les deux journées de repos 38,274 38,943 Les deux journées d'activité 39,272 39 918 Différence 1,018 0,975 Le premier jour qui suivit, la période de grande activité était consacré presque entièrement au repos, et, pendant ce temps, l'excrétion de l'azote chez l'un et l'autre sujet s'éleva considéra- blement au-dessus de l'excrétion moyenne de la première et de 312 PAKKES. la troisième période, et dépassa môme très-notablement la quan- tité évacuée durant la première journée de la troisième période ; l'excédant fut de 5^%33chez l'un des honnnes et de "'/^SetS chez l'autre : c'était l'écart le plus considérable observé pendant toute la durée de l'expérience. La quantité d'azote demeura élevée pendant toute cette période ; en effet, pendant les quatre jours, S. en excréta 8/i^',216 et B. 80^', 368, ce qui donne, comparativement à la première période de même durée, un excédant de 13 grammes pour l'un, et de 6 grammes pour l'autre individu. Il est même évident que, pendant cette période, l'ex- crétion de l'azote a dû dépasser la quantité introduite dans l'or- ganisme. Je n'entrerai pas dans autant de détails relatifs aux change- ments constatés dans l'excrétion de l'urée, car ils correspon- daient d'une manière presque complète avec la marche de l'excrétion de l'azote. Pendant la première période, la quantité d'urée était à peu de chose près la môme chez les deux sujets. Pendant la période de repos, elle augmenta journellement de près de 2 grammes chez l'un et l'autre ; puis durant la troisième péfiode, elle retomba à son premier niveau. Lors de la période de grande activité, elle diminua pendant les premières trente-six heures, et augmenta pendant les douze dernières heures. Entiii, pendant la quatrième période, celle qui suivit le travail forcé, elle augmenta aussi, mais dans une proportion moindre que pour la totalité de l'azote. Les variations dans l'excrétion des matières non azotées furent aussi très-analogues chez les deux hommes ; maison peut les observer mieux chez B. que chez S., parce que le premier offrit sous ce rapport plus de régularité. Cette excrétion aug- menta d'une manière insignifiante pendant la période de repos, et s'abaissa un peu durant la période qui suivit le travail forcé, mais resta invariable duiant la période de grande activité , et doubla presque pendant les quatre derniers jours. Chez S., elle augmenta davantage pendant la période de repos et pendant la période de grande activité ; pendant les quatre derniers jours, l'augmentation fut encore plus marquée. DE l'élimination DE l'aZOTE. oi3 L'augmentation dans l'excrétion des matières non azotées après le travail est en accord avec les résultats obtenus dans les recherches précédentes. Si nous examinons l'ensemble de ces faits, nous verrons que les variations dans la quantité d'azote, tout en étant faibles, étaient bien marquées, et eurent lieu exactement de la môme manière chez les deux sujets. Cette coïncidence dans les chan- gements subis par l'excrétion de l'urée et par l'excrétion totale de l'azote (déterminée au moyen d'un procédé différent) est un argument puissant en faveur delà réalité des résultats. Pendant tout le temps, la nourriture était exactement la même, et par conséquent les modifications observées ne dépendaient pas de variations dans Yingesta de l'azote. Il y eut quelques variations dans la quantité d'eau évacuée par les voies urinaires ; mais l'augmentation dans l'excrétion de l'azote ne me paraît avoir été en aucune façon influencée par cette circonstance. Ainsi, pendant la première et la troisième période, la quantité d'azote fut presque la même, tandis que la quantité moyenne d'eau était de 200 centimètres cubes chez S. et de 60 centimètres cubes chez B. Chez S., cette quantité fut presque la môme pendant la cinquième période et pendant la première (la différence ne s'élève qu'à 6 centimètres cubes), et cependant l'excédant de l'azote excrété dépassa 3 grammes, si l'on considère les différentes journées séparément, on n'aper- çoit aucun rapport entre les quantités deau urinaire et les quantités d'azote. Ainsi, chez S, l'excrétion la plus abondante d'eau (1700 centimètres cubes) correspond à 19,5b0 d'azote, tandis que l'excrétion la plus abondante d'azote (= 23,688) eut lieu quand l'excrétion de l'eau urinaire n'était que de 1430 cen- timètres cubes, et le second maximum, pour l'azote (21,15), co'ïncida avec une excrétion d'eau urinaire réduite à 900 cen- timètres cubes. Chez l'autre individu (B), la quantité maxi- ma d'azote (21,537) correspond au maximum d'eau urinaire (1610 centimètres cubes); mais une quantité presque aussi grande d'azote fut expulsée pendant que la quantité d'eau uri- naire était descendue à 1000 et même à 920 centimètres cubes. 31 /i PARKES. Par conséquent, les variations dans la sécrétion aqueuse ne peuvent expliquer les différences dans les quantités d'azote excrété. Or, ces variations ne pouvant être attribuées ni à l'ali- mentation, ni au passage plus ou moins abondant d'eau dans l'appareil urinaire, il me paraît légitime de conclure qu'elles étaient déterminées par les conditions de repos ou d'activité musculaire. §4. Excrétion de razote par l'iatestin. La quantité des déjections alvines ne fut pas tout à fait la même chez les deux sujets ; chez S, le poids moyen de ces ma- tières fut journellement (pendant les seize jours que dura l'ex- périence) de lo9 grammes ; tandis que chez B. ce poids moyen n'était que de '112^^8. Les résultats journaliers seront indiqués ultérieurement, et, ici, je me bornerai à rapporter les quantités d'azote déterminées à trois reprises. s. B. Deuxième jour de la première période 1,227 0,644 Deuxième jour de repos 1,486 1,091 Deuxième jour de travail 2,138 1 504 Moyenne .. 1^617 1,079 En admet tant que ces trois journées représentent les moyennes de chaque période, on voit que chez B. l'excrétion journalière de l'azote par les intestins était de 6^'. 538 au-dessus de la quan- tité évacuée de la même manière par S., et que, pendant les douze premiers jours, il rendait, terme moyen, 0^',6 plus d'azote par les urines ; de sorte que, pendant ces douze journées, l'ex- crétion totale de l'azote par les deux voies fut à 1 gramme près la même chez les deux individus ; les totaux étant •2o8^',8/i8 chez S. et '239^', 757 chez B., tandis que Vingesta était (abstraction faite d'une petite quantité de thé, de café, de beurre, etc.) pour chacun de 235^', 32. Un pareil accord prouve, ce me semble, que le dosage de l'azote des aliments, ainsi que la récolte et l'analyse des matières excrétées, étaient faites avec exactitude. Je DE l'élimination DE l' AZOTE. 315 ne m'attendais pas à obtenir des résultats si semblables quant aux quantités d'azote excrétées par mes deux hommes, car la différence n'a été, comme ou le voit, que de 0"',076, c'est-à- dire guère plus d'un grain par jour. Pendant les quatre derniers jours, S. rendit un peu plus d'azote par les urines que ne le fît B., ce qui compensa la différence observée précédemment. Les fèces ne furent pas analysées pendant cette période ; mais je pense que, pendant ces quatre jours, l'azote a dû provenir de l'organisme. Quant aux effets de l'exercice musculaire sur l'excrétion de l'azote par les intestins, il y eut un léger accrois- sement pendant la période de repos comparée à la période pré- cédente, et pendant la période d'activité musculaire comparée à la période de repos. Si l'on analyse les indications consignées dans le tableau sui- vant, on trouvera que la perte de poids pendant la période de repos était presque entièrement due à une augmentation dans les excrétions pulmonaires et cutanées chez S., tandis que chez B. elle dépendait de l'augmentation des excrétions urinaires et in- testinales. On aurait pu présumer que ces excréta consistaient principalement en de l'eau ; mais les variations simultanées dans l'excrétion de l'azote y donnent de l'intérêt. La voie d'éli- mination chez B. prouve d'une autre façon que cela ne dépen- dait pas des effets delà température extérieure. Pendant la période de grande activité musculaire, la perte de poids était attribuable à l'augmentation des excrétions pul- monaires et cutanées, et il est intéressant de voir combien elle était concordante chez les deux sujets; cette perte de poids fut ensuite compensée par une diminution dans les excrétions cuta- nées et pulmonaires. L'excrétion intestinale ne fut influencée d'aucune façon par le travail musculaire, et, malgré le passage abondant de l'eau sur le système cutané, la quantité d'eau uri- naire ne varia pas. L'antagonisme qui est communément admis comme existant entre l'excrétion de l'eau par les veines et par la peau ne se manifesta pas. 316 PARKES. Tableau des excréta quotidiens. (Les excrétions urinaires et intestinales furent mesurées et pesées. L'excrétion pulmo- naire fut calculée par différence en tenant compte du poids de l'ingesta^ du poids du corps et du poids de l'urée et des fèces. On néglige l'oxygène absorbée.) Aiiments ingérés. l" jour. 2' jour. . 3'^ jour.. ti^ jour. . 2783,0 2683,8 2648,0 2733,0 se jour 2698,0 6« jour 2726,0 T jour. 8« jour. 9e jour. 10* jour. 2740,0 2740,0 2753,0 2726.0 11"= jour 2754,8 12* jour 2811,6 Sujet S. Excré- tions urinaires. Excré- tions intesti- nales. Excré tions pulmo- naires et cutanées Sujet B. Aliments ingérés. Excré- tions urinaires. Excré- tions intesti- nales. Excré - tions pulmo- naires et cutanées État ordinaire. 1510,0 106,5 1166,5 2669,0 1180,0 106,5 1256,0 220,5 1207,8 2559,0 850,0 142,0 1255,0 100,5 886,0 2641,0 851,0 92.3 1251,0 99,4 1782,6 2733,0 916,0 59,6 Repos. 1287,0 1185,0 198,0 106,5 1589,0 1634,5 Etat ordinaire. 960,0 1005,0 1228,0 1001,0 99,4 227,0 179,0 116,0 1481,0 1008,0 1146,0 1309,0 2690,0 •2712,0 2740,0 2726.0 2726,0 2714,0 1448,0 1346,0 782,0 847,0 970,0 964,0 149,1 142,0 92,6 177,5 89,4 149,1 1382,5 1367,0 2197,7 1457,4 1493,0 1324,0 1465,0 1601,5 1466,6 1501,0 Exercice. 1043,01 106,5 3105,0 1079,0 144,0 2588,6 État ordinaire. 13* jour.. 14'^ jour. . 15* jour. , 16* jour., 2726,0 2726,0 2733,0 2740,0 947,0 99,4 679,6 1048,0 134,9 943,0 1483,0 149,1 700,9 1766,0 85,2 677,0 2804,011161,0 2740,01155,0 2726,0 2733,0 2747,0 2726,0 106,5 12937,0 95,1 2490,0 1068,4 694,0 976,0 339,0 1044,0 113,6 1147,0 92,3 1293,0 78,1 1666,0 120,7 § 5. Explication des faits précédents. Si l'on tient compte de.s expériences rapportées clans mon pre- DE l'élimination DE l' AZOTE. 317 mier mémoire, ainsi que de celles consignées dans celui-ci, on doit chercher l'explication des phénomènes suivants : 1" L'ingesta d'azote restant le même, il y eut une légère aug- mentation dans l'excrétion de l'azote pendant la période de re- pos comparée à la période d'exercice ordinaire. 2" Il y eut une diminution dans l'excrétion de l'azote par les urines pendant la période de travail forcé comparée à la période de repos, et ce phénomène était apparent lorsque Yingesta de l'azote avait été supprimé, aussi bien que dans le cas où l'azote était fourni régulièrement à l'organisme. 3° Il y eut un excédant faible, mais de longue durée, dans l'excrétion de l'azote après la période de grande activité. Il" L'organisme retint de l'azote, lorsqu'après la suppression d'aliments azotés, de l'azote y fut fourni de nouveau. Ce phé- nomène se manifesta dans l'état de repos aussi bien que pen- dant le travail, mais était plus marqué dans cette dernière cir- (;onstance ; démontrant ainsi, d'une part, la nécessité de cet élément, et d'autre part la compensation de l'insuffisance de l'ingesta à un moment donné par Yingesta subséquent. Je ne puis omettre de rappeler aussi le fait diététique bien connu, et basé sur l'expérience que tout travail musculaire con- sidérable nécessite l'introduction de beaucoup d'azote dans l'éco- nomie animale. Les deux théories de l'action musculaire, qui sont actuelle- ment en discussion parmi les physiologistes, me semblent être également insuffisantes pour rendre compte de ces faits d'une manière satisfaisante. D'après l'ancienne théorie, le muscle se détruisait plus ou moins pendant son action, et réparait ses pertes pendant le re- pos ; et dans cette hypothèse, il paraissait logique de supposer que l'action du système musculaire serait mesurable par la quan- tité d'azote éliminée. Mais le fait de la diminution de l'excré- tion azotique pendant le travail, et la faiblesse de l'augmentation de cette élimination après, augmentation qui n'est aucunement en proportion avec la quantité de tissu musculaire réputée dé- truite, paraît être en complet désaccord avec cette idée. âl8 PARKES. D'après la nouvelle théorie née des expériences des profes- seurs Fick et Wislicenus, la substance azotée constituant le muscle serait seulement l'instrument qui, pendant sa contrac- tion, permet à la transformation de la matière non azotée de s'effectuer, instrument qui, en agissant ainsi, n'éprouve lui- même aucun changement. A première vue, cette hypothèse paraît être en accord avec les faits, mais elle ne satisfait pas à toutes les conditions. En effet, elle ne rend pas compte de l'aug- mentation de l'excrétion azotée pendant le repos, de la diminu- tion de cette élimination pendant le travail, ni de l'augmenta- tion qui se manifeste consécutivement ; elle n'explique pas mieux la rétention de l'azote par l'organisme, qui s'observe après le travail s'effectuant sousTinfluence d'un régime non azoté. Il y a dans ces faits quelque chose que ni la désassimilation per se, ni la stabilité du tissu azoté pendant l'action musculaire, ne peuvent exphquer d'une manière satisfaisante. Il nous faut donc chercher quelque autre exphcation, et il me semble qu'on ne peut représenter les faits qu'en admettant que le muscle en activité s'approprie plus d'azote qu'il n'en aban- donne, et que pendant le repos, au contraire, il en abandonne plus qu'il n'eu relient. Peut-être n'avons-nous pas rigoureuse- ment le droit d'aller au delà de cette conclusion ; mais il me paraît évident qu'il serait difficile de croire que le muscle puisse avoir simultanément deux modes d'action, et par conséquent nous pouvons simplifier l'énoncé de celte conclusion en disant que pendant son action le muscle prend de l'azote, et que pen- dant le repos il en abandonne. En d'autres mots, l'action du muscle, à en juger par ces expé- riences, ne saurait être liée à la destruction de sa substance, mais se rattache à la production de celle-ci : le muscle en acti- vité s'accroît, et au repos son volume diminue. Il peut sembler hardi d'essayer de retourner ainsi l'ancienne théorie de l'action musculaire, surtout quand on songe que la même règle a été appliquée au travail nutritif en général ; mais cette hypothèse nouvelle explique tous les faits, et par consé- quent elle mérite un examen sérieux. DE l'élimination DE l'âzote. 319 En appliquant cette formule à l'explication des faits, je dois présumer que l'azote éliminé par les reins et l'intestin ne saurait être considéré comme provenant uniquement des muscles. Comme cette excrétion représente tout l'azote éliminé, celui-ci doit provenir aussi de tous les autres tissus azotés, de la substance nerveuse, des cellules glandulaires, des membranes albumi- noïdes, des fluides ; en un mot, de tous les matériaux azotés de l'organisme. La portion fournie par le système musculaire ne provient qu'en partie des muscles dont nous pouvons régler le jeu. Nous ne pouvons rien changer à l'action des muscles de la respiration, du cœur, de l'estomac, des intestins, etc.; nous ne pouvons même réduire les muscles volontaires à un état de repos complet et prolongé. Des mouvements persistent toujours, et par conséquent nous ne devons pas nous attendre à trouver de grandes variations dans l'élimination totale de l'azote, lorsque nous plaçons un certain nombre de muscles locomoteurs dans un état de repos comparatif ou d'action. Les aliments en traversant l'organisme, après avoir été élabo- rés dans Testomac, les poumons et le foie, constituent dans le sang un magasin ou réserve de matière nutritive, dont les dif- férentes parties de l'économie tirent leur provision de substance utilisable, suivant leurs besoins ou suivant que le stimulant spé- cial de chacune d'elles les rendent aptes à se l'approprier. Chez les deux hommes employés dans ces expériences, 19^', 9 d'azote entraient et sortaient journellement de la réserve pour passer dans les tissus azotés. Cette quantité suffisait exactement dans l'état d'activité alors existant pour maintenir cette action, et pour maintenir invariable le poids du corps. Lorsque des muscles en certain nombre furent amenés à un état de repos, l'éhmination de Fazote augmenta ; ou en d'autres mots, les muscles s'approprièrent moins d'azote, et en élimi- nèrent davantage par suite (si mon hypothèse est exacte) de leur décomposition plus rapide pendant le repos que pendant l'ac- tion. Or cela peut se comprendre si l'on suppose que si, dans les vingt-quatre heures, les muscles volontaires sont d'ordinaire en repos pendant douze heures, et que la période d'activité se 320 PAKKES. trouve réduite à six heures, saus rien changer à la puissance de l'élimination, qui, au lieu de fonctionner pendant douze heures seulement, fonctionnera pendant dix-huit heures ; car, dans ce cas, l'élimination de l'azote augmentera de 50 pour 100, En effet, pendant la période de repos, l'excrétion de l'azote aug- menta, et cette augmentation était nécessairement plus njarquée pendant le premier jour lorsque le volume du muscle inactif était le plus grand, que pendant le second jour lorsqu'il avait été déjà réduit par un excès d'élimination. Je ne vois aucune autre manière d'expliquer convenablement l'augmentation pendant le repos, et si le fait dont j'augure est vrai, aucune théorie de l'action musculaire, qui ne l'expUquerait pas, ne saurait être admise. Les effets produits sur la réserve de l'azote contenu dans le sang seraient une augmentation dans la quantité de ce principe ainsi emmagasinée après deux jours de repos. Les hommes re- prirent alors leurs occupations ordinaires, et aussitôt les muscles conmiencent à se contracter et à s'assimiler plus d'azote, en conséquence de l'augmentation de leur activité. Lorsqu'ils avaient à regagner leur composition préalable, l'élimination de l'azote diminue nécessairement, et la réserve doit être retombée à son taux normal. Ils employaient l'azote accumulé dans la réserve nutritive aussi bien que l'azote nouvellement fourni, et l'équilibre se sera rétabli. En effet, c'est ce qui avait eu lieu presque complètement dans l'espace de vingt-quatre heures, comme on peut le voir dans le tableau déjà donné. Après ces quatre journées d'exercice modéré, les hommes firent un travail musculaire excessif. Aussitôt l'élimination de l'azote diminua, parce qu'une plus grande quantité de ce prin- cipe était employé par les muscles en contraction, les intervalles de repos étant plus courts. Les dix dernières heures de cette période de grande activité constituèrent un temps de repos, et pendant ce temps l'élimina- tion de l'azote augmenta. Cette augmentation continua aussi plus ou moins pendant les t[uatre jours suivants. Ceci pourrait être expliijué si on l'attribuait à l'excrétion de DE l'élimination DE l' AZOTE. 321 produits foi'ûiés pendant la contraction, comme le supposait l'ancienne théorie ; mais s'il eu était ainsi, on devrait s'étonner de voir l'augmentation de l'excrétion si petite, et en même temps répartie sur tant de jours, circonstances qui, au contraire, s'expliquent facilement dans la théorie que j'ai proposée. Pendant la période d'activité excessive, les muscles ont pu ajouter de l'azote à leur substance constitutive. A la tin de cette période, ces muscles devaient être plus volumineux, et par con- séquent, durant la période suivante d'un repos comparatif, ils ont dû fournir une quantité plus considérable d'azote éliminé, que lorsqu'après la période de repos leur volume était moindre ; en outre, après cette période de grand travail, il y avait beaucoup moins d'activité que pendant la période précédente qui suivit la période de grand repos. Le premier jour qui suivit les journées de marche forcée, les hommes étaient fatigués et se reposaient presque constamment, et il est même probable que les jours suivants ils prirent moins d'exercice que d'ordinaire. Il est aussi à remarquer que l'élimination abondante se continuant pendant tant de jours ressemble aux effets du retour graduel vers l'état normal d'un organe agrandi temporairement, beaucoup plus qu'aux conséquences de l'accumulation préalable de produits excrémentitiels, puisque le produit principal est de l'urée qui, étant très-sol uble, est facilement entraînée hors des muscles, et dont on ne trouve presque aucune trace dans la substance de ces organes. Les faits observés dans les expériences sur le régime non azoté paraissent maintenant également faciles à expliquer. La diminution de l'urée eut lieu principalement pendant la période d'activité, parce que durant cette période les muscles em- ployèrent plus d'azote que dans l'état de repos, l'enlevant à la réserve commune, et probablement se l'appropriant au détri- ment d'autres parties. Pendant les deux jours de grande activité sous le régime non azoté, les muscles peuvent avoir été aussi bien pourvus d'azote que dans le cas où l'organisme recevait journellement une ration de trois cents grains de cette substance, seulement les autres 5« série, ZooL., T. X (Cahier n" 6.) » 21 322 PARHEfS. parties de l'économie ne pouvaient alors faire de même. Alors d'autres organes et les muscles qui n'agissaient pas ne pouvaient se procurer de l'azote avec la facilité ordinaire, et par consé- quent lorsque l'azote fut de nouveau fourni à l'organisme, une plus grande quantité de ce principe fut retenue pour reconstituer la réserve, et pour nourrir les parties dont la ration avait été insuffisante. La quantité d'azote retenue, lorsque le régime azoté fut ré- tabli, ne servait pas, selon toute probabilité, à nourrir les muscles épuisés par l'exercice (circonstance qui, suivant ma théorie, contribuerait à augmenter leur substance azotée), mais fourni- rait au besoin d'autres parties. Si l'on admet cette interprétation des faits, on doit se deman- der comment elle influera sur les conséquences à tirer des expé- riences de MM. Fick et Wislicenus. Ces auteurs, déterminant la quantité d'azote dégagé, calculèrent combien de tissu muscu- laire cette quantité pouvait représenter, et en arguèrent cor- rectement (comme M. Franckland l'a montré) qu'une pareille ([uantité de substance musculaire ne pouvait avoir produit la lorce mécanique développée. Mais il est évident que, si je suis lans le vrai, la mesure du travail doit être la quantité d'azote assimilée par le muscle et non la quaniité dégagée par cet or- gane, et cette quantité n'est pas déterminée par leurs expé- riences célèbres. Mais quoiqu'on puisse élever des doutes relativement aux bases de leur opinion, je conçois que cette opinion elle-même puisse être parfaitement exacte. En effet, de ce que le travail se fait pendant la période durant laquelle l'azote est ajouté au muscle, ou bien d'avoir lieu pendant que l'azote en est éliminé, il n'en serait pas plus facile d'admettre que les changeuients dans l'azote se font dans des proportions suffisantes pour rendre compte du résultat obtenu, ou que la transformation d'un mo- lécule de l'albumine du sang en un molécule d'albumine mus- culaire puisse être accompagnée de changements chimiques, qui, par eux-mêmes, seraient équivalents à la force mécanique développée. Mais on peut concevoir qu'un tel changement DE l'élimination DE l' AZOTE. 323 devienne la cause déterminante de changements dans les matières non azotées, dont résulterait en réalité la manifestation de cette force. Il n'y a aucune raison de croire que la désassimilation doive être accompagnée de tels changements plutôt que l'assj- milation. On voit même plus fréquemment l'union chimique des corps être accompagné par des signes de transformation de force que la désunion de ces corps. Ou bien encore le stimulant que détermine la fixation de l'azote dans le muscle pourrait au nîême moment provoquer les changements dans la constitution des matières non azotées. Ce fait que les substances dont la présence dans le tissu mus- culaire suspend la contraction (et par conséquent que je puis considérer comme arrêtant son accroissement) , paraissent, d'après les dernières observations de Ranke, dériver de ma- tières non azotées, fournit aussi un argument en faveur de l'opinion, suivant laquelle de grands changements s'opèrent dans ces substances pendant la contraction musculaire. Si l'opinion de MM. Fick et WisUcenus est admissible dans ces limites, et si les expériences de M. Ranke et autres sur les effets des produits excrétoires sont exactes, je croirais pouvoir proposer la théorie suivante de l'action musculaire. Lorsqu'un muscle est mis en action par l'influence de la vo- lonté, il s'approprie de l'azote et il s'accroît; le stimulant ou l'acte de combinaison donne lieu à des changements dans les matériaux non azotés qui entourent les éléments primaires Je la substance musculaire, changements qui occasionnent la con- version de chaleur en mouvement. La contraction continue (toujours sous l'influence de la volonté) jusqu'à ce que les effets produits par ces changements y mettent arrêt ; un état de repQs succède, pendant lequel les produits excrémentitiels sont enle- vés ; le muscle perd de l'azote, et ses fibres deviennent de nouveau susceptibles d'entrer en action sous l'influence des sti- mulants appropriés. Cette théorie, explique non-seulement les expériences consi- gnées dans ce mémoire, mais simplifie nos idées touchant l'ac- croissement et la diminution des muscles, et nous permet de mieux comprendre certains phénomènes pathologiques. 32 i^ PAiiKes. Elle s'accorde aussi avec les règles de régime fondées sur l'expérience, beaucoup mieux que ne le fait l'hypothèse de Fick et Wislicenus. Si elle est exacte, elle montre pourquoi les muscles ont besoin d'azote pour agir, et pourquoi une augmentation dans ces' organes nécessite un emploi plus abondant d'azote. Les aliments doivent fournir ce principe, ou bien la réserve d'azote existant dans le sang et dans d'autres parties sera dimi- minuée(4). Elle nous conduit aussi à comprendre comment un individu bien nourri peut être pendant quelque temps privé d'azote, sans que ses muscles trouvent aucune difficulté à se procurer la quan- tité de ce principe dont ils ont besoin, et pourquoi dans un or- ganisme mal pourvu d'azote la puissance mécanique diminue, ou, si elle ne s'affaiblit pas, produit de mauvais effets. Si les efforts sont continués dans de telles conditions, un déficit se déclare toujours quelque part. Souvent le système nerveux, ou le cœur, montrent des signes de faiblesse, résultat qu'il serait difficile d'expliquer en adoptant les vues des physiologistes suisses ; tandis que l'accord existant entre les résultats des expé- riences et les vieilles règles de l'hygiène peut être considéré comme fournissant un nouvel argument en faveur de l'opinion que j'ai avancée dans ce mémoire. (1) Depuis longtemps la pratique a fait voir qu'une provision plus ample de graisse, et peut-èlre aussi de fécule, est désirable, bien que la quantité de graisse emmagasinée dans l'organisme rende cette adjonction moins nécessaire. Les observations de Law et Gilbert me paraissent tendre à faire penser que lorsque le muscle abandonne de l'azote il peut y avoir formation de graisse, et, s'il en était ainsi, un muscle en se désinté- grant pendant le repos pourrait former dans son tissu une réserve de graisse qui subi- rait ensuite des transformations ultérieures lors d'une prochaine addition d'azote, c'est-à-dire lors d'une prochaine contraction. OBSERVATIONS SUR LES AFFINITÉS ZOOLOGIQUES DE U A PH AN APTERYX ESPÈCE ÉTEINTE QUI VIVAIT ENCORE A l'iLE MAURICE AU XVIl' SIÈCLE, Par H. AliPHOIVSE HULNE EDWARDS. Parmi les ossements qui ont été recueillis à l'île Maurice dans la mare aux Songes, à côté des débris du Dronte, que MM. Alf. et Ed. Newton ont bien voulu soumettre à mon examen, se trouvaient quelques os de patte qui m'avaient paru des plus intéressants, en ce qu'ils indiquaient l'existence d'un type nou- veau voisin des XOcydromus, mais plus coureur que ce dernier. J'avais aussi remarqué une mandibule inférieure, longue et courbée, qui semblait provenir d'un oiseau présentant certaines ressemblances avec les Rallides, ou d'un Échassier de rivage entièrement inconnu ; mais j'hésitais beaucoup à la rapporter à l'oiseau auquel appartenaient les os de la jambe et du pied, lorsque des faits d'un autre ordre constatés récemment à Vienne par M. de Frauenfeld me permirent de résoudre affirmativement cette question, et d'arriver ainsi à des résultats^profitables pour Tornithologie paléontologique. Cette mandibule inférieure est presque complète ; il ne manque que l'une des extrémités articulaires (1). Dans toute la portion correspondant à l'os dentaire, elle est faiblement cour- bée en bas d'une manière très-régulière, de façon que son bord inférieur représente presque exactement l'arc d'un cercle de 0",11 de rayon. Chez les Courlis (2) et les Ibis (S), la courbure (1) Voyez pi. 16, flg. 1, 2, 3 et 4. (2) Voyez pi. 17, fig. 1, 2, 3 et 4. (3) Voyez pi. 17, fig. 5, 6 et 7. 326 ALPHONSE MILNE EDWABDS. du bec est moins régulière, et s'accuse surtout dans sa portion terminale; chez V Aptéryx (1), la mandibule est beaucoup plus droite. Les deux branches, peu écartées l'une de l'autre dans leur portion articulaire, se réunissent à une grande distance de leur extrémité ; elles se soudent intimement, de façon à donner à toute la portion terminale du bec une grande solidité. La face inférieure ne décèle aucune trace de la séparation primitive des os dentaires ; elle est arrondie, et ne présente pas de sillon sem- blable à celui qui occupe la ligne médiane chez les Ibis, et dont on aperçoit encore des traces chez V Aptéryx. Le tissu osseux est, dans celte portion, extrêmement serré et résistant ; il n'est percé que par quelques rares pertuis, et ne présente rien de comparable à la structure pour ainsi dire spongieuse de l'extré- mité du bec des Barges, des Bécasses, des Courlis, des Ibis, des Aptéryx, etc., structure en rapport avec la quantité de nerfs et de vaisseaux qui se rendent dans cette partie, et auxquels les oiseaux doivent l'exquise sensibilité tactile qui leur permet d'aller chercher dans la terre et dans la vase les Vers qui y sont cachés. Le bec fossile trouvé à l'île Maurice n'était évidemment pas con- formé [»our servir à un régime semblable ; il se termine, au con- traire, par une pointe aiguë et forte. En arrière des branches postérieures de l'os dentaire, il existe un hiatus étroit, mais assez long, indiquant la séparation pri- mordiale de l'os dentaire, de l'angulaire et du sus-angulaire. La disposition de ce hiatus, dirigé obliquement de haut en bas et d'avant en arriére, peut nous fournir quelques caractères assez importants ; en effet, cette fissure, que j'ai nommée pertuis ou fissure postdentaire, manque dans certaines familles, telles que celles des oiseaux de proie diurnes. Chez les Passereaux propre- ment dits (2), elle existe, mais offre une forme particulière et bien distincte de celle dont je viens de parler ; elle ressemble, en effet, à une fenêtre ovalaire, tandis que dans notre fossile, c'est une véritable fente laissée entre les différents os dont j'ai cités (1) Voyez pi. 17, fig. 17 et 18. (2) Voyez pi. 17, fig. 12 et 13. AFFINITES ZOOLOGIQUES DE l'apHANAPTERYX. 327 plus haut les noms. Les Passereaux, dont le bec est fortement courbé comme iesPromerops, \es,Xiphorliynchus, les Falculies, les Picucules, reproduisent exactement les mêmes caractères que les Passereaux à bec droit. Chez les Gallinacés (1), on remarque, sous ce rapport, des variations assez grandes ; ainsi, tandis que chez les Paons le pertuis postdentaire est presque entièrement effacé, il est énorme chez les Tétras, et particulièrement chez le Tetrao urogallus, où il est placé en avant à une très-grande dis- tance de la surface articulaire. Chez les Totanides(*2), la fente postdeutaire ressemble davantage à celle de notre fossile ; mais elle est disposée moins obliquement, et pour trouver une simili- tude plus complète, il faut comparer ce dernier au bec de cer- tains représentants de la famille des RaUides, et plus particu- lièrement des Ocydromes (3). Chez ces oiseaux, la portion mas- sétérienne est plus étroite, ce qui se lie d'ailleurs à la brièveté plus grande du bec qui nécessite pour ses mouvements des muscles moins puissants, et par conséquent des surfaces d'insertion moins étendues. Le bord supérieur de cette surface correspon- dant à l'os surangulaire, et sur lequel s'attachent les fibres du muscle temporal, est très-élevé; il ne paraît cependant pas y avoir eu sur ce point des tendons ossifiés semblables à ceux des Poules-Sultanes. En arrière de la surface massétérienne et au devant de l'articulation, il existe un trou vascuiaire, arrondi et assez largement ouvert. La surface articulaire est large, mais peu élevée ; elle se com- pose comme d'ordinaire de deux facettes ; l'une, externe, desti- née à s'appliquer sur l'extrémité jugale de l'os tympanique, est disposée obliquement de dehors en dedans; elle est comparati- vement beaucoup plus développée que celle des Courlis (4), des Ibis (5) et de la plupart des Échassiers, et, sous ce rapport, se rapproche de celle des Porphy rions et des Ocydromes (6). La (1) Voyez pi. 17, fig. 15 et 16. (2) Voyez pi. 17, fig. 1, 2, 3 et 4. (3) Voyez pi. 17, fig. 8, 9, 10 et 11. (4) Voyez pi. 17, fig. 2 et 3. (5) Voyez pi. 17. fig. 5 et 7. (6) Voyez pi. 17, fig. 9 et 11. 328 ALPHONSE lUILNE EDWARDS. facette interne, qui s'articule avec la portion ptérygoïdienne de l'os tympanique, est subquadrilatère, et très-élargie d'avant en arrière ; chez les Totanides, elle est étroite, et se dirige vers l'apophyse articulaire interne. La forme de ces facettes est assez importante à considérer, car elle peut donner une idée exacte de celle de l'os tympanique dont l'importance ne saurait être contestée. L'apophyse postarticulaire est forte, médiocrement saillante, et dirigée en dehors; elle se continue inférieurement avec une crête très-mince qui la relie à une autre apophyse articulaire inférieure. Enfin on voit un prolongement articulaire interne, robuste, mais peu avancé ; une semblable disposition ne se re- marque chez aucun autre oiseau. Dans le grand groupe des Passereaux (1), il existe une apophyse postarticulaire; mais elle est courte, et ressemble à un tubercule ; l'apophyse interne est au contraire très- longue ; mais il n'existe pas de prolongement osseux inférieur correspondant à l'angle de la mâchoire, de telle sorte que l'extrémité articulaire est extrêmement surbaissée. On pourrait en dire autant des Gallinacés (2), que l'on reconnaît aussi au développement que prennent les apophyses articulaires, internes et postérieures. Celte dernière, chez le Tetrao-urogal- hs, remonte à une très-grande hauteur en arrière du crâne. Dans le genrelbis (3), il n'y a pas de saillie osseuse inférieure, et d'ailleurs la surface postérieure est profondément déprimée, ce qui lui donne une apparence tiès-particulière. Les Courlis sont également dépourvus d'apophyse articulaire inférieure. La disposition de l'ensemble du système apophysaire de notre fossile rappelle beaucoup celui qui est propre aux Rallides, et qui, dans cette famille, est porté à son maximum de développe- ment chez les Ocydromes [k) : on peut dire avec certitude que, de tous les représentants de la classe des oiseaux, c'est celui dont la portion articulaire de la mandibule inférieure se rapproche (1) Voyez pi. 17, fig. 12. (2) Voyez pi. 17, %. 15 ut 16. (3) Voyez pi. 17, %. 5 et 6. (4) Voyez pi. 17, (îg. 8, 9 et 11. AFFINITÉS ZOOLOGIQUES DE l'aPHANAPTERYX. 329 le plus de celle si remarquable du bec recueilli à l'île Maurice ; on y retrouve une apophyse postérieure dirigée en dehors, une apophyse interne, forte et courte, qui se prolonge en une crête jusqu'à la saillie osseuse inférieure ; celle-ci est nettement mar- quée, bien qu'un peu plus faible que celle du fossile. Chez les Foulques, l'articulation est disposée à peu de chose près de la même manière ; chez les Gallinules, les Tribonyx et les Porphy- rions, l'apophyse inférieure est moins saillante. Sous ce rapport, les Aptéryx diffèrent beaucoup de notre fossile (1), car, chez ces oiseaux, l'apophyse postarticulaire est rudimentaire, et l'angle inférieur est arrondi. , Si, d'après la structure du bec, nous cherchons à nous rendre compte des habitudes et du régime de l'oiseau auquel il apparte- nait, nous verrons que l'absence, ou du moins le peu de déve- loppement des trous et des canalicules destinés au passage des nerfs et des vaisseaux, ne permettent pas de lui attribuer les mœurs des Ibis, des Courlis, des Barges ou des Bécasses. Ce bec, pointu et d'un tissu très-serré, ressemble un peu à celui des Poules-Sultanes et des Ocydromes, et rappelle davantage encore la conformation des mandibules des Huîtriers ; il semble par- faitement disposé pour briser les coquillages et les enveloppes résistantes des animaux, dont probablement se nourrissait cette espèce. Il suffit de jeter un coup d'œil sur l'os du pied trouvé dans le même gisement pour se convaincre qu'il provient d'un oiseau admirablement conformé pour la marche ; il est parfaitement équilibré : sans être trop massif, il est très-robuste (2). La dia- physe est presque aussi épaisse que large ; les angles en sont arrondis, et la gouttière métatarsienne antérieure est peu mar- quée dans sa position supérieure, et s'efface complètement en bas; on ne voit aucune des lignes saillantes destinées à limiter les surfaces d'insertion du muscle extenseur propre du pouce, de l'abducteur du doigt interne et de l'adducteur du doigt externe. (1) Voyez pi. 17, fig. 17 et 18. (2) Voyez pi. 16, fig. 5 à 10. 350 ALPHONSE MILNE EDWARDS. Les empreintes tibiales sont inégales ; l'interne est plus élevée et beaucoup plus forte que l'externe; elles sont surmontées par une dépression peu profonde, au fond de laquelle s'ouvrent les pertuis supérieurs, dont l'externe est situé beaucoup plus bas que l'interne. En dedans, on voit une gouttière limitée par deux petites crêtes, destinée à loger le tendon du muscle extenseur (Commun des doigts. La face postérieure de l'os du pied est arron- die, et traversée longitudinalement par des lignes intermuscu- laires nettement dessinées. La surface d'attache du muscle flé- chisseur propre du pouce est peu marquée. L'extrémité articulaire supérieure est assez étroite {]); les fiicettes glénoïdales sont situées à des niveaux différents, celle du côté interne étant plus haute que celle du côté opposé ; elles sont séparées par une forte tubérosité intercondylienne, à la base de laquelle se voit en dehors une dépression assez forte oii s'attache le lis;ament semilunaire. Le talon est en partie brisé ; cependant on peut voir qu'il était peu saillant, et qu'il n'était sillonné en dedans que par des gout- tières très-superficielles. Les trochlées digitales sont fortes, et disposées à des niveaux différents ('i). La médiane est de toutes la plus longue ; elle est large, très-arquée, et creusée d'une gorge profonde ; une échan- crure très-ouverte la sépare de la trochlée externe qui est beau- coup plus courte et très-élargie. La trochlée interne est la plus petite, et se termine à la hauteur de la base de celle du doigt médian ; elle est fortement rejeté en arrière. La profondeur des dépressions creusées sur les faces latérales des trochlées indique que les doigts devaient être très-solidement attachés à l'os du pied. La facette articulaire du doigt postérieur est grande, et déprimée ; enfin le pertuis inférieur, dans lequel s'engage le ten- don du muscle adducteur du doigt externe, est grand; mais il ne se continue sur le corps de l'os que par une gouttière à peine visible. (1) Voyez pi. 16,fig. 9. (2) Voyez pi. 16, fig. 6 et 10. AFFINITÉS ZOOLOGIQUES DE l'aphANAPTERYX. 331 Les caractères que je viens d'exposer indiquent de la manière la plus nette que l'os en question ne peut provenir ni d'un oiseau de proie, ni d'un Passereau, ni d'un Palmipède. Il a appartenu à un oiseau marcheur, et, par sa forme générale ainsi que par plusieurs de ses caractères, il se rapproche de celui des Galli- nacés ; cependant il est impossihle de le rattacher à ce groupe. En effet, chez tous les Gallinacés, sans exception, le muscle fléchisseur propre du pouce s'insère sur une surface profondé- ment creusée sur la face postérieure et en dedans du talon ; elle est limitée par des crêtes très-saillantes. Ce caractère, comme je l'ai déjà dit, manque sur le tarso-métatarsien extrait de la mare aux Songes. Les trochlées digitales des Gallinacés sont toujours beaucoup plus courtes, et celle du doigt interne se prolonge un peu plus bas que chez ce dernier; enfin, j'ajouterai que chez presque tous les oiseaux de ce groupe, même chez ceux qui sont dé- pourvus d'éperons, il existe une crête ou une bride osseuse qui réunit le bord postéro-interne de l'os au talon. Si l'on compare le métatarse fossile à celui des Échassiers, on remarque que ses proportions relatives, aussi bien que ses parti- cularités anatomiques, l'éloignent de celui des Ciconides, des Gruides, des Ardéides, des Totanides et des Outardes; mais on lui trouve de grandes analogies avec l'os du pied de certains re- présentants de la famille des Rallides, bien qu'il diffère beau- coup de la forme typique propre à ce groupe. Chez ces oiseaux, en effet, les trochlées digitales sont très-serrées les unes contre les autres, et l'extrémité inférieure est en conséquence étroite. Chez notre fossile, on observe la disposition contraire. Le pied des Poules-Sultanes se distingue non-seulement par ce carac- tère, mais aussi par la profondeur de la gouttière métatar- sienne antérieure et de la surface d'insertion du muscle fléchis- seur propre du pouce. Cette particularité ne se retrouve pas chez les Râles, les Poules d'eau, les Jacanas et les Tribonyx ; mais l'os tarso-métatarsien se reconnaît toujours au peu d'in- tervalle qui sépare la trochlée du doigt médian de celle du doigt externe; on remarque cependant que cet intervalle grandit, à 332 ALPHONSE MILNE EDWARDS. mesure que les oiseaux sont mieux conformés pour la marche et pour la course. Ainsi l'échancrure interdigitale est plus large chez les Râles que chez les Foulques ; elle s'évase davantage dans le genre Tribonyx, et surtout dans le genre Ocydrome. En suivant peu à peu ces modifications, on passe insensiblement de la forme type qui nous est offerte par le tarso-métatarsien des Râles à une forme qui pourrait au premier abord sembler toute différente, et qui est pour ainsi dire plus marcheuse. Le fossile que nous étudions nous en présente en quelque sorte l'exagéra- tion, car il est évidemment mieux approprié à la marche que celui de l'Ocydrome ; il offre même quelques rapports avec l'os du pied de l'Aptyryx. Chez l'Ocydrome (1), la gouttière méta- tarsienne antérieure est plus profonde que chez notre fossile; le tendon de l'extenseur commun et des doigts passe sous un pont osseux ; le talon est creusé en dedans de deux coulisses tendi- neuses assez profondes {'2) ; mais le plan général est le même, et l'on conçoit que si les modifications que nous venons de suivre agissent toujours dans le même sens, elles conduisent à la forme que nous présente l'os trouvé à l'île Maurice. Il y a encore entre le fossile que nous étudions ici et le tarso- métatarsien de l'Aptéryx une différence énorme ; mais on peut cependant le considérer comme une transition entre ce dernier et le type Rallide : car quelles sont les modifications anatomiques que nous présente cet os chez l'Aptéryx? On voit la diaphyse se raccourcir et s'élargir beaucoup (3) ; les lignes inter- musculaires s'effacent; les trochlées digitales disposées à peu près sur le même plan, et séparées par des échancrures très- larges, sont robustes et arrondies ; le talon est peu saillant, et ne présente aucun canal tubulaire ; il est creusé de deux larges gout- tières, entre lesquelles est une crête épaisse et peu saillante (li). Ces particularités sont de l'ordre de celles qu'offrait notre fossile comparé au tarso-métatarsien de l'Ocydrome, ou ce dernier (1) Voyez pi. 18, fig. 1. (2) Voyez pi. 18, fig. 3 et 4. (3) Voyez pi. 18, fig. 6. (4) Voyez pi. 18, fig. 7. AFFINITÉS ZOOLOGIQIJES DE l'aPHANAPTERYX. 333 comparé à son homologue chez les Râles ou les Poules d'eau . L'examen des caractères ostéologiques conduit à penser que l'oiseau auquel appartient le fossile en question présentait avec les Rallides de grandes analogies, mais qu'il était organisé pour une existence' plus terrestre que les représentants les plus marcheurs de cette famille, et que, considéré à ce point de vue, il semble se rattacher aux Brévipennes, et particulièrement aux Aptéryx. On a trouvé dans le même gisement que cette mandibule inférieure et que ce tarso-métatarsien, plusieurs tibias (1), qui semblent devoir se rapporter au même oiseau : car l'étude des particularités qu'ils présentent conduit au même résultat que l'examen que je viens de faire des caractères ostéologiques de l'os de la patte. Le tibia fossile est remarquable par le peu de grosseur de la diaphyse comparée aux extrémités articulaires ; le corps de l'os est, en effet, presque cylindrique, plus grêle en dessous de la crête péronière qu'à son extrémité inférieure, et il présente une légère courbure à concavité interne. La crête péronière est assez forte, et se prolonge jusqu'au tiers supérieur de l'os ; le péroné devait se terminer un peu au-dessous du tiers inférieur, ainsi que l'indiquent les rugosités qui existent sur ce point. L'extré- mité supérieure est grosse et arrondie ; la crête tibiale antérieure s'avance beaucoup, et se courbe en dehors, mais elle s'élève très-peu au-dessus de la surface articulaire ; la crête rotulienne est peu marquée, et la crête tibiale externe se prolonge en de- hors en se recourbant au-devant de la tête du péroné. L'extrémité inférieure est massive ; les deux condyles sont très-inégaux : celui du côté interne est étroit et avancé, celui du côté externe est épais et arrondi ; la gorge qui les sépare pré- sente une assez grande largeur ; en dehors, il n'existe pas de fossettes destinées à loger le rebord postérieur des facettes glé- noïdales du métatarse, ainsi que cela se remarque chez beau- coup d'Échassiers ; la coulisse du muscle tibial antérieur s'en- gage sous un pont osseux bien constitué ; la coulisse du muscle court péronier est à peine indiquée. (1) Voyez pi. 16, fig. 11 à 15. 3o/i ALPBOniSE MILNE EDWABDS. Les Ocydromes seuls, parmi les Rallides, offrent dans la con- stitution de l'os de la jambe des particularités analogues, et en cela ils diffèrent notablement des autres genres de la même fa- mille, car chez ceux-ci le tibia est relativement beaucoup plus allongé ; ses extrémités articulaires sont plus en rapport avec la grosseur de la diaphyse, et les crêtes tibiales sont beaucoup plus saillantes et plus hautes ; il y a, à cet égard, entre l'os de la jambe des Rallides types et celui de l'Ocydrome, beaucoup plus de différence qu'il n'en existe entre ce dernier el notre fossile. Nous remarquons, en effet, que le tibia de l'Ocydrome (1) est comparativement très-trapu, et que ses extrémités, surtout la supérieure, sont plus renflées que d'ordinaire, sans cependant l'être à beaucoup près autant que chez notre fossile. Les parti- cularités ostéologiques de l'extrémité inférieure sont les mêmes, mais la diaphyse chez l'Ocydrome est moins arquée. Le tibia de l'Aptéryx (2) diffère beaucoup de celui de Toiseau de Maurice; la direction de l'articulation tarsienne est diffé- rente ; la grosseur relative des condyles n'est pas la même , la gouttière du muscle tibial antérieur ne s'engage pas sous un pont osseux, et reste à découvert ; la crête tibiale antérieure est beaucoup moins saillante, etc.; cependant il y a dans l'aspect général el les proportions relatives de l'os quelque chose qui rappelle celui du fossile, indiquant aussi que, tout en appartenant à un oiseau d'un groupe zoologique différent, il présente quel- ques traits de ressemblance avec ce genre singulier de Brévi- pennes. Les rapports de longueur des os du pied et de la jambe ne sont pas les mêmes que chez l'Ocydrome ou l'Aptéryx; le tarso-méta- tarsien est notablement plus grand, il égale les deux tiers de la longueur du tibia; ainsi, si l'on représente par 100 la longueur du tibia, celle du métatarse serait de 67, tandis que chez l'Ocy- drome elle serait seulement de 57 et demi, et chez l'Aptéryx elle serait de 54. D'ailleurs, dans la famille des Rallides, ces propor- (1) Voyez pi. 18, fig. 9 à H. (2) Voyez p). 18, fig. 12 à 14. AFFINITÉS ZOOLOGIQUKS DE l'aPHANAPTERYX. 335 lions varient dans des limites très-étendues, sans qu'on puisse attacher une très-grande importance à ces différences; on peut s'en convaincre en jetant les yeux sur les chiffres suivants qui indiquent le rapport du tarso-métatarsien au tibia, la longueur de celui-ci étant considérée comme 100. Métatarse fossile 67 Ocydromus aus traits 57 ^ Tribonyx Mortieri 64 Aramides cayennensis 72 Metopidius africanus 71 Porphyrio madaguscartensis. 68 Rallus crex .... 64 Rallus aqmdicut 64 Gallinula chloropus 72 Fulica atra 57 Ainsi, chez notre oiseau fossile, les proportions de la jambe et du pied seraient à peu près les mêmes que chez les Poules- Sultanes, les Tribonyx et les Râles. Je m'occupais de la description de ces divers fossiles, quand M. le comte Marschall m'informa d'une découverte très-inté- ressante que Al. Georg Ritter von Frauenfeld venait de faire dans la collection des peintures sur vélin de la bibliothèque par- ticulière fondée par l'empereur d'Autriche François V\ et, avec son obligeance si connue de tous les hommes de science, il m'en- voya un extrait du travail de M. de Frauenfeld, puis le mémoire lui-même. Je reconnus immédiatement que les ossements dont je venais de faire l'étude appartenaient tous à l'une des espèces représentées dans ces peintures, et j'acquis la certitude que le bec si singulier et les os de la patte provenaient du même animal. M. de Frauenfeld a fait connaître deux figures d'oiseaux prove- nant de la collection de peintures sur vélin dont je viens de parler. Le premier de ces oiseaux est un Dronte, dont tout le corps est uniformément teinté en gris brunâtre, mélangé de quelques reflets bleus. Il est beaucoup moins gros que le Dronte représenté dans les tableaux des deux peintres Savery et de Adrien Veen (1), et son bec, comparé à la tête, est beaucoup moins robuste, ce qui me porterait à penser que cette peinture a été faite d'après un jeune animal. La seconde figure représente un Oiseau qui est aujourd'hui (1) M. MilUes vient de publier une figure du Dronte faite par Adrian Veen, d'après un individu qui vivait à Amsterdam en 1626 {Over eene nieuw ontdekte afbeelding van den Dodo. Koninklijke Akademie van wetemchappen,i. XI, 1868] . 336 ALPHONSE MILNS: HDVWARDS. complètement inconnu des zoologistes, et qui est remarquable par son bec long, pointu et légèrement courbé en bas, par son plumage d'une couleur rougeâtre uniforme, et d'un aspect soyeux analogue à celui de Y Aptéryx; par l'absence presque complète d'ailes, et par ses pattes robustes pourvues de quatre doigts, dont le postérieur est bien développé, et s'appuie largement sur le sol (1). Cette figure porte le n° 9'2 du deuxième volume de la collec- tion des vélins ; elle est immédiatement précédée de celle du Dronte, de celle d'un Casoar à casque, et suivie de celle d'un Flamant. La seule date que l'on trouve dans ce recueil est celle de l'année 1610, et le Casoar qui y est représenté avait été rapporté de Java par les Hollandais en 1597, et otîert à l'empereur Ro- dolphe II par l'archevêque électeur de Cologne. Il y a donc tout lieu de croire que ces oiseaux vivaient ensemble à la ménagerie impériale, que cet empereur et son père Maximilien II entrete- naient, de 15/i5 à 1618, aux environs du château d'Ebersdorf, à une lieue environ à l'est de Vienne. Le Dronte qui a été figuré sur les vélins était peut-être celui qui, d'après de Bry, aurait été amené de l'île Maurice en Europe par les Hollandais en 1599. Parmi les explorateurs qui ont visité les îles Mascareignes vers cette époque, il en est quelques-uns qui parlent de certains oiseaux dont aujourd'hui nous n'avons aucune connaissance : aiçsi Pieter van den Broecke (2), dans la relation de son voyage à Maurice, qui date de 1617, figure à côté du Dronte un autre oiseau à corps arrondi, privé d'ailes, et pourvu d'un bec long, pointu et courbé en bas. Aucune description ne se rapporte à cette figure , que M. Strickland a reproduite en se bornant à signaler la ressemblance qu'elle offre avec VJpteryx. (1) Voyez pi. 15. (2) Van den Broecke, XXV Jaarige reyse-beschryving naer Africa en Oost-Jndien. 8" Lewarden 1771 : «Begia.ende voortgangh der Verecn. Nederl. Geoctr. Oostind. Compagnie », t. 2, u° XVI, p. 102, pf. 7. Voyez aussi Thevenot, Relations rie divers voyages curieux, t. I, Voyage de Bontekoe. AFFINITÉS ZOOLOGIQUES DE L APHANAPTERYX. Oo7 En 1628, François Gauche (1) nous apprend qu'il y avait à l'île Maurice des « Poules rouges au bec de Bécasse ; pour les » prendre, il ne faut que leur présenter une pièce de drap » rouge ; elles suivent et se laissent prendre à la main ; elles » sont de la grosseur de nos Poules, excellentes à manger. » Jean Chrétien Hoffmann, qui séjourna à l'île Maurice en qua- lité de prédicateur, du 13 février 1673 au 17 mars 1675, raconte « qu'il y existait encore des oiseaux rouges singulièrement con- » formés, de la taille d'un Poulet ordinaire, nommés Todaerses. » Ces oiseaux, bien que privés de la faculté de voler, courent » très-vite ; aussi use-t-on d'un procédé risible pour s'en empa- » rer : on prend une baguette dans la main droite, et on enve- » toppe la main gauche d'un morceau d'étoffe rouge, qu'on » montre ainsi à ces oiseaux communément rassemblés en » troupes nombreuses; soit que la couleur rouge terrifie ces stu- » pides oiseaux, soit qu'elle les attire, ils s'approchent presque » sans crainte du chasseur, qui, lorsqu'ils sont à une distance » convenable, en abat et saisit un. Les cris que pousse le captif » attirent ses compagnons qui cherchent à le délivrer, et de- » viennent ainsi tous la proie du chasseur (2). » Il est évident que ce passage se rapporte aux Poules rouges à bec de Bécasse de Cauche ; Hoffmann les désigne, à tort, sous le nom de Todaerses, qui a été souventappliqué aux Drontes ; mais il est probable qu'en 1673 ces derniers avaient déjà disparu de l'île Maurice ou y étaient devenus si rares, que l'auteur dont je viens de citer le nom n'en avait jamais vu. Il est impossible de ne pas reconnaître les similitudes qui existent entre les Poules rouges privées de la faculté de voler dont parlent Cauche et Hoffmann, et l'oiseau dont on a retrouvé une figure dans la col- lection des vélins de la bibliothèque particulière de l'empereur d'Autriche. Ces peintures proviennent pour la plupart du même artiste ; quelques-unes ont été évidemment faites d'après des individus vivants, d'autres d'après des animaux empaillés ; enfin (1) Cauche, Relations véritables et curieuses de l'ile de Mndagnscar, it^-h" .Varia, idbl. (2) Voyez journal Leopoldina, mars 1868, p. 52. ^<' séfio, Zoor,. T. X. (C.-iliior n° 6.) ■■ 22 338 ALPHONSE MILNE EDWARDS. il en est qui, paraît-il, sont le fruit de l'imagination du peintre. On pense qu'elles sont dues au pinceau du célèbre miniaturiste hollandais G. Hoefnagel, né à Amsterdam en 1565 ou 1566, mort entre 1608 et 1617, et attaché pendant sa vie à la cour de Rodolphe II, en quahté de peintre du cabinet. La pose de l'oi- seau dont il est ici question est tellement naturelle, qu'il est permis de supposer qu'il a été représenté de son vivant, bien que les plumes correspondant à la base de l'aile semblent un peu en désordre. Cet oiseau reproduit les caractères essentiels assignés par Gauche à ses Poules rouges ; il présente la même coloration, la même forme du bec, et l'on y retrouve aussi la nature des plumes signalée par Hoffmann. M. de Frauenfeld n'hésite pas à étabhr ce rapprochement, et il donne pour titre à son mémoire : Neu aufgefundene abbildung des Dronte nnd eines zweiten Kurzfliige- ligen vogels^ wahrsclieinlich des Poule rouge au bec de Bécasse der Maskarenen. Cet oiseau est tellement remarquable et pré- sente des caractères si particuHers, qu'il est facile de le distin- guer à l'aide d'une description même très- succincte. La pein- ture que l'on possède aujourd'hui, et qui a été très-habilement reproduite en chromolithographie , aux frais de la Société zoologico-botanique de Vienne, nous fait connaître la plupart des caractères extérieurs du nouvel oiseau de Maurice, et je crois utile d'en reproduire ici une réduction (1). Le bec est noir, très-aigu et régulièrement arqué en bas; il est à peu près deux fois plus long que le crâne. La mandibule supé- rieure est arrondie en dessus, et l'on voit auprès de sa base l'ou- verture des narines qui est petite et très-étroite. L'œil, dont l'iris est jaunâtre, est situé très en avant; en arrière et plus bas, on aperçoit la trace du trou auditif. Le plumage, d'une teinte rou- geâtre uniforme, ne présente aucune consistance; les plumes, de même que celles de X Aptéryx, ont une tige simpl e. mais les barbes et les barbules sont longues, molles et sans adhérence les unes avec les autres ; celles de la partie postérieure des flancs sont les (1) Voyez pi. 15. AFFINITÉS ZOOLOGIQUES DE l'aPHANAPTERYX. SÎ^9 plus développées. Le cou est assez long, et il est garni sur la nuque de plumes qui dépassent les autres, et semblent consti- tuer une sorte de crête cervicale ; on ne remarque aucune indi- cation d'ailes. La queue est rudimentaire, et constituée par des plumes courtes, molles et retombantes. Les pattes sont peu éle- vées ; elles présentent beaucoup de force. Les plumes des jambes s'arrêtent à une certaine dislance au-dessus du talon, de façon que l'extrémité inférieure des tibias est nue. Le pied est couvert de larges scutelles. Les doigts, au nombre de quatre, sont cylin- driques, et dépourvus de membrane interdigitale, même à leur base ; le pouce est bien développé, et s'appuie largement sur le sol; le doigt médian est un peu plus court que le tarse. La place zoologique que cet oiseau devait occuper était des plus difficiles à établir, et M. de Frauenfeld, après avoir com- paré ce type aux Brévipennes, aux Gallinacés et aux Rallides, arrive à cette conclusion, qu'il réunit le plumage et les ailes imparfaites de V Aptéryx au port et au bec des Râles, et aux pieds des Gallinacés. Il est évident que, par l'inspection seule d'un dessin colorié, on ne pouvait arriver à établir avec plus de précision la position systématique de la Poule rouge à bec de Bécasse, et cette question aurait été l'objet des mêmes discussions qui se sont élevées jusque dans ces dernières années sur les relations zoologiques du Dronte, si les circonstances particulières, dont j'ai parlé dans la première partie de ce mémoire, ne me permettaient de com- pléter l'histoire de la découverte si inattendue de M. de Frauen- feld, et de rétablir la place que la Poule rouge à bec de Bécasse des anciens voyageurs doit occuper dans les cadres ornitholo- giques. Effectivement les ossements subfossiles dont je viens d'exa- miner les caractères appartiennent indubitablement à l'oiseau (|ue M. de Frauenfeld vient de faire tigurer, et les particularités anatomiques offertes par ces os suffisent pour bien faire con- naître la position systématique de ce dernier. La Poule rouge à bec de Bécasse fait évidemment partie de la famille des Rallides. car il y a moins de différence entre elle et l'Ocydrome qu'entre 8/lO ALPHONSE NILNE ED1V;%RDS. celui-ci et les Râles. Cette espèce éteinte constitue dans ce groupe une de ces formes de transition si remarquables dans le règne ani- mal, et l'on doit la considérer comme un Rallide dont l'organisa- tion se serait adaptée à une existence essentiellement terrestre. Lesplumessont trop légères et trop peu résistantes pour avoir pu servir au vol, et d'ailleurs les ailes sont rudimentaires; les pattes, au contraire, offrent une force considérable, mais elles sont peu élevées et les doigts sont moins allongés que d'ordinaire dans cette famille ; ceci porterait à penser que cette espèce avait des habi- tudes moins aquatiques que la plupart des Rallides ; cependant, le doigt est très-long, comme chez les oiseaux qui fréquentent les endroits vaseux où le sol a peu de consistance, tandis que chez les véritables coureurs il disparaît plus ou moins complètement afin de diminuer le poids de l'extrémité du bras du levier consti- tué par la patte. D'après la nature des plumes, on voit que la Poule rouge au bec de Bécasse était encore plus brévipenne que le Notornis; aussi est-il probable que le sternum était encore moins caréné que celui de ce dernier oiseau (1), et que l'os furculaire n'existait pas ou était réduit à l'état de stylet. Il est possible que de nou- velles recherches nous fassent connaître quelques-unes de ces pièces qu'il serait si intéressant de pouvoir étudier. M. de Frauenfeld a proposé de considérer l'oiseau dont nous faisons ici l'histoire, comme le type d'une nouvelle division géné- rique et il lui a donné le nom cV Aphanaplerycc imperialis. Déjà plusieurs auteurs avaient tenté d'interpréter zoologique- ment les descriptions et les figures imparfaites laissées par les voyageurs qui, vers la fin du xvi' siècle et au xvu% visitèrent les îles Mascareignes, et chacun des oiseaux, dont on avait pu soupçonner l'existence, avait reçu un nom particulier, lors même que ses rapports zoologiques étaient complètement incon- nus. Ainsi, M. de Sélys-Longchamps a réuni toutes ces espèces dans une même division générique qu'il a désignée sous le nom d'Apterornis. (1) M. Owcii a doniiL' une figure de cette pièce dans son ouvrage sur VAnaiomie des Vertébn<:,t, II, p. 21, fig. 15. AFFINITÉS ZOOLOGIQUES DK l'âPHANAPTERYX. 3H L'oiseau figuré par van den Broecke est évidemment celui que Gauche appelait la Poule rouge à bec de Bécasse, et on peut les identifier avec une certitude presque entière avecV J phanaptenjx de M. de Frauenfeld. Mais doit-on pour cela remplacer cette dé- nomination par celle d'^pferoî-nis(Sélys-Long-champs)? Je ne le pense pas, car M. deSélys-Longchampsa formé cedernier genre au moyen d'éléments très-hétérogènes, et les caractères extrême- ment vagues qu'il lui assigne pourraient être appliqués à des oi- seaux appartenant à des groupes zoologiques très-différents; c'est en effet ce qui a lieu. Le genre ^/j/erornù, dit cet auteur, « dif- » fère notablement des deux précédents [Didus et Pezophaps) » par son bec long ressemblant un peu à celui des Bécasses, » mais plus gros. Ce bec rappelait en apparence celui de TAp- » téryx; ces oiseaux étaient haut montés, couraient vite et s'éloi- » gnaient davantage des Pigeons que le Dronte et le Pezophaps, » auxquels ils ressemblaient d'ailleurs par leurs ailes impropres » au vol, par leur queue nulle ou rudimentaire et par le nombre » et la disposition des doigts des pieds. » Comme type du genre Àplerornis^ M. de Sélys-Longchamps cite VApterornis solitarius, c'est-à-dire le Solitaire de l'île de la Réunion dont il ne reste aucun débris et que nous ne connaissons que par les récits de quelques voyageurs. Ainsi Carré, qui résida à la Réunion en 1608, parle « d'une sorte d'oiseau que les habitants ont nommé Oiseau solitaire parce que effectivement il aime la solitude et ne se plaît que dans les endroits les plus écartés 11 ne ressemblerait pas mal à un Coq d'Inde s'il n'avait point les jambes plus hautes. La beauté de son plumage fait plaisir à voir, c'est une couleur changeante qui tire sur le jaune (1).» Dubois, dans son ouvrage imprimé en 167/i, donne sur ce Solitaire les détails suivants : «Ils sont gros comme une grosse Oie et ont le plumage noir à l'extrémité des ailes et de la queue. A la queue, il y a des plumes approchantes de celles de l'Au- (1) Voyages aux Indes Orientales, par M. Carré, 2 vol. in-12, t. I, p. 12; et Prévost, Histoire générale des voyages, t. IX, p. 3. 3^2 ALPHONSE MILISiE EDWARDS. truche ; il a le col long et le bec fait comme celui des Bécasses, mais plus gros, la jambe et pieds comme poulets d'Inde. » Cet oiseau, à plumage blanc ou teinté de jaune, est peut-être celui qui est représenté sur les deux tableaux découverts en 1866 et 1867 et présentés à la Société zoologique de Londres, par MM. Tegetmeyer et A. Newton ; dans tous les cas, il serait cer- tainement bien différent de la Poule rouge à bec de Bécasse. La seconde espèce iV Apterornis de M. de Sélys-Longchamps, qu'il nomme Apterornis cœrulescens n'est autre chose que l'Oi- seau bleu, sur lequel Dubois nous a transmis quelques détails que je reproduis ici. « Oiseaux bleus, gros comme les Solitaires, ont le plumage tout bleu, le bec et les pieds rouges, faits comme pieds de Poules, ils ne volent pas, mais ils courent tellement vite qu'un Chien a peine d'en attraper à la course, ils sont très-bons. » La couleur bleu du plumage, la teinte du pied et du bec, la rapidité de la course, semblent bien indiquer un oiseau du groupe des Poules-Sultanes. M. Strickland avait parfaitement saisi ce rapprochement lorsqu'il disait: «J'aurais été disposé à rapporter l'Oiseau bleu au genre Porphyrio,s\ l'on ne nous assu- rait qu'il ait eu la taille du Solitaire, c'est-à-dire d'une grosse Oie, que ses pieds ressemblaient à ceux d'une Poule et qu'il était incapable de voler. » Lorsque M. Strickland écrivait ces lignes, on ne connaissait pas encore le Notornis découvert en 1850, oiseau chez lequel presque tous ces caractères se retrouvent ; mais lorsque M. Schle- gel chercha à déterminer zoologiquement les anciens oiseaux des îles Mascareigues, il rangea cette espèce dans le groupe des Poules-Sultanes et dans le genre Notornis. Il me semble, en effet, que l'Oiseau bleu ne peut appartenir à une autre division qu'à celle des Porphyrions, mais il me paraît bien difficile d'établir des genres et des espèces en se basant seulement sur le dire de voyageurs qui, n'attachant qu'une importance très- secondaire aux questions relatives à l'histoire naturelle, peuvent n'avoir pas observé très-attentivement les caractères spécifiques et en avoir rendu compte d'une manière approximative. Ainsi, AFFINITÉS ZOOLOGIQUES DE l'apHANÂPTERYX. S43 toutes les discussions qui se sont élevées sur les rapports zoolo- giques de VOiseau bleu avaient pour base la description donnée par Dubois et que j'ai reproduite plus haut. Mais cette descrip- tion est-elle bien exacte? On peut en douter, car dans une lettre écrite par de Brown, missionnaire jésuite et publiée en 1724 dans les Lettres édifiantes^ on remarque le passage suivant : « Vers l'est de cette île, il y a une petite plaine au haut d'une montagne, qu'on appelle la plaine des (lafres, où l'on trouve un gros Oiseau bleu, dont la couleur est fort éclatante. Il ressemble à un Pigeon ramier ; il vole rarement et toujours en rasant la terre, mais il marche avec une vitesse surprenante. Les habi- tants ne lui ont encore donné d'autre nom que celui à'Oiseau bleu; sa chair est assez bonne et se conserve longtemps. » D'après cet aveu, l'Oiseau bleu pourrait donc s'élever de terre, et il ressemblerait non plus à une grosse Oie, mais à un Pigeon ramier. Il est difficile de distinguer quels sont les ren- seignements auxquels on peut accorder le plus de confiance. Ceci montre la réserve que l'on doit garder lorsqu'il s'agit de se servir, pour l'élude des espèces, des descriptions succinctes données par les voyageurs. Mais que XOiseau bleu soit un Porphyrio ou un Notornis, peu importe à la question que nous traitons ici. Il est, en tous cas, évident qu'il appartient à un tout autre genre que le Solitaire, et que si on laisse ce dernier comme type des Apterornis^ ou doit en distinguer F/^. cœrulescens. \J Apleiornu Bonasia, qui constitue le troisième représentant des Apterornis de M. de Selys-Longchamps, est encore plus difficile à déterminer exactement, car, sous un seul nom, plu- sieurs espèces se trouvent réunies. Ainsi le savant naturaliste belge comprend sous la même dénomination : r Les Poules {Hen), dont sir Th. Herbert a laissé une figure Irès-imparfaite, chez lesquelles le bec est long, droit et pointu, au heu d'être courbé comme celui de Y Aphanapteryœ ; il n'y a aucun vestige de queue, mais il semble y avoir eu des ailes d'une extrême brièveté. C'est à cet oiseau que M. Schlegel a assigné le nom de Didus Herberti. 'èllll ALPHONSE iniLKE ElkWAICilJi. 2° Les Poules rouges à bec de Bécasse de Gauche. 3" Les Gelinottes qui habitaient l'île Rodrigues à l'époque où Léguât y séjourna, et sur lesquelles cet auteur nous a laissé les renseignements suivants : «Nos Gelinottes sont grasses pendant toute l'année et d'un » goût très-délicat; elles sont toutes d'un gris clair, n'ayant que » très-peu de différence de plumage entre les deux sexes.... » Elles ont un bourrelet rouge autour de l'œil, et leur bec, qui est » droit et pointu, est rouge aussi, long d'environ deux pouces. » Elles ne sauraient guères voler, la graisse les rendant trop pe- » santés. Si on leur présente quelque chose de rouge, cela les » irrite si fort, qu'elles viennent l'attaquer pour tâcher de l'em- » porter. » Cet oiseau se distingue bien nettement du précéglent par sa coloration et par la forme du bec. Enfin M. de Selys-Long- champs termine le passage relatif à ['Âpterornis Bonasia en citant la figure donnée dans le voyage de Van den Broecke. \J Apterornis Bonasia comprend donc au moins trois espèces distinctes, au nombre desquelles se trouve \ Aphanapleryx de M. de Frauenfeld ; mais on ne peut pas adopter pour cet oiseau la dénomination spécifique de Bonasia, parce qu'elle doit s'ap- pliquer à la première des espèces dont parle M. de Selys-Long- champs, c'est-à-dire à celle dont sir Th. Herbert a laissé un dessin grossier, et qui a pour caractère principal un bec droit et pointu. Par conséquent, si on laisse dans le genre Apterornis, le Solitaire de Bourbon et le Didus Herberli (Schlegel), on doit en séparer VOiseau bleu aussi bien que la Poule rouge au bec de Bécasse, et le nom générique cV Aphanapteryx , proposé par M. de Fauenfeld, doit être conservé pour cette dernière espèce ; mais, d'un autre côté, il est évident que V Aphanapteryx impe- rialis n'est autre chose que l'Oiseau figuré dans le voyage de Van der Broecke, auquel M. Schlegel a appliqué le nom de Didus Broeckei; cela ne peut donner lieu à aucune contestation, puisque le savant directeur du Musée de Leyde a distingué cette espèce de celles dont le bec était droit au lieu d'être courbe, de telle sorte que la dénomination spécifique qu'il a proposée doit, sui- AFFINITÉS ZOOLOGIQUES DE l'aPHANAPTERÎX. 3Û5 vaut la loi de priorité, remplacer celle qui a été donnée depuis. Par conséquent, V Aphanapteryx imperiahs doit porter le nom à'Aphanapteryx Broeckei. En résumé, nous voyons donc que le genre Aphanapteryx doit être maintenu dans nos cadres ornithologiques, et qu'il tient, à côté des Ocydromes, une place correspondante à celle que ces derniers occupent à côté des Râles; enfin, que ces relations sont du même ordre que celles qui existent entre les Poules- Sultanes et les Notornis. A l'aide de ces documents nouveaux découverts par M. de Frauenfeld dans la bibliothèque particulière de l'empereur d'Autriche, et des ossements subfossiles que MM. Alfred et Edward Newton ont bien voulu me confier, nous arrivons donc à reconstituer l'une des espèces éteintes les plus remarquables de cette faune si singulière des îles Mascareignes qui, jusque dans ces derniers temps, était encore si incomplètement connue. EXPLICATION DES PLANCHES. PLANCHE 15. Dessin représentant la Poule rouge à bec de Bécasse de Gauche {Aphanapteryx Brœckct) retrouvé par M. de Frauenfeld dans la bibliothèque particulière de l'empe- reur d'Autriche (très-réduit). PLANCHE 16. Ostéologie de V Aphanapteryx Brœckei. Fig. 1. Bec inférieur, vu de côté, de grandeur naturelle, ainsi que les figures suivantes. Fig. 2 . Le même, vu en dessus. Fig. 3. Le même, vu en dessous. Fig. ti. Extrémité articulaire, vue par sa face postérieure. Fig. 5. Tarso-métatarsien, vu par sa face interne. Fig, 6. Face antérieure du même os. Fig. 7. Face postérieure du même. Fig. 8. Face externe du même. Fig. 9. Extrémité articulaire supérieure, vue en dessus. F^. 10. Extrémité articulaire inférieure, vue en dessous. Fig. 11. Tibia, vu par sa face interne. Fig. 12. Face antérieure du même os. Fig. 13. Face postérieure du même. Fig. 14. Extrémité articulaire supérieure, vue en dessus. Fig. 15. Extrémité articulaire inférieure, vue en dessous. 3/l6 ALPOONSE MILNE EDWARDS. PLANCHE 17. Fig. 1. Mandibule inférieure du Courlis (Numenius arcuatus), vue de côté, un peu réduite. Fig. 2. Face supérieure du même os. Fig. 3. Portion articulaire^ vue en dessus, un peu grossie. Fig. II. Portion articulaire, vue en arrière, un peu grossie. Fig. 5. Mandibule de l'Ibis rose [Ibis rubra), vue par sa face supérieure, un peu réduite. Fig. 6. Extrémité postérieure, vue en arrière, un peu grossie. Fig. 7. Portion articulaire, vue en dessus et un peu grossie. Fig. 8. Mandibule de FOcydrome [Ocydromus australis)y vue de côté, de grandeur naturelle. Fig. 9. Face supérieure du même os. Fig. 10. Extrémité postérieure, vue en arrière et un peu grossie. Fig. 11. Portion articulaire, vue en dessus et un peu grossie. Fig. 12. Mandibule de Coracias [Fregilus gramlus. Lin.), vue de côlé, de grandeur naturelle. Fig. 13. Extrémité postérieure, vue en arrière et un peu grossie. Fig. 14. Mandibule de Faisan à collier [Phasianics torquatus), vue de côté, de gran- deur naturelle. Fig. 15. Face supérieure du même os. Fig. 16. Portion postérieure, vue en arrière. Fig. 17. Mandibule d'Aptéryx, vue en dessus et un peu réduite. Fig. 18. Portion articulaire, vue en dessus et grossie. PLANCeE 18. Fig. 1. Tarso-métatarsieu de l'Ocydronie (Ocî/f/ro>«!w nî/s/raiis), vu par sa face anté- rieure, de grandeur naturelle, ainsi que les figures suivantes. Fig. 2. Face interne du même os. Fig. 3. Face postérieure du même. Fig. II. Extrémité articulaire supérieure, vue en dessus. Fig. 5. Extrémité articulaire iufcrieure, vue en dessous. Fig. 6. Tarso-métatarsien de l'Aptéryx [Aptéryx australis), vu par sa face antérieure. Fig. 7. Extrémité articulaire supérieure, vue en dessus. Fig. 8. Extrémité articulaire inférieure, vue en dessous. Fig. 9. Tibia de l'Ocydrome, vue en avant. Fig. 10. Face interne du même os. Fig. 11. Extrémité articulaire inférieure, vue en dessous. _^ ^ Fig. 12. Tibia de l'Aptéryx, vu en avant. Fig. 13. Face interne du même os. Fig. 14. Extrémité articulaire inférieure, vue en dessous. OBSERVATIONS SUK DES CRUSTACÉS RARES OU NOUVEAUX DES COTES DE FRANCE, Par M. HEIi«E. ( Seizième article. ) Recherches sur les Cumadés, description de cinq nouvelles espèces de ce genre. Les Crustacés, par lesquels nous allons commencer ce mé- moire, appartiennent au genre Cuma de M. Milne Edwards, genre qui a si longtemps été, de la part des carcinologistes, l'objet de doutes basés sur ce que les formes embryonnaires qu'ils affectent donnaient lieu de croire qu'ils n'étaieni pas encore parvenus à leur état complet de transformation. De nombreux travaux ont été publiés (1) dans le but d'éluci- der cette question qui est encore controversée; nous l'avons aussi examinée avec soin, et nous venons apporter à sa solution le tribut de nos recherches, dont le résultat nous a conduit à nous ranger avec les naturalistes qui, comme MM. Kroyer, Goodsir, SpenceRate et van Reneden, considèrent les Cwmaces comme étant arrivés à leur état adulte. Nous avons, en effet, été à même de constater chez ces Crustacés la présence de deux sexes, et, de plus, nous avons trouvé des femelles munies de leurs œufs; de sorte que, dans notre opinion, il ne saurait exister de doutes sur la validité de ce genre. (1) Consultez à ce sujet le remarquable ouvrage publié par notre savant collabora- teur M. Van Beneden : Recherclies sur la faune du littoral de la Belgique, p. 71-87. 3/l8 UESSE. Ce fut te 15 avril 18GB, qu'en explorant, à une très-grande basse marée, une de nos plages sablonneuses, sur laquelle exis- taient de grandes flaques, lesquelles, en se déversant dans la mer, formaient de petits ruisseaux, que nous aperçûmes dans ces cours d'eau, relativement assez rapides, des Crustacés dont la forme étrange excita notre attention. Ils nageaient avec une grande vivacité en remontant le cou- rant, ils avaient le corps étendu en ligne droite, position qui ren- dait encore plus sensible la longueur excessive de leur abdomeil qui, comparativement à sa largeur, paraissait disproportionnée. Nous en recueillîmes un certain nombre, sans d'abord les re- connaître. Ce ne fut que lorsque nous prîmes la peine de les examinera loisir, que nous fûmes fixés à leur égard. Ce n'était pas, du reste, pour nous des Crustacés que nous voyions pour la première fois ; nous nous en étions antérieure- ment procuré plusieurs autres de différentes espèces, dont nous donnerons aussi la description (1) ; mais cependant c'était la première fois que nous les trouvions réunis en bandes, et que nous constations la présence des œufs chez les femelles. Le lendemain du jour où nous les avions rencontrés, voulant nous en procurer d'autres, nous retournâmes dans la même lo- calité ; mais ils avaient complètement disparu, ce qui nous fait penser que, comme plusieurs espèces, les Cuma sont des Crus- tacés migrateurs qui ne paraissent sur nos côtes qu'à certaines époques déterminées. Voici maintenant la description des individus dont nous ve- nons de parler, et que nous séparons en deux catégories : (1) Nous voyons dans le mémoire précité de M. Van Beneden, p. 74, que M.Spence Bâte a découvert sept espèces de Cuma des côtes Britanniques; il est donc possible que parmi celles que nous allons décrire il s'en trouve qui l'aient déjà été par ce savant naturaliste, ce dont nous ne pouvons nous assurer, attendu que nous ne possé- dons pas son ouvrage. CRUSTACÉS RARES OU NOUVEAUX. 349 §11. Espèces dont les anneaux thoraciques peuvent s'engaîner LES UNS dans les AUTRES. GUMA A DOS NOIR. CUMA TERGINIGRA (Nobis). Description du mâle (1). Il est àpeu de chose près, ou peut-être même, entièrement de la taille de la femelle ; il mesure de 2 à 2 millimètres et demi de longueur sur d millimètres de largeur. Son corps, que l'on a comparé pour la forme à celui du Scor- pion, est, à sa partie «/tomcîçwe, très-large, surtout relativement à y abdomen qui est au contraire très-étroit et très-long. Le thorax, vu de profil, a la forme d'une amande, dont le bout pointu formerait l'extrémité du rostre, et la partie large la base. La portion antérieure du bouclier céphalique est relevée à son sommet, des deux côtés duquel sont deux petites échan- crures (2) qui correspondent à des impressions rhino-frontales, qui circonscrivent cette partie antérieure de la carapace qui est élevée au milieu. Les yeux sont logés non loin de ces échancrures frontales, dans cette dépression délimitative (iont nous venons de parler. Ils ne sont pas précisément sessiles, ni non plus complète- ment pédoncules; ils tiennent le milieu entre l'un et l'autre. Ils sont généralement petits et difficiles à apercevoir, parce qu'ils sont ordinairement de la même couleur que la partie du corps sur laquelle ils sont fixés; ce n'est donc qu'à leur éclat chatoyant que l'on peut les distinguer et en constater la position. La partie latérale du thorax (3) a une conformation particu- lière et exceptionnelle que n'offrent pas les Crustacés des autres (1) PI. 19, fig. 1. (2) Fig. 3. (3) Fig. 1 et 2. •^50 H ESSE. espèces ; elle présente dans sa partie moyenne une échancrure circulaire qui livre passage à trois paires de pattes-mâchoires, longues et grêles, qui se dirigent vers l'orifice buccal, et dont l'extrémité le dépasse légèrement. De l'autre côté de cette échancrure se continue le thorax, et cette dernière portion forme le tiers de cette partie anté- rieure du corps (1). L'abdomen est cylindrique; il diminue également de diamètre, mais très-insensiblement de la base au sommet. Il est composé de six articles, tous à peu près de la même longueur, à l'exception néanmoins de l'avant-dernier, qui, à lui seul, égale sous ce rap- port la dimension de deux autres anneaux. Celui qui termine cette partie du corps (2) est armé de deux appendices cylindriques et divergents, dont la longueur égale au moins celle de l'avant dernier anneau abdominal. Ces deux appendices sont formés de deux articles de même dimension, terminés chacun par des pointes longues, minces et aiguës. Les organes qui servent à l'alimentation et à la locomotion se présentent comme suit : L'antenne supérieure (3) est formée de quatre articles prin- cipaux ; l'article basilaire est le plus long ; un autre article est court et intermédiaire entre les deux autres, dont le dernier, qui est évasé à son extrémité, est terminé par deux petits appendices courts et cylindriques, composés de deux articles. Ces deux petits appendices peuvent devenir préhensiles en se rapprochant l'un de l'autre. L'antenne inférieure [h) est d'une longueur considérable, puisqu'elle égale au moins celle du corps. Elle se compose d'un pédoncule large, plat et ovale, terminé par un filet cylindrique très-délié, formé d'une grande quantité d'anneaux à peu près d'égale longueur. (1) Fig. 1 et 2. (2) Fig. 14. (3) Fig. H. W Fig. 12. CRUSTACÉS RARES OU NOUVEAUX. 351 La première paire de pattes-mâchoires externes (1) est longue, cylindrique et grêle ; elle est formée de cinq articles ; l'article basilaire est très-court ; le suivant équivaut en longueur aux trois autres qui sont de la même dimension ; le dernier est armé d'une forte griffe. La deuxième paire de pattes-mâchoires (2) est également très- longue et cylindrique. L'article basilaire de la branche infé- rieure est le plus grand, il est large et plat; il présente latérale- ment une cavité en forme de gaîne, dans laquelle vient se loger le palpe, dont le premier article est assez long, et atteint les trois quarts de la branche intérieure, et est terminée par un fouet multi-articulé, et garni de poils longs et touffus. La troisième paire de pattes-mâchoires (3) est plus courte que la deuxième. Sa branche interne est composée de quatre ar- ticles, dont le basilaire, qui est large et plat, est, à lui seul, beaucoup plus long que les trois autres, lesquels sont tous à peu près de la même dimension, et se terminent par une griffe re- courbée et aiguë. Enfin on aperçoit encore, pour compléter tous ces organes extérieurs, une longue tige garnie de poils, et pourvue à sa partie moyenne d'un appendice large et plat (4). En dessous des pattes-mâchoires extérieures dont nous venons de parler se trouvent les mandibules qui sont larges, plates et denticulées; nous n'avons pu constater leur nombre, mais elles recouvrent entièrement Yorifice buccal. Les pattes natatoires ou thoraciques (5) sont au nombre de trois paires, qui sont fixées sur autant d'anneaux de cette partie du corps ; elles sont simples, de grandeur et de grosseur moyenne, composées de quatre articles, dont un fémoral ayant à peu près la moitié de la longueur totale de cet appendice, et suivi d'un petit article très-court et rotuliforme ; puis viennent deux (1) Fig. 6. (2) Fig. 7 et 9. (3) Fig. 9. {à) Fig. 10. (5) Fig. 15 et 16. 352 HESSE. articles terminaux, plats, garnis de poils longs et divergents. Le mâle présente, en outre, attachée à chacun de ses articles abdominaux, une paire d'appendices (l)'de moyenne grandeur, plats, flabelliformes, composés de deux articles, dont le dernier est seulement garni à son extrémité de longs poils divergents. Le dernier article de cette partie du corps est le seul qui ne soit pas muni de ces appendices ; mais il est terminé, comme nous l'avons déjà dit, de deux tiges cylindriques divergentes, terminées en pointes et garnies de poils (2). Description de la femelle (3). Elle est, comme nous l'avons dit précédemment, à peu près de la taille du mâle, c'est-à-dire qu'elle a 2 millimètres et demi environ de longueur sur 1 millimètre de largeur. Son corps res- semble complètement à celui du mâle sous le rapport de la forme ; il n'en diffère que par la coloration et par certains caractères que nous allons indiquer, et qui sont du reste très-peu nombreux et faciles à distinguer. Les antennes supérieures (/i) sont courtes, cylindriques, et composées de quatre articles qui vont en diminuant de longueur et de calibre de la base au sommet. Le premier article, ou le basilaire, est le plus grand et le dernier le plus petit ; il est terminé par des poils, et ne présente pas, comme dans le mâle, deux tiges qui, en se rapprochant, peuvent devenir préhensiles. Les antennes inférieures sont un peu plus longues et égale- ment cylindriques; mais leur sommet, ainsi que celui des an- tennes supérieures, ne dépasse que de très-peu le bord de la carapace céphalo-thoracique, et conséquemment n'ont pas cette tige longue et multi-articulée qui existe chez le mâle. Enfin les articles abdominaux ne sont pas comme ceux-ci pourvus d'appendices flabelliformes. (1) Fig. 18. (2) Fig. 14. (3) Fig. 2. (4) Fig. 13. CRUSTACÉS RARES OU NOUVEAUX. o53 Coloration. Le mâle (1) a le céphalo -thorax teinté d'une couleur ver- clâtre pâle qui va en s'atténuant de l'extrémité antérieure de cette partie de la carapace à sa base où elle se change en un rose tendre, mais néanmoins assez vif. Tout l'abdomen, ainsi que les pattes et les appendices auxquels ils donnent attache, sont d'un jaune d'or très-éclatant parcouru par une raie rouge foncé, qui s'étend de la base du céphalo-thorax à l'extrémité abdominale. Tout le corps est, en outre, moucheté de bandes sinueuses et de points noirs. Les yeux sont d'une couleur verdàtre chatoyante. La coloration de la femelle ('2) se distingue de celle du mâle en ce que la partie antérieure du céphalo-thorax est d'un vert pomme tendre, encadré latéralement par une large tache d'un noir profond, qui indique par des bandes de cette couleur alternée de blanc les séparations latérales du boucher cépha- lique qui facilitent l'action des pattes-mâchoires. Tout le reste du corps, c'est-à-dire le thorax et V abdomen, sont, comme dans le )nâle, d'une couleur jaune très-vive, parcourue par une raie rouge qui va, de la base du premier anneau thoracique, se rendre à l'extrémité abdominale. Ces diverses parties du corps sont, en outre, ponctuées de noir. Les yeux ont la même colo- ration que ceux du mâle. Habitat. — Trouvé, en réunion assez nombreuse, le 15 avril 1862, dans de petits ruisseaux formés par flaques creusées dans une plage sablonneuse de nos côtes qui se déversaient dans la mer. Description de l'embryon. Contraints de nous absenter et de passer quelques jours hors de notre domicile, nous n'avons pas pu, comme c'est notre habi- tude, suivre attentivement les transformations des Crustacés dont nous nous occupons. Lorsque nous pûmes les examiner de (1) Fig. 1. (2) Fig. 2. 5« série, ZooL., T. X. (Cahier n° 6.) 3 23 35/i H ESSE. nouveau, ils'étaient morts, mais ils avaient néanmoins parfaite- ment conservé leur forme. Quelques-uns des em1)ryons étaient sortis de la poche incubatrice de la femelle qui est la cavité tho- racique : d'autres y étaient encore renfermés, et nous pûmes les en faire sortir. Les uns ne présentaient que les premières traces d'organisation ; les autres, plus avancés, montraient déjà, dans la forme rudimentaire de leurs appendices, la place qu'ils de- vaient occuper ultérieurement. Nous avons choisi parmi ceux-ci ceux qui nous ont paru les plus avancés dans leur transformation pour les décrire, et c'est de ceux-là que nous allons nous occu- per. Les œufs sont relativement très-gros, et au nombre de dix ou de quinze. Le corps (1) est fortement recourbé en arrière, de telle sorte que les deux extrémités tendent à se rapprocher en forme de croissant. A cette période, la têle est déjà très-distincte ; elle présente à son sommet une petite échancrure, qui indique visiblement pour le lobe supérieur l'origine des antennes, et pour l'inférieur celle des organes qui doivent environner la bouche. Un point rouge pigmentaire et diffus annonce la présence de Xœil; les autres découpures qui suivent la têle, et se dirigent dans le sens opposé, sont évidemment les rudiments des pattes et des appen- dices qui seront fixés ultérieurement au corps ; l'extrémité cau- dale ou abdominale se recourbe en volute sur un axe arrondi qui paraît vide. L'espace qui est compris entre le dessus de la tête et l'extrémité du corps que nous venons de décrire est com- blé par une capsule piriforme qui contient les globules vitellins. On voit encore l'enveloppe qui revêt le lobe céphalique, et qui se continue jusqu'à l'extrémité inférieure des appendices rudi- inentaires thoraciques. Coloration. — Tout le corps était d'un jaune assez foncé ; la place de l'œil est indiquée par une tache pigmentaire diffuse d'un rouge vif. La capsule piriforme, qui se trouve au milieu du corps remplie de globules vitellins, est d'un brun foncé. (1) Fig. 19. CRUSTACÉS RARES OU NOUVEAUX. 355 § in. Espèces dont les anneaux peuvent s'engaîner les uns dans les autbes. CUMA PONCTUÉ. CUMA PUNCTATA (Nobis). Il mesure environ 3 millimètres. Son céphalo-thoraœ vu de profil n'a pas, comme dans l'espèce précédente, la forme d'une amande; il a à peu près la même largeur daiis toute son étendue; conséquemment, il n'y a pas une grande dilîérence de largeur entre les anneaux thoraciques qui suivent et celui-ci ; mais cependant ces anneaux peuvent, à raison de l'évasement de leur bord supérieur, s'engaîner les uns dans les autres. On ne remarque pas non plus, comme dans l'espèce précé- dente, ces divisions latérales de la partie antérieure du thorax, dans lesquelles viennent s'insérer à leur base les patles-mâ^ choires. L'abdomen est relativement très-gros, et son calibre, sous ce rapport, diffère beaucoup de celui des autres Cumadés, chez les- quels il est, au contraire, très-étroit. On aperçoit en dessous de chaque anneau, moins cependant le dernier, un appendice gros et court, d'un seul article, dont l'extrémité est obtuse, et ne dépasse que légèrement le bord in- férieur de l'anneau auquel il est fixé. Les anteniies supérieures sont courtes, et terminées par un article conique garni de poils ; l'inférieure est également très- peu saillante. Les premières pattes-^nâchoires .^oni lojigues, grôles, et termi- nées par des griffes crochues. On aperçoit à la base du bouclier céphalo-thoracique des appendices flabelliformes, multi-arlicnlés, et garnis de poils qui viennent s'appliquer sur l'orifice buccal. o56 HESse. Les pattes thoraciques sont courles et assez fortes ; elles sont couvertes de poils, et terminées par des griffes crochues. Les deux appendices qui terminent l'abdomen sont relative- ment très-longs, et terminés par deux autres tiges pointues et divergentes, munies à leur extrémité d'une touffe de poils rigides. Coloration. — Le corps est en entier d'un jaune sale, couvert, de distance à distance, de gros points noirs. Une tache frontale, d'un vert clair, se prolonge sur la partie supérieure du dos. Les yeux sont rouges. Habitat. — Trouvé dans des flaques sur des plages sablon- neuses de la mer. Nota. — Nous n'avons pas aperçu dans cette espèce les longues antennes qui caractérisent le mâle, et cependant nous constatons la présence des appendices abdominaux, rudimen- laires, il est vrai, que nous avons remarqué chez ce sexe dans l'espèce précédente ; mais nous ne sommes pas bien certains d'avoir eu affaire à un individu adulte, et ce qui nous fait sup- poser qu'il ne l'est pas, c'est l'état peu développé de ces mêmes appendices. CUMA ROUX. ' GUMA RUFA (Nobis). Nous ne décrirons que la femelle de cette espèce, le mâle nous étant inconnu. Elle est la plus grande de celles que nous publions, puisqu'elle mesure 12 millimètres de long sur 3 de large. La forme géné- rale de son corps est peu différente de celle de notre Cuma à dos noir; elle s'en distingue seulement par la forme des anneaux thoraciques, dont l'évasement du bord supérieur permet l'en- o-aînement mutuel. On ne voit pas non plus dans cette espèce les divisions latérales du bouclier céphalique ; cette partie du thorax est entière dans toute son étendue. Le bouclier céphalo-thoracique est très-bombé sur le dos et d'une forme ovale; sa base est insérée dans le premier des CRUSTACÉS RARES OU NOUYKAUX. 357 anneaux thoraciques ; ceux-ci n'offrent rien de particulier, et vont en diminuant successivement de grosseur jusqu'au premier anneau abdominal, sans transition bien visible. V abdomen est composé, comme dans les autres espèces, de six anneaux tous du môn)e calibre et aussi de la même longueur, sauf l'avant-dernier et le dernier, dont l'un est le plus grand et l'autre le plus petit. Celui-ci est terminé par deux tiges divergentes de grandeur moyenne, lesquelles sont bifurquées à leur extrémité, et logées à leur base dans l'extrémité inférieure du dernier anneau, qui, à cet effet, présente une cavité entourée d'un bord arrondi et évasé. Ces deux tiges sont, en outre, hérissées de poils rigides et espacés les uns des autres ; les deux extrémités bifurquées sont terminées par d'autres poils également roides, mais diver- gents et formant une touffe. Les anneaux thoraciques portent chacun une paire de pattes simples, longues et grêles, terminées par des griffes acérées, à l'exception pourtant de celle qui est placée à la base du céphalo- thoraciqiie qui est très-longue et flabelliforme, multi-articulée et dirigée dans un autre sens que les pattes précédentes, attendu qu'elle vient se rabattre du côté de l'orifice buccal. Le% pattes-mâchoires ^ surtout celles qui sont latérales, sont très-longues et très-minces; elles sont accompagnées d'autres plus courtes, également pourvues de griffes aiguës. Les mandi- bules sont larges et plates ; elles recouvrent l'orifice de la bouche. Les antennes supérieures sont coniques et composées de quatre articles allant en diminuant vers leur sommet. Les antennes in- férieures sont, comme dans les autres espèces, courtes, ne dépas- sant que légèrement le bord de la carapace. Les appendices branchiaux sont flabelliformes, composés de trois articles dont les deux derniers sont d'une égale grandeur et de longueur moyenne. Ils sont terminés par des poils assez longs et divergents. Coloration.Towi le corps est en entier de la même teinte, qui est couleur rouille foncée. Une raie noire qui indique le trajet 358 H ESSE. du tube intestinal, part de près de la tête et se rend à l'extrémité inférieure du corps. Les yeux sont noirs. Habitat. Trouvé le 10 avril 1860, dans les touffes du Polysi- phonix urseolata dont peut-être il se nourrit. CUMA FASCIÉ. CUMA FASCIATA (Nobis). Nous ne connaissons que la femelle de cette espèce, qui est plus petite de moitié que le précédent. Il ne mesure donc que 6 millimètres de long sur 1 millimètre et demi de largeur au thorax. La forme du corps n'offre que peu de différence avec celle du Cumaroux; le bord antérieur du bouclier céphalothoracique, ou le rostre, vu de profd, est aigu et relevé en pointe. Les yeux, qui sont très-peu saillants, sont placés de chaque côté de la base de ce rostre dans un léger enfoncement latéral que celui-ci présente à cet effet. hQ?, antennes supérieMres ^owi courtes, mais assez grosses et terminées en pointes. Les inférieures sont encore plus courtes et ne dépassent presque pas le bord de la carapace, mais il n'en est pas de même des premières pattes-mâchoires, qui sont lon- gues et grêles. Le bouclier céphalo-thoracique est ici, comme dans l'autre espèce, d'une seule pièce et l'on n'y voit pas les incisions circu- laires du Cuma à dos noir, mais, ainsi que cela existe dans l'espèce précédente, tous les anneaux du thorax s'emboîtent les uns dans les autres. Les anneaux abdominaux sont é2;alement comme dans les au- très espèces d'une moyenne longueur, sauf l'avant-dernier qui est le double des autres et le dernier qui n'en a que le tiers. Les appendices qui le terminent sont très-longs, divergents et finis- sent par deux pointes également divergentes; ils sont, en outre, garnis de poils courts très-rigides. Les trois paires de pattes thoraciques sont plus courtes et plus CRUSTACÉS RARES OU NOUVEAUX, 359 fortes que dans l'espèce précédente; elles sont composées de quatre articles : le fémoral qui est le plus long, suivi d'un petit article arrondi servant de rotule et de deux autres articulés, d'une longueur égale, dont le dernier est armé de plusieurs griffes aiguës. Coloration. L'extrémité du rostre, la partie moyenne du tho- rax ainsi que les deux anneaux suivants sont d'une couleur rouille très-foncée. La partie antérieure du premier article cé- phalo-thoracique est colorée en vert clair. Une bande blanche circulaire, se terminant en pointe à ses extrémités, occupe la partie moyenne et supérieure du ce phalo- thorax; une bande rouille de couleur très-vive, orne l'extrémité inférieure de l'a- vant-dernier et du dernier article de l'abdomen qui est d'une teinte vert- clair. Les yeux sont noirs et très- peu apparents. Habitat. Nous avons trouvé, le 27 mars 1857, deux exem- plaires de cette belle espèce, remarquable par l'éclat et la diver- sité de ses couleurs, dans une flaque d'une plage sablonneuse où elle se trouvait avec des Acalèphes. CUMA PETIT. CuMA PARVA (Nobis). Il est beaucoup plus petit que ceux que nous venons de dé- crire; il n'a qu'un millimètre de longueur. Le céphalo-thorax, vu de profil, a exactement la forme d'une amande et sa base arrondie est reçue dans le premier anneau thoracique évasé, à cet effet, comme le sont les suivants qui s'imbri([uent les uns dans les autres. Les anneaux abdominaux n'offrent rien de particulier; ils sont cylindriques et disposés comme dans les autres espèces. Les deux tiges qui les terminent sont grosses, courtes, et composées de deux articles armés de deux appendices pointus divergents. Les antennes, les pattes, n'offrent rien de particulier à signa- ler. Nous ne connaissons que la femelle, car nous n'avons aperçu ni les longues antennes ni les appendices abdominaux ([ui carac- térisent le mâle. La petite taille de ce crustacé nous laisse dans 360 UEssii;. l'incertitude de savoir si rindividu que nous venons de décrire est un jeune ou un adulte. Coloration. Le corps est entièrement de couleur rouille pâle uniforme sans aucune tache ni dessin plus foncés. Les yeux sont noirs. Habitat. Trouvé le 5 mai ! 800 dans des flaques laissées à la marée basse sur une plage sablonneuse. Biolog-ie. Ainsi que nous l'avons dit précédemment, les Ciima sont doués d'une très-grande agilité, et nagent avec assez d'énergie pour pouvoir remonter, avec facilité, des courants qui sont pour eux relativement très-rapides. A cet effet, afin de présenter moins de surface et conséquemment moins de résistance, ils étendent leur corps en ligne droite et à l'aide du mouvement propulsif de leurs pattes thoraciques, ils remontent le fil de l'eau. Lorsqu'ils sont renfermés dans un vase clos dans lequel l'eau est tranquille, on les voit s'agiter en divers sens, contracter et allon- ger brusquement leur abdomen, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, comme un ressort qui se détend, imitant en cela les larves des Culeco que l'on rencontre en grand nombre 'dans les eaux croupies, et qui se servent de ce moyen pour monter ou descendre ou changer de position. Le mâle tient ordinairement ses antennes inférieures allon- gées et étendues le long du corps; elles peuvent même être re- couvertes à leur base par le bouclier ^ céphalo-thoracique, de sorte qu'elles sont difficiles à apercevoir; la tige étant ainsi mêlée aux pattes thoraciques. Les appendices caudaux, qui terminent le dernier article ab- dominal, ne sont pas pour eux des organes sans utilité. Ainsi que les Scorpions auxquels on les a comparés, à raison de la longueur extrême de leur abdomen, ils le relèvent souvent du côté de la tête et se servent de la bifurcation des deux tiges qui le terminent, comme d'une pince dans laquelle ils engagent la partie du corps cpi'ils veulent nettoyer; ils la dégagent ainsi des objets qui pourraient en entraver ou en gêner les foncfions. CRUSTACÉS RARES ET NOUVEAUX. 361 C'est de la sorte que nous les avons vu passer successivement comme entre les dents d'un peigne, les divers appendices du corps et les organes buccaux, et cette opération était d'autant mieux faite que ces tiges caudales étant garnies intérieurement de poils courts et rigides, remplissaient les fonctions d'une brosse. Nous ne possédons pas de renseignements assez certains sur l'alimentation de ces crustacés pour émettre, à cet égard, une opinion motivée. Nous les avons rencontrés plusieurs fois parmi des plantes marines; leur servaient-elles de refuge ou de nour- riture? C'est ce que nous ne saurions dire. Systématisation. Les crustacés que nous venons de décrire appartiennent évi- demment, dans la famille des Cumadés, au genre Cuma l'une des trois divisions que l'on y a introduites. Us se rapprochent par la forme de l'espèce publiée par M. Milne Edwards (1), sous le nom de Cuma d'Andouin et aux Cuma Augustata et Liicifera de M. Kroyer (2), et môme quoiqu'un peu moins à la Cuma Rathkii (3) décrite par M. Van Beneden. Nous croyons néan- moins que nos espèces diffèrent toutes de celles auxquelles nous les comparons, si nous en jugeons par les figures qui en ont été données, qui, bien que parfaitement exécutées, ne tiennent gé- néralement aucun compte ni de la dimension ni de la coloration des sujets. Nous voyons entre autres choses aucun de ces crusta- cés ayant comme plusieurs des nôtres les anneaux thoraciques disposés de manière à recevoir l'anneau qui le précède à raison de l'évasement du bord supérieur de celui qui le suit. Dans notre espèce à dos noir, il est évident que la coloration fait valoir singulièrement la structure particulière du céphalo- thorax en délimitant d'une manière précise, par des teintes tran- (1) Ann. des se. nat., 1852, t. XVUI, t. IX et 1858. (2) Planche 5, Crustacés, fig. 2, a-x, et pi. 3, fig. 3, a-k [Atlas du voyage en Scandinavie et en Laponie). (3) Recherches sur la Faune littorale delà Belgique, p. 71-87, 165, pi. 12. 362 HESiiE. chées, les séparations au nombre de trois qui indiquent l'inser- tion des pattes-mâchoires dont sont pourvus ces crustacés. La taille, quatre fois plus grande du Cuma rufa, indépen- damment de sa coloration, est aussi un moyen facile de distin- guer ces deux espèces l'une de l'autre. Dans le Cuma fusciata^ la taille et la coloration le rendent très-reconnaissable et le différencient de l'autre espèce bien qu'il y ait entre eux de grandes similitudes de forme. ]/d même ob- servation peut être faite à l'égard de nos Cuma Parva et Ponc- tata {\). Enfin, il résulterait de nos observations que les caractères dis- tinctifs du niàle de ces crustacés seraient d'avoir le filet terminal des deuxièmes antennes excessivement long et raulti-articulé et d'avoir aussi les abdominaux, sauf le dernier article, munis d'appendices flabelli formes, plats et de moyenne grandeur. § IV. THAUMATOESSA ARMORICAINE. Thadmatoessa armoricana (Nobis). Nous avons longtemps hésité à faire connaître le crustacé qui va être l'objet de cette description, bien que nous le possédions depuis dix-neuf ans, par le motif qu'il présentait des caractères si étranges que nous avons d'abord cru que ces formes n'étaient que transitoires et que nous n'avions affaire qu'à une larve de crustacé au lieu d'un adulte. Nous nous étions donc bornés à les étudier et à les dessiner avec soin, lorsque, jetant les yeux sur les planches du voyage en Scandinavie et en Laponie, nous avons trouvé, figuré à la planche /|2, figure /i, a-e Zoologie, (1) Nous exprimons ici le regret que les frais considérables qu'entraîne la publication des planches enluminées, ne permettent pas d'admettre ici les nôtres Nos dessins subissent ainsi, croyons-nous, une très-grande dépréciation, car s'il nous est permis de leur attribuer quelque valeur, elle est surtout duc à notre position exceptionnelle et privilégiée, au bord de la mer, qui nous permet de reproduire, aussi exactement que possible, les objets vivants et conséquemment avec leur forme et leur coloration naturelle, chose très-importante, mais malheureusement très-rare, CRUSTACÉS RARES ET NOUVEAUX. 363 Crustacés, sous la dénomination de Thaumatoé'ssa Typica Kroyer, nouvelle espèce et nouveau genre, un crustacé qui a beaucoup d'analogie avec le nôtre, bien que cependant il en diffère par plusieurs caractères que nous ferons valoir. Il nous eût été très-nécessaire de comparer nos observations à celles de M. Kroyer et de profiter du complément utile que le texte (1) ajoute aux planches; mais qui, tardivement publié, n'a pu les accompagner; nous avons donc été réduits aux ren- seignements que nous avons recueillis nous-mêmes, et que nous donnons ici. Nous avons l'espoir que le soin que nous avons mis à nous les procurer les auront rendus aussi complets que pos- sible. Description (2). Il a environ 5 millimètres de longueur sur 2 de largeur. Son corps, qui est pupiforme, est gros et arrondi au sommet an- térieur et va en diminuant de diamètre jusqu'à la partie abdo- minale qui se rétrécit brusquement, pour prendre un calibre la moitié moins fort que celui de l'extrémité inférieure du thorax. La tête est petite et arrondie : Elle est faiblement indiquée par un sillon circulaire qui en contourne la base. Elle ne porte qm- cune trace d'a;jpflre«7 oculaire. Elle paraît remplie, ainsi que la partie antérieure de la carapace céphalo-thoracique^ de granules sphériques, de très-petites dimensions, qui sont fort serrées les unes contre les autres. Le Bouclier céphalo-thoracique, réuni à la tête, égale à peu près en longueur celle des quatre anneaux suivants. Le premier anneau du thorax est le plus long et le plus large des trois suivants qui vont en diminuant successivement de longueur et de calibre jusqu'au dernier. Les anneaux abdominaux, qui sont au nombre de six, sont, (1) Nous avons appris que le texte du Voyage de la Commission scientifique du Noi-d, en Scandinavie, en Laponie [Poissons, Crustacés, Mo/lusl[i JOURDAIN. nique avec une branche de la veine cardinale antérieure, logée dans un canal creusé dans la région pétromastoïdienne. Les dis- positions anatomiques de ce réservoir en rendent le jeu facile à comprendre. A chaque mouvement d'expiration, le volet tem^ poro-palatin se rapproche de la base du crâne, la cavité du ré- servoir se trouve rétrécie, et la lymphe comprimée, s' échappant par l'orifice antérieur qu'elle trouve libre, passe dans la veine cardinale; quand, par un mouvement contraire, le volet palatin s'éloigne de la ligne médiane, au moment de l'inspiration, le ré- servoir s'élargit, et le liquide du vaso-lymphe sous-vertébral peut s'y déverser. En résumé, le système lymphatique du Congre se compose essentiellement d'un vaso-lymphe sous -vertébral, simple en ar- rière, double en avant, recevant les lymphatiques viscéraux et ceux de l'appareil respiratoire, et se dilatant, avant de se jeter dans le système à sang coloré, en un réservoir compressible, qui joue le rôle d'un cœur lymphatique. M. Alix nous prie d'insérer la rectification suivante. J'ai dit, t. IX. p. 17: « Dans le tiers antérieur de la plante, on trouve des anses plus » allongées qu'à la main, mais disposées de la même manière. » Depuis ce temps, j'ai observé deux fois des anses dirigées dans le sens opposé. Le caractère n'est donc pas aussi général que je l'avais cru d'abord. ^^- ■ V SUR LES DÉCOUVERTES ZOOLOGIQUES FAITES RÉCEMMENT A MADAGASCAR, Par M. Alfred GBAIVDIDIER, (Note présentée à l'Académie dos sciences, le l/i décembre 1868, par M. Mdne Edwards.) L'Académie a plus d'une fois entendu avec beaucoup d'inté- rêt des communications relatives aux recherches zoologiques et géographiques entreprises à Madagascar par M. Alfred Grandi- dier. Ce voyageur éclairé et plein de zèle pour la science a repris, il y a un an environ, le cours de ses investigations, et les dé- couvertes qu'il vient de faire sont non moins importantes qu'inattendues. Je m'empresse donc de les porter à la connais- sance des naturalistes. Comme on le sait depuis longtemps, la Faune mammalogique actuelle de Madagascar est très-différente de celle de toutes les autres parties du globe ; elle se compose uniquement de types propres à cette île, et l'on n'y voit aucun représentant des grands herbivores qui donnent à la population zoologique de l'Afrique et de l'Asie ses caractères les plus saillants. On pouvait croire qu'il en avait été toujours de même, mais les découvertes de M. Grandidier changeront l'opinion des naturalistes à cet égard. Il résulte de ses observations qu'à l'époque plus ou moins éloi- gnée où Madagascar était habité par l'oiseau gigantesque désigné sous le nom iVÉpiornis, cette île possédait aussi de grands Pa- chydermes fort analogues à l'une des espèces africaines les plus remarquables. En effet, il vient d'y découvrir de nombreux dé- bris d'une espèce particulière du genre Hippopotame. C'est en faisant des fouilles dans un terrain marécageux à Amboulitsate, sur la côte occidentale de Madagascar, que M. Grandidier a constaté ce fait important. Il y a trouvé les dé- bris d'environ cinquante Hippopotames mêlés à des os d'Épior- niset d'autres animaux d'espèces éteintes. L'Hippopotame subfossile de Madagascar, que M. Grandidier inscrit dans nos catalogues zoologiques sous le nom cVHippopo- tamus Lemerlei, est beaucoup moins grand que VHippopotamus ampJdbius, et, sous le rapport de la taille ainsi que par plusieurs o76 A. GRlKUiniElt. parlicLilarllés oslcologiques, il me paraît se rapprocher beaucoup du Chœropsis de Libéria. Voici les reiiseiguements que M. Gran- didier vient de m'adresser au sujet de ce curieux Pachy- derme. « Le petit Hippopotame de Madagascar se distingue de son » congénère d'Afrique (//.y4»np/iî6m) par sa taille, qui esttrès- » inférieure et par la conformation de ses orbites, qui sont moins » saillantes latéralement et ne se relèvent que peu au-dessus du » front. Les apophyses post-orbitaires et jugales sont courtes et » laissent ouvert plus du sixième du cercle orbitaire; lejugal » est plus allongé et moins saillant vers le dehors que chez » l'Hippopotame commun. L'os lacrymal est relativement plus » développé et se rétrécit moins vers le bord orbitaire ; la face » postérieure du crâne est concave par suite de la saillie de la » crête occipitale, qui est courte et se continue avec une suture » sagittale assez épaisse et légèrement concave; l'angle de la » voûte qui recouvre l'orbite est aigu et la partie moyenne du » crâne forme un losange assez régulier; les os nasaux sont à » peine élargis à leur extrémité, et les palatins sont très-étroits. » Le trou vertébral de l'atlas est partagé par un anneau inté- » rieur semi-circulaire et concentrique à l'arc supérieur de cette » vertèbre. L'apophyse odontoïde de l'axis est pointue et pré- » sente en dessous une facette articulaire; l'apophyse épineuse » de la même vertèbre est assez saillante. Le cubitus est, comme » d'ordinaire, soudé au radius, dont il se distingue par un sillon » perforé vers les deux bouts; les deux os sont très-déprimés. » Le bassin est peu développé (1). » (1) Voici les mesures que M. G n idiot- -lo ne des principaux os de cet Hippopo- tame : Longueur de diverses têtes de rHippopotame, dont plusieurs m m appartiennent à des individus adultes 0,315 à 0,40 Longueur de la mâchoire supérieure au niveau des deuxièmes molaires 0,26 0,27 Distance des apophyses post-orhitaircs du frontal 0,21 Distance des tubérosités d'où sortent les canines iulcrieures. . 0,22 Longueur minimum de la mâchoire inférieure 0,15 Longueur d'un fragment de maxillaire d'un tout jeune indi- vidu (de la quatrième et dernière molaire â la canine, qui commence à sortir) 0,115 Longueur totale du fémur ^ 0,23 DIiCOUVli:R 1 ES ZOOLOfîlQUES \ MADAGASCAR. 377 Les débris d'Épiornis que M. Grandidier a trouvés môles à ces ossements d'Hippopotame consistent en un fragment d'œuf, un tibia de 6^ centimètres de long (1), plusieurs fragments de dimensions encore plus considérables, un fémur et plusieurs ver- tèbres. Le fémur est remarquablement robuste ; son diamètre, mesuré au point le plus étroit de la diaphyse, est égal à plus du quart de la longueur de l'os (2). Il est très-probable qu'une étude approfondie de ces pièces jettera beaucoup de lumière sur les affinités naturelles de l'oiseau gigantesque dont elles pro- viennent, sujet pour l'examen duquelles matériaux ont manqué jusqu'ici. Le même dépôt renfermait d'autres os d'oiseaux , ainsi que diverses parties du squelette d'une Tortue terrestre que M. Gran- didier considère comme constituant une espèce nouvelle et qu'il désigne sous le nom de Testudo abnipla (o). Ce voyageur y a trouvé aussi des débris de Crocodiles (4), et il est porté à croire que tous ces animaux étaient contemporains du Dronte de l'île Maurice. (1) M. Graniliilierajouto que les deux couJyles de l'os sont peu saillants et séparés par un sillon peu profond, et *y/ JiBfBtrfuiihat iinpflaqwcfaM g Ô ^'^^^L .Hl.^<5^ linpBft-jiiMJiau 1 -^' ^^^ _ :' #;: ,-.^^ /.ooMuu ij*l rtiilii ré^TT^'^l-^ "■USAL HlSiS> '^A ^SlCHlSl2> c^ .1 '; :^' Ann des Sc.nat. S'Ser ^ool.T.X-Pi,.13 \ 4 4a^ :!).?>? ^y Coupe de la léte osseuse du Rhinocëro Imp B*c^*t.^ni Ann. des Se. nat formant iel et liÛi . Zool. T. X. PI. lé. ImpBecipiet, Paris . oceros •inn des Se nat 5* Sênc Zool. T X PL. 14. I Furmwt W. «t 1>0> Fi^ I et 2 Encéphale du Stérlocère _fié 3 ei4. Encéphale du Rhinocéros ^1 \nn des Sïien nat 5' Sçrir ■ooi r.x VL.is, I Aphanapteryx Brœckei f i ^^:cfTiïï7î^ ZotI TX.Pl 17 i^ iié Caraclères ostéologiques tlu bec inférieur J '^W ' J*, l ^ .>f^ i IJ ■'• et de lajarabe de l'Ocydromus auslralis ^^-^-'^Ld^.l'Aplervx _ ^ r ^-b*?! '\ i.\\